jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2004237 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASTEX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 août 2020 et 5 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Castex, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " à réparer les conséquences dommageables qu'elle impute à un manquement à une obligation de sécurité et de résultat lui ayant occasionné une maladie professionnelle en raison de son exposition à l'amiante ;
2°) de condamner l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " à lui verser la somme totale de 195 000 euros à titre de provision à faire valoir sur son indemnisation définitive, dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise ;
3°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale afin de déterminer afin de déterminer précisément l'origine et l'imputabilité de son affection et d'évaluer l'intégralité de ses préjudices et notamment les préjudices physiques, d'agrément, moral et d'anxiété ;
4°) de mettre à la charge de l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " a manqué à son obligation de sécurité au travail et a ainsi commis une faute inexcusable ; le lien de causalité entre la maladie et son activité réside dans l'exercice des fonctions de lingère ; elle a développé une maladie professionnelle en raison de l'inhalation d'amiante ; cet établissement de santé n'a jamais procédé à une évaluation des risques par unité de travail ; le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles a reconnu l'origine professionnelle de sa maladie sur le fondement des dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ;
- elle subit un préjudice physique lié à l'apparition de la maladie, et particulièrement de plaques pleurales, reconnue par le tableau n° 30 des maladies professionnelles ; elle a également développé une adénopathie médiastinale ; elle subit un préjudice d'anxiété lié à la crainte de l'aggravation de sa maladie ; elle est contrainte d'effectuer des examens médicaux douloureux et réguliers afin d'évaluer l'allure à laquelle se détériore son état de santé ;
- elle est fondée à demander une indemnisation provisionnelle d'un montant total de 195 000 euros, laquelle se décompose comme suit :
* 100 000 euros au titre du préjudice moral et d'anxiété ;
* 80 000 euros au titre du préjudice physique ;
* 15 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
- elle est en droit de voir ordonner une expertise médicale pour évaluer l'ensemble des préjudices qu'elle a subis.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 17 mars 2021, 25 juillet et 26 septembre 2022, ces deux derniers mémoires n'ayant pas été communiqués, l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse ", représenté par Me Contis, conclut au rejet de la requête de Mme A et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à sa charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 19 avril 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ariège conclut à sa mise hors de cause.
Par ordonnance du 12 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 à 12 heures en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;
- décret n° 96-445 du 22 mai 1996 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Péan,
- les conclusions de Mme Laury Michel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Marion, représentant l'établissement public autonome " Jules Rousse ".
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier de Tarascon sur Ariège en qualité de lingère le 1er avril 1972, et titularisée le 1er avril 1973. Elle a été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 15 janvier 2005. Suite à la détection d'une lésion sur le lobe du poumon consécutive à une exposition à l'amiante, Mme A a entrepris des démarches afin que cette maladie soit reconnue comme professionnelle. Le 28 juillet 2017, le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles a reconnu sa maladie comme étant d'origine professionnelle. Le 9 août 2017, la caisse primaire d'assurance maladie l'a informée de la prise en charge de sa maladie, inscrite au " tableau 30 : affections professionnelles consécutives à l'inhalation de poussières d'amiante ", au titre de la législation relative aux risques professionnels. Par courrier du 19 avril 2018, Mme A a sollicité auprès de la commission de recours amiable de la caisse primaire d'assurance maladie l'indemnisation des préjudices en ayant résulté, imputables selon elle à une faute inexcusable commise par son employeur. En l'absence de réponse à cette réclamation préalable, Mme A a saisi, le 3 juillet 2018, le pôle social du tribunal judiciaire. Par jugement du 25 juin 2020, le pôle social du tribunal judiciaire de Foix s'est déclaré incompétent pour connaître du litige. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal, d'une part de condamner l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " à réparer les conséquences dommageables ayant résulté de son exposition à l'amiante et à lui verser la somme totale de 195 000 euros à titre de provision, à faire valoir sur son indemnisation définitive, et, d'autre part, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale afin de déterminer l'ensemble des préjudices qu'elle a subis.
Sur la demande de mise en cause de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ariège :
2. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Ariège fait valoir sans être contredite que Mme A, du fait de sa qualité de titulaire de la fonction publique hospitalière, ne lui est pas affiliée. Par suite, il y a lieu de la mettre hors de cause.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " :
3. Il résulte de l'article R. 421-1 du code de justice administrative qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
4. Il résulte de l'instruction que Mme A a saisi, par lettre du 19 avril 2018, la commission de recours amiable de la caisse d'assurance maladie, sur le fondement de l'article L. 452-1 et suivants du code de la sécurité sociale, aux fins d'obtenir réparation des préjudices résultant de la maladie professionnelle qu'elle a contractée alors qu'elle exerçait les fonctions de lingère au sein de l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse ". Par lettre du 23 avril 2018, elle a transmis cette demande à cet établissement de santé. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de ce que Mme A n'aurait pas préalablement saisi l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " d'une demande d'indemnisation manque en fait et doit être écartée.
Sur la responsabilité de l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " :
5. D'une part, aux termes de l'article 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Aux termes de l'article L. 4111-1 du code du travail : " () les dispositions de la () partie [relatives à la santé et à la sécurité au travail] sont applicables () / () / 3° Aux établissements de santé, sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ". Aux termes de l'article L. 4121-1 de ce code : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail / 2° Des actions d'information et de formation / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ". Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : / 1° Eviter les risques / 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités / 3° Combattre les risques à la source / 4° Adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé / 5° Tenir compte de l'état d'évolution de la technique / 6° Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux / 7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu'ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1 / 8° Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle / 9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs ".
6. D'autre part, en vertu de l'article L. 4111-2 du code du travail, les dispositions de ce code relatives à la santé et à la sécurité au travail peuvent, pour les établissements de santé, sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, faire l'objet d'adaptations, par décret pris, sauf dispositions particulières, en Conseil d'Etat, compte tenu des caractéristiques particulières de certains de ces établissements et des organismes de représentation du personnel existants. Aux termes de l'article 2-1 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique : " Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ".
7. La responsabilité de l'administration, notamment en sa qualité d'employeur, peut être engagée à raison de la faute qu'elle a commise, pour autant qu'il en résulte un préjudice direct et certain. A le caractère d'une faute, le manquement à l'obligation de sécurité à laquelle l'employeur est tenu envers son agent, lorsqu'il a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé ce dernier et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver.
8. Il n'est pas contesté que la nocivité de l'amiante et la gravité des maladies dues à son exposition étaient pour partie déjà connues avant 1977 et que le décret susvisé du 17 août 1977 relatif aux mesures d'hygiène particulières applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l'action des poussières d'amiante, a imposé des mesures de protection de nature à réduire l'exposition des agents aux poussières d'amiante ainsi que des contrôles de la concentration en fibres d'amiante dans l'atmosphère des lieux de travail. Il résulte des dispositions de l'article 1er de ce décret que celui-ci a été, dès son adoption, applicable aux établissements soumis aux dispositions de l'article L. 231-1 du code du travail alors en vigueur, parmi lesquels les établissements publics hospitaliers, pour les parties de leurs locaux où le personnel est exposé à l'inhalation de poussières d'amiante à l'état libre dans l'atmosphère, notamment dans les travaux de manipulation de tous produits ou objets susceptibles d'être à l'origine d'émission de fibres d'amiante. Par suite, et contrairement à ce que soutient l'établissement public autonome " Jules Rousse ", celui-ci était soumis dès l'année 1977 aux dispositions de ce décret pour les parties de ses locaux où travaillaient des personnels manipulant des produits ou des objets susceptibles d'être à l'origine d'émission de fibres d'amiante. Par ailleurs, le décret n° 96-445 du 22 mai 1996 relatif aux maladies professionnelles et modifiant le code de la sécurité sociale a intégré dans la liste des travaux susceptibles de provoquer les maladies engendrées par les poussières d'amiante " les travaux d'équipement, d'entretien ou de maintenance effectués sur des matériels revêtus ou contenant des matériaux à base d'amiante ".
9. Il résulte de l'instruction que Mme A a travaillé pendant trente-trois ans en qualité de lingère, au sein de l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse ", dans un premier temps sur le site du centre hospitalier de Tarascon sur Ariège puis, à compter de 1982, sur le site de La Frau-Haut. Elle fait valoir qu'elle a été exposée quotidiennement à l'amiante dès lors qu'elle exerçait son activité professionnelle dans un lieu confiné et que ses outils de travail, notamment les tables à repasser, fers à repasser, machines à laver et sèche-linge, contenaient de l'amiante, ce qui est corroboré par les pièces du dossier. Une lésion sur le lobe d'un de ses poumons a été détectée au cours de l'année 2016. Dans le cadre de l'instruction de sa demande de reconnaissance de cette maladie comme étant d'origine professionnelle, le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles a estimé, dans son avis du 28 juillet 2017, " qu'il y avait diverses sources et matériaux amiantés au centre hospitalier de Tarascon sur Ariège () et qu'il est probable qu'une exposition environnementale ait pu avoir lieu ", et que " dans le cadre de son activité de lingère () l'exposition à des fibres d'amiante de Mme A ne fait donc pas de doute ". Il a conclu que " les éléments de preuve d'un lien direct entre les plaques pleurales présentées par Mme A et son activité professionnelle sont bien réunis ". Le 9 août 2017, la caisse primaire d'assurance maladie a informée l'intéressée de la prise en charge de sa maladie, inscrite au " tableau 30 : affections professionnelles consécutives à l'inhalation de poussières d'amiante ", au titre de la législation relative aux risques professionnels. Si l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " fait valoir que, lorsqu'il a changé de site, un contrôle a été opéré sur le nouveau site, il résulte de l'instruction que le dossier technique et le rapport de mission de repérage de l'amiante, établis respectivement en 2007 et 2016, sont postérieurs au départ à la retraite de Mme A et que les repérages sur lesquels ils se fondent ont été effectués seulement sur les bâtiments, à l'exclusion de toute recherche sur les matériels professionnels utilisés quotidiennement par la requérante. En outre, l'établissement de santé n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait mis en œuvre des mesures de sécurité ou de prévention destinées à assurer la protection de Mme A dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, postérieurement au décret n° 96-445 du 22 mai 1996 relatif aux maladies professionnelles et modifiant le code de la sécurité sociale qui a notamment intégré dans la liste " des travaux susceptibles de provoquer les maladies engendrées par les poussières d'amiante / () / les travaux d'équipement, d'entretien ou de maintenance effectués sur des matériels revêtus ou contenant des matériaux à base d'amiante ".
10. Il résulte de ce qui précède que l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse ", employeur, doit être regardé comme ayant fait preuve d'une carence fautive dans la mise en œuvre effective des mesures de protection contre les poussières d'amiante auxquelles Mme A a pu être exposée. Si, pour la période antérieure à 1977, les entreprises qui connaissaient ou auraient dû connaître les dangers liés à l'utilisation de l'amiante étaient celles productrices d'amiante ou celles l'utilisant de façon régulière et massive, il résulte de ce qui vient d'être dit que, pour la période postérieure à 1977, la carence de la résidence " Jules Rousse " à mettre en œuvre des mesures de protection adaptées contre les poussières d'amiante auxquelles Mme A a pu être exposée, est de nature à engager sa responsabilité.
Sur l'indemnisation des préjudices :
11. Mme A a droit à l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis, qui présentent un caractère certain et résultent directement de la carence fautive de l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse ".
Quant au préjudice physique :
12. En premier lieu, Mme A fait valoir qu'elle souffre d'un préjudice physique lié aux souffrances qu'elle endure lors des examens médicaux. Toutefois, Mme A, qui se borne à soutenir que " les examens médicaux sont de réelles souffrances " n'apporte aucune précision sur la nature des examens médicaux en cause et sur les souffrances alléguées. Par ailleurs, si elle fait valoir que son état de santé s'est détérioré en raison de l'adénopathie médiastinale dont elle souffre, il résulte de l'instruction que cette pathologie est, dans son cas, asymptomatique. Par suite, elle n'établit pas le préjudice qu'elle allègue avoir subi et ne peut donc prétendre à une indemnisation à ce titre.
Quant au préjudice d'anxiété :
13. Il résulte de l'instruction que les pathologies développées par Mme A à la suite de son exposition à l'amiante pendant de nombreuses années a généré un préjudice d'anxiété qui est né de la conscience prise du risque élevé qu'elle courrait de développer une pathologie grave, et, par là-même, d'une espérance de vie diminuée, compte tenu de son exposition prolongée à l'inhalation de poussières d'amiante.
14. Au regard de la durée et des conditions d'exposition, et de la surveillance médicale régulière nécessitée par son état de santé, qui a également pu générer une souffrance et une inquiétude, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'anxiété en fixant le montant de sa réparation à la somme de 10 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
15. Si Mme A demande au tribunal de condamner l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " à lui verser une somme de 15 000 euros au titre du préjudice d'agrément, elle ne produit, au titre de ce chef de préjudice, aucun justificatif. Par suite, elle n'établit pas le préjudice qu'elle allègue avoir subi et ne peut donc prétendre à une indemnisation à ce titre.
16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'ordonner l'expertise sollicitée, que l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " doit être condamné à verser à Mme A la somme totale de 10 000 euros au titre des préjudices résultant des manquements commis par son employeur à ses obligations en matière de protection et de sécurité des agents.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " en lien avec la présente instance et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " une somme de 1 500 euros au titre des mêmes frais exposés par Mme A. En revanche, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des dépens auraient été exposés, les conclusions de la requérante au titre des dispositions de l'article R. 761-1 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La caisse primaire d'assurance maladie de l'Ariège est mise hors de cause.
Article 2 : L'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " est condamné à verser à Mme A une somme de 10 000 euros au titre des préjudices subis résultant de manquements à ses obligations en matière de protection et de sécurité des agents.
Article 3 : L'établissement public autonome résidence " Jules Rousse " versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ariège et à l'établissement public autonome résidence " Jules Rousse ".
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La rapporteure,
C. PEAN
La présidente,
S. CHERRIER
Le greffier,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la région Occitanie, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026