vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2003760 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP MOULIN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2020 et le 28 octobre 2021, la société à responsabilité limitée Jean-Paul Boyer, représentée par Me Apollis, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 422 935,80 euros en raison des préjudices économiques résultant notamment de la délivrance de certificats sanitaires non conformes aux exigences sanitaires du Royaume du Maroc ;
2°) à titre subsidiaire, de missionner une expertise afin notamment de quantifier le montant des préjudices et de condamner l'État à lui verser la somme de 44 850 euros à titre de provision sur préjudice, dans l'attente du jugement à intervenir, en ouverture du rapport de l'expert ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'État a commis des fautes engageant sa responsabilité dans la mesure où les certificats sanitaires d'exportation vers le Maroc de bovins destinés à l'engraissement et l'application Expadon n'ont pas été modifiés alors que les autorités marocaines exigent depuis le 3 janvier 2018 la réalisation d'un test PCR ;
- les certificats sanitaires d'exportation ne pouvaient être légalement délivrés au regard de la réglementation sanitaire marocaine ;
- ces fautes sont à l'origine d'un préjudice financier de 89 700 euros pour les veaux abattus, de 8 500 euros pour le transport en camion de ces veaux abattus et 324 735,80 euros au titre de la perte d'un partenariat commercial.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2021, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l'État n'a pas commis de fautes, dès lors que la pratique des autorités marocaines de réaliser des tests PCR a été relayée dans l'application Expadon le 3 janvier 2018 et qu'elle ne constituait pas une modification des accords bilatéraux définissant les exigences de certification sanitaire.
Par ordonnance du 4 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 25 novembre suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 25 avril 2000 pris pour l'application de l'article 275-2 du code rural et relatif à la certification vétérinaire dans les échanges et à l'exportation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Mony, rapporteur public,
- les observations de Me Dupeyron, représentant la société Jean-Paul Boyer.
Considérant ce qui suit :
1. La société Jean-Paul Boyer exporte notamment des bovins pour engraissement au Maroc. A cette fin, elle a obtenu, entre le 18 décembre 2018 et le 1er février 2019, quinze certificats sanitaires pour l'exportation de sept cents trente-quatre bovins. Lors de leur entrée sur le territoire marocain, les autorités de cet Etat ont réalisé des détections de fièvre catarrhale ovine (FCO) par le biais de test PCR. Soixante-cinq veaux ont été détectés positifs et abattus. La société Jean-Paul Boyer demande la condamnation de l'Etat à hauteur de 422 935,80 euros en réparation de ses préjudices résultant de la délivrance de certificats sanitaires non conformes aux exigences sanitaires du Royaume du Maroc.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 236-2 du code rural et de la pêche maritime, dans sa rédaction applicable : " Pour être destinées aux échanges ou exportées, les marchandises mentionnées au premier alinéa de l'article L. 236-1 doivent répondre aux conditions sanitaires ou ayant trait à la protection des animaux fixées par le ministre chargé de l'agriculture ou par des règlements ou décisions communautaires ; ces conditions peuvent comprendre un agrément de l'exploitation, du centre de regroupement, de l'établissement ou de la personne physique concernée. / L'exercice des missions de certification officielle et l'établissement et la délivrance des certificats et documents attestant que les animaux vivants () sont conformes aux exigences mentionnées au premier alinéa du présent article, sont assurés par les personnes désignées à l'article L. 236-2-1. () ". Aux termes de l'article L. 236-2-1 de ce code dans sa rédaction applicable : " L'exercice des missions de certification officielle, l'établissement et la délivrance des certificats et documents mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 236-2 sont assurés par : / a) Les agents mentionnés au V de l'article L. 231-2 ; / b) Les vétérinaires mandatés à cet effet en application de l'article L. 203-8. () ". L'article R. 236-4 du même code dispose que : " () II.- Les animaux, les produits d'origine animale, les denrées alimentaires en contenant et les aliments pour animaux d'origine animale ou contenant des produits d'origine animale présentés à l'exportation sont accompagnés d'un document délivré par le vétérinaire officiel lorsque les pays tiers importateurs l'exigent. La délivrance de ces documents d'accompagnement est subordonnée au respect des exigences définies par les pays tiers importateurs ainsi qu'à celles définies en application du III. / III.- Un arrêté du ministre chargé de l'agriculture détermine, en tant que de besoin, les modalités d'application du présent article. " Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 25 avril 2000 susvisé : " Au sens du présent arrêté, on entend par : / () - "certificat vétérinaire dans les échanges ou à l'exportation" : / document attestant de la conformité de marchandises échangées ou exportées à des conditions sanitaires ou ayant trait à la protection des animaux, fixées par la réglementation nationale ou communautaire, ou exigées par les autorités compétentes d'un pays tiers pour l'importation sur son territoire () ". L'article 3 de cet arrêté dispose que : " Les certificats vétérinaires peuvent être des documents : / 1. Communautaires, ou / 2. Résultant de négociations entre les autorités compétentes françaises ou communautaires et celles d'un pays tiers, ou / 3. Reprenant les exigences d'un pays tiers. () ".
3. Il résulte de l'instruction que les quinze certificats sanitaires, accordés à la société requérante entre le 18 décembre 2018 et le 1er février 2019, pour l'exportation vers le Maroc de bovins destinés à l'engraissement ont été délivrés par un agent prévu à l'article L. 236-2-1 du code rural et de la pêche maritime à qui il appartenait de vérifier que ces animaux répondaient à diverses règles sanitaires, concernant notamment la FCO, déterminées dans la cadre de négociations bilatérales entre la France et la Maroc. En vertu du certificat sanitaire alors en vigueur, il appartenait notamment à l'agent d'indiquer soit que les bovins proviennent d'un pays indemne de la FCO, soit qu'ils ne sont pas vaccinés contre celles-ci, ont subi une période d'isolement pré-embarquement d'au moins quatorze jours et ont été soumis, avec résultat négatif, à une épreuve d'isolement ou un test PCR, soit ont été vaccinés contre la FCO depuis plus de quarante-cinq jours. Alors que sept cents trente-quatre bovins ont obtenu des certificats sanitaires, lors de leur entrée sur le sol marocain, les autorités de cet Etat ont décidé de procéder à des détections de la FCO par le biais de tests PCR qui ont révélé positifs soixante-cinq bovins et ont conduit à leur abattage. La société requérante soutient que l'État a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en l'absence de modification des certificats sanitaires indiquant la nécessité de procéder à des tests PCR de détection de la FCO et de mise à jour, concernant cette nouvelle exigence des autorités marocaines, de son application Expadon. Par ailleurs, la société requérante soutient que les certificats sanitaires n'ont pu être légalement délivrés faute de réalisation de tests PCR de détection de la FCO.
4. Il résulte de l'instruction que les services du ministre de l'Agriculture ont, par un document du 3 janvier 2018, librement accessible sur l'application Expadon, destinée notamment aux professionnels de l'exportation, dressé un " état des lieux " des conditions d'exportation des produits français au regard de la FCO. Il ressort de ce document que les autorités marocaines n'acceptaient plus la " clause vaccinale " et que, notamment, la réalisation d'un test PCR pour les bovins, même vaccinés, étaient nécessaires. Ce faisant, cette modification des exigences sanitaires des autorités marocaines étaient portées à la connaissance de la société requérante par les services de l'Etat. Ainsi que le fait valoir le ministre en défense, il n'appartenait pas à l'Etat de modifier, dès cette date, les certificats sanitaires dès lors que ceux-ci sont adoptés uniquement à l'issue de négociations bilatérales. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les autorités du Royaume du Maroc ont officiellement exigé la soumission systématique des bovins à exporter à une épreuve pour la recherche de la FCO, soit par isolement du virus, soit par réalisation d'un test PCR, par un acte du 21 février 2019, soit après la délivrance des certificats octroyés à la société requérante, et cette information a d'ailleurs été portée à la connaissance des professionnels de ce secteur par le biais de l'application Expadon le lendemain. Ainsi, la société requérante ne peut reprocher à l'Etat français l'absence de modification des certificats sanitaires ni l'absence d'information en temps utile. De même, les certificats sanitaires qui lui ont été délivrés avant la décision des autorités marocaines du 21 février 2019, et avant la modification des certificats sanitaires entrés en vigueur le 3 juillet 2019 à la suite de négociations bilatérales entérinant la nécessité de procéder à des tests PCR, l'ont été au regard des certificats légalement applicables à leur date d'édiction, nonobstant la pratique des autorités marocaines tendant à la pratique supplémentaire de tests PCR. En conséquence, la société Jean-Paul Boyer n'établit pas que l'Etat aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit de prescrire l'expertise sollicitée, que les conclusions indemnitaires de la société Jean-Paul Boyer, ainsi que, par voie de conséquence, sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de la société Jean-Paul Boyer est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Jean-Paul Boyer et au ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bentolila, président,
Mme Matteaccioli, conseillère,
M. Leymarie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
Le rapporteur,
A. A
Le président,
P. BENTOLILALa greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026