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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2001987

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2001987

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2001987
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantFAURE-TRONCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 28 avril 2020 et 26 juillet 2022, M. A Mora, Mme D Mora, M. B Mora et Mme C Mora, représentés par Me Faure-Tronche, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser à M. A Mora la somme de 106 700 euros et 60 000 euros, somme à parfaire, en réparation respectivement des préjudices extrapatrimoniaux et des préjudices patrimoniaux subis à raison de son accident de service du 5 mars 2003, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2019 ;

2°) de condamner l'Etat à verser à Mme D Mora la somme de 4 000 euros en réparation du préjudice subi par ricochet assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2019 ;

3°) de condamner l'Etat à verser à M. B Mora et à Mme C Mora, ses enfants, la somme de 4 000 euros chacun en réparation du préjudice subi assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2019 ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à chacun des requérants.

Ils soutiennent que :

- le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant acquiescé aux faits dès lors que le mémoire en défense a été produit après la clôture de l'instruction ;

- ils sont fondés à solliciter la réparation de l'intégralité des préjudices résultant de l'accident subi le 5 mars 2003 par M. A Mora, constitutif d'un accident de service et reconnu comme tel par l'administration, sur le fondement, d'une part, de la faute de l'administration dans l'organisation de son service, d'autre part, de la responsabilité sans faute fondée sur le risque professionnel des agents publics ;

- il est établi que l'Etat a commis une faute dans l'organisation du service dès lors que le ministre de l'intérieur est réputé avoir acquiescé aux faits en l'absence de la production d'un mémoire en défense, malgré une mise en demeure, dans l'instance n°1704682 ;

- M. Mora peut prétendre à une indemnité complémentaire pour les préjudices non couverts par l'allocation temporaire d'invalidité fondée sur le régime de la responsabilité sans faute de l'Etat et à une réparation intégrale pour l'ensemble de ces préjudices sur le fondement de la responsabilité pour faute de l'Etat dans l'organisation du service ;

- au titre de ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires, M. Mora est fondé à solliciter une indemnisation à hauteur de 1 000 euros au titre de son déficit fonctionnel total, de 22 000 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel, de 9 000 euros au titre des souffrances endurées et de 3 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;

- au titre de ses préjudices extrapatrimoniaux permanents, M. Mora est fondé à solliciter les sommes de 2 700 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent, de 4 000 euros au titre de son préjudice esthétique définitif, de 3 000 euros au titre de son préjudice d'agrément, de 4 000 euros au titre de son préjudice sexuel, de 8 000 euros au titre de son préjudice permanent exceptionnel et de 50 000 euros au titre du préjudice lié au caractère évolutif de sa pathologie ;

- au titre de son préjudice patrimonial tiré de l'incidence professionnelle des conséquences de son accident, il est fondé à solliciter la somme de 60 000 euros, à parfaire ;

- Mme D Mora, épouse E, Mme C Mora et M. B Mora, ses enfants, victimes par " ricochet " sont eux fondés à solliciter la somme de 4 000 euros chacun au titre du préjudice moral subi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors que la demande indemnitaire préalable présentée le 26 avril 2017, fondée sur les mêmes causes juridiques, a été rejetée pour tardiveté par une ordonnance n°1704682 du tribunal du 24 septembre 2019, confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 26 novembre 2019 et dont le pourvoi en cassation n'a pas été admis ;

- il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de l'épouse de M. Mora et de ses enfants à hauteur respectivement de 4 000 euros et 2 500 euros par enfant.

Par un courrier du 29 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de irrecevabilité pour cause de tardiveté des conclusions tendant à la réparation des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux en suite de son accident de service du 5 mars 2003 dès lors que le contentieux indemnitaire pour l'ensemble des dommages liés à ce fait générateur a déjà été lié par la décision implicite de rejet de la demande préalable présentée par le requérant le 26 avril 2017.

Une réponse à ce moyen d'ordre public présentée pour les consorts Mora a été enregistrée le 23 octobre 2023 et a été communiquée.

Par lettre datée du 29 avril 2020, Me Faure-Tronche a indiqué qu'en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, M. A Mora a été désigné comme étant le représentant unique de la requête n°2001987.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Faure-Tronche, représentant les consorts Mora.

Une note en délibéré présentée pour les consorts Mora a été enregistrée le 24 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. Mora, secrétaire administratif de classe normale, a été victime, le 5 mars 2003, d'un accident coronarien sur le lieu et sur le temps de son travail. Par une décision du 3 février 2009, le préfet a reconnu l'imputabilité au service de cet accident. Le 27 décembre 2019, M. Mora, son épouse et ses deux enfants ont formé une demande tendant à l'indemnisation des préjudices subis à raison de cet accident de service, tant sur le fondement de la responsabilité de l'Etat pour faute dans l'organisation du service que sur celui de sa responsabilité sans faute pour risque professionnel. Cette demande ayant été implicitement rejetée, ils demandent au tribunal, par la présente requête, de condamner l'Etat à les indemniser des préjudices subis.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que l'acquiescement aux faits prévu à l'article R. 612-6 du code de justice administrative est acquis lorsque le délai imparti à l'administration a expiré et que la date de clôture d'instruction est échue sans que le défendeur ait présenté d'observations.

3. En l'espèce, par une ordonnance du 15 septembre 2021, la clôture d'instruction a été initialement fixée au 14 octobre 2021. Par une nouvelle ordonnance du 23 juin 2022, la date de la clôture d'instruction a été repoussée au 26 juillet 2022 à 12 h 00. Le ministre de l'intérieur a produit son mémoire en défense le 16 juin 2022, soit avant la nouvelle clôture de l'instruction. Ainsi, le ministre de l'intérieur ayant présenté ses observations avant que l'instruction ne soit close, il n'est pas réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative dans sa version applicable au litige : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet ".

5. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. Si, une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.

6. Il n'est fait exception à ces règles que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus. Dans ce même cas, la victime peut également, si le juge administratif est déjà saisi par elle du litige indemnitaire né du refus opposé à sa réclamation, ne pas saisir l'administration d'une nouvelle réclamation et invoquer directement l'existence de ces nouveaux éléments devant le juge administratif saisi du litige en premier ressort afin que, sous réserve le cas échéant des règles qui gouvernent la recevabilité des demandes fondées sur une cause juridique nouvelle, il y statue par la même décision.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur a déjà implicitement rejeté, le 3 juillet 2017, la réclamation datée du 26 avril 2017 présentée par Mme Mora et ses deux enfants tendant à la réparation des conséquences dommageables de l'accident de service qu'a subi M. Mora le 5 mars 2003, liant ainsi le contentieux indemnitaire pour le préjudice moral causé par ce fait générateur. La circonstance qu'une nouvelle décision de rejet soit intervenue à la suite d'une nouvelle réclamation des requérants formée le 27 décembre 2019 et portant sur les conséquences de ce même fait générateur n'est pas de nature à rouvrir à ces derniers le délai de recours de deux mois, prévu par les dispositions précitées de l'article R. 421-2 du code de justice administrative. En tout état de cause, la cour administrative d'appel de Toulouse dans un arrêt n° 21TL24491 du 14 mars 2023 a jugé que la demande de Mme Mora et de ses enfants, enregistrée le 11 octobre 2017 devant le tribunal administratif de Toulouse, n'était pas tardive dès lors que le ministre de l'intérieur n'a pas accusé réception de leur demande préalable d'indemnisation en méconnaissance des dispositions de l'article L.112-3 du code des relations entre le public et l'administration. La Cour a condamné l'Etat à verser à Mme Mora la somme de 3 000 euros et à chacun de ses enfants la somme de 1 500 euros.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. Mora fait état d'une aggravation de ses dommages postérieurement à sa première demande indemnitaire préalable consistant en une augmentation de sa fatigabilité au travail, à l'allongement de la durée de ses arrêts de travail, une augmentation de sa tension artérielle, un traitement médicamenteux plus lourd induisant des de soins dentaires supplémentaires ainsi qu'une perte de chance sérieuse d'obtenir une promotion et une retraite à taux plein. Toutefois, les éléments dont il se prévaut ne peuvent suffire, par eux-mêmes et en l'absence de pièce en attestant, à établir la réalité de l'aggravation de ses préjudices. En outre, les deux rapports d'expertise des 11 août 2015 et 4 octobre 2016, qui sont antérieurs à la décision du 3 juillet 2017 par laquelle l'administration a implicitement rejeté sa première réclamation préalable indemnitaire, ne sont pas de nature à établir une aggravation des préjudices dont il se prévaut.

9. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que l'ensemble des dommages invoqués par les consorts Mora étaient connus dans toute leur ampleur dès le fait générateur de la responsabilité allégué. Il s'ensuit que leurs conclusions à fin d'indemnisation ont été présentées après l'expiration du délai de recours qui leur était ouvert à l'encontre de la décision implicite du 3 juillet 2017 ayant rejeté leur première demande préalable laquelle était fondée sur le même fait générateur. Ces conclusions, qui sont tardives, doivent être rejetées.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par M. A Mora, Mme D Mora, M. B Mora et Mme C Mora doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A Mora, Mme D Mora, M. B Mora et de Mme C Mora est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A Mora et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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