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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2002126

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2002126

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2002126
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantD'AVOCATS FLINT-SANSON-SAINT GENIEST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mai 2020 et 28 juin 2021, la SA Axa France Iard et M. E C, représentés par Me Flint, demandent au tribunal :

1°) de juger le département du Lot responsable de l'accident de M. C ;

2°) de condamner conjointement et solidairement le département du Lot et la société mutuelle d'assurance des collectivités locales (SMACL) à verser à la SA Axa France Iard les sommes de 349 100 euros et 533 euros, correspondant respectivement à la valeur de remplacement du véhicule de M. C et à l'indemnisation du préjudice corporel de ce dernier ;

3°) de condamner conjointement et solidairement le département du Lot et la SMACL à verser à M. C les sommes de 900 euros et 439,99 euros, correspondant respectivement à la franchise d'assurance contractuelle restée à sa charge et au constat d'huissier ;

4°) de mettre à la charge du département du Lot et de la SMACL le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en ce compris les dépens.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité du département du Lot est engagée en raison du défaut d'entretien normal de la voierie, caractérisé par la présence anormale de gravillons et l'absence de signalisation ; le département ne saurait se prévaloir du vol des panneaux de signalisation pour demander à être exonéré de sa responsabilité ;

- la présence anormale des gravillons est à l'origine de la sortie de route de M. C ; le département du Lot ne remet pas utilement en question le lien de causalité entre le défaut d'entretien normal de la chaussée et l'accident ;

- aucune faute de la victime n'est établie ; en particulier, Mme C n'a pas conduit le véhicule de manière imprudente ;

- le préjudice corporel de M. C doit être indemnisé à hauteur de 533 euros, à raison de 500 euros pour les souffrances endurées et 33 euros pour son déficit fonctionnel temporaire ;

- le véhicule a été entièrement détruit en raison de l'accident ; le préjudice matériel doit être indemnisé à hauteur de 350 000 euros, soit sa valeur de remplacement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2021, le département du Lot et la SMACL, représentés par Me Boissy, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de constater l'absence de responsabilité du département du Lot pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public et de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de constater la faute de la victime et de rejeter la requête ;

3°) à titre très subsidiaire, de constater la faute de la victime, d'exonérer partiellement le département du Lot de sa responsabilité et de ramener à de plus justes proportions les sommes réclamées par la SA Axa France Iard et M. C ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, de ramener à de plus justes proportions les sommes réclamées par la SA Axa France Iard et M. C ;

5°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la SA Axa France Iard et de M. C le paiement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la responsabilité du département du Lot ne peut pas être engagée du fait d'un événement soudain et imprévisible ;

- la présence de gravillons sur le lieu de l'accident était indiquée par des panneaux de signalisation, dont le vol a été constaté à la suite du sinistre ;

- le lien de causalité entre la présence des gravillons et l'accident n'est pas établi, d'autant qu'il existe des divergences relatives aux circonstances précises de l'accident, sans témoin direct ;

- Mme C, qui n'avait pas l'habitude de conduire ce véhicule, a manqué de vigilance ;

- les préjudices corporels de M. C ne sont pas établis, ce dernier ne produisant qu'un procès-verbal de transaction avec son assureur, à l'exclusion d'un rapport ou certificat médical ;

- les préjudices matériels ne sont pas établis ; le rapport d'expertise de l'état du véhicule a été réalisé de manière non contradictoire ; le véhicule est équipé d'un système empêchant tout départ de feu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,

- les observations de Me Ginesta, représentant la SA Axa France Iard et M. C, et celles de Me Sebert, représentant le département du Lot et la SMACL.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 juin 2019, vers 18h40, M. C a été victime d'un accident de la circulation alors qu'il était transporté en voiture par son épouse, sur le ressort de la commune de Laramière (Lot). Il a établi un constat amiable d'accident automobile à l'attention de son assureur, la société AXA, le 23 juin 2019 à 19 heures, puis un constat d'huissier par Me Rivière, le 26 juin 2019. Il a été indemnisé par AXA au titre de son préjudice corporel, à hauteur de 533 euros, et de son préjudice matériel, à hauteur de 349 100 euros, soit la valeur de remplacement du véhicule, économiquement irréparable, après soustraction de la franchise de 900 euros. Par un courrier du 7 août 2019, AXA a formé un recours préalable auprès du département du Lot en se prévalant du défaut d'entretien normal de la voierie et de l'absence de signalisation de gravillons en quantité excessive qui seraient à l'origine de l'accident. Par un courrier du 28 août 2019, AXA a fait parvenir les documents réclamés à la SMACL, assureur du département du Lot. En l'absence de réponse, par la présente requête, d'une part, AXA demande la condamnation solidaire du département du Lot et de la SMACL à lui verser les sommes de 349 100 euros et 533 euros, correspondant respectivement à la valeur de remplacement du véhicule de M. C et à l'indemnisation du préjudice corporel de ce dernier tandis que, d'autre part, M. C demande leur condamnation à lui verser les sommes de 900 euros et 439,99 euros, correspondant respectivement à la franchise d'assurance contractuelle restée à sa charge et au coût du constat d'huissier.

Sur la responsabilité :

2. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usager et le dommage dont elle se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des procès-verbaux établis par la gendarmerie nationale, du constat d'amiable d'accident et des attestations de MM. G. et V. versées au dossier, que M. et Mme C ont été victimes d'un accident de la route, sur le ressort de la commune de Laramière, le 23 juin 2019. Les requérants soutiennent que cet accident est intervenu en raison de la présence excessive de gravillons sur la chaussée, résultant d'un défaut d'entretien normal de cet ouvrage. Il résulte de l'instruction, notamment des deux témoignages de MM. G. et V., ainsi que du constat d'huissier établi le 26 juin 2019, soit trois jours après l'accident, que, d'une part, la présence de ces gravillons excédait, eu égard à leur quantité, les risques ordinaires de circulation auxquels un usager, même averti de leur présence, peut s'attendre et que, d'autre part, la présence de ces gravillons n'était pas signalée. Si le département du Lot prétend que les circonstances de l'accident ne seraient pas bien établies en raison de divergences entre le procès-verbal des gendarmes et le constat d'huissier susmentionné, toutefois la circonstance que ce dernier ne mentionne pas le fait que M. C ait percuté un arbre ne remet pas en question les conditions de survenance de l'accident, dès lors que cette omission ne constitue pas une divergence, et ce d'autant plus que ce constat d'huissier a été sollicité spécifiquement pour constater l'état de la chaussée et l'absence de signalisation préventive. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que l'accident est imputable à un défaut d'entretien normal de la chaussée.

4. En second lieu, d'une part, si le département du Lot fait valoir que des panneaux de signalisation avaient été installés pour avertir de ce danger, le 12 juin 2019, soit 11 jours avant l'accident, il résulte toutefois de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 3, qu'aucun panneau n'était présent pour avertir les automobilistes de ce danger le jour de l'accident. La circonstance que ces panneaux auraient été dérobés entre le 12 et le 23 juin 2019 sans que le département du Lot ne s'en rende compte, pour regrettable qu'elle soit, ne saurait exonérer ce dernier de la responsabilité qu'il avait de signaler la présence excessive de gravillons aux usagers de la route. En outre, ni le vol de ces panneaux, à une date indéterminée entre le 12 et le 23 juin 2019, ni l'absence d'accident à cet endroit, durant le même intervalle, ne sauraient constituer une imprévisibilité ou un cas de force majeure susceptible d'exonérer la collectivité de sa responsabilité. D'autre part, le département du Lot soutient que l'accident serait imputable à une faute de la conductrice du véhicule, Mme C, qui aurait manqué de vigilance. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme C n'a pas été contrôlée positive à l'alcool, tandis que rien n'établit ni qu'elle aurait dépassé la vitesse autorisée sur cette portion de route, ni qu'elle aurait commis une imprudence fautive. En particulier, si Mme C a déclaré aux gendarmes, ainsi qu'il ressort du procès-verbal versé au dossier, qu'elle a paniqué sur le coup et qu'elle ne se rappelle pas si elle a eu le réflexe de freiner, il ne résulte pas de cette déclaration, pas plus que de la circonstance que le véhicule accidenté avait une bonne tenue de route, que Mme C aurait manqué au devoir de prudence et à l'obligation de maîtrise de son véhicule qui s'imposent à tout conducteur.

5. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à rechercher l'engagement de la responsabilité du département du Lot en ce qui concerne le dommage subi.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices matériels :

6. D'une part, les requérants demandent à être indemnisés du préjudice matériel constitué par la perte du véhicule, évalué à son coût de remplacement. Si le département du Lot soutient que ce véhicule était récent, qu'il était équipé d'un dispositif anti-incendie et qu'il n'est pas établi que l'accident serait à l'origine de l'incendie qui a détruit le véhicule, il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 23 juin 2019, que le véhicule a d'abord subi un choc violent contre un arbre, qui a entraîné l'arrachement du demi-train et la rupture de la canalisation hydraulique du système de freinage, avant que le liquide de frein ne s'embrase au contact du disque de frein chauffé par son utilisation. Ces conclusions sont compatibles avec les déclarations aux gendarmes de M. et Mme C sur l'apparition d'une petite flamme à l'avant du véhicule à la suite du choc. Enfin, il résulte également de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du cabinet Ruquet Mora Robinet du 12 juillet 2019, que la réparation du véhicule incendié aurait été plus onéreuse que son remplacement. Par suite, les requérants sont fondés à demander la réparation du préjudice matériel résultant du remplacement du véhicule accidenté à hauteur de 350 000 euros, à raison de 349 100 euros pour AXA et 900 euros pour M. C.

7. D'autre part, M. C est fondé à demander le remboursement des frais liés au constat d'huissier en date du 26 juin 2019, qui sont en relation directe avec le fait générateur de responsabilité, à hauteur de 439,99 euros.

8. Par suite, le département du Lot et la SMACL verseront la somme de 349 100 euros à AXA et la somme de 1 339,99 euros à M. C au titre de leurs préjudices matériels.

En ce qui concerne les préjudices corporels :

9. Les requérants demandent à être indemnisés au titre des préjudices corporels subis par M. C. D'une part, si M. C prétend avoir enduré des souffrances liées à son accident, toutefois il ne résulte pas de l'instruction, y compris du certificat médical établi le 24 juin 2019 par le docteur A, qui mentionne seulement un hématome facial gauche, une tuméfaction de la cheville droite et une douleur décrite par le patient à l'épaule gauche, que M. C aurait enduré des souffrances susceptibles d'être indemnisées à hauteur de 500 euros. D'autre part, si ce dernier allègue avoir été temporairement privé de sa qualité de vie, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait subi un déficit fonctionnel temporaire susceptible d'être indemnisé à hauteur de 533 euros. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander une indemnisation au titre de préjudices corporels allégués mais non établis.

Sur les dépens :

10. Les requérants ne justifient pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais prévus par les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, leurs conclusions tendant à la condamnation du département du Lot et de la SMACL aux entiers dépens doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département du Lot et de la SMACL la somme de 1 500 euros à verser globalement à la SA Axa France Iard et à M. C. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que la SA Axa France Iard et M. C, qui n'ont la pas la qualité de partie perdante, versent au département du Lot et à la SMCL la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le département du Lot et la SMACL sont condamnés à verser à la SA Axa France Iard la somme de 349 100 euros.

Article 2 : Le département du Lot et la SMACL sont condamnés à verser à M. C la somme de 1 339,99 euros.

Article 3 : Le département du Lot et la SMACL verseront globalement à la SA Axa France Iard et à M. C la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à la SA Axa France Iard, au département du Lot et à la société mutuelle d'assurances des collectivités locales.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

S. B

Le président,

T. SORINLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Lot, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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