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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2003099

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2003099

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2003099
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP GOGUYER-LALANDE DEGIOANNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2020, M. D G, Mme E F née G et Mme C A née G, représentés par la SCP d'avocats Luc Goguyer Lalande-Régis Degioanni, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saurat (Ariège) à leur payer la somme de 4 840 euros au titre du coût des travaux de réparation des dommages subis, la somme de 3 000 euros en réparation de leur préjudice moral pour résistance abusive et la somme de 6 553,20 euros en remboursement du montant de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse le 13 septembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saurat et l'Etat de réaliser les travaux prescrits par le rapport d'expertise du 10 décembre 2019 ordonné par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse le 13 septembre 2019, et ce dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saurat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de la commune de Saurat doit être engagée pour défaut d'exécution de l'arrêté de péril imminent qu'elle a elle-même pris le 13 mai 2013 et pour défaut d'exécution des travaux nécessaires afin que cessent les désordres sur leur bien, après une mise en demeure du 9 janvier 2020 ;

- la responsabilité pour faute de l'Etat doit être engagée dans la mesure où la préfète de l'Ariège n'a pas remédié aux carences du maire de la commune de Saurat ;

- au titre des dommages qu'ils ont subis et du fait de la carence de la commune et de la préfète, ils ont droit à une somme de 4 840 euros pour le coût des travaux de réparation, une somme de 3 000 euros pour leur préjudice moral et une somme de 6 553,20 euros pour le remboursement du montant de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2021, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que

- à titre principal, sa responsabilité ne pouvant être recherchée, elle doit être mise hors de cause ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité pour faute de la commune ne peut être engagée dans la mesure où, dès 2013, le maire de la commune a engagé une procédure de péril qui a débouché sur l'édiction d'un arrêté de péril et que par délibération en date du 15 février 2019, le conseil municipal a donné au maire le pouvoir d'engager les travails nécessaires et, le cas échéant, pouvoir à la commune de racheter le bien litigieux.

La requête a été communiquée à la commune de Saurat qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 7 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mars 2022 à 12h00.

Vu :

- l'ordonnance de taxation du 27 février 2020 de la présidente du tribunal administratif de Toulouse ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,

- et les observations de Me Goguyer-Lalande, représentant de M. G, Mme F née G et Mme A née G.

Considérant ce suit :

1. Au cours de l'année 2012, un incendie a détruit la majeure partie de la toiture d'un immeuble situé 23 place des Tilleuls à Saurat (Ariège). M. G, Mme F née G et Mme A née G sont les propriétaires de l'immeuble mitoyen. Le propriétaire du bien sinistré a été mis en demeure de prendre des mesures de confortement pour garantir tout risque d'accident. Faute d'exécution des travaux demandés, les intéressés ont mis en demeure, par une lettre recommandée avec accusé de réception en date du 9 janvier 2020, le maire de la commune de Saurat de procéder à leur indemnisation. En l'absence de réponse de la commune de Saurat, M. G, Mme F née G et Mme A née G ont saisi le tribunal administratif de Toulouse par une requête enregistrée le 7 juillet 2020.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. M. G, Mme F née G et Mme A née G n'indiquent pas le fondement sur lequel ils entendent voir engager la responsabilité de la commune de Saurat. Dans ces conditions, ils doivent être regardés comme ayant entendu demander l'engament de la responsabilité de la commune sur le terrain de la carence fautive dans l'utilisation de ses pouvoirs de police.

3. En principe, toute carence de l'administration dans l'utilisation de ses pouvoirs de police constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. En outre, la responsabilité des autorités de police compétentes pour carence fautive n'est pas subordonnée à l'existence d'une faute lourde.

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2212-2 de ce code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le maire peut prescrire la réparation ou la démolition des murs, bâtiments ou édifices quelconques lorsqu'ils menacent ruine et qu'ils pourraient, par leur effondrement, compromettre la sécurité ou lorsque, d'une façon générale, ils n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique, dans les conditions prévues à l'article L. 511-2. Toutefois, si leur état fait courir un péril imminent, le maire ordonne préalablement les mesures provisoires indispensables pour écarter ce péril, dans les conditions prévues à l'article L. 511-3. () ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " Le maire, par un arrêté de péril pris à l'issue d'une procédure contradictoire dont les modalités sont définies par décret en Conseil d'Etat, met le propriétaire de l'immeuble menaçant ruine, et le cas échéant les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L. 511-1-1, en demeure de faire dans un délai déterminé, selon le cas, les réparations nécessaires pour mettre fin durablement au péril ou les travaux de démolition, ainsi que, s'il y a lieu, de prendre les mesures indispensables pour préserver les bâtiments contigus() ".

5. En premier lieu, il est constant que l'incendie qui a touché, le 6 janvier 2012, l'immeuble situé au 23 place des Tilleuls a eu pour conséquence de fragiliser l'immeuble mitoyen des requérants. Ainsi, selon le dernier rapport d'expertise ordonné par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, les désordres constatés sont liés au fait que le mur mitoyen qui était à l'origine un mur de refend entre les deux propriétés n'a pas été conçu pour être exposé en permanence aux intempéries. Toujours d'après les conclusions de l'expert désigné, l'immeuble des requérants est l'objet de condensations, de moisissures et d'auréoles. En outre, l'expert rappelle que l'absence de travaux pendant huit années a conduit à l'aggravation de ces désordres lors des événements pluvieux et menace la conservation des ouvrages conduisant à la ruine du bâtiment incendié. Or, il résulte de l'instruction que le propriétaire du bien sinistré, qui n'était pas assuré, a été mis en demeure de prendre des mesures de confortement pour garantir tout risque d'accident. Faute d'exécution des travaux demandés, le maire de la commune de Saurat a pris un arrêté de péril imminent le 25 février 2013 contraignant le propriétaire à exécuter des travaux de sécurisation dans un délai de 45 jours. Lesdits travaux n'ont pas été exécutés par l'intéressé. M. G, Mme F née G et Mme A née G, voyant l'état de leur immeuble affecté par le délabrement du bien incendié, ont demandé au maire de la commune d'exécuter les travaux de sécurisation. Par lettre du 13 mai 2013, le maire de la commune les a informés de ce que le conseil municipal s'était opposé à cette demande au motif que le propriétaire n'était pas en mesure de rembourser la collectivité. Après que le propriétaire mis en demeure est décédé, le conseil municipal de la commune, par délibération du 15 février 2019, a autorisé le maire à engager des démarches en vue de la réalisation des travaux de sécurisation et, si besoin, à former une offre d'achat de la parcelle. Toutefois, les travaux de sécurisation n'ont pas été entrepris et par une lettre recommandée avec accusé de réception en date du 9 janvier 2020, les intéressés ont mis en demeure le maire de la commune de Saurat de procéder à leur indemnisation. L'absence de mesures prises par le maire de la commune de Saurat, autorité de police chargée notamment d'assurer la sécurité et la salubrité publique, caractérise une carence fautive de la collectivité de nature à engager sa responsabilité.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que les propriétaires de l'immeuble situé 25 place des Tilleuls ont subi un préjudice lié aux nombreux désordres qui affectent leur bien depuis l'incendie de l'immeuble mitoyen. En outre, il existe un lien direct de cause à effet entre la dégradation de l'immeuble du 25 place des Tilleuls, que la commune de Saurat n'a rien fait pour empêcher, et les désordres constatés sur le bien des requérants.

7. Il résulte de ce qui précède que M. G, Mme F née G et Mme A née G sont fondés à engager la responsabilité pour faute de la commune de Saurat.

Sur l'évaluation des préjudices :

8. M. G, Mme F née G et Mme A née G sont en droit d'obtenir la condamnation de la commune de Saurat à réparer le préjudice direct et certain résultant pour eux de la carence fautive de cette dernière.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert désigné par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a évalué le coût des travaux de réparation des dommages subis au jour de l'introduction de la requête par les propriétaires de l'immeuble situé au 25 place des Tilleuls à 4 840 euros toutes taxes comprises. Ces travaux concernent uniquement la reprise des nouveaux désordres qui, comme indiqué aux points 4 et 5, ont un lien de cause à effet avec la carence fautive du maire de la commune. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de l'indemnité à laquelle les requérants ont droit, compte tenu notamment de la nature des travaux à réaliser et de leur nécessité, en condamnant la commune de Saurat à leur verser une indemnité de 4 840 euros.

10. En second lieu, les requérants n'apportent pas d'éléments de nature à établir l'existence d'une résistance abusive de la commune de Saurat. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser un préjudice moral tenant à la résistance abusive alléguée de la commune.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. En premier lieu, lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'en ne procédant pas à l'exécution de l'arrêté de péril imminent en date du 25 février 2013 et à la réalisation des travaux de sécurisation de l'immeuble situé 23 place des Tilleuls, la commune de Saurat a engagé sa responsabilité pour faute à l'égard de M. G, de Mme F née G et de Mme A née G. Par suite, il y a lieu d'ordonner au maire de la commune de Saurat de diligenter, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, la réalisation de la première phase des travaux de sécurisation de l'immeuble incendié telle que décrite par le rapport d'expertise du 10 décembre 2019, afin d'assurer le clos et le couvert de celui-ci.

13. En second lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de ces conclusions, les requérants ne sont pas fondés à demander qu'il soit enjoint à la préfète d'ordonner les travaux de consolidation dès lors que l'engagement de la responsabilité de l'Etat du fait de l'absence de mise en œuvre par le préfet des pouvoirs de substitution aux autorités municipales en matière de police qu'il tient de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales est subordonné à la commission d'une faute lourde et, qu'en l'espèce, la préfète de l'Ariège n'a été mise en demeure d'intervenir afin de se substituer à la carence de la commune de Saurat que le 9 janvier 2020.

Sur les frais d'expertise :

14. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

15. En application des dispositions précitées de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais et honoraires de l'expertise de M. G, Mme F née G et Mme A née G, prescrite par ordonnance n° 1903882 du 13 septembre 2019, liquidés et taxés à la somme de 6 553,20 euros TTC par l'ordonnance du 27 février 2020, sont mis à la charge définitive de la commune de Saurat.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saurat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Saurat est condamnée à verser à M. G, Mme F née G et Mme A née G la somme globale de 4 840 euros.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saurat de diligenter, dans un délai de six mois, la réalisation de la première phase des travaux de sécurisation de l'immeuble incendié telle que décrite par le rapport d'expertise du 10 décembre 2019, afin d'assurer le clos et le couvert de celui-ci.

Article 3 : La commune de Saurat versera à M. G, Mme F née G et Mme A née G la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de la somme globale de 6 553,20 euros par une ordonnance du 27 février 2020, sont mis à la charge définitive de la commune de Saurat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D G, Mme E F née G, Mme C A née G, au maire de la commune de Saurat (Ariège) et à la préfète de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

N. B

Le président,

J-C. TRUILHÉ La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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