mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2002390 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CLAMENS CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 19 juin 2020, M. B C, représenté par Me Sérée de Roch, demande au tribunal :
1°) de reconnaître la responsabilité solidaire du syndicat intercommunal d'adduction des eaux potables de l'Iffernet (SIAEP) devenu le syndicat des eaux du sud-est du Lot (SELEL), de son assureur Groupama d'Oc, du SYDED du Lot, de son assureur la SMACL, de la SARL SARTP (ci-après la SARTP), de son assureur la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), de la SAS Dubreuilh TP - Agence Midi-Pyrénées (ci-après la société Dubreuilh), son assureur la SMABTP, et du département du Lot dans les dommages qu'il a subis lors de l'exécution des travaux publics de création d'un réseau d'adduction d'eau potable ;
2°) de condamner solidairement le SIAEP de l'Iffernet, son assureur Groupama d'Oc, la SARTP, son assureur la SMABTP, le SYDED du Lot, son assureur la SMACL, la société Dubreuilh, son assureur la SMABTP et le département du Lot à lui verser aux fins d'indemnisation de son préjudice matériel, à titre principal, la somme de 13 200 euros correspondant au coût des réparations de son mur ou, à titre subsidiaire, la somme de 12 320 euros correspondant au coût des réparations de son mur contradictoirement fixé lors de l'expertise amiable ;
3°) de condamner solidairement les mêmes parties à lui verser la somme de 2 000 euros aux fins d'indemnisation de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence ;
4°) de mettre à la charge des mêmes parties, solidairement, le paiement de la somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les travaux publics conduits devant sa propriété sont responsables des désordres apparus sur son mur ;
- la responsabilité sans faute du maître d'ouvrage (le SIAEP de l'Iffernet), du maître d'œuvre (le SYDED du Lot), des entreprises qui ont effectué les travaux (la société Dubreuilh et la SARTP), du financeur (le département du Lot) et de leurs assureurs respectifs est engagée de ce fait ;
- les mesures de nature à protéger son mur n'ont pas été prises, ce qui engage la responsabilité pour faute des parties susmentionnées ;
- il a subi un préjudice matériel évalué au coût de la réparation du mur, soit 13 200 euros ;
- il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, évalués à 2 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2020, la compagnie Groupama d'Oc, assureur du SIAEP de l'Iffernet, représentée par Me Lanéelle, conclut :
1°) à titre principal, à l'incompétence du juge administratif pour statuer sur l'application des garanties souscrites auprès d'elle ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation des travaux de reprise à 12 320 euros et au rejet du surplus des conclusions de M. C ;
3°) en tout état de cause, à la condamnation solidaire du SYDED du Lot, de la SARTP, de la société Dubreuilh, de la SMACL et de la SMABTP à relever et garantir indemnes le SIAEP de l'Iffernet et la compagnie Groupama d'Oc de toutes condamnations prononcées à leur encontre, et à ce que soit mis à leur charge le paiement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des actions dirigées à l'encontre d'un assureur dans le cadre de ses obligations de droit privé ;
- en matière de dommages causés aux tiers à l'occasion de travaux publics, le régime de responsabilité applicable est celui de la responsabilité sans faute du maître d'ouvrage ; toutefois, la responsabilité des intervenants est également engagée à l'égard des tiers même en l'absence de faute ; la responsabilité technique du SIAEP de l'Iffernet n'est pas engagée et il dispose d'un recours à l'encontre des constructeurs et de leur assureur, qui seront condamnés à le relever et garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre ;
- le préjudice matériel est limité à 12 320 euros, en déduisant la somme de 880 euros qui correspond à la part de vétusté appliquée au mur ;
- le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence ne sont pas constitués en l'absence d'incidence sur l'habitabilité et la pleine jouissance de la propriété.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2020, la société Dubreuilh, représentée par Me Salesse, conclut :
1°) à titre principal, au rejet des demandes de M. C présentées à son encontre, à sa mise hors de cause, et à ce que le paiement de la somme de 2 000 euros soit mis à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation du SIAEP de l'Iffernet à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à titre très subsidiaire, à la condamnation solidaire de la SARTP, du SYDED du Lot et du SIAEP de l'Iffernet à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre, et à ce que le paiement de la somme de 2 000 euros soit mis à leur charge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle n'a pas participé à l'exécution des travaux sur la commune de Lalbenque (Lot), qui étaient prévus dans la tranche ferme du marché de travaux conclu avec la SARTP, dévolue à cette dernière, ce que confirme le rapport d'expertise du cabinet Elex ;
- le maître d'ouvrage (le SIAEP de l'Iffernet) n'a assorti la réception définitive de ses travaux d'aucune réserve : il doit donc supporter la totalité de la charge finale de la responsabilité et la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;
- le rapport d'expertise du cabinet Elex ne lui est pas opposable puisqu'elle n'était pas présente ni représentée lors des visites ;
- le préjudice moral de M. C et les troubles dans ses conditions d'existence ne sont pas établis.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2020, le département du Lot, représenté par Me Depuy, conclut :
1°) à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête de M. C en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
2°) à titre subsidiaire, à sa mise hors de cause ;
3°) en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de M. C le paiement de la somme de 2 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête dirigée contre le département du Lot est irrecevable en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
- il n'a pas financé les travaux en litige ;
- la responsabilité sans faute à l'égard des tiers du fait de dommages de travaux publics n'engage pas le financeur de ces travaux.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2020, le SYDED du Lot et la SMACL, son assureur, représentés par Me Depuy, concluent :
1°) à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête de M. C en l'absence de demande indemnitaire préalable et à l'incompétence du juge administratif pour statuer sur la responsabilité de la SMACL ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
3°) en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de M. C le paiement de la somme de 2 500 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête dirigée contre le SYDED du Lot est irrecevable en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
- le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des actions dirigées à l'encontre d'un assureur dans le cadre de ses obligations de droit privé ;
- le lien de causalité entre les travaux publics et les désordres du mur de M. C n'est pas établi par le seul constat amiable non signé par le SYDED du Lot ; ce mur était fragile avant l'intervention de ces travaux ;
- malgré ses demandes, la SARTP ne lui a jamais remis les plans d'exécution qui auraient pu permettre de vérifier l'emplacement prévu pour creuser les tranchées ;
- conformément à l'article 3.5 du CCTP afférent à ce lot, il a fait réaliser le piquetage contradictoire avec la société SARTP ;
- l'étendue du préjudice matériel du requérant n'est pas établie ; le devis fourni n'est pas détaillé ;
- le préjudice moral n'est pas établi.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2021, la SMABTP, en qualité d'assureur de la société Dubreuilh, représentée par Me Serdan, conclut :
1°) à titre principal, à l'incompétence du juge administratif pour statuer sur la responsabilité de la SMABTP en tant qu'assureur de la société Dubreuilh ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
3°) à titre très subsidiaire, à la révision du montant des travaux de reprise en application d'un coefficient de 80% et à la condamnation solidaire du SIAEP de l'Iffernet, de la compagnie Groupama d'Oc, du SYDED du Lot et de la SMACL à la relever et garantir intégralement des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;
4°) en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de M. C ou de tout succombant le paiement de la somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des actions dirigées à l'encontre d'un assureur dans le cadre de ses obligations de droit privé ;
- le rapport d'expertise du cabinet Elex n'est pas opposable à la société Dubreuilh et à la SMABTP, qui n'étaient pas présentes à la réunion d'expertise, d'autant plus que le rapport d'expertise n'a pas été communiqué à la SMABTP en qualité d'assureur de la société Dubreuilh ;
- ce rapport d'expertise ne permet ni de justifier l'existence du désordre en l'absence de données sur l'état initial du mur, ni d'établir le lien de causalité entre les travaux publics et les dommages subis par le mur ;
- la société Dubreuilh n'est pas intervenue sur les travaux en litige et doit donc être mise hors de cause, de même que son assureur, la SMABTP ;
- il convient de procéder à un abattement de 80 % sur la somme demandée au titre du préjudice matériel pour tenir compte de la vétusté du mur ;
- le préjudice moral n'est pas établi ;
- le maître d'ouvrage (le SIAEP de l'Iffernet), responsable vis-à-vis des tiers, le maître d'œuvre (le SYDED du Lot) et leurs assureurs respectifs doivent la garantir de toute condamnation formulée à son encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2021, la SARTP et la SMABTP, son assureur, représentées par la société CAD AVOCATS, concluent :
S'agissant de la responsabilité de la SARTP :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation des condamnations à hauteur de 50% du fait de la victime et la condamnation du SYDED du Lot et du SIAEP de l'Iffernet à la garantir et relever indemnes de toutes condamnations ;
S'agissant de la responsabilité de la SMABTP :
1°) à titre principal, à l'incompétence du juge administratif pour statuer sur l'application des garanties souscrites auprès d'elle ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
S'agissant des préjudices :
1°) à titre principal, au rejet des demandes indemnitaires non justifiées ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation du montant des travaux à 12 230 euros ;
3°) en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de tout succombant le paiement de la somme de 2 000 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des actions dirigées à l'encontre d'un assureur dans le cadre de ses obligations de droit privé ;
- le lien de causalité n'est pas établi entre les travaux réalisés par la SARTP et le dommage allégué ;
- les désordres procèdent en partie de la vétusté du mur : il convient d'établir la part de faute de la victime à 50% ;
- le maître d'ouvrage (le SIAEP de l'Iffernet) et le maître d'œuvre (le SYDED du Lot) ont manqué à leurs obligations en ne s'assurant pas que les travaux entrepris par la SARTP n'engendreraient pas la détérioration de ce mur riverain : ils doivent donc la garantir ;
- le montant du préjudice matériel ne repose sur aucun devis ; en tout état de cause la somme de 880 euros, comprise dans le total de 13 200 euros, doit rester à la charge de M. C car elle correspond à la vétusté du mur ;
- le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence ne sont pas constitués en l'absence d'incidence sur la pleine jouissance de son habitation.
Par une ordonnance du 16 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Un mémoire présenté par M. C a été enregistré le 23 août 2021.
Vu :
- le rapport d'expertise déposé le 23 juin 2019 par M. D ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,
- et les observations de Me Dervin pour le SIAEP de l'Iffernet et son assureur, Groupama d'Oc, de Me Arnaud pour le SYDED du Lot, le département du Lot et leur assureur, la SMACL, de Me Waller pour la société Dubreuilh, et de Me Pelleguy pour la SMABTP.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C est propriétaire d'une maison d'habitation située 909, route de Vaylats, dans la commune de Lalbenque (Lot). En juin 2018, des travaux de création d'un réseau d'adduction d'eau potable ont été réalisés le long de sa propriété. La maîtrise d'ouvrage était confiée au SIAEP de l'Iffernet, dont est membre la commune de Lalbenque, la maîtrise d'œuvre au SYDED du Lot et le financement au département du Lot. Les entreprises titulaires du marché étaient la SARTP et la société Dubreuilh. Les travaux ont consisté dans la réalisation d'une tranchée dans laquelle a été enfoui le système de canalisation et de distribution de l'eau. Lors de la réalisation des travaux le long de la route départementale n° 19, le mur en pierres sèches de la propriété de M. C a subi des désordres. Une expertise contradictoire a été réalisée entre M. C et les parties susmentionnées ainsi que leurs assureurs. Le 23 juin 2019, un rapport d'expertise a été rendu. Le 11 mars 2020, M. C a présenté une réclamation aux fins d'indemnisation des préjudices subis lors de l'exécution des travaux publics. Le 7 mai 2020, le SIAEP de l'Iffernet a rejeté sa demande indemnitaire. Par la présente requête, M. C demande la réparation des préjudices subis du fait de ces travaux et la condamnation solidaire des parties susmentionnées à lui verser une indemnité de 13 200 euros au titre des travaux de réparation du mur et de 2 000 euros au titre de son préjudice moral et des troubles subis dans ses conditions d'existence.
Sur l'ordre de juridiction compétent :
2. D'une part, aux termes de l'article 2 de la loi du 11 décembre 2001 portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier : " I. - Les marchés passés en application du code des marchés publics ont le caractère de contrats administratifs. () ".
3. D'autre part, il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement de sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait du juge administratif.
4. Il résulte de l'instruction que les contrats passés par Groupama d'Oc, assureur du SIAEP de l'Iffernet, et par la SMACL, assureur du SYDED du Lot ont un caractère de contrats administratifs. En revanche, les contrats passés par la SMABTP, en tant qu'assureur de la société Dubreuilh et de la SARTP, ne révélant que des obligations de droit privé entre les cocontractants, les conclusions présentées à l'encontre de la SMABTP doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les fins de non-recevoir opposées par le SYDED du Lot et le département du Lot :
5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "
6. En l'espèce, il est constant que le requérant n'a pas effectué de demande indemnitaire préalable ni auprès du SYDED du Lot, qui est un établissement public industriel et commercial, ni auprès du département du Lot. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête dirigées contre eux ne peuvent qu'être rejetées comme étant irrecevables.
Sur la responsabilité :
7. Même en l'absence de faute, les maîtres d'ouvrages et les participants, y compris sous-traitants, aux travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ces derniers par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Toutefois, la mise en jeu de la responsabilité sans faute de ceux-ci pour dommages de travaux publics à l'égard d'un tiers à une opération de travaux publics est subordonnée à la démonstration par ce tiers de l'existence d'un dommage et d'un lien de causalité entre cette opération et les dommages subis.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'une expertise amiable contradictoire, menée par M. D, pour le cabinet Elex, a donné lieu à deux visites sur la propriété de M. C : la première le 22 octobre 2018 en présence de M. C, d'un représentant du SYDED du Lot et d'un représentant de la SMACL ; la seconde le 20 décembre 2018, en présence de M. C et de représentants de Groupama d'Oc, de la SMABTP, assureur de la SARTP, du SYDED du Lot et de la SMACL. D'une part, s'agissant de la cause des dommages, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise déposé le 23 juin 2019, que lors des travaux d'excavation, de remblaiements et de compactage, les vibrations, le compactage et des heurts accidentels ont provoqué la déstabilisation du mur sur une longueur de 70 mètres linéaires. D'autre part, s'agissant des responsabilités en cause, il résulte de l'instruction, et il n'est au demeurant pas contesté, que seule la SARTP a travaillé sur la zone de chantier concernée par le sinistre. Par suite, la SARTP, qui allègue, sans toutefois le démontrer, que M. C aurait mal entretenu son mur, n'est fondée à faire valoir ni que les désordres apparus sur ce mur résulteraient d'une faute du requérant, ni que le lien de causalité ne serait pas clairement établi entre les travaux qu'elle a réalisés et ces désordres, alors même qu'au surplus le SIAEP de l'Iffernet et son assureur admettent l'existence de ce lien de causalité.
9. Par ailleurs, si la société Dubreuilh a conclu en cotraitance avec la SARTP un marché de travaux, le 6 octobre 2017, pour la réalisation du lot n°3 (canalisations) du réseau d'adduction d'eau potable, il résulte de l'instruction, et en particulier, d'une part, du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) versé au dossier qui confie à la seule SARTP les travaux entrepris sur le ressort de la commune de Lalbenque tandis que la société Dubreuilh était en charge des travaux à mener le long de la route départementale n°26 prévus par la tranche optionnelle du contrat, et, d'autre part, du rapport de l'expert qui relève que, comme il a été dit, seule la SARTP a travaillé sur la zone de chantier concernée par le sinistre, que la société Dubreuilh n'a pas participé aux travaux en litige, ce qui n'est au demeurant pas contesté. Ainsi, en l'absence de clause contractuelle le prévoyant, sa responsabilité ne saurait être recherchée au titre des dommages provoqués par ces travaux et elle doit être mise hors de cause.
10. Par suite, M. C est seulement fondé à rechercher la responsabilité solidaire du SIAEP de l'Iffernet, maître d'ouvrage, et de la SARTP, entrepreneur, pour les dommages subis par sa propriété du fait des travaux publics en litige.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne le préjudice matériel :
11. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise précité, que les dommages causés au mur nécessitent des réparations sur de multiples zones, d'une longueur cumulée d'environ 70 mètres linéaires et que le coût des travaux de réparation de ce mur a été estimé contradictoirement à 12 320 euros TTC, à raison de 160 euros par mètre linéaire, déduction faite d'un coefficient de vétusté. Si M. C soutient que le coût réel des travaux permettant de réparer son préjudice s'élèverait en réalité à 13 200 euros TTC, verse au dossier un devis établi le 30 juillet 2018 par la société Bâtifrance Services Midi-Pyrénées en ce sens, et fait valoir que le total de 12 320 euros aurait été fixé à l'amiable, cependant ces allégations sont contestées par les autres parties, en particulier par le SIAEP de l'Iffernet, son assureur, la SARTP et son assureur qui soutiennent que le total de 12 320 euros tient compte d'un abattement de 880 euros correspondant à la vétusté du mur, fixé contradictoirement au procès-verbal de l'expertise signé par ces parties. En tout état de cause, M. C n'établit pas que l'augmentation des désordres ou la hausse des prix des travaux justifierait une réévaluation de son préjudice, alors même qu'il convient nécessairement de prendre en considération un taux de vétusté, au regard de l'ancienneté de l'ouvrage. Par conséquent, il sera fait une exacte appréciation du préjudice matériel subi par M. C en le fixant à la somme de 12 320 euros.
En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :
12. Si M. C allègue avoir subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence du fait des travaux publics en litige et des désordres qu'ils ont occasionnés sur sa propriété, il ne l'établit en aucune façon. En tout état de cause, si les travaux en litige ont été à l'origine de désordres sur le mur de sa propriété, il est constant que sa maison, et en particulier ses pièces d'habitation, n'ont pas été atteintes par ces désordres. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence et, par suite, les conclusions indemnitaires qu'il présente à ce titre doivent être rejetées.
Sur les appels en garantie :
13. En premier lieu, pour demander la condamnation du SYDED du Lot, maître d'œuvre, et de la SARTP, constructeur, à le garantir de la condamnation prononcée à son encontre, le SIAEP de l'Iffernet soutient que le dommage subi par M. C est imputable aux fautes commises par eux d'une part dans la conception et d'autre part dans la réalisation des travaux en litige. En outre, pour demander la condamnation du SIAEP de l'Iffernet, maître d'ouvrage, et du SYDED du Lot, maître d'œuvre, à la garantie de la condamnation prononcée à son encontre, la SARTP soutient que les désordres en litige résultent d'une part d'un défaut de conception originelle, d'autre part d'un défaut dans la surveillance et la conduite des travaux. Il résulte de l'instruction, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 8, que les dommages en litige ont été causés par les vibrations, le compactage et des heurts accidentels de l'engin utilisé par la SARTP, d'autre part, que les risques de désordres sur le mur de M. C n'ont pas été anticipés par le SYDED du Lot, qui n'a émis aucun signalement relatif à la localisation des travaux et à leurs conséquences potentielles sur le mur de M. C, que ce soit auprès du SIAEP de l'Iffernet ou de la SARTP. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que les désordres en litige seraient dus à un défaut de conception originelle imputable au maître d'ouvrage, de sorte que sa responsabilité ne peut pas être retenue. Par suite, et compte tenu de ce qui précède, la responsabilité de l'entreprise doit être évaluée à hauteur de 70% des dommages subis et celle du maître d'œuvre à hauteur de 30%, de sorte que le SIAEP de l'Iffernet est fondé à demander à être garanti à hauteur de 70 % par la SARTP et à hauteur de 30 % par le SYDED du Lot, tandis que la SARTP est fondée à demander à être garantie à hauteur de 30 % de sa condamnation par le SYDED du Lot.
14. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que, d'une part, le SIAEP de l'Iffernet n'est pas fondé à appeler en garantie la société Dubreuilh et que, d'autre part, les appels en garantie formés par cette dernière à l'encontre du SIAEP de l'Iffernet, du SYDED du Lot et de la SARTP, devenues sans objet, doivent être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
16. En l'espèce, pour l'application des dispositions susmentionnées, premièrement, il n'y a pas lieu de mettre de frais exposés et non compris dans les dépens à la charge du département du Lot, ni de la SMACL, qui ne sont pas des parties perdantes dans la présente affaire. Deuxièmement, il y a lieu de mettre à la charge solidaire du SYDED du Lot et de la SARTP une somme de 1 500 euros à verser à M. C, ainsi que la somme de 500 euros à verser à l'entreprise Dubreuilh, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Troisièmement, le SIAEP, partie perdante dans la présente affaire, n'est pas fondé à demander que soit mise à la charge du SYDED du Lot, du SMACL, de la SARTP, de l'entreprise Dubreuilh et de la SMABTP la somme de 2 000 euros au titre de ses frais d'instance. Quatrièmement, pour la même raison la SARTP, ensemble son assureur la SMABTP, n'est pas fondée à demander à ce que ses frais d'instance soient mis à la charge de tout succombant dans la présente affaire. Cinquièmement, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. C la somme de 500 euros à verser au département du Lot au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions dirigées contre la SMABTP, en tant qu'assureur de la société Dubreuilh et de la SARTP, sont rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître
Article 2 : Le SIAEP de l'Iffernet, son assureur Groupama d'Oc et la SARTP sont condamnés à verser solidairement à M. C la somme de 12 320 euros en réparation de son préjudice matériel.
Article 3 : Le SIAEP de l'Iffernet sera relevé et garanti de la condamnation portée à son encontre à hauteur de 70 % par la SARTP et à hauteur de 30 % par le SYDED du Lot.
Article 4 : La SARTP sera relevée et garantie de la condamnation portée à son encontre à hauteur de 30 % par le SYDED du Lot.
Article 5 : Le SYDED du Lot et la SARTP verseront solidairement la somme de 1 500 euros à M. C, ainsi que la somme de 500 euros à l'entreprise Dubreuilh, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : M. C versera la somme de 500 euros au département du Lot au titre de ces mêmes dispositions.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au syndicat des eaux du sud-est du Lot, anciennement syndicat intercommunal d'adduction des eaux potables de l'Iffernet, à Groupama d'Oc, au SYDED du Lot, à la SMACL, à la SARL SARTP, la SAS Dubreuilh TP - Agence Midi-Pyrénées, à la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics et au département du Lot.
Une copie en sera adressée, pour information, au préfet du Lot.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
Le rapporteur,
S. A
Le président,
T. SORINLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet du Lot, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026