mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2003730 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS DE GUILLENCHMIDT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et mémoires enregistrés les 3 juillet 2020, 6 et 22 décembre 2021, 10 mars et 12 décembre 2022 et le 9 octobre 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mars 2020 par laquelle la société Orange a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa rechute du 4 juin 2019 ;
2°) d'enjoindre la société Orange de prendre une décision de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa rechute du 4 juin 2019.
Il soutient que :
- la décision attaquée a méconnu le principe du contradictoire dès lors que sa demande de contre-expertise est restée sans réponse ;
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a disposé que de dix minutes pour faire valoir ses observations devant la commission de réforme et que l'avis du 16 janvier 2020 de cette commission n'est pas motivé ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation : sa rechute dépressive en 2019 est imputable au service dès lors qu'en 2013 les faits similaires qu'il a subis avaient été reconnus comme imputables au service ; son état n'a jamais été consolidé ;
- il a été reconnu comme travailleur handicapé par la maison départementale pour les personnes handicapées de Toulouse le 19 mai 2020 pour des faits accidentogènes ; cette décision aurait dû être prise en compte dès lors qu'il a déposé sa demande le 17 octobre 2019 ;
- les retards qui lui ont été reprochés lors de deux entretiens pour des postes sur le site de Toulon ne lui sont pas imputables mais liés au manque d'organisation du service ;
- son évaluation en 2019 au niveau " compétence de base " malgré ses trente années d'ancienneté révèlent un harcèlement dès lors que ses précédentes évaluations étaient très positives ;
- la vérification de ses tâches révèle également des faits de harcèlement moral ;
- il lui a été reproché d'être venu travailler sur site un samedi, alors qu'il était de permanence en raison de l'absence de connexion au réseau depuis son domicile.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 décembre 2021, 18 février et 15 avril 2022 et le 20 octobre 2023, la société Orange, représentée par Me Bost, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- il n'existe pas de lien de causalité direct et certain entre les pathologies alléguées et l'accident de service du 19 octobre 2011 ;
- aucun texte législatif ou réglementaire ne reconnait un droit à une contre-expertise médicale aux agents de la fonction publique ;
- les avis rendus par la commission de réforme ne sont pas des actes faisant grief ; l'avis rendu par la commission de réforme le 16 janvier 2020 est motivé ;
- le courrier de M. A du 19 décembre 2012 a été lu lors de la séance de la commission de réforme ;
- la décision de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé est postérieure à la décision attaquée.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
M. A a produit un mémoire le 21 octobre 2023, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, fonctionnaire de la société Orange, a subi un accident le 19 octobre 2011 qui été reconnu comme imputable au service par une décision du 25 juin 2013. Le 8 août 2019, M. A a déclaré une rechute d'accident de travail intervenue le 4 juin précédent. Le 16 janvier 2020, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la demande d'imputabilité au service de la rechute déclarée. Le 5 mars 2020, la société Orange a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cette rechute. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986, alors en vigueur, relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " () La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages rapports et constatations propres à éclairer son avis./ Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instruction, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. / Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux./ La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme./ L'avis formulé en application du premier alinéa de l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite doit être accompagné de ses motifs () ".
3. En premier lieu, M. A soutient que l'avis émis par la commission de réforme le 16 janvier 2020 n'est pas motivé. Toutefois, il ressort du procès-verbal de la réunion de cette commission que, d'une part, les dispositions pertinentes de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat sont visées, et, d'autre part, qu'il est indiqué qu'elle doit donner son avis sur la demande d'imputabilité au service d'une rechute d'accident de service ayant eu lieu le 19 octobre 2011, enfin qu'il est mentionné le motif qui l'a conduite à émettre un avis défavorable en l'absence de lien direct et certain avec l'accident du 19 octobre 2011. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'avis de la commission de réforme doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, M. A soutient que la décision a été rendue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'aucune contre-expertise n'a été menée en suite de l'expertise réalisée le 22 octobre 2019. Toutefois, si le requérant conteste les conclusions de ce rapport d'expertise initial, cette circonstance ne saurait imposer à la société Orange d'ordonner une contre-expertise auprès d'un médecin tiers, en l'absence de dispositions prévues en ce sens et alors, au surplus, que le requérant n'a formulé aucune demande en ce sens devant la commission de réforme. Dans ces conditions M. A ne peut utilement soutenir qu'il a été privé de la garantie de bénéficier d'une contre-expertise.
5. En troisième lieu, M. A soutient qu'il a été privé d'une garantie dès lors qu'il a été entendu seulement durant dix minutes par les membres de la commission de réforme. Toutefois, à supposer établi que ses observations orales n'aient duré que dix minutes, il ressort du procès-verbal de la réunion que le courrier de M. A daté du 19 décembre 2019 transmis aux membres de la commission, a été étudié en séance. Par suite, M. A ne peut être regardé comme ayant été privé d'une garantie.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ".
7. Lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice de la prise en charge des arrêts de travail est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service initial.
8. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de la commission de réforme du 16 janvier 2020 que la date de consolidation de l'état de santé de M. A à raison de l'accident le 19 octobre 2011 a été fixée au 11 septembre 2012, tandis que l'expertise médicale réalisée le 22 octobre 2019 retient une consolidation en 2013. Dans ces conditions, la seule production d'un certificat médical final établi le 8 mars 2021 fixant au 31 mars 2021 la date de consolidation de l'état de santé de M. A à raison des troubles anxieux qu'il présentait alors n'est pas de nature à remettre en cause la fixation, au plus tard en 2013, de la consolidation de l'état de santé du requérant à raison de l'accident du 19 octobre 2011. Il ressort ensuite des pièces du dossier que la société Orange a refusé, en se fondant sur l'avis de la commission de réforme, de reconnaître imputables au service les troubles décrits par le requérant au motif que ce dernier ne rapportait pas la preuve de l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre sa pathologie constatée le 4 juin 2019 et son accident de service survenu en octobre 2011. L'expert mandaté par la société Orange, spécialisé en psychiatrie, dans son rapport du 22 octobre 2019, a indiqué que : " les troubles décrits ne rassemblent pas les critères d'une rechute d'accident du travail. Les troubles constatés ne sont pas en lien direct avec les lésions résultant du traumatisme du 19/10/2011 ". La commission de réforme, lors de sa séance du 16 janvier 2020, a rendu un avis défavorable à la demande de M. A. En outre, les certificats et attestations produits par M. A ne contredisent pas sérieusement l'avis de l'expert dès lors que seul le certificat médical établi le 17 décembre 2019 indique, mais de façon non circonstanciée, qu'il lui " semble très difficile de ne pas faire le lien entre sa rechute anxieuse en décembre 2018 puis dépressive en juillet 2019, avec son vécu professionnel. Il y a eu une réactivation de son PTSD [syndrome de stress post-traumatique] ". Ainsi, eu égard, d'une part, au délai important qui s'est écoulé entre la date de consolidation et l'apparition de nouveaux troubles anxieux, et d'autre part, au fait que les certificats médicaux produits n'établissent pas de lien de causalité direct et certain entre les troubles dont souffre M. A et l'accident de service survenu en 2011, la société Orange a pu légalement refuser de reconnaître leur imputabilité au service par la décision attaquée du 5 mars 2020, la circonstance que M. A ait été reconnu travailleur handicapé par la maison départementale pour les personnes handicapées le 19 mai 2020 s'avérant à cet égard sans incidence.
9. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il a été victime de faits de harcèlement dès lors que pour la première fois, en 2019, l'évaluation de ses compétences a été seulement jugée au niveau " compétence de base " alors que ses précédentes évaluations étaient très positives, que les tâches qu'il accomplit sont vérifiées par sa hiérarchie et qu'il lui a été reproché d'être venu travailler sur site un samedi alors que la permanence des agents s'effectue depuis leur domicile, l'ensemble de ces éléments, à les supposer avérés, ne sont pas de nature à établir que la rechute du 4 juin 2019 serait en lien direct avec l'accident de service du 19 octobre 2011.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 5 mars 2020 doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la société Orange au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la société Orange.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au ministre de l'Economie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026