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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2005218

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2005218

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2005218
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 octobre 2020, le 16 avril 2021 et le 25 mai 2023, Mme C A, représentée par Me Bearnais, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner Météo France à lui verser la somme de 83 462 euros correspondant à l'intégralité des salaires non perçus sur la période allant de 2005 à 2015, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 juin 2020 ;

2°) de mettre à la charge de Météo France la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- Météo France a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'il a méconnu l'autorité de la chose jugée par le jugement du tribunal administratif n° 1702292 du 29 novembre 2018 en refusant de réexaminer l'imputabilité au service de sa maladie et qu'un délai d'un an s'est écoulé entre la fin de son congé de longue maladie et sa réintégration ;

- la décision du 19 juin 2019 refusant l'imputabilité au service de sa maladie est illégale dès lors que la commission de réforme n'a pas été convoquée ;

- la reconnaissance de l'imputabilité de sa maladie au service ressort des conclusions du rapport d'expertise du 20 février 2017 ; elle est dès lors fondée à demander à percevoir un plein traitement à compter de 2005 ;

- elle a subi un préjudice financier du fait de l'absence de rémunération sur la période allant de 2005 à 2015 dès lors que l'administration n'a pas reconnu sa maladie comme imputable au service ;

- elle sollicite une indemnisation de 83 462 euros en réparation de son préjudice financier.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 octobre 2020 et le 7 juin 2021, Météo France, représenté par Me Pichon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Météo France soutient que :

- la requête est prématurée dès lors que le tribunal n'a pas statué sur la requête n°1903873 présentée par Mme A et tendant à l'annulation de la décision du 19 juin 2019 par laquelle le président directeur général de Météo France a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie pour la période allant de 2007 au 2 novembre 2015 ;

- Mme A a déjà présenté une requête indemnitaire en réparation d'un manque à gagner pour la période allant de 2005 à 2014 sous le n° 1501100 devant le tribunal administratif de Bordeaux qui a été rejetée par un jugement du 18 avril 2017 confirmé par l'arrêt n°17BX03008 du 26 novembre 2019 de la cour administrative d'appel de Bordeaux et, à supposer qu'il n'y ait pas de méconnaissance de l'autorité de la chose jugée, sa créance est prescrite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

- les observations de Me Bearnais, représentant Mme A,

- et les observations de Me Pichon, représentant Météo France.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, recrutée en qualité de technicienne supérieure de la météorologie par Météo France le 3 septembre 1979 et affectée à compter de l'année 1990 au centre départemental de Bordeaux-Mérignac, a ensuite été affectée au centre météorologique interrégional de Météo France à Bordeaux le 17 novembre 2002. A compter du 2 novembre 2009, elle a été placée en congé de longue durée. Météo France a prononcé sa réintégration dans ses fonctions à temps partiel thérapeutique pour une période de trois mois à compter du 2 novembre 2013. Puis, Mme A a de nouveau été placée en congé de longue durée jusqu'au 1er novembre 2014. Elle a sollicité le 2 mai 2015 la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie constatée entre le 2 janvier 2005 et le 28 août 2014. Le 20 février 2017, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie. Par une décision du 3 mars 2017, Météo France a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme A pour la période allant de 2005 à 2014. Mme A a formé un recours contentieux à l'encontre de cette décision par une requête enregistrée sous le n° 1702298 au tribunal administratif de Toulouse le 18 mai 2017. Par un jugement du 29 novembre 2018, le tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision du 3 mars 2017 et a enjoint à Météo France de réexaminer la situation de Mme A. Par une nouvelle décision en date du 19 juin 2019, le président directeur général de Météo France a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme A. Cette dernière, estimant que sa pathologie a été reconnue imputable au service par le jugement du 29 novembre 2018, a formé le 11 juin 2020 une demande indemnitaire préalable pour le paiement de la somme de 83 462 euros correspondant à des traitements non perçus pour la période allant de 2004 à 2015, qui a été implicitement rejetée. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner Météo France à lui verser la somme de 83 462 euros en réparation de son préjudice financier.

Sur l'exception de prescription quadriennale opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou tout réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / () ". L'article 3 de cette même loi dispose : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services () ". Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, dans sa rédaction applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants ()/ Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite (); ".

4. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve ainsi dans les services accomplis par l'intéressé. Il en résulte que la prescription est acquise au début de la quatrième année suivant chacune de celles au titre desquelles ses services auraient dû être rémunérés. Il en résulte que si Mme A prétend au versement des rémunérations non perçues à compter de l'année 2004 et jusqu'au 1er novembre 2015 date à laquelle elle devait réintégrer ses fonctions suite à son congé de longue maladie, sa réclamation devait, pour interrompre valablement la prescription quadriennale au titre de chacune de ses années de service, être formulée avant le 1er janvier de la quatrième année suivante, soit le 1er janvier 2020 au plus tard pour les créances de l'année 2015. Ainsi, à la date de réception par l'administration, le 11 juin 2020, de la première demande de versement présentée par Mme A, les créances relatives au versement de la somme réclamée correspondant aux années 2004 à 2015 étaient prescrites.

5. Au surplus et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que Météo France aurait commis une faute en ne reconnaissant pas l'imputabilité de la pathologie de Mme A au service, dès lors que le tribunal administratif, dans son jugement n°1903873 du 12 octobre 2021, a rejeté sa requête tendant à l'annulation de la décision du 19 juin 2019 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie pour la période allant de 2007 au 2 novembre 2015. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que Météo France ait méconnu l'autorité de la chose jugée par le jugement n° 1702292 du 29 novembre 2018 dès lors que par jugement n° 1907437 du 12 octobre 2021, le tribunal administratif de Toulouse a jugé que Météo-France avait adopté l'ensemble des mesures qu'impliquait l'exécution de ce jugement.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'exception de prescription opposée par Météo France doit être accueillie. Par voie de conséquence, les conclusions indemnitaires de Mme A tendant à la réparation de son préjudice financier résultant de l'absence de versement des rémunérations au titre des années 2004 à 2015 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Météo France, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Météo France et non compris dans les dépens.

Sur l'amende pour recours abusif :

8. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". Dans les circonstances de l'espèce, la requête de Mme A présente un caractère abusif. Par suite, il y a lieu de la condamner à payer une amende pour recours abusif de 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à Météo France la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Mme A est condamnée à payer au Trésor public une amende de 500 euros en application de l'article R.741-12 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au président-directeur général de Météo-France et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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