mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2005234 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP POINTEAU JUCHS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 octobre 2020 et le 22 juillet 2021, la société civile immobilière (SCI) DKF, représentée par Me Pointeau, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2019, notifiée par courrier du 17 octobre 2019, par laquelle le conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales du Tarn a refusé de lui octroyer une subvention pour la création d'un micro-crèche ;
2°) d'annuler la décision du 23 décembre 2019 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Tarn et la présidente du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales du Tarn ont rejeté son recours gracieux ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Tarn de faire procéder à un nouvel examen de sa demande de subvention, dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Tarn une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par des autorités incompétentes;
- la décision lui refusant l'octroi d'une subvention est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où la caisse d'allocations familiales du Tarn n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le dossier de demande de subvention a bien été examiné par le conseil d'administration ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- la caisse d'allocations familiales du Tarn a fait un inexacte application de la circulaire n° 2018-003 du 5 décembre 2018 relative aux conditions de mise en œuvre du plan d'investissement pour l'accueil du jeune enfant ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juin 2021 et le 1er mars 2022, la caisse d'allocations familiales du Tarn, représentée par Me Laurent, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le moyen tiré de ce que les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par la SCI DKF ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mars 2022 à 12h00.
Un mémoire, enregistré le 14 mars 2022, a été présenté pour la SCI DKF et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- et les observations de Me Pointeau, représentant la SCI DKF.
Considérant ce suit :
1. Le 21 aout 2019, la représentante légale de la société civile immobilière (SCI) DKF, Mme C F, a déposé un dossier auprès de la caisse d'allocations familiales du Tarn afin de pouvoir bénéficier d'une subvention d'investissement dans le cadre d'un projet de création de micro-crèche dans la commune de Sémalens. Le conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales du Tarn, réuni le 4 octobre 2019, a refusé l'octroi de la subvention demandée. Cette décision a été notifiée à la SCI DKF par une lettre en date du 17 octobre 2019. La SCI DKF a formé un recours gracieux contre cette décision qui a fait l'objet, le 23 décembre 2019, d'une nouvelle décision de refus. La SCI DKF demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Font l'objet d'une publication les instructions, les circulaires ainsi que les notes et réponses ministérielles qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Les instructions et circulaires sont réputées abrogées si elles n'ont pas été publiées, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret. Un décret en Conseil d'Etat pris après avis de la commission mentionnée au titre IV précise les autres modalités d'application du présent article. " Par ailleurs aux termes des dispositions de l'article L. 312-3 du même code : " Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l'Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. Toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par ces documents pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée. () ". Aux termes de l'article R. 312-10 du même code : " Les sites internet sur lesquels sont publiés les documents dont toute personne peut se prévaloir dans les conditions prévues à l'article L. 312-3 précisent la date de dernière mise à jour de la page donnant accès à ces documents ainsi que la date à laquelle chaque document a été publié sur le site. / Ces sites comportent, sur la page donnant accès aux documents publiés en application de l'article L. 312-3, la mention suivante : " Conformément à l'article
L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par les documents publiés sur cette page, pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée, sous réserve qu'elle ne fasse pas obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement " () ". Enfin, aux termes de l'article D. 312-11 du même code : " Les sites internet mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-3 sont les suivants : () / - www.interieur.gouv.fr ; () / Lorsque la page à laquelle renvoient les adresses mentionnées ci-dessus ne donne pas directement accès à la liste des documents mentionnés à l'article L. 312-3, elle comporte un lien direct vers cette liste, identifié par la mention " Documents opposables ". ".
3. Les énonciations de la circulaire de la caisse nationale d'allocation familiales du 5 décembre 2018 relative aux conditions de mise en œuvre du plan d'investissement pour l'accueil du jeune enfant constituent seulement des orientations générales adressées par la direction des politiques familiales et sociales aux directeurs et agents comptables des caisses d'allocations familiales départementales pour les éclairer dans la mise en œuvre de l'octroi des financements émanant du fonds national d'action sociale, ces autorités administratives disposant d'un pouvoir discrétionnaire pour octroyer une aide financière au bénéfice de laquelle la personne intéressée ne peut faire valoir aucun droit. Cette circulaire ne comporte ainsi pas de lignes directrices dont les intéressés pourraient utilement se prévaloir devant le juge et ne comporte pas davantage une interprétation du droit positif ou d'une règle qu'ils pourraient invoquer sur le fondement des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration. Au surplus, il résulte des dispositions combinées des articles L. 312-3, R. 312-10 et D. 312-11 du code des relations entre le public et l'administration que, pour être opposable, une circulaire doit faire l'objet d'une publication un site internet désigné par décret. En l'espèce, la circulaire 2018-003 du 5 décembre 2018 n'a pas fait l'objet d'une publication sur l'un des sites visés par le code des relations entre le public et l'administration. Par suite, la SCI DKF ne peut utilement se prévaloir de cette circulaire.
4. En deuxième lieu, la lettre du 17 octobre 2019 notifiant à la SCI DKF la décision du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales du Tarn de ne pas lui octroyer de subvention, qui est signée par M. D G, sous-directeur de l'action sociale autorisé à signer l'ensemble des actes qui relèvent de la compétence de la directrice de la caisse d'allocations familiales du Tarn, ne fait pas grief. Dès lors, cette lettre ne constitue pas une décision et le moyen tiré de ce qu'elle a été signée par une autorité incompétente est inopérant, en tout état de cause. Par ailleurs, la décision du 23 décembre 2019 rejetant le recours gracieux introduit par la SCI DKF est signée par Mme H ainsi que par la présidente du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales du Tarn, qui a pouvoir de le représenter, Mme E B. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des décisions attaquées doit être écarté.
5. En troisième lieu, si la société requérante soutient à juste titre que la caisse d'allocations familiales du Tarn ne produit pas le procès-verbal de la réunion du conseil d'administration au cours de laquelle son dossier de subvention a été examiné, la réunion est toutefois clairement mentionnée dans la lettre de notification du 17 octobre 2019 et dans la décision du 23 décembre 2019. En outre, la décision du 23 décembre 2019 est notamment signée par la présidente du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales du Tarn. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Les décisions par lesquelles le conseil d'administration d'une caisse d'allocations familiales refuse ou octroie une aide économique ne présentent pas un caractère défavorable et n'ont pas à être motivées. Dès lors, le moyen est inopérant et doit être écarté.
7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'inexacte application, par la caisse d'allocations familiales du Tarn, de la circulaire n° 2018-003 du 5 décembre 2018 relative aux conditions de mise en œuvre du plan d'investissement pour l'accueil du jeune enfant est, pour les motifs indiqués aux points 2 et 3, inopérant.
8. En sixième et dernier lieu, si la société requérante soutient que la caisse d'allocations familiales du Tarn a entaché les décisions attaquées d'un détournement de pouvoir et de discrimination, elle ne l'établit pas.
Sur les conclusions accessoires :
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées par lesquelles la caisse d'allocation familiales du Tarn a refusé de lui octroyer une subvention pour la création d'une micro-crèche. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit
aux conclusions de la caisse d'allocations familiales du Tarn présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI DKF est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales du Tarn présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière DKF et à la caisse d'allocations familiales du Tarn.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
N. A
Le président,
J.-C. TRUILHÉLa greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au ministre des Solidarités et de la Santé, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026