mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2002103 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP BLANCHET - DELORD - RODRIGUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 12 mai, 27 octobre 2020, 19 février et 26 octobre 2021, la SAS (société par actions simplifiée) WIGOS COTE PESSAC, représentée par Me Rodriguez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), en droits et pénalités, qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 par avis de mise en recouvrement en date du 16 septembre 2019 ;
2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente de l'arrêt qui sera rendu par la Cour de justice de l'Union européenne sur la question préjudicielle posée par la cour administrative d'appel de Lyon, dans le cadre de son arrêt du 18 mars 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
- les rappels ne résultent pas de la loi mais de la doctrine administrative ;
- l'article 268 du code général des impôts ne subordonne pas l'application de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge à une condition d'identité entre le bien acquis et le bien revendu ;
- la seule condition imposée par l'article 268 du code général des impôts est que l'acquisition de l'immeuble par le cédant n'ait pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée lors de son acquisition ;
- une déclaration préalable de division a été déposée le 10 juillet 2015 et un arrêté d'autorisation de division foncière a été délivré le 3 août 2015, soit antérieurement à l'acquisition effectuée le 16 septembre 2015.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 6 août, 1er décembre 2020 et 21 mai 2021, le directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SAS WIGOS COTE PESSAC ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée 9 novembre 2021 à 12 h 00.
Vu :
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 30 septembre 2021, C-299/20, Icade Promotion SAS ;
- l'ordonnance de la Cour de justice de l'Union européenne du 10 février 2022, C-191/21, Ministre de l'économie, des finances et de la relance c./ Les Anges d'Eux SARL ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Truilhé ;
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public ;
- et les observations de Me Rodriguez pour la société par actions simplifiée WIGOS COTE PESSAC.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée WIGOS COTE PESSAC, dont le siège social se trouve à Toulouse, exerce une activité de marchand de biens en promotion immobilière. Elle a fait l'objet, du 9 janvier au 28 mars 2019, d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 30 juin 2015 au 31 décembre 2017, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée du 1er janvier au 31 octobre 2018, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a adressé selon la procédure de rectification contradictoire une proposition de rectification, le 5 avril 2019, envisageant notamment des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard, pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. A la suite des observations de la société en date du 6 juin 2019, les rappels ont été confirmés par l'administration par une réponse aux observations du contribuable du 25 juillet 2019. Les impositions supplémentaires à la taxe sur la valeur ajoutée ont alors été mises en recouvrement par un avis du 16 septembre 2019, à hauteur de 42 587 euros. Par une réclamation du 9 octobre 2019, la société a contesté leur bien-fondé, ce que l'administration a rejeté par décision du 13 février 2020. Par la présente requête, la SAS WIGOS COTE PESSAC demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017.
Sur les conclusions à fin de sursis à statuer :
2. Les conclusions de la société requérante tendant à ce que le tribunal sursoie à statuer dans l'attente de l'arrêt qui sera rendu par la Cour de justice de l'Union européenne sur la question préjudicielle posée par la cour administrative d'appel de Lyon, dans le cadre de son arrêt n° 19LY00501 du 18 mars 2021 sont devenues sans objet dès lors que ladite Cour a statué sur ladite question préjudicielle par une ordonnance C-191/21 en date du 10 février 2022.
Sur les conclusions à fin de décharge :
3. En premier lieu, d'une part, le I de l'article 257 du code général des impôts prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du 2 du b de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.
4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 392 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée : " Les États membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat. " Il résulte de ces dispositions, éclairées par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, que celles-ci excluent l'application du régime de taxation sur la marge à des opérations de livraison de terrains à bâtir lorsque ces terrains acquis bâtis sont devenus, entre le moment de leur acquisition et celui de leur revente par l'assujetti, des terrains à bâtir.
5. L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition desdites dispositions, prévoit, dans sa rédaction également issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part, selon le cas : / - soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain(); / - soit la valeur nominale des actions ou parts reçues en contrepartie des apports en nature qu'il a effectués ".
6. Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles susanalysées de l'article 392 de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, notamment quand le bâtiment qui y était édifié a fait l'objet d'une démolition de la part de l'acheteur-revendeur.
7. Il résulte de l'instruction que la SAS WIGOS COTE PESSAC a fait l'acquisition, le 16 septembre 2015, d'un bien immobilier décrit comme " maison à usage d'habitation (). Et deux parcelles à usage de terrains à bâtir ", situé dans la commune de Pessac (Gironde), pour un montant de 470 000 euros. Elle a fait procéder à une division cadastrale d'une des trois parcelles constituant cet ensemble, en cinq nouvelles parcelles, dont deux d'entre elles ont été revendues en tant que terrain à bâtir, les cessions ayant été soumises au régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge. Toutefois, il résulte également de l'instruction que ces parcelles vendues en tant que terrain à bâtir avaient, lors de leur acquisition, le caractère d'un terrain bâti. Par suite, elle ne peut prétendre à l'application du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge prévu par les dispositions précitées. Par conséquent, le service était en droit de remettre en cause le régime de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge, appliqué à la revente de ces parcelles.
8. En deuxième lieu, la société requérante soutient que la division cadastrale a été autorisée avant l'acquisition du bien immobilier le 16 septembre 2015. Toutefois, s'il ressort de l'acte authentique d'achat que l'arrêté de non opposition à déclaration préalable de division a été délivré le 3 août 2015, celui-ci n'était pas, à la date d'acquisition, devenu définitif. Dans ces conditions, la société SAS WIGOS COTE PESSAC ne saurait se prévaloir d'une division parcellaire effective avant l'acquisition du bien immobilier le 16 septembre 2015.
9. En troisième et dernier lieu, la SAS WIGOS COTE PESSAC ne saurait utilement soutenir que l'administration ne pouvait fonder ses rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la seule doctrine administrative, dès lors qu'il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification qui lui a été adressée le 5 avril 2019, que la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées s'est fondée, outre sur la doctrine administrative, sur les dispositions de l'article 268 du code général des impôts. Par suite, le moyen sera écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société requérante doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions de la SAS WIGOS COTE PESSAC tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS WIGOS COTE PESSAC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée WIGOS COTE PESSAC et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 juin 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. TRUILHÉ
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2002103
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026