mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2001832 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 avril 2020, le 8 octobre 2020, le 17 décembre 2020, le 24 décembre 2020, le 10 février 2022, le 1er mars 2022 et le 27 avril 2022, la société en nom collectif (SNC) Résidence le Cerdana, représentée par Me Monferran, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de surseoir à statuer dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel de Toulouse statuant sur la responsabilité de la société de La Neboude et de la société Alvea ;
2°) de condamner la société de la mobilité de l'agglomération toulousaine (SMAT) à lui verser la somme globale de 695 269,52 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la pollution aux hydrocarbures du terrain qu'elle a acquis ;
3°) de mettre à la charge de la SMAT la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance ;
4°) de rejeter les conclusions des sociétés GTM Sud-Ouest TP GC et Soletanche-Bachy présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la SMAT a commis une faute liée à la mauvaise exécution de l'acte de mise à disposition du terrain du 16 novembre 2011, dès lors notamment qu'elle ne s'est pas contentée d'y installer une base de vie et une zone de stockage des matériaux, mais a créé des excavations dans ce terrain ;
- la SMAT a commis une faute liée à l'absence de dépollution du terrain ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice financier d'un montant de 495 269,52 euros, engendré par le coût des travaux de dépollution qu'elle a dû engager à ses frais ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice d'un montant de 200 000 euros du fait de la découverte de la pollution du terrain.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 septembre 2020, le 17 décembre 2020 et le 10 février 2022, la société Tisseo Ingénierie, venant aux droits de la SMAT, représentée par Me Izembard, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet de la requête de la SNC Résidence Le Cerdana ;
2°) à ce que les sociétés GTM Sud-Ouest TP GC et Soletanche-Bachy soient condamnées à la relever et la garantir de toutes condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;
3°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SNC Résidence Le Cerdana en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'il existe un contrat entre la société requérante et la SMAT, de sorte qu'elle ne peut invoquer sa responsabilité quasi-délictuelle mais seulement sa responsabilité contractuelle ;
- à titre subsidiaire, il n'existe aucune faute contractuelle ni aucune faute de nature à engager la responsabilité de la SMAT ;
- à titre infiniment subsidiaire, la SNC Résidence Le Cerdana a commis une négligence fautive et il n'existe pas de lien de causalité entre les préjudices invoqués et la prétendue faute de la SMAT.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 octobre 2021 et le 2 août 2023, la société GTM Sud-Ouest TP GC, représentée par Me Serdan, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet de la requête de la SNC Résidence Le Cerdana ;
2°) au rejet de l'appel en garantie de la société Tisseo Ingénierie ;
3°) à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SNC Résidence Le Cerdana sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Elle fait valoir que :
- l'appel en garantie présenté par la société Tisseo Ingénierie ne saurait aboutir car cette action est prescrite en application de l'article 2224 du code civil ;
- les moyens invoqués par la SNC Résidence Le Cerdana ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 février 2022 et le 4 août 2023, la société Soletanche Bachy, représentée par Me Zanier, conclut :
1°) au rejet de la requête de la SNC Résidence Le Cerdana ;
2°) au rejet de l'appel en garantie de la société Tisseo Ingénierie ;
3°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SNC Résidence Le Cerdana sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Elle fait valoir que :
- l'appel en garantie présenté par la société Tisseo Ingénierie ne saurait aboutir car cette action est prescrite en application de l'article 2224 du code civil ;
- les moyens invoqués par la SNC Résidence Le Cerdana ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 septembre 2023.
Un mémoire a été enregistré pour la société Tisseo Ingénierie le 12 septembre 2022 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,
- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,
- les observations de Me Izembard, représentant la société Tisseo Ingénierie ;
- et les observations de Me Pellegry, représentant la société Soletanche-Bachy.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 avril 2013, la SNC Résidence Le Cerdana a acquis auprès de la société de La Neboude un terrain constructible situé 26 boulevard Déodat de Severac, à Toulouse, afin d'y construire une résidence étudiante de 246 logements. Dans le cadre des travaux de construction de ce projet, des pollutions du sol aux hydrocarbures ont été constatées et la société requérante a engagé, à ses frais, des travaux de dépollution d'un montant total de 495 269,52 euros. Par une demande préalable du 10 décembre 2019, la SNC Résidence Le Cerdana a demandé à la société Tisseo Ingénierie, venant aux droits de la société de la mobilité de l'agglomération toulousaine (SMAT), qui avait occupé une partie du terrain entre janvier 2012 et juillet 2013, de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la pollution de celui-ci.
Sur les conclusions indemnitaires présentées par la SNC Résidence Le Cerdana :
2. Il résulte de l'instruction que par un protocole d'accord du 16 novembre 2011 conclu entre la SMAT, la société de La Neboude et la société Kaufman et Broad Midi-Pyrénées, une partie du terrain situé 26 boulevard Déodat de Severac a été mise à disposition de la SMAT pour une période courant de janvier 2012 à juillet 2013. La SMAT a elle-même mis cette partie de la parcelle à disposition de deux sociétés sous-traitantes, la société GTM Sud-Ouest TP GC et la société Soletanche-Bachy, chargées des travaux de la ligne de tramway " Garonne ", afin d'y stocker des matériels.
3. D'une part, la société requérante soutient que la SMAT aurait commis une faute dans l'exécution de ce protocole dès lors notamment que des excavations ont été créées sur la partie de la parcelle mise à sa disposition, lesquelles ont ensuite été comblées avec de la boue. Toutefois, à supposer même que la SNC Résidence Le Cerdana et la SMAT puissent être regardées comme liées par un contrat portant sur l'occupation de ce terrain, il ne résulte pas des stipulations du protocole d'accord précité que de tels travaux sur la parcelle auraient été prohibés, la seule obligation résultant du protocole sur ce point étant la remise en état du terrain à la fin de l'occupation des lieux. En tout état de cause, une telle faute, à la supposer même établie, ne présente aucun lien de causalité avec le préjudice invoqué par la SNC Résidence Le Cerdana dès lors qu'il n'est pas établi que les excavations constatées seraient à l'origine des pollutions du sol du terrain.
4. D'autre part, la SNC Résidence Le Cerdana soutient que la SMAT aurait commis une faute en ne procédant pas à la dépollution du terrain à l'issue de son occupation des lieux. Il résulte de l'instruction que des pollutions du sol aux hydrocarbures ont été constatées à plusieurs endroits du terrain, dont certains situés dans la zone de la parcelle occupée par la SMAT. Toutefois, il est constant que la méthode retenue pour la mise en œuvre des travaux de dépollution n'a pas permis de déterminer l'origine des pollutions, dès lors notamment que la SNC Résidence Le Cerdana a fait procéder à l'évacuation des terres polluées sans tri préalable. En outre, pour établir que la SMAT et ses entreprises sous-traitantes auraient stocké des hydrocarbures sur le terrain, la société requérante se borne à produire un cliché satellite pris en juin 2012, sur lequel il est impossible, eu égard notamment à la définition de l'image et à son absence de couleurs, de distinguer la présence de telles substances, qui, au demeurant, peut également résulter de l'exploitation, sur la parcelle, d'une installation classée pour la protection de l'environnement de stockage, négoce et distribution de produits inflammables qui y a été exploitée entre 1987 et 2003 par la société Carburants du Sud-Ouest, aux droits de laquelle est venue la société Alvea. En défense, la société Soletanche-Bachy et la société GTM Sud-Ouest TP GC nient avoir stocké des hydrocarbures sur le terrain, hormis à titre accessoire, pour le fonctionnement des machines qu'elles y utilisaient, et produisent, à l'appui de ces affirmations, des photographies du chantier sur lesquelles apparaissent des silos destinés à stocker de la bentonite. Dans ces conditions, à supposer même que la société requérante puisse invoquer la responsabilité contractuelle de la SMAT, elle n'établit pas que celle-ci aurait commis une faute dans l'exécution du protocole d'accord du 16 novembre 2011.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense ni de surseoir à statuer dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel de Toulouse, que la SNC Résidence Le Cerdana n'est pas fondée à engager la responsabilité de la société Tisseo Ingénierie et à demander sa condamnation à réparer le préjudice qu'elle invoque. Sa requête doit donc être rejetée.
Sur les appels en garantie :
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les appels en garantie formés par la société Tisseo Ingénierie à l'encontre des sociétés GTM Sud-Ouest TP GC et Soletanche-Bachy.
Sur les dépens :
7. La présente instance n'a entraîné aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions des parties relatives à la charge des dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la SNC Résidence Le Cerdana soit mise à la charge de la société Tisseo Ingénierie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme de 1 500 euros à verser à la société Tisseo Ingénierie sur le fondement de ces mêmes dispositions.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par les sociétés GTM Sud-Ouest TP GC et Soletanche-Bachy sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SNC Résidence Le Cerdana est rejetée.
Article 2 : La SNC Résidence Le Cerdana versera à la société Tisseo Ingénierie la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Résidence Le Cerdana, à la société GTM Sud-Ouest TP GC, à la société Soletanche-Bachy et à la société Tisseo Ingénierie.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
E. LUCAS
Le président,
P. GRIMAUD
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026