jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2001907 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LARROUY-CASTÉRA |
Vu la procédure suivante :
A une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril 2020 et 26 juillet 2021, l'indivision C, prise en la personne de Mme E C, représentée A Me Larrouy-Castera, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions A lesquelles le maire de Léobard et le préfet du Lot ont rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner solidairement l'Etat et la commune de Léobard à lui verser une somme de 100 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'édification d'une salle communale sur le terrain jouxtant sa propriété, assortie des intérêts à compter de la demande indemnitaire préalable ;
3°) d'enjoindre à la commune de Léobard de démolir l'escalier édifié contre sa propriété et de remettre en état les parties de sa propriété qui ont été détériorées du fait des travaux et du passage d'engins de chantier ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune de Léobard le paiement d'une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat et de la commune de Léobard doit être engagée ; s'agissant plus précisément de la responsabilité de l'Etat, elle soutient que le permis de construire a été délivré au nom de l'Etat, que le préfet a été informé des difficultés relatives à la construction de la salle communale, qu'il s'est désengagé du contrôle de légalité qui lui incombait et qu'il a masqué la réalité de l'engagement de l'Etat dans le projet en cause ;
- la responsabilité de l'administration du fait du dommage causé à un tiers A la présence et le fonctionnement d'un ouvrage public doit être engagée ;
- un escalier en béton a été construit contre le mur de sa maison et donne à un accès direct à l'une des portes de la maison, alors que la commune n'a pas sollicité son accord et qu'elle a commis une faute en portant atteinte à son droit de propriété ;
- l'édification de la salle communale vient rompre le charme et le style de la commune et porte atteinte à ses propriétés, qui forment un ensemble du XVIIIème siècle ; elle considère que le caractère inesthétique de la construction est constitutif d'une faute ;
- des fautes ont été commises au cours de la réalisation des travaux, telles qu'un bruit important sous la fenêtre de la chambre, ainsi que des dégradations de la façade, de l'intérieur de la maison et de la bordure de la propriété en raison du passage des engins de chantier et des vibrations générées A les travaux ;
- elle va subir des désagréments en raison des divers événements qui auront lieu dans la salle communale et du bruit généré A la climatisation installée sous le bâtiment ;
- la construction litigieuse entraîne une perte de vue et de lumière ;
- une somme de 25 000 euros doit lui être versée en réparation du préjudice causé A l'édification de l'escalier de la salle communale contre sa propriété, sauf à ce que cet escalier soit démoli ;
- elle a subi un préjudice évalué à hauteur de 50 000 euros au titre de la perte d'intimité et d'agrément, qui entraîne A ailleurs une moins-value significative de la propriété ;
- une somme de 10 000 euros doit lui être versée en réparation des préjudices liés à la réalisation des travaux ;
- elle a subi un préjudice moral évalué à hauteur de 15 000 euros.
A un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2020, le maire de Léobard, représenté A Me Depuy, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de l'indivision C une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, une indivision étant dépourvue de la personnalité morale et Mme C ne justifiant pas d'un mandat des autres coïndivisaires ;
- le régime de responsabilité applicable est celui de la responsabilité sans faute du fait de l'existence d'un ouvrage public et aucun préjudice anormal et spécial n'est constitué ;
- l'indivision C ne démontre la réalité d'aucun préjudice ;
- l'évaluation des préjudices subis A l'indivision est déraisonnable ;
- il n'y a pas lieu de démolir l'escalier de la salle communale dès lors qu'il a été édifié sur une parcelle appartenant à la commune ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
A un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, le préfet du Lot conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, une indivision étant dépourvue de la personnalité morale et Mme C ne justifiant pas d'un mandat des autres coïndivisaires ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
A une ordonnance du 29 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 27 janvier 2022 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public ;
- les observations de Me Cadiou, pour l'indivision C ;
- et les observations de Me Chevalier, pour la commune de Léobard.
Considérant ce qui suit :
1. L'indivision C est propriétaire d'une maison située à Léobard (Lot), qui jouxte une parcelle appartenant à la commune. A un arrêté du 6 mars 2018, le maire de Léobard a délivré à la commune un permis de construire au nom de l'Etat, relatif à la construction d'une salle communale en lieu et place de l'école qui se trouvait sur cette parcelle. A deux courriers du 23 décembre 2019, l'indivision C, en la personne de Mme D C, a formé une demande indemnitaire préalable auprès du maire de Léobard et du préfet du Lot, en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des travaux publics réalisés et du fonctionnement de l'ouvrage public qui en a résulté. Le maire de Léobard a rejeté cette demande A une lettre du 13 février 2020, et une décision implicite de rejet est née du silence gardé A le préfet du Lot sur cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions A lesquelles le maire de Léobard et le préfet du Lot ont rejeté les demandes indemnitaires préalables formées A l'indivision C le 23 décembre 2019 :
2. Ces décisions ont eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de l'indivision C, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont seraient entachées les décisions qui ont lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. A suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Aux termes de l'article 815-2 du code civil : " Tout indivisaire peut prendre les mesures nécessaires à la conservation des biens indivis même si elles ne présentent pas un caractère d'urgence. " Aux termes de l'article 815-3 du même code : " Le ou les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis peuvent, à cette majorité : / 1° Effectuer les actes d'administration relatifs aux biens indivis ; 2° Donner à l'un ou plusieurs des indivisaires ou à un tiers un mandat général d'administration ; / 3° Vendre les meubles indivis pour payer les dettes et charges de l'indivision ; / 4° Conclure et renouveler les baux autres que ceux portant sur un immeuble à usage agricole, commercial, industriel ou artisanal. / () Toutefois, le consentement de tous les indivisaires est requis pour effectuer tout acte qui ne ressortit pas à l'exploitation normale des biens indivis et pour effectuer tout acte de disposition autre que ceux visés au 3°. "
4. La demande formée A Mme E C, au nom de l'indivision C, tendant à la démolition de l'escalier de la salle communale et à la remise en état des abords de sa propriété à la suite des dégradations causées, selon elle, A le passage d'engins de chantier, a pour objet d'assurer la conservation matérielle d'un bien indivis. En revanche, la demande tendant à l'indemnisation du préjudice subi A l'indivision du fait de la construction et du fonctionnement de la salle communale est étrangère aux actes de conservation, d'administration et de disposition visés aux articles 815-2 et 815-3 du code civil. A suite, en l'absence de preuve d'un mandat donné à Mme C A les autres coïndivisaires de l'indivision C, la fin de non-recevoir opposée A le maire de Léobard et le préfet du Lot doit être accueillie, en tant seulement que Mme C ne justifie pas d'une qualité pour présenter, au nom de l'indivision C, de telles conclusions indemnitaires.
Sur le surplus des conclusions à fin d'injonction :
5. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté A un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
6. Mme C demande à ce qu'il soit enjoint à la commune de Léobard de démolir l'escalier de la salle communale, en raison de l'atteinte portée à son droit de propriété. S'il résulte de l'instruction, notamment des photographies, du rapport d'expertise rédigé A un expert immobilier le 14 novembre 2019 à la demande de Mme C et du plan cadastral, que l'escalier de la salle communale a été construit au droit du mur de son habitation et qu'il donne sur une porte de la maison, il n'est en revanche aucunement établi que cet ouvrage, édifié non sur la parcelle de l'indivision C mais sur une parcelle appartenant à la commune de Léobard, porterait atteinte à son droit de propriété, et qu'il serait en conséquence constitutif d'une emprise irrégulière. Dès lors, l'ouvrage public litigieux n'étant pas irrégulièrement implanté, les conclusions tendant à sa démolition ne peuvent qu'être rejetées.
7. Mme C demande également qu'il soit enjoint à la commune de Léobard de procéder à la remise en état des abords de sa propriété en raison des dégradations causées A les engins de chantier qui sont intervenus au cours de l'opération de travaux. Il résulte toutefois de l'instruction que les seules photographies d'une bordure de route produites A Mme C ne sont pas suffisamment circonstanciées, dès lors qu'elles ne sont pas datées et qu'il n'est pas établi qu'il s'agirait des abords de sa propriété. A suite, les conclusions aux fins de remise en état des bordures de cette propriété doivent être rejetées, en tout état de cause.
Sur les frais de l'instance :
8. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Léobard et de l'Etat, qui ne sont pas parties perdantes, la somme demandée A l'indivision C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'indivision C, prise en la personne de Mme D C, le paiement de la somme de 1 500 euros, au bénéfice de la commune de Léobard, sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'indivision C est rejetée.
Article 2 : L'indivision C, prise en la personne de Mme E C, versera à la commune de Léobard la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'indivision C, prise en la personne de Mme E C, au maire de Léobard et au préfet du Lot.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
La rapporteure,
M. PETRI
Le président,
T. SORIN
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet du Lot, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026