jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2004318 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 août 2020, 12 juillet 2021 et le 4 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 septembre 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une somme de 30 000 euros au titre de la contribution spéciale et forfaitaire, ensemble la décision du 29 novembre 2019 rejetant son recours gracieux formé contre la décision précitée ;
2°) de prononcer la décharge de la somme mise à sa charge au titre de ces contributions ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire n'a pas été mise en œuvre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que le procès-verbal d'infraction ne lui a pas été transmis ;
- elle révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- la matérialité des faits n'est pas établie, faute notamment d'avoir fait l'objet d'une condamnation pénale ; il est de bonne foi ; il bénéficie de la présomption d'innocence et l'élément intentionnel n'est pas caractérisé ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les sanctions apparaissent disproportionnées ; elle méconnait le principe de proportionnalité des peines tel qu'il résulte des stipulations de l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
Par un mémoire en défense et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 5 mars 2021 et le 17 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse du 3 juillet 2020.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Péan, rapporteure,
- les conclusions de Mme Chalbos, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle effectué le 29 janvier 2019, sur un chantier de construction de résidences à Cornebarrieu dans le département de la Haute-Garonne, les services de police ont constaté la présence en situation de travail de deux ressortissants tunisiens, dépourvus de titre de séjour. Par un courrier du 14 juin 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a avisé M. A de ce qu'il était passible de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a invité à faire valoir ses observations dans un délai de quinze jours. Par une décision du 12 septembre 2019, le directeur général de l'OFII à mis à la charge de M. A la somme de 30 000 euros au titre de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire. M. A a formé, dans le délai de recours contentieux, un recours gracieux à l'encontre de cette décision du 12 septembre 2019. Bien qu'il ait dirigé les conclusions de sa requête contre la seule décision de rejet de son recours gracieux, il doit être regardé comme demandant également l'annulation de la décision initiale du 12 septembre 2019.
Sur les conclusions aux fin d'annulation et de décharge :
2. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision rejetant le recours gracieux de M. A, du défaut de motivation et du vice de procédure de cette même décision et doivent être écartés comme inopérants.
3. En deuxième lieu, la décision du 12 septembre 2019 du directeur général de l'OFII se réfère expressément aux textes applicables et au procès-verbal établi, le 29 janvier 2019, par les services de police de la Haute-Garonne. En outre, il résulte des termes mêmes de cette décision que le directeur de l'OFII a précisé les sommes, et notamment les modalités de calcul de leur montant, dont est redevable le requérant ainsi que, en annexe, le nom des étrangers à l'origine de l'application des contributions. Par suite, il résulte de l'instruction que le directeur général de l'OFII a procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.
4. En troisième lieu, si les poursuites engagées par l'OFII en vue d'infliger les sanctions litigieuses sont des accusations en matière pénale au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'en résulte pas que la procédure de sanction doive respecter les stipulations de cet article, dès lors, d'une part, que l'OFII ne peut être regardé comme un tribunal, au sens de ces stipulations, et, que, d'autre part, la décision de sanction peut faire l'objet d'un recours de plein contentieux devant la juridiction administrative.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la décision attaquée : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".
6. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, ou en décharger l'employeur.
7. En outre, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque, tout à la fois, il s'est acquitté des vérifications qui lui incombent, relatives à l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail, et n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.
8. Ni les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail ni celles de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne subordonnent la mise à la charge de l'employeur de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire à la condition que les faits qui les fondent constituent une infraction pénale ou qu'il ait été pénalement condamné.
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal du 29 janvier 2019 dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'à l'occasion d'un contrôle opéré sur le chantier de la " résidence sporting even " situé ZAC Monges à Cornebarrieu, les services de police ont constaté la présence de M. D et M. C en situation de travail exerçant la profession de jointeur. Ces deux individus ont déclaré spontanément être dépourvus de titre de séjour et se trouver en situation irrégulière au regard du séjour. Ils ont également indiqué avoir été recrutés par M. A et travailler pour lui depuis la veille pour l'un et le jour même pour l'autre, ce qu'a confirmé le requérant lors de son audition. Par ailleurs, si M. A fait valoir que M. D et M. C lui ont communiqués des faux-noms, il a reconnu lors de son audition les avoir recrutés sans avoir vérifié ni leurs identités ni leurs situations administratives auprès de la préfecture et les avoir déclarés, sous d'autres noms, postérieurement au contrôle effectué par les services de police. Dans ces conditions, le requérant, qui ne conteste pas l'existence d'une situation de travail irrégulier, n'est pas fondé à soutenir que la sanction qui lui est infligée est entachée d'une erreur d'appréciation ni, en tout état de cause, à se prévaloir de ce que les faits qui lui sont reprochés n'ont pas fait l'objet d'une condamnation pénale ou de ce que la présomption d'innocence aurait été méconnue.
10. En cinquième lieu, les infractions prévues aux articles L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 8251-1 du code du travail étant constituées du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers en situation de séjour irrégulier et démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français, le requérant ne peut utilement invoquer l'absence d'élément intentionnel ou encore sa prétendue bonne foi, ces circonstances étant sans incidence sur la matérialité de l'infraction et le montant des contributions mises à sa charge.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ".
12. Les dispositions précitées du code du travail ne permettent pas à l'OFII, pas plus qu'au juge administratif, de moduler le taux de la sanction financière en dehors des cas pour lesquels une minoration est envisagée par les textes applicables au litige. Or, M. A n'établit, ni même n'allègue qu'il remplirait les conditions fixées aux II et III de l'article R. 8253-2 du code du travail pour bénéficier d'une minoration de la contribution spéciale mise à sa charge. Par ailleurs, M. A ne fait état d'aucune circonstance particulière pour justifier qu'il soit, au regard de la nature et de la gravité des agissements sanctionnés, à titre exceptionnel, déchargé des sommes mises à sa charge. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance du principe de proportionnalité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ne peuvent qu'être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé ni à demander l'annulation des décisions attaquées, ni la décharge de l'obligation de payer les sommes dues au titre des contributions spéciale et forfaitaire.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Katz, président,
- Mme Jorda, conseillère,
- Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
C. PEANLe président,
D. KATZ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026