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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2003234

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2003234

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2003234
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL NAVARRO-GRANDOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2020, la Sarl Ski Maintenance, représentée par Me Navarro, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des impositions d'un montant global de 204 941,85 euros correspondant à des créances en matière de taxe professionnelle au titre des années 2005 à 2009, de cotisation foncière des entreprises au titre des années 2001 à 2018, d'imposition forfaitaire annuelle au titre des années 2001 à 2005, d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos de 2001 à 2005 et de 2007 à 2015, et de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er juillet 2001 au 31 décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La Sarl Ski Maintenance soutient que :

- l'assignation en liquidation judiciaire du 11 février 2020, la constatation d'un chiffre d'affaires inférieur au seuil fixé à l'article 293 B du code général des impôts, et la production de bilans et comptes de résultats constituent des événements de nature à exercer une influence sur le bien-fondé de l'imposition, ouvrant ainsi un nouveau délai de réclamation, au regard des dispositions des articles R. 196-1 et R. 196-2 du livre des procédures fiscales ;

- elle est fondée à se prévaloir des énonciations de la documentation administrative publiée au BOI-CTX-PREA-10-30 n° 60 ;

- la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée prévue à l'article 293 B du code général des impôts aurait dû être appliquée par le service, pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 qui n'est pas prescrite, de même que pour la période antérieure courant de 2011 à 2015 ;

- elle n'est redevable d'aucun impôt sur les sociétés, dès lors que les bilans établis pour les années 2010 à 2018 indiquent qu'elle était déficitaire ou bénéficiait du report des déficits ;

- elle n'est pas redevable des impositions litigieuses en matière de cotisation foncière des entreprises, dès lors d'une part que l'administration ne produit aucun titre, d'autre part que les impositions sont prescrites, et enfin qu'elle doit être exonérée en application des dispositions de l'article 1452 du code général des impôts ; en outre, il résulte du bordereau de situation que les paiements indus faits par elle génèrent un crédit en sa faveur.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2021, le directeur régional des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête n'est recevable que pour la taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2016 à 2018 ; elle est tardive pour les autres impositions en litige, du fait de la tardiveté de la réclamation préalable ;

- les moyens soulevés par la Sarl Ski Maintenance ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention volontaire enregistré le 18 février 2022, la SELAS Egide, représentée par Me Navarro, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de la Sarl Ski Maintenance.

La SELAS Egide soutient que :

- la production au passif du règlement judiciaire d'une entreprise par le comptable du trésor peut constituer un évènement motivant la réclamation au sens de l'article R. 196 -1 du livre des procédures fiscales ;

- l'administration ne produit, comme pièces fondant ses créances dans le cadre de la présente instance, que la proposition de rectification du 18 juillet 2019 ;

- la proposition de rectification ne porte que sur la taxe sur la valeur ajoutée du 1er janvier 2006 au 31 décembre 2018, et ne démontre aucune autre imposition au titre soit des autres années pour la taxe sur la valeur ajoutée, soit de l'impôt sur les sociétés, soit de la cotisation foncière des entreprises ;

- les impositions mises à la charge de la Sarl Ski Maintenance au titre de la taxe professionnelle, de la cotisation foncière des entreprises, de l'imposition forfaitaire annuelle, de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée, s'agissant, pour ce dernier impôt, de la période courant de 2001 à 2015, sont prescrites en application des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, en l'absence d'acte de poursuite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La Sarl Ski Maintenance, créée le 1er octobre 1997, a été assignée en liquidation judiciaire le 11 février 2020 par la direction départementale des finances publiques de l'Ariège pour une créance globale d'un montant de 204 941,85 euros, correspondant à des créances en matière, de taxe professionnelle (TP) au titre des années 2005 à 2009, de cotisation foncière des entreprises (CFE) au titre des années 2001 à 2018, d'imposition forfaitaire annuelle (IFA) au titre des années 2001 à 2005, d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos de 2001 à 2005 et de 2007 à 2015, et de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au titre de la période allant du 1er juillet 2001 au 31 décembre 2018. Par une réclamation du 7 mai 2020, la SARL Ski Maintenance a sollicité le dégrèvement de l'ensemble de ces impositions, laquelle a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 5 juin 2020. Par la présente requête, la Sarl Ski Maintenance demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de la totalité des impositions dont elle a fait l'objet en matière de taxe professionnelle, de cotisation foncière des entreprises, d'imposition forfaitaire annuelle, d'impôt sur les sociétés, et de taxe sur la valeur ajoutée s'échelonnant de l'année 2001 à l'année 2018.

Sur l'intervention de la SELAS Egide :

2. Le jugement à rendre sur la requête de la SARL Ski Maintenance est susceptible de préjudicier aux droits de la SELAS Egide, mandataire judicaire de la Sarl Ski Maintenance. Dès lors, l'intervention de la SELAS Egide doit être admise.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : a) de la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; b) du versement de l'impôt contesté lorsque l'impôt n'a pas donné lieu à l'établissement d'un rôle ou à la notification d'un avis de mise en recouvrement ; c) de la réalisation de l'événement qui motive la réclamation. () ". Aux termes de l'article R. 196-2 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; / b) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation ; ne constitue pas un tel événement une décision juridictionnelle ou un avis mentionné aux troisième et cinquième alinéas de l'article L. 190 ;() ". L'article R. 196-3 du même livre dispose : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ".

4. Il résulte de ces dispositions que seuls doivent être regardés comme constituant le point de départ du délai prévu au b) de l'article R. 196-1 et au c) de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales, les événements qui ont une incidence directe sur le principe même de l'imposition, son régime ou son mode de calcul.

5. Il résulte de l'instruction que dans son courrier du 5 juin 2020, l'administration a refusé à la Sarl Ski Maintenance la décharge en droits et pénalités, d'un montant global de 204 941,85 euros, correspondant à des créances en matière de taxe professionnelle au titre des années 2005 à 2009, de cotisation foncière des entreprises au titre des années 2001 à 2018, d'imposition forfaitaire annuelle au titre des années 2001 à 2005, d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos de 2001 à 2005 et de 2007 à 2015 et de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er juillet 2001 au 31 décembre 2018, au motif que, à l'exception de celle relative à la taxe sur la valeur ajoutée de la période 2016 à 2018, les impositions contestées ne peuvent plus faire l'objet d'une réclamation contentieuse sur le fondement des articles R. 196-1, R.196-2 et R.196-3 du livre des procédures fiscales. La Sarl Ski Maintenance, qui ne conteste pas la tardiveté de sa demande sur les impositions contestées et qui, à ce titre n'a pas fait porter le débat sur le délai général et spécial précité, soutient, dans sa réclamation du 7 mai 2020, pour l'assignation en liquidation judiciaire, et dans sa requête pour la constatation du chiffre d'affaire inférieur au seuil fixé par l'article L. 292 B du code général des impôts et la production de bilans et comptes de résultats, que ces éléments constituent des événements de nature à exercer une influence sur le bien-fondé de l'imposition, ouvrant ainsi un nouveau délai de réclamation, au regard des dispositions du c) de l'article R.196-1 et du b) de l'article R.196-2 du livre des procédures fiscales.

6. Il résulte cependant de l'instruction que d'une part, l'assignation en liquidation judiciaire dont se prévaut la Sarl Ski Maintenance, ne constitue pas un événement justifiant l'ouverture du délai au titre des dispositions précitées. D'autre part, la constatation d'un chiffre d'affaires en-dessous du seuil de la franchise de TVA déterminé par l'article 293 B du code général des impôts et la production de bilans et comptes de résultats, ne constituent pas non plus, par eux-mêmes, des évènements dans la mesure où la Sarl Ski Maintenance détenait ces informations nécessaires à l'établissement de sa comptabilité et était ainsi à même de les produire en amont.

7. Dès lors, la Sarl Ski Maintenance ne justifie pas de la survenance d'un événement au sens du c) de l'article R.191-1 et du b) de l'article R. 196-2 précité permettant de regarder comme recevable sa réclamation présentée au-delà du 31 décembre de l'année suivant celle de la mise en recouvrement des rôles. Dans ces conditions, dans le cadre de la réclamation présentée par la Sarl Ski Maintenance le 7 mai 2020, seule la demande d'exonération de la taxe sur la valeur ajoutée établie pour la période allant de janvier 2016 à décembre 2018 est recevable. Les demandes concernant les autres impositions citées ci-dessus sont en revanche tardives comme ayant été présentées au-delà du délai prévu par les dispositions précitées. Dès lors, les conclusions à fin de décharge présentées au titre de ces impositions doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

8. La Sarl Ski Maintenance ne peut se prévaloir des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des impôts sous la référence BOI-CTX-PREA-10-30 n° 60 relatif à la procédure d'imposition et de réclamation, ceux-ci n'apportant pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application au point précédent.

Sur le bien-fondé des impositions restant en litige :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au contribuable, qui a régulièrement été taxé d'office pour défaut ou retard de déclaration, d'apporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition fixées par l'administration.

11. D'autre part, aux termes de l'article 293 B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - 1. Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France, à l'exclusion des redevables qui exercent une activité occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée lorsqu'ils n'ont pas réalisé au cours de l'année civile précédente un chiffre d'affaires supérieur à : /()/ 2° () un chiffre d'affaires afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, supérieur à : a) 32 900 euros l'année civile précédente ; / b) () 34 900 euros l'année civile précédente, lorsque la pénultième année il n'a pas excédé le montant mentionné au a. / II. - 1. Le I cesse de s'appliquer : / () / b) Ou à ceux dont le chiffre d'affaires de l'année en cours afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, dépasse le montant mentionné au b du 2° du I. () ".

12. Enfin, aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration () ". Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56 lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dus en vertu du code général des impôts, les redressements correspondants sont effectués suivant la procédure de redressement contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. Cette procédure s'applique également lorsque l'administration effectue la reconstitution du montant déclaré du bénéfice industriel ou commercial, du bénéfice non commercial, du bénéfice agricole ou du chiffre d'affaires déterminé selon un mode réel d'imposition ".

13. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de déclaration d'un chiffre d'affaires taxable sur les exercices clos en 2016, 2017 et 2018, la Sarl Ski Maintenance a fait l'objet d'une taxation d'office, l'administration ayant reconstitué son chiffre d'affaires par référence à l'évaluation pratiquée sur la période précédente. Le chiffre d'affaires de la société requérante a ainsi été fixé à 61 954 euros pour l'année 2016, à 63 813 euros au titre de l'année 2017 et à 65 727 euros au titre de l'année 2018, soit un montant annuel supérieur au seuil de 32 900 euros défini par l'article 293 B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige. Si la Sarl Ski Maintenance produit à l'appui de sa requête des bilans et comptes de résultats des exercices concernés, ces seuls éléments, à défaut d'être corroborés par des justificatifs tels que le détail des opérations de la société requérante, le fichier des écritures comptables appuyé des justificatifs nécessaires, ne permettent pas de justifier de l'exactitude du résultat déclaré et d'apporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition fixées par l'administration. Par suite, alors au demeurant que la Sarl Ski Maintenance ne conteste pas le quantum du chiffre d'affaire reconstitué, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait dû bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par les dispositions précitées pour les années 2016, 2017 et 2018.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la Sarl Ski Maintenance doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

15. Les conclusions de la Sarl Ski Maintenance tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la SELAS Egide est admise.

Article 2 : La requête de la Sarl Ski Maintenance est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl Ski Maintenance, à la SELAS Egide et à la direction régionale des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

N. A

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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