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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2004718

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2004718

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2004718
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSABATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2020, M. B A, représentée par Me Lapuelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juillet 2020 par laquelle le directeur général du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse a rejeté implicitement sa demande tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de condamner le CHU de Toulouse à lui verser la somme de 10 310,40 euros, assortie des intérêts aux taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable du 19 mai 2020, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Toulouse une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

4°) de mettre à la charge du CHU de Toulouse les entiers dépens de l'instance ;

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le CHU de Toulouse a commis une faute en ne respectant pas les termes de la promesse d'embauche du 20 décembre 2017, par laquelle cet établissement s'est engagé à le revaloriser à l'indice 783 après une année de service ;

- le CHU de Toulouse a également commis une faute en réduisant de façon substantielle ses responsabilités professionnelles en cours de contrat, à partir de juin 2019 ;

- le CHU de Toulouse est tenu de régulariser l'absence de versement de prime de service et d'indemnité forfaitaire et technique sur l'ensemble de la durée du contrat ;

- les préjudices réparables se décomposent comme suit :

* 3 611,40 euros au titre du préjudice matériel lié à la perte de rémunération due à la non-revalorisation de son indice salarial ;

* 3 000 euros au titre du préjudice moral lié au non-respect de la promesse d'embauche ;

* 3 000 euros au titre du préjudice de carrière lié à la diminution de ses responsabilités en cours de contrat ;

* 699 euros au titre des frais d'avocat.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2021, le CHU de Toulouse, représenté par Me Sabatté conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête de M. A est irrecevable ; d'une part, sa demande a été explicitement rejetée par un courriel du directeur des ressources humaines en date du 27 avril 2020, de sorte que le rejet implicite de sa demande indemnitaire préalable, fondée sur une cause identique, a la nature d'une décision confirmative ; d'autre part, les bulletins de paie adressés à M. A au titre des périodes litigieuses révèlent de la décision du CHU de ne pas le revaloriser ; l'intéressé avait ainsi connaissance depuis le mois de février 2018 du refus du CHU de lui verser la prime de service et l'indemnité forfaitaire et technique, et depuis le mois de février 2019 du refus de fixer sa rémunération en référence à l'indice 783 ; en s'abstenant de contester à temps ces décisions à objet exclusivement pécuniaire par la voie du recours pour excès de pouvoir, il est forclos à introduire un recours indemnitaire fondé sur leur illégalité, par application du principe d'exception de recours parallèle ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au

23 novembre 2021 à 12 heures.

Un mémoire présenté pour le compte de M. A a été enregistré le 1er février 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière,

- le code civil,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rives,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lapuelle, représentant M. A ainsi que celles de Me Sabatté, représentant le CHU de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1.M. A a été recruté par le CHU de Toulouse, le 11 janvier 2018, en qualité de chargé de mission au sein de la direction des ressources humaines. Il a démissionné de ce poste le 18 février 2020, avec une prise d'effet au 18 avril de cette même année. Il a présenté une demande préalable indemnitaire le 19 mai 2020, réceptionnée le 26 mai suivant, tendant au paiement des sommes de 3 611,40 euros au titre du manque à gagner, 3 000 euros au titre du préjudice de carrière et 3 000 euros au titre du préjudice moral, en réparation de la faute commise par le CHU dans le cadre de l'exécution de son contrat de travail. Le silence gardé par le CHU a fait naître une décision implicite de rejet. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner le CHU de Toulouse à lui verser une somme globale de 10 310,40 euros en réparation des préjudices qu'il estime avois subis.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la faute liée à l'existence d'une promesse non tenue :

2.Constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, le non-respect des assurances de recrutement données par elle à un agent, ayant au surplus abandonné, sur la base de ces assurances, l'emploi qu'il occupait. Toutefois, la promesse d'embauche doit être claire, ferme et sans ambiguïté.

3.D'une part, M. A invoque le non-respect, par le CHU de Toulouse, de l'engagement de revaloriser sa rémunération, matérialisé par la promesse d'embauche signée le 20 décembre 2017 par le directeur général de l'établissement. Il ressort de ladite promesse qu'une revalorisation indiciaire devait intervenir dans un délai d'un an à compter de la prise d'effet du contrat à durée interminée le liant au CHU de Toulouse, soit le 1er février 2019. Si, ce faisant, ce dernier doit être regardé comme ayant pris un engagement formel et précis de revaloriser la rémunération de M. A, le contrat à durée indéterminée conclu ultérieurement entre les parties ne reprend pas cet engagement et se borne à reproduire les dispositions réglementaires applicables à la situation des agents contractuels de droit public, issues du décret n° 91-55 du 6 février 1991, lesquelles prévoient une réévaluation indiciaire au minimum tous les trois ans. En signant ce contrat le 1er février 2018, dont il a ainsi accepté les termes sans réserve s'agissant notamment des modalités de réévaluation de sa rémunération, M. A a implicitement renoncé au bénéfice de la promesse qui lui avait été faite le 27 décembre 2017. Il n'est, dès lors, plus fondé à s'en prévaloir.

4.D'autre part, contrairement à ce que soutient M. A, il ne résulte pas des termes de la promesse d'embauche du 20 décembre 2017 que le CHU de Toulouse se serait engagé à lui servir une prime de service et une indemnité forfaitaire et technique.

En ce qui concerne la faute liée à la mesure portant changement d'affectation :

5.Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours en excès de pouvoir. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Les recours en excès de pouvoir dirigés contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination, sont irrecevables. Toutefois, si une mesure d'ordre intérieur n'est pas susceptible d'être contrôlée par le juge de l'excès de pouvoir, elle est néanmoins susceptible d'engager la responsabilité de l'administration dans le cas où elle est à la fois fautive et en lien direct et certain avec les préjudices dont l'agent demande réparation.

6.En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment des bulletins de paie produits par le CHU de Toulouse, que la réaffectation de M. A en juin 2019 sur le poste de " chargé de la coordination des processus de paie des personnels non médicaux " n'a entraîné aucune baisse de rémunération dès lors que son indice majoré ainsi que sa quotité de temps de travail sont restés constants suite à cette nouvelle affectation. De plus, il résulte de la comparaison des deux fiches de poste que, dans les deux cas, l'intéressé était chargé de la gestion et du contrôle des éléments de paie de plusieurs milliers d'agents du CHU et qu'il continuait, dans l'exercice de son second poste, à assurer la supervision directe de huit agents. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, la modification de son poste n'a pas entraîné une perte de responsabilités significatives. Enfin, M. A ne conteste pas avoir rencontré des difficultés sur son premier poste " d'encadrant paie et rémunérations ", ne réalisant que partiellement trois des quatre objectifs qui lui avaient été fixés et que, dans ce contexte, sa nouvelle affectation a été justifiée par l'intérêt du service, en visant à aligner ses responsabilités avec ses compétences techniques de la gestion de la paye. Il s'ensuit que la mesure de changement d'affectation litigieuse présente, ainsi que le soutient le CHU de Toulouse en défense, le caractère d'une mesure d'ordre intérieur.

7.En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que cette mesure d'ordre intérieure soit intervenue dans des conditions fautives dès lors, notamment, que M. A a lui-même été associé à la définition des activités mentionnés sur la seconde fiche de poste. De plus, le préjudice de carrière allégué, en lien avec son changement d'affectation, n'est pas établi.

8.Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9.En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du CHU de Toulouse, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A sollicite sur leur fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A une somme de 800 euros au titre des frais exposés par le CHU de Toulouse et non compris dans les dépens.

10.En second lieu, la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de M. A tendant à ce que les dépens soient mis à la charge du CHU de Toulouse doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera une somme de 800 euros au CHU de Toulouse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au CHU de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 octobre 2023

Le rapporteur,

A. RIVES

La présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et des solidarités en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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