mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2002331 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MONTAZEAU & CARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 2 juin, 2 novembre et 16 décembre 2020, M. B C, représenté par Me Montazeau, demande au tribunal :
1°) de condamner in solidum la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, la commune de Saint Jean du Falga et leur assureur à lui verser une indemnité d'un montant total de 12 402 euros aux fins de réparation des préjudices subis dans les suites de sa chute survenue, le 12 décembre 2014, sur la chaussée à Saint Jean du Falga et d'assortir cette somme des intérêts légaux à compter de la date de dépôt du rapport d'expertise ou, à défaut, du jour de la réclamation, ainsi que de la capitalisation de ces intérêts au terme d'un an ;
2°) de mettre les entiers dépens à la charge in solidum de la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, de la commune de Saint Jean du Falga et de leur assureur ;
3°) de mettre à la charge in solidum de la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, de la commune de Saint Jean du Falga et de leur assureur le paiement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'une lourde chute alors qu'il circulait à vélo entre son travail et son domicile, le 12 décembre 2014 vers 19h15, en raison de la présence d'un important " nid de poule " au droit du chemin dit de la zone artisanale à Saint-Jean du Falga ;
- dès lors qu'il était usager de cette voie publique, dont la gestion relève de la communauté de communes du pays de Pamiers, devenue communauté de communes Portes Pyrénées d'Ariège, il bénéficie d'une présomption de défaut d'entretien normal de la voie publique ; en effet, l'excavation dans la voie comporte un diamètre d'environ 50 cm et une profondeur d'environ 40 cm ; de plus, la voie n'était pas éclairée ; aucun élément ne permet d'établir que cet important trou dans la chaussée aurait été signalé alors qu'en tout état de cause, l'éclairage de la chaussée était inexistant ; enfin, il ne connaissait pas particulièrement les lieux puisque ce n'était pas son trajet habituel pour se rendre à son travail et il avait dû l'emprunter en raison de travaux sur la voie qu'il empruntait habituellement ; son vélo était suffisamment éclairé, il portait un gilet réfléchissant et il roulait à allure normale ; la seule circonstance qu'il ne portait pas de casque ne saurait lui être reprochée aux fins d'engager la responsabilité des collectivités mises en cause dès lors que le port du casque n'est pas obligatoire pour les adultes ; il ne saurait donc y avoir de fautes exonératoires de la victime aux fins d'atténuer le préjudice subi ;
- le lien de causalité entre ce défaut d'entretien de la voie et les préjudices subis est établi par les témoignages recueillis, notamment de la part de riverains de la voie et des pompiers intervenus pour le prendre en charge et l'amener au service des urgences du centre hospitalier intercommunal du Val d'Ariège (CHIVA) ; de plus, le maire de la commune de Saint-Jean du Falga a attesté de l'existence de cette excavation et confirmé qu'elle était à l'origine de l'accident subi par M. C ;
- le dommage subi est anormal et spécial ; il a notamment souffert d'un effondrement du plancher orbital et buccal, révélant un trouble maxillo-facial important ; il a, dans les suites de cet accident, connu des troubles d'ordre psychologique et a bénéficié d'un arrêt de travail du 13 décembre 2014 au 30 avril 2016, prolongé jusqu'au 31 juillet 2016 ; son état physique a été regardé comme consolidé lors de l'ablation des plaques d'ostéosynthèse qui lui ont été posées, soit le 20 juillet 2016 ;
- l'expert désigné par le tribunal a établi son déficit fonctionnel permanent (DFP) à 1 %, avec une date de consolidation au 1er octobre 2015, mais ce taux devra être revu à la hausse dès lors que l'expert ne prend pas en compte les retentissements psychologiques et le suivi psychiatrique dont il a dû bénéficier ; par ailleurs, l'expert a omis de prendre en considération les souffrances psychologiques qui se traduisent par une perte d'estime de soi, une irritabilité, une aboulie, un isolement social, des idées sombres et une angoisse ne lui permettant pas de reprendre son activité professionnelle ; le taux de DFP devra, dès lors, être fixé à 3 % et le montant du préjudice correspondant à 4 300 euros ;
- le déficit fonctionnel temporaire (DFT) a été évalué par l'expert à 5 jours pour le DFT total et à 239 jours pour le DTF partiel de classe II et 10 jours pour le DTF partiel de classe I ; il en sera fait une juste appréciation en le fixant à 1 102 euros (150 euros pour le DFTT, 240 euros pour le DFTP à 25 % et 717 euros pour le DFTP à 10 %) ;
- les souffrances endurées, que l'expert a évaluées à 2,5 sur une échelle de 7, devront être indemnisées à hauteur de 5 000 euros dans la mesure où il convient de prendre en considération le fait qu'il a dû attendre un mois avant de subir l'intervention chirurgicale que son état nécessitait, puis subir une seconde intervention et qu'il a enduré des douleurs insoutenables avec une perte temporaire de la sensibilité maxillaire et une mastication perturbée associée à des troubles de l'articulé dentaire ;
- si l'expert n'a pas retenu de préjudice esthétique temporaire, M. C a toutefois souffert d'un traumatisme de la face, la pose de plaques d'ostéosynthèse avec des vis apparentes au niveau du maxillaire et de la mandibule ainsi que des troubles de l'élocution et une altération de son apparence physique ; ce chef de préjudice devra donc être indemnisé à hauteur de 2 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 1er octobre et le 13 novembre 2020, la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, la commune de Saint Jean du Falga et la SMACL Assurances, représentées par Me Douchez-Layani, concluent :
- à titre principal, au rejet de la requête et à ce que le paiement, tant à la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées et à la SMACL qu'à la commune de Saint Jean du Falga et à la SMACL, de la somme de 1 500 euros chacune soit mis à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, à ce que la SMACL Assurances relève et garantisse la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées et la commune de Saint Jean du Falga de toute condamnation prononcée contre elles et de ramener les demandes indemnitaires de M. C à de plus justes proportions.
Elles font valoir que :
- la commune de Saint-Jean du Falga devra être mise hors de cause dès lors qu'elle n'avait plus la compétence de voirie sur la voie incriminée ;
- la communauté de communes devra être également mise hors de cause en l'absence de lien de causalité entre l'accident dont a été victime M. C et l'ouvrage public ; en effet, les attestations de témoins produites au dossier d'instruction concernent des témoignages de personnes arrivées postérieurement sur les lieux de l'accident ; aucun témoin n'a pu constater la chute de M. C ; de plus, le trou était signalé par un panneau ;
- au surplus, le défaut d'entretien normal de l'ouvrage n'est pas établi ; le trou en litige était signalé par un panneau ; le fait d'avoir fait procéder à des travaux postérieurement à l'accident ne saurait constituer une preuve d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage ;
- par ailleurs, la faute d'imprudence de la victime est exonératoire alors qu'il connaissait nécessairement les lieux, qu'un panneau de signalisation était présent et que l'importance de l'excavation la rendait visible et donc contournable par un cycliste normalement attentif ; enfin, l'intéressé ne portait pas de casque ;
- en tout état de cause, il conviendrait de ramener à de plus justes proportions les préjudices allégués.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le rapport de l'expertise ordonnée en référé, déposé au greffe du tribunal le 14 août 2017 ;
- l'ordonnance du 17 octobre 2017, sous le n° 1700839, liquidant et taxant les frais et honoraires de l'expertise ordonnée en référé à la somme de 1 200 euros ;
Vu :
- le code des assurances ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public ;
- et les observations de Me Montazeau, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 décembre 2014 vers 19h15, alors qu'il circulait à bicyclette en direction de son domicile, sur le chemin de la zone artisanale à Saint Jean du Falga (Ariège), M. C a été victime d'une lourde chute ayant conduit à l'intervention des services de secours puis à son admission au service des urgences du centre hospitalier intercommunal du Val d'Ariège (CHIVA) en raison d'un traumatisme crânien avec perte de connaissance temporaire et d'un traumatisme maxillo-facial. Il a, par la suite, dû subir deux interventions chirurgicales en raison notamment de fractures du plancher orbital et du maxillaire droit provoquées par sa chute. Il a également été placé en arrêt de travail à compter du 13 décembre 2014 et jusqu'au 30 juillet 2016. Estimant que sa chute et les différents préjudices subis résultaient d'un défaut d'entretien de la chaussée, en raison de la présence d'une importante excavation de type " nid de poule " au milieu de la voie bitumée, M. C a d'abord sollicité l'indemnisation des préjudices subis de la part de la SMACL, assureur de la commune de Saint Jean du Falga et de la communauté de communes de Pamiers, devenue communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, par une réclamation du 18 juin 2015 laquelle a été explicitement rejetée le 30 juin courant. Après un dépôt de plainte le 22 juillet 2015, l'intéressé a ensuite demandé et obtenu du Tribunal l'organisation d'une expertise médicale, par une ordonnance du 20 avril 2017, et dont le rapport a été déposé le 12 août 2017. Par deux lettres respectivement datées des 6 et 13 mai 2020, la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées et la commune de Saint Jean du Falga ont rejeté la demande préalable indemnitaire de M. C tendant à la réparation de ses préjudices. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner in solidum la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, la commune de Saint Jean du Falga et leur assureur, la SMACL, à l'indemniser des préjudices patrimoniaux et personnels qu'il estime avoir subis, pour un montant total de 12 402 euros, dans les suites de sa chute accidentelle au droit du chemin communal de la zone artisanale à Saint Jean du Falga et qu'il impute à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.
Sur l'engagement de la responsabilité de la communauté de communes Portes Pyrénées d'Ariège, de la commune de Saint-Jean du Falga et de leur assureur :
2. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usager et le dommage dont elle se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Il résulte de l'instruction que M. C, qui circulait à bicyclette entre son travail et son domicile, avait la qualité d'usager du chemin dit de la zone artisanale à Saint Jean du Falga au moment de son accident, voie appartenant au domaine public de ladite commune et dont l'entretien et la gestion relèvent de la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées. Il peut donc se prévaloir du régime de responsabilité pour faute présumée à raison du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.
4. Il résulte en outre de l'instruction, et en particulier d'une attestation rédigée par le directeur départemental des services d'incendie et de secours (SDIS) du 26 mars 2015, du dépôt de plainte de M. C en date du 22 juillet 2015 ainsi que des nombreuses attestations de témoins, établis entre le 30 mars et le 18 avril 2015, que la matérialité de l'accident dont a été victime M. C le 12 décembre 2014 vers 19h au niveau du n° 3 chemin de la zone artisanale à Saint Jean du Falga est établie. Il résulte également de ces différents témoignages que M. C a été retrouvé à terre, fortement contusionné et victime d'un traumatisme crânien avec perte temporaire de connaissance, immédiatement au droit d'une importante excavation dans la chaussée, révélant ainsi un défaut d'entretien normal de celle-ci. Si, certes, aucun de ces témoins n'était présent au moment de la chute accidentelle de M. C, ce qui ne saurait être reproché à l'intéressé, leurs témoignages concordants corroborent en tout état de cause la réalité, l'heure et le lieu de cette chute intervenue en face du n° 3 chemin de la zone artisanale, aux alentours de 19h et alors qu'il faisait nuit, lorsque le premier automobiliste s'est arrêté pour porter secours à M. C et alerter les services d'intervention, une équipe du SDIS étant ensuite arrivée sur les lieux à 19h19 aux fins de transporter M. C vers les urgences du CHIVA. L'ensemble des témoignages ainsi recueillis émanant de personnes sans lien avec la victime, corroborés par l'attestation du directeur du SDIS, soulignent la présence de cette importante excavation au droit du lieu de l'accident et sont, d'ailleurs, confirmés par une attestation du maire de Saint Jean du Falga en date du 29 avril 2015 qui indique que les services techniques municipaux sont intervenus le lundi 15 décembre 2014 aux fins de boucher un trou sur la chaussée du chemin de la zone artisanale et que ce trou " a été la cause de l'accident survenu le 12 décembre 2014 et dont la victime est M. C ".
5. Si les collectivités défenderesses allèguent, par ailleurs, que le trou en litige en milieu de chaussée, dont elles ne contestent pas l'anormalité, aurait été signalé par un panneau de signalisation, elles ne l'établissent pas et n'apportent pas le moindre commencement de la preuve qui leur incombe de l'existence de cette signalisation ni, de surcroît, de sa parfaite visibilité des usagers de la voie ni, encore et en tout état de cause, de ce que cette importante excavation dans la chaussée, de l'ordre de 50 centimètres de diamètre et de 40 centimètres de profondeur selon les dires non contestés de M. C, aurait été visible d'un usager attentif de la chaussée alors qu'il est constant que l'accident s'est produit de nuit et que cette voie n'était pas éclairée au moment des faits. A cet égard, il ne résulte pas davantage de l'instruction et n'est pas établi que M. C connaissait particulièrement ce chemin dans la mesure où il soutient sans être sérieusement contredit qu'il ne s'agissait pas de son trajet habituel pour se rendre de son domicile à son travail, situé sur la zone commerciale route de Mirepoix à Pamiers, et qu'il avait dû l'emprunter en raison de travaux et d'une interdiction d'utiliser la voie qu'il utilisait habituellement, ce que corroborent d'ailleurs les plans de voirie que l'intéressé a joints à l'appui de sa requête. En outre, la circonstance que M. C n'aurait pas porté de casque, alors qu'un tel dispositif de sécurité n'est pas obligatoire pour les cyclistes âgés de plus de douze ans, ne saurait, en tout état de cause, constituer une cause exonératoire de responsabilité dès lors que cette circonstance est sans lien avec sa chute accidentelle et qu'il n'est pas démontré ni même sérieusement soutenu que l'intéressé, qui était équipé d'un gilet réfléchissant et de l'éclairage réglementaire de sa bicyclette, aurait fait preuve d'une particulière imprudence.
6. Enfin, si la commune de Saint Jean du Falga semble, dans ses dernières écritures, demander sa mise hors de cause au motif que la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées était chargée de la gestion du chemin de la zone artisanale, elle n'établit ni ne soutient que cette voie, dont elle ne conteste pas être propriétaire, serait sortie du domaine public communal et aurait fait l'objet d'un transfert de propriété ou de compétence au seul profit de la communauté de communes. D'ailleurs, il est constant que ce sont les services techniques communaux qui ont procédé à la réfection de la chaussée au droit de l'accident survenu à M. C, le 15 décembre 2014. Dans ces conditions, la commune de Saint Jean du Falga n'est pas fondée à demander sa mise hors de cause.
7. Dès lors, tant la matérialité des faits que le lien de causalité entre la chute accidentelle de M. C et le défaut manifeste d'entretien normal de l'ouvrage public qu'il met en cause étant établis, et en l'absence de toute cause exonératoire ou faute de la victime, le requérant est fondé à demander l'engagement de la responsabilité in solidum de la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, de la commune de Saint Jean du Falga et de leur assureur à l'indemniser des préjudices qu'il a subis en lien avec la faute commise. A cet égard, et dès lors que le dommage est accidentel, il ouvre droit à réparation intégrale des préjudices qui en ont résulté, en lien direct avec ce dommage, et sans que la victime ait à prouver l'existence du caractère anormal et spécial de celui-ci.
Sur la réparation des préjudices invoqués par M. C :
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire partiel :
8. L'expert judiciaire relève dans son rapport, sans être contredit, une gêne temporaire totale de cinq jours, correspondants au jour de l'accident, et aux deux hospitalisations pour réaliser les interventions chirurgicales nécessitées par l'état de M. C, aux mois de janvier 2015 et juillet 2016. Il retient également une gêne temporaire partielle de classe II durant la période du 4 janvier au 4 février 2015, soit 32 jours et deux périodes de gêne temporaire partielle de classe I du 5 février 2015 au 1er octobre 2015 puis du 21 juillet 2016 au 31 juillet 2016 à l'issue de la dernière intervention chirurgicale, soit un total de 249 jours à ce titre. Ces périodes d'incapacité temporaire qui correspondent au temps pendant lequel M. C a notamment dû supporter la présence de plaques d'ostéosynthèse pour traiter la fracture déplacée du maxillaire droit ainsi que le traitement des lésions dentaires, ne sont pas contestées dans leur principe et dans leur quantum. Dans ces conditions, il sera, à la suite de l'expert, fait une juste appréciation de ce chef préjudice en l'évaluant à une somme globale de 5 506 euros (soit, sur la base de 400 euros par mois pour un DFT total, 67 euros pour les 5 jours de DFT total, 107 euros pour les 32 jours de DFT partiel de classe II et 332 euros pour les 249 jours de DFT partiel de classe I).
En ce qui concerne les souffrances endurées :
9. L'expert judiciaire précise que les souffrances endurées par M. C peuvent être évaluées à 2,5 sur une échelle de 7 et indique qu'elles correspondent au traumatisme crânien subi, aux deux interventions chirurgicales qui ont dû être réalisées pour la pose puis l'ablation des plaques d'ostéosynthèse, à la reconstruction dentaire ainsi qu'au retentissement psychologique ressenti par M. C, qui n'a d'ailleurs pas pu reprendre son activité professionnelle avant l'été 2016. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'expert a bien pris en compte les séquelles psychologiques de l'accident ainsi que cela résulte clairement de la teneur de ses observations terminales. Dès lors, il y a lieu de retenir cette évaluation du pretium doloris et il sera, en conséquence, fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 2 500 euros.
En ce qui concerne le préjudice esthétique temporaire :
10. Si l'expert ne retient pas, à juste titre, de préjudice esthétique définitif, dans la mesure où les interventions réalisées et les soins dentaires pratiqués ont permis une reconstruction maxillo-faciale complète, il est toutefois constant, ainsi que cela résulte notamment des clichés photographiques joints par le requérant, des comptes rendus médicaux d'hospitalisation et du rapport d'expertise judiciaire lui-même, que M. C a subi un traumatisme facial, associé à une fracture du plancher orbital droit ainsi que de la paroi externe du sinus maxillaire, l'expert ajoutant qu'il a eu le visage tuméfié et que plusieurs dents ébréchées ont dû être soit dévitalisées, soit chaussées d'une couronne en céramique ou d'un matériau composite. Le certificat médical établi, le 29 juin 2015, par le chirurgien maxillo-facial l'ayant pris en charge permet de fixer à cette date la résorption de ces contusions externes temporaires, qui ont porté incontestablement atteinte à l'image de soi de M. C. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice esthétique temporaire en le fixant à la somme de 1 000 euros
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :
11. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. C, qui a été victime d'un traumatisme facial ayant occasionné une fracture non déplacée du plancher de l'orbite droit et d'une fracture déplacée du maxillaire droit, a dû faire l'objet de deux interventions chirurgicales pour la mise en place puis l'ablation de plaques d'ostéosynthèse ainsi que d'une dévitalisation d'une dent et la pose d'une couronne dentaire. L'expert mentionne une date de consolidation au plan physique, notamment de son état maxillo-facial, au 29 juin 2015, et indique qu'il subsiste une hypoesthésie du trijumeau droit, en relation directe avec le traumatisme. Il retient un taux de déficit fonctionnel permanent de 1 %. Si M. C conteste ce taux au motif que l'expert n'aurait pas pris en compte les séquelles psychologiques de son accident, il résulte au contraire du rapport d'expertise qu'il en a été tenu compte afin de fixer la date de consolidation globale au 1er octobre 2015. L'expert mentionne également les trois consultations psychiatriques dont M. C a bénéficié en juillet, août et septembre 2015 mais précise, sans être utilement contredit, qu'il n'existe pas de trace de suivi psychiatrique postérieurement à cette dernière consultation. D'ailleurs, le certificat médical intitulé " expertise psychiatrique " établi, le 30 août 2016, par une psychiatre du CHIVA ne contredit pas cet état de fait. Si M. C, qui était âgé de 57 ans à la date de consolidation, fait état d'une perte d'estime de soi, une irritabilité, une forme d'aboulie, un isolement social, des idées sombres et un état d'angoisse, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas de l'expertise psychiatrique du 30 août 2016 précitée, que ces phénomènes auraient perduré après la consolidation définitive de son état de santé et alors qu'il ne conteste pas avoir pu reprendre finalement son activité professionnelle à l'issue de l'été 2016. Le médecin psychiatre qu'il a consulté indique ainsi que, depuis l'ablation des plaques d'ostéosynthèse, " son état psychique s'est grandement amélioré " et qu'il " peut de nouveau se projeter et envisager la reprise de son travail ". Dans ces conditions, le taux de déficit fonctionnel permanent proposé par l'expert peut être retenu et il sera, par suite, fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées et la commune de Saint Jean du Falga doivent être condamnées solidairement avec leur assureur, la SMACL, à verser à M. C la somme globale de 10 506 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
13. M. C a droit, ainsi qu'il le demande, aux intérêts au taux légal afférents à l'indemnité de 10 506 euros et ce à compter du 28 avril 2020, date de première réception de sa réclamation préalable en ce sens auprès de la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées. La capitalisation des intérêts a été demandée le même jour mais ne peut prendre effet qu'au terme d'une année entière d'intérêts. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande d'anatocisme à compter du 28 avril 2021, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date.
Sur l'appel en garantie présenté par la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées et la commune de Saint-Jean du Falga à l'encontre de la SMACL :
14. Un contrat d'assurance passé par une personne morale de droit public, soumise aux dispositions du code de la commande publique, présente le caractère d'un contrat administratif. Ainsi, l'action en garantie exercée, le cas échéant, par l'auteur du dommage contre son assureur relève de la compétence de la juridiction administrative, dès lors que le contrat d'assurance présente le caractère d'un contrat administratif et que le litige n'a pas été porté devant une juridiction judiciaire avant la date d'entrée en vigueur de la loi du 11 décembre 2001. Par ailleurs, si aucune des parties, notamment l'assureur, ne le conteste, il n'appartient pas au juge administratif de rechercher d'office si le sinistre à l'origine du litige est au nombre de ceux couverts par la garantie de l'assureur. Enfin, la faculté d'émettre un titre exécutoire dont dispose une personne publique ne fait pas obstacle à ce qu'elle saisisse le juge de l'action directe ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances, laquelle trouve son origine dans le contrat passé entre le responsable du dommage et son assureur.
15. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la lettre du 30 juin 2015 de la SMACL adressée à M. C, que cette société d'assurances agissait, à la date des faits, en qualité d'assureur en responsabilité de la communauté de communes du Pays de Pamiers, devenue la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées. Et il résulte également des dernières écritures en défense conjointes de ladite communauté de communes et de la commune de Saint Jean du Falga que la SMACL est aussi l'assureur en responsabilité de cette dernière collectivité. Il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas soutenu en défense que le contrat passé par ces collectivités avec leur assureur aurait été conclu antérieurement au 12 décembre 2001, non plus que le dommage en litige serait exclu des garanties couvertes par la SMACL, qui est déclaré co-responsable solidairement et par ailleurs co-défenseur à leurs côtés. Dans ces conditions et nonobstant la faculté qui leur est offerte d'émettre un titre exécutoire, la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées et la commune de Saint Jean du Falga sont fondées à demander à être relevées et garanties intégralement des condamnations prononcées contre elles, par leur assureur en responsabilité, la SMACL, au titre des dommages en cause.
Sur les dépens :
16. Il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise ordonnée en référé, taxés et liquidés à hauteur de la somme de 1 200 euros, à la charge définitive et solidaire de la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, de la commune de Saint Jean du Falga et de leur assureur, qui sont les parties perdantes dans la présente instance.
Sur les frais exposés au titre de l'instance :
17. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. C présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge solidaire de la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, de la commune de Saint Jean du Falga et de leur assureur le paiement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, la commune de Saint Jean du Falga et leur assureur, la SMACL, sont solidairement condamnées à verser à M. C une indemnité de 10 506 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts à compter du 28 avril 2020 et la capitalisation des intérêts prendra effet à compter du 28 avril 2021 ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 2 : La SMACL relèvera et garantira intégralement la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées et la commune de Saint Jean du Falga des condamnations prononcées contre elles à l'article 1er.
Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros, sont mis à la charge définitive et solidaire de la communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, de la commune de Saint Jean du Falga et de leur assureur, la SMACL.
Article 4 : La communauté de communes Portes d'Ariège Pyrénées, la commune de Saint Jean du Falga et leur assureur, la SMACL, verseront solidairement à M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la communauté de communes Portes Pyrénées d'Ariège, à la commune de Saint Jean du Falga, à la société SMACL Assurances et à la société Orange.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président-rapporteur,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
T. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHTLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026