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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2004002

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2004002

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2004002
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBALG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août 2020 et le 17 mars 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Midi Aquitaine, représentée par Me Balg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les titres de perception émis à son encontre le 2 juin 2020 pour le recouvrement de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, d'un montant de 17 600 euros, et pour le recouvrement de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article R. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un montant de 2 124 euros, mises à sa charge par une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 février 2016, ensemble la décision du 24 juin 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le réclamation préalable qu'elle a formée, le 22 juin 2020, contre ces titres de perception, et de prononcer la décharge de ces sommes ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres de perception sont illégaux faute d'être revêtus de la signature de leur auteur ;

- les titres de perception sont entachés d'un défaut de motivation en l'absence de mention des bases de liquidation des créances ;

- les titres de perception et la décision de rejet de sa réclamation préalable sont dépourvus de base légale en raison de l'illégalité de la décision du 16 février 2016 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge les contributions spéciale et forfaitaire ; la décision du 16 février 2016 est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas commis d'infraction à la législation sur le travail des étrangers ; elle n'a jamais conclu de contrat de travail avec M. A B qui était présent sur le chantier en lieu et place d'un autre salarié, qui avait été régulièrement embauché et qui s'était fait remplacer sans en informer la société ou son gérant ; en l'absence de cumul d'infraction, le montant de la contribution spéciale devait être fixé à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti comme le prévoient les dispositions de l'article R. 8253-1 II 1° du code du travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'autorité de chose jugée fait obstacle à ce que le bien-fondé des créances recouvrées soit de nouveau contesté ;

- les moyens soulevés par la SARL Midi Aquitaine ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Chalbos, rapporteure publique,

- et les observations de Me Balg, représentant la SARL Midi Aquitaine.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 août 2015 à l'occasion d'un contrôle d'identité des personnes présentes sur le chantier d'une école primaire à Colomiers, les services de police ont relevé la présence d'une personne de nationalité tunisienne, indiquant travailler pour la SARL Midi-Aquitaine et démunie d'autorisation d'exercer une activité salariée. Le 16 février 2016, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la SARL Midi-Aquitaine une somme de 17 600 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur étranger et la somme de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement. Deux titres de perception ont été émis le 25 février 2016 en vue du recouvrement des contributions forfaitaire et spéciale. Par un jugement du 6 mars 2018, le tribunal a rejeté les demandes de la SARL Midi Aquitaine tendant à l'annulation de la décision du 16 février 2016 ainsi qu'à la décharge des contributions en litige, et a prononcé l'annulation des titres de perception au motif de l'incompétence de leur auteur. L'appel formé par la SARL Midi Aquitaine contre ce jugement a été rejeté par la cour administrative d'appel de Bordeaux par une décision du 30 novembre 2020. Deux nouveaux titres de perception ont été émis, le 2 juin 2020, en vue du recouvrement de la contribution forfaitaire et de la contribution spéciale mises à la charge de la requérante par la décision du 16 février 2016. Par la présente requête, la SARL Midi Aquitaine demande au tribunal d'annuler ces nouveaux titres de perception, ensemble la décision du 24 juin 2020 par laquelle l'OFII a rejeté sa réclamation préalable, et de la décharger des sommes ainsi mises à sa charge.

Sur les conclusions à fins d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, par la décision citée du 30 novembre 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté la requête de la SARL Midi Aquitaine tendant à l'annulation de la décision en date du 16 février 2016 par laquelle l'OFII a mis à sa charge une somme de 17 600 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur étranger et de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine et de décharge des contributions en litige. Pour rejeter les conclusions à fins d'annulation présentées par la requérante, la cour s'est fondée sur ce que l'OFII n'avait commis ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation en appliquant à cette société les contributions spéciale et forfaitaire, et sur ce que la SARL Midi Aquitaine ne pouvait prétendre au bénéfice de la minoration du montant de la contribution spéciale mise à sa charge en application du 1° du II de l'article R. 8253-2 du code du travail. La nouvelle demande présentée par la SARL Midi Aquitaine, en ce qu'elle excipe l'illégalité de la décision du 16 février 2016, a le même objet que la demande rejetée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 20 novembre 2020 et repose sur les mêmes causes juridiques. Par suite, l'OFII est fondé à opposer l'autorité de la chose jugée de cet arrêt, qui a rejeté les conclusions à fins d'annulation de la décision du 16 février 2016 pour des motifs de fond, aux nouvelles conclusions présentées par la SARL Midi Aquitaine en ce qu'elles tendent à l'annulation des titres de perception émis à son encontre le 2 juin 2020 pour le recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mises à sa charge par la décision de l'OFII du 16 février 2016, ensemble la décision de rejet de sa réclamation préalable, et à la décharge de ces sommes, en ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité de la décision du 16 février 2016.

3. En deuxième lieu, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, dispose : " () Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. () / L'Etat est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. () ". Aux termes de l'article R. 5223-24 du code du travail relatif à l'organisation de l'OFII : " Le directeur général est ordonnateur secondaire à vocation nationale pour l'émission des titres de perception relatifs à la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 et de ceux relatifs à la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000, désormais codifié à l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par l'une des autorités administratives mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010, précise que pour l'application de ces dispositions aux " titres de perception délivrés par l'État en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'État ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, de même par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur.

6. S'il résulte de l'instruction que les deux titres de perception émis le 2 juin 2020 à l'encontre de la SARL Midi Aquitaine pour le recouvrement, respectivement, d'une somme de 17 600 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur étranger et de la somme de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, comportent les nom, prénom et qualité de leur auteur, l'administration n'a pas produit les bordereaux de titre de recettes comportant la signature de celui-ci. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les titres de recettes d'un montant de 17 600 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur étranger et de la somme de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement émis le 2 juin 2020 à l'encontre de la SARL Midi-Aquitaine sont irréguliers et doivent être annulés, ainsi, par voie de conséquence, que la décision de rejet du recours gracieux formé, le 22 juin 2020, contre ces titres de perception.

7. Le présent jugement, qui prononce l'annulation des titres de perception litigieux pour un motif de régularité en la forme, n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, de prononcer la décharge des sommes demandées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Midi Aquitaine et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les titres de perception émis le 2 juin 2020 à l'encontre de la SARL Midi Aquitaine en vue du recouvrement, respectivement, de la somme de 17 600 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, et de la somme de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire prévue à l'article R. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont annulés.

Article 2 : La décision du 24 juin 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté la réclamation préalable formée par la SARL Midi Aquitaine est annulée.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à la SARL Midi Aquitaine la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Midi Aquitaine et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Benéteau, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

D. KATZLa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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