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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2001839

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2001839

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2001839
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 1
Avocat requérantBOUTET-MANGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et des mémoires, enregistrés les 9 avril, 17 juin, 5 août et 23 décembre 2020 et 26 avril 2021, M. A B, représenté par Me Boutet-Mangon, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'habitation et de taxe spéciale d'équipement auxquelles il a été assujetti dans les rôles de la commune de Blagnac (Haute-Garonne) au titre des années 2018 et 2019, à raison de l'appartement dont il est propriétaire, situé 14 avenue du Général de Gaulle dans cette commune ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas redevable de la taxe d'habitation, dès lors que le logement en cause est destiné uniquement à la location saisonnière et qu'il n'a pas eu l'intention de s'en réserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année, ni en 2018 ni en 2019 ;

- le conciliateur fiscal a lui-même estimé que le logement litigieux a été loué tout au long de l'année 2018, et qu'en conséquence il n'en avait pas la disposition ;

- l'administration fiscale a déjà prononcé un dégrèvement dans une situation identique à la sienne : la différence de traitement qui en résulte révèle une rupture d'égalité contraire aux dispositions des articles 6 et 13 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, ainsi qu'aux stipulations combinées de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de son protocole additionnel n° 1 ;

- la position de l'administration fiscale crée une discrimination injustifiée, donc contraire aux mêmes stipulations, entre des contribuables exerçant la même activité de location meublée de courte durée selon que cette activité est exercée par l'intermédiaire de plateformes en ligne ou en faisant appel à des professionnels.

Par deux mémoire en défense, enregistrés les 27 novembre 2020 et 19 janvier 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 18 juin 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juillet 2021 à 12 : 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble son protocole additionnel du 20 mars 1952 ;

- la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. C, magistrat rapporteur, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Déderen, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire d'un appartement situé 14 avenue du Général de Gaulle à Blagnac (Haute-Garonne), qu'il propose à la location pour de courtes durées par l'intermédiaire des plateformes de réservation en ligne " BOOKING.COM " et " AIRBNB.FR ". Par voie de rôles mis en recouvrement respectivement les 31 octobre 2018 et 31 octobre 2019, l'administration fiscale a assujetti ce logement à la taxe d'habitation au titre de l'année 2018 pour un montant de 438 euros, et au titre de l'année 2019 pour un montant de 447 euros. Par une réclamation du 15 novembre 2018, M. B a contesté le bien-fondé de cette imposition au titre de l'année 2018. Le service des impôts des particuliers de Toulouse Nord-Ouest a rejeté cette réclamation le 11 décembre 2018. M. B a renouvelé le 16 décembre 2019 sa réclamation au titre de l'année 2018, contestant en même temps l'imposition établie au titre de l'année 2019. Par une réclamation ultérieure du 13 janvier 2020, M. B a contesté à nouveau l'imposition litigieuse au titre de ces deux années. Le service des impôts des particuliers de Toulouse Nord-Ouest a rejeté le 10 février 2020 cette réclamation au titre de la seule année 2019, sans donner suite à celle au titre de 2018. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'habitation, ainsi que de taxe spéciale d'équipement, au titre de ces deux années.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1407 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - La taxe d'habitation est due : / 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation () ". L'article 1408 du même code dispose, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables () ". Enfin, aux termes de l'article 1415 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. "

3. Il résulte de ces dispositions que le propriétaire d'un local meublé est redevable de la taxe d'habitation dès lors qu'il peut être regardé, au 1er janvier de l'année d'imposition, comme entendant s'en réserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année.

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

5. M. B soutient qu'il ne se réserve pas la disposition de son appartement situé 14 avenue du Général de Gaulle à Blagnac, qu'il propose tout au long de l'année en location meublée par l'intermédiaire des plateformes en ligne " BOOKING.COM " et " AIRBNB.FR ". Pour en justifier, il produit un calendrier de réservations effectuées au titre de l'année 2019, quatre états récapitulatifs trimestriels d'assujettissement à la taxe de séjour établis par Toulouse Métropole au titre de l'année 2018, ainsi qu'un extrait du " registre du logeur au séjour " établi également par Toulouse Métropole au titre des deux années litigieuses. A supposer même que le calendrier concerne effectivement ledit appartement, en l'absence de toute indication permettant de l'établir avec certitude, la lecture desdits documents révèle, d'une part, plusieurs périodes sans location durant les deux années litigieuses, d'autre part, des nombres de nuitées divergents et par suite dépourvus de valeur probante, à savoir, cinquante-cinq nuitées durant l'année 2018 et cent vingt-sept nuitées durant l'année 2019 selon le calendrier susmentionné, quatre cent quatre-vingt-huit nuitées durant l'année 2018 selon les états récapitulatifs, avec d'ailleurs un nombre de nuitées supérieur au nombre de jours par mois pour les premier, deuxième et troisième trimestre, et enfin deux cent quatre-vingt-dix nuitées durant l'année 2018 et cent quarante-trois nuitées pour l'année 2019 selon le registre du logeur. En outre, le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les conditions fixées par les sites en ligne pour l'inscription de son logement sur la plateforme le priveraient, en tant qu'hôte offrant un hébergement en ligne, de toute possibilité d'occupation du logement par lui-même ou ses proches en dehors des périodes de location. Dès lors, M. B doit être regardé comme ayant entendu, au 1er janvier 2018 et au 1er janvier 2019, se réserver la disposition ou la jouissance, au sens du I de l'article 1408 du code général des impôts, de l'appartement litigieux en dehors des périodes de mise en location. Par suite, c'est par une exacte application de la loi fiscale que l'administration a imposé M. B à la taxe d'habitation au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'appartement en litige.

6. En deuxième lieu, si le requérant demande la décharge de la taxe spéciale d'équipement à laquelle il a été assujetti au titre des années 2018 et 2019, il n'assortit cependant ses conclusions d'aucun moyen propre à cette imposition.

7. En troisième et dernier lieu, si le requérant fait, tout d'abord, valoir que le refus de l'administration de lui accorder le dégrèvement prononcé le 29 juillet 2020 par le directeur régional des finances publiques de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône en faveur d'un contribuable se trouvant dans une situation identique à la sienne constitue une rupture d'égalité devant la loi et les charges publiques prohibée par les articles 6 et 13 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, ainsi que par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son protocole additionnel du 20 mars 1952, il ne résulte toutefois pas des pièces produites, et notamment pas d'un avis de dégrèvement non motivé, ni d'extraits de mémoires en défense produits dans le cadre d'autres litiges par ledit directeur ou encore par celui de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne, qu'il se trouverait dans une situation identique aux contribuables concernés. De plus, si le requérant soutient que la position de l'administration crée une discrimination injustifiée entre des contribuables exerçant la même activité de location meublée de courte durée selon que cette activité est exercée par l'intermédiaire de plateformes en ligne ou en faisant appel à des professionnels, en méconnaissance des mêmes stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de son premier protocole additionnel, les propriétaires qui louent leur bien directement en ayant recours à une plateforme de réservation d'hébergements ne sont pas dans une situation analogue à celle de ceux qui louent leur bien en faisant appel à un professionnel, tel qu'un agent immobilier. En conséquence, les moyens tirés de la violation des dispositions des articles 6 et 13 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, ainsi que des stipulations combinées de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de son protocole additionnel du 20 mars 1952 ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge de la taxe d'habitation et de la taxe spéciale d'équipement auxquelles il a été assujetti au titre des années 2018 et 2019. Par voie de conséquence, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Guillaume C

La greffière,

Muriel BOULAY La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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