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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2004399

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2004399

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2004399
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantVERMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2020, M. A B, représenté par Me Vermorel, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 14 395,60 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 620 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'illégalité de l'arrêté du 3 août 2018 lui a causé des préjudices financiers : un manque à gagner sur le traitement du mois d'août 2018 qu'il évalue à 692,30 euros et un autre manque à gagner pour les cours de natation en qualité d'auto-entrepreneur qu'il n'a pas pu dispenser et qu'il évalue à 5 000 euros ;

- il a perdu une chance de pouvoir travailler pendant huit mois lui causant un préjudice qu'il évalue à 7 188,30 euros ;

- l'arrêté du 3 août 2018 a porté atteinte à sa réputation dès lors que des articles de presse ont relaté les faits de l'incident du 26 juillet 2018 et lui a causé un préjudice moral qu'il évalue à 1 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2021, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête n'est pas fondée et que l'Etat ne peut pas être condamné à verser une somme qu'il ne doit pas.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté en tant que maître-nageur sauveteur au sein de la piscine municipale d'Espalion (Aveyron) par un contrat à durée déterminée signé le 25 mai 2018. A la suite d'un incident survenu le 25 juillet 2018, M. B a été suspendu à titre conservatoire par un arrêté du maire d'Espalion le 30 juillet 2018. Par un arrêté du 3 août 2018, notifié le 4 août suivant, la préfète de l'Aveyron a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction temporaire d'exercer ses fonctions de maître-nageur sauveteur pour une durée de six mois, sur le fondement de l'article L. 212-13 du code du sport. Par un jugement du tribunal n° s 1804866 et 1902148 du 16 mars 2020, l'arrêté du 3 août 2018 a été annulé pour un motif d'illégalité interne. Le 10 mai 2020, M. B a présenté une demande indemnitaire préalable en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 3 août 2018, qui a été implicitement rejetée. Par sa requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 14 395,60 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute :

2. Aux termes de l'article L. 212-13 du code du sport : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1. ".

3. En l'espèce, l'arrêté du 3 août 2018 par lequel le préfet de l'Aveyron a exercé les pouvoirs de police qu'il tient de l'article L. 212-13 précité a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 16 mars 2020, revêtu sur ce point de l'autorité absolue de la chose jugée. L'illégalité ainsi commise constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du requérant.

En ce qui concerne le lien de causalité et les préjudices :

4. Si toute illégalité qui entache une décision administrative constitue en principe une faute de nature à engager la responsabilité de la collectivité au nom de laquelle cette décision a été prise, une telle faute ne peut toutefois donner lieu à la réparation du préjudice subi lorsque le préjudice allégué ne peut être regardé comme la conséquence du vice dont cette décision est entachée.

5. En premier lieu, M. B demande la réparation d'un manque à gagner sur son salaire du mois d'août 2018 qu'il évalue à 692,30 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que si le requérant a été suspendu de ses fonctions par arrêté du maire d'Espalion daté du 30 juillet 2018 à compter de cette même date, puis interdit d'exercer les fonctions d'éducateur sportif à compter du 3 août 2018 par arrêté préfectoral, il a été rémunéré pour 105 heures par la commune jusqu'à la date d'échéance de son contrat. Dans ces conditions, M. B n'établit pas l'existence d'un manque à gagner sur sa rémunération du mois d'août 2018.

6. En deuxième lieu, M. B demande la réparation d'une perte de chance de percevoir les bénéfices de cours de natation qu'il évalue à 5 000 euros. Il soutient " qu'il aurait pu gagner cette somme s'il n'avait pas été privé de son droit de travailler ". A cet égard, il produit une facture du 29 juillet 2018 établie en sa qualité d'auto-entrepreneur correspondant à 250 " pass natation " d'un montant unitaire de 20 euros hors taxes pour la période allant du 2 juin au 28 juillet 2018. Toutefois, la seule production de cette facture ne permet pas d'établir l'existence d'une perte d'une chance sérieuse de percevoir les mêmes bénéfices au mois d'août que ceux générés sur les mois de juin et juillet. Dans ces conditions, ce chef de préjudice ne peut être indemnisé.

7. En troisième lieu, M. B se prévaut d'un préjudice lié à la perte de chance de pouvoir travailler durant huit mois. Il résulte tout d'abord de l'instruction que l'arrêté du 3 août 2018 a cessé de produire ses effets à compter du 4 février 2019. Ainsi, à compter de cette date M. B pouvait à nouveau exercer en tant qu'éducateur sportif. La circonstance tenant à ce qu'il a récupéré sa carte professionnelle seulement le 22 mai 2019 n'est pas imputable à l'administration, dès lors qu'il n'en a demandé la restitution que le 20 mai 2019. Ensuite, il ne résulte pas de l'instruction que la commune d'Espalion ait promis à M. B de renouveler son contrat conclu le 25 mai 2018 pour une durée de trois mois ou qu'il ait disposé de promesse d'autres structures ou se serait vu refuser des postes en l'absence d'une autorisation d'exercice. Dans ces conditions, M. B n'établit pas la réalité de son préjudice.

8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, alors même qu'il n'y aurait pas d'atteinte à sa réputation professionnelle, que l'arrêté du 3 août 2018 a nécessairement causé à M. B un préjudice moral, dont il sera fait une juste appréciation en fixant à 1 000 euros l'indemnisation due à ce titre.

9. Il résulte de ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral en lien avec la faute retenue au point 3 du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 1 000 euros à M. B.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressé au préfet de l'Aveyron.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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