mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2005707 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CAMILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 novembre 2020, 1er mars et 11 juillet 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Le Comptoir Gourmand, représentée par Me Pichon, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos 2015, 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, pour un montant total de 203 196 euros, ainsi que de l'amende à laquelle elle a été soumise en application des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires fondée sur la méthode des " vins " est viciée, dès lors que le service n'a pas tenu compte des quantités de vins vendues sous la formule " vin compris ", et conduit à une augmentation artificielle du chiffre d'affaires reconstitué, décorrélée des consommations réelles ;
- l'administration ne s'est pas basée sur des éléments propres à la société et obtenus contradictoirement ;
- les attestations produites ont une valeur probante ;
- la reconstitution du chiffre d'affaires doit prendre en compte la somme de 113, 50 euros mentionnée " divers " sur les tickets édités, portant ainsi le coefficient multiplicateur à appliquer de 3,51% à 3,86% ;
- le pourcentage de 10% d'offerts doit être retenu au titre des résultats établis sur l'exercice clos 2017 ;
- elle apporte la preuve de l'exagération des bases d'imposition ;
- la procédure est entachée d'irrégularité pour méconnaissance, du droit d'information prévu à l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, des droits de la défense, notamment du principe d'égalité des armes, garantis par les articles 47 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la jurisprudence du Conseil d'Etat, et du devoir de loyauté ;
- l'amende fiscale appliquée sur le fondement des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts est infondée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 3 juin 2021, 2 mai et 19 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Le Comptoir Gourmand ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-199/11 du 6 novembre 2012, Europese Gemeenschap c/ Otis NV et autres ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-189/18 du 16 octobre 2019, Glencore Agriculture Hungary ;- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique.
- et les observations de Me Pichon, représentant la société Le Comptoir Gourmand.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée Le Comptoir Gourmand, qui a pour activité la restauration de type traditionnelle sur place et à emporter, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée et sur les exercices clos 2015, 2016 et 2017 au titre de l'impôt sur les sociétés. Par une proposition de rectification du 30 novembre 2018, elle a été informée d'une imposition supplémentaire au titre de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes contrôlées, le service ayant procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires sur la base de la méthode dites " des liquides " du fait des anomalies de comptabilité constatées. La réclamation de la société requérante en date du 18 décembre 2019 a été rejetée par une décision du 24 septembre 2020. Par sa requête, la société Le Comptoir Gourmand demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de l'amende prévue par l'article 1759 du code général des impôts mis à sa charge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
Sur la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Aux termes de l'article L. 81 du même livre : " Le droit de communication permet aux agents de l'administration, pour l'établissement de l'assiette, le contrôle et le recouvrement des impôts, d'avoir connaissance des documents et des renseignements mentionnés aux articles du présent chapitre dans les conditions qui y sont précisées. ".
3. Il incombe à l'administration d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable en fait la demande à l'administration, celle-ci est tenue, lorsqu'elle en dispose, de lui communiquer les documents ou copies de documents contenant les renseignements obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés. Il en va ainsi alors même que le contribuable a pu avoir connaissance de ces renseignements ou de certains d'entre eux, afin notamment de lui permettre d'en vérifier, et le cas échéant d'en discuter, l'authenticité et la teneur.
4. Il résulte des termes de la proposition de rectification du 30 novembre 2018 adressée à la société requérante que, suite au constat de carence dans l'établissement de la comptabilité sur la période contrôlée, le service a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société en utilisant la méthode dite " des vins ", tant pour la détermination de l'impôt sur les sociétés que pour la taxe sur la valeur ajoutée. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 19 novembre 2019, la société requérante a demandé la communication de l'ensemble des éléments obtenus par le service auprès de tiers, et que par un courrier du 25 novembre 2019, le service n'a pas fait suite à cette demande. En effet, le service a indiqué à la société requérante que les redressements litigieux avaient été établis, comme indiqué dans la proposition de rectification, selon la méthode dite des " vins " en se fondant uniquement sur les factures d'achat de vins, ainsi que sur les éléments fournis par la société sur la période comprise entre juillet et août 2018. Si la société requérante soutient que le service a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, en ne lui communiquant pas l'ensemble des documents obtenus, et porte à l'appui de ses allégations un avis de passage daté du 27 juillet 2018 adressé par le service à la société Slimane Foie Gras, il résulte de l'instruction que la reconstitution du chiffre d'affaires a été fondée comme il a été dit, sur la méthode dite " des vins ", et il n'est pas établi, eu égard à l'objet commercial de cette société, que les éléments obtenus auraient pu avoir un impact sur la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires retenue. Par ailleurs, si la société requérante suppose que le service aurait plus largement usé de son droit de communication auprès de tiers, elle n'assortit pas ses allégations des précisons suffisantes. Dans ces conditions, le service n'était pas tenu de communiquer à la société requérante les documents obtenus dans le cadre du droit de communication qui n'ont pas fondés les impositions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 51 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ". Aux termes de l'article 47 de la même Charte : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. () ".
6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-199/11 Europese Gemeenschap c/ Otis NV et autres du 6 novembre 2012 que le principe de protection juridictionnelle effective figurant à l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (CDFUE) est constitué de divers éléments, lesquels comprennent, notamment, les droits de la défense, le principe d'égalité des armes, le droit d'accès aux tribunaux ainsi que le droit de se faire conseiller, défendre et représenter. S'agissant du respect des droits de la défense invoqués dans un litige fiscal portant sur une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans son arrêt C-189/18 Glencore Agriculture Hungary du 16 octobre 2019, en réponse à une question préjudicielle, que ce principe a pour corollaire le droit d'accès au dossier au cours de la procédure administrative, et qu'une violation du droit d'accès au dossier commise lors de la procédure administrative n'est pas en principe régularisée du simple fait que l'accès au dossier a été rendu possible au cours de la procédure juridictionnelle concernant un éventuel recours visant à l'annulation de la décision contestée. La Cour de justice a également jugé dans l'arrêt C-189/18 du 16 octobre 2019 que, dans un tel litige, le respect des droits de la défense n'impose pas à l'administration fiscale une obligation générale de fournir un accès intégral au dossier dont elle dispose, mais exige que l'assujetti ait la possibilité de se voir communiquer, à sa demande, les informations et les documents se trouvant dans le dossier administratif et pris en considération par cette administration en vue d'adopter sa décision, lesquels incluent en principe non seulement l'ensemble des éléments du dossier sur lesquels l'administration fiscale entend fonder sa décision mais aussi ceux qui, sans fonder directement sa décision, peuvent être utiles à l'exercice des droits de la défense. Au nombre de ces derniers figurent en particulier les éléments que cette administration a pu rassembler et qui seraient susceptibles de faire douter de la participation du contribuable, en connaissance de cause, à des opérations impliquées dans une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée mais qu'elle a regardés comme non probants.
7. D'une part, s'agissant de la demande en décharge des suppléments d'imposition à l'impôt sur les sociétés en litige, la société requérante soutient que le service, en refusant de lui communiquer l'ensemble des documents obtenus dans le cadre du droit de communication, l'a privée de la possibilité de faire valoir sa défense dans le cadre de la procédure de rectification, en méconnaissance du principe des droits de la défense protégé par l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, ces stipulations qui s'appliquent aux Etats membres lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union européenne et non aux situations seulement régies par le droit interne, ne peuvent dès lors être utilement invoquées à l'appui de la demande en décharge des suppléments d'imposition à l'impôt sur les sociétés en litige. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
8. D'autre part, s'agissant de la demande en décharge du supplément d'imposition de taxe sur la valeur ajoutée en litige, la société requérante soutient que ses droits de la défense ont été méconnus, dès lors le service ne lui aurait pas communiqué tous les documents obtenus dans le cadre de son droit de communication incluant ceux que le service n'aurait pas utilisés pour la détermination de la cotisation d'impôt supplémentaire, dans la mesure où ces documents auraient pu lui être utiles dans le cadre de sa défense. Il résulte cependant de l'instruction comme il a été dit au point 4, que si la garantie d'information et de communication s'applique aux documents obtenus par le service dans le cadre du droit de communication, la société requérante ne démontre pas qu'elle aurait pu les utiliser pour sa défense compte tenu de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires utilisée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense sur le fondement des articles 47 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
9. En troisième lieu, il n'est pas contesté que dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société, les représentants de la société ont eu, directement ou par l'intermédiaire de leurs conseils, des échanges réguliers tout au long de la procédure de contrôle avec le vérificateur. Ils ont notamment, comme il est indiqué dans la proposition de rectification, été informés des modalités de contrôle ainsi que des droits et garanties de la société requérante, notamment la faculté de se faire représenter par un conseil de leur choix. De plus, aux termes de la procédure de contrôle, compte tenu de la carence de comptabilité de la société, le vérificateur a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires en se fondant sur les données propres de la société requérante, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté. Il résulte, en outre, de l'instruction que la société a apporté, le 4 février 2019, des observations suite à la proposition de rectification du 30 novembre 2018 et une réclamation en date du 18 décembre 2019, suite à la mise en recouvrement des sommes en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
10. En quatrième lieu, la société Le Comptoir Gourmand soutient que le service a eu un comportement déloyal dans le cadre de la procédure de rectification, du fait de la non communication de l'ensemble des éléments obtenus par le service. Il résulte cependant de l'instruction, comme il a été dit au point 8, que la société requérante, qui se borne à affirmer que le service à dissimuler les informations obtenues, ne justifie d'aucun élément ni n'apporte de faisceaux d'indices de nature à remettre en cause les déclarations du service. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
S'agissant de la charge de la preuve :
11. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ".
12. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".
13. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. / Cette procédure s'applique également lorsque l'administration effectue la reconstitution du montant déclaré du bénéfice industriel ou commercial, du bénéfice non commercial, du bénéfice agricole ou du chiffre d'affaires déterminé selon un mode réel d'imposition. ".
14. D'une part, il résulte de l'instruction que la société le Comptoir Gourmand, n'ayant pas déposé de déclaration de résultat sur les exercices clos 2015 et 2016 dans les délais légaux, et aucune mise en demeure n'ayant été adressée à la société, le service, a mis en œuvre la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, précité.
15. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société le Comptoir Gourmand n'ayant pas déposé de déclaration de résultat sur l'exercice clos 2017, dans les délais légaux, malgré une mise en demeure en date du 12 juin 2017, le service a mis en œuvre, sur le fondement des articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales, cités au point 11, la procédure de taxation d'office pour cet exercice. Par suite, il appartient à société le Comptoir Gourmand, d'apporter la preuve de l'exagération de l'évaluation faite par l'administration de ses bases d'imposition pour l'année en litige.
S'agissant de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires :
16. Il résulte de l'instruction qu'au terme de la vérification de comptabilité de la société requérante portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, la comptabilité de la société a été déclarée non probante du fait des graves irrégularités relevées, notamment l'absence d'inventaire des matières premières ou de marchandises, l'absence de brouillard de caisse et la comptabilisation du chiffre d'affaires sans aucun justificatif. Pour procéder à la reconstitution des recettes de la société pour chaque exercice, le vérificateur a appliqué la méthode dite " des liquides " ou " des vins ", qui consiste à déterminer le chiffre d'affaires des vins à partir des données disponibles en matière d'achats et des prix de vente des vins, et d'évaluer la proportion du chiffre d'affaires des vins par rapport au chiffre d'affaires total. Il résulte de l'instruction que, compte tenu, de l'absence de justificatifs de recettes, du défaut de caisse enregistreuse sur les exercices soumis au contrôle et de l'absence de sauvegarde des données relatives à l'encaissement du chiffre d'affaires, le service s'est fondé sur l'extraction de la ventilation du chiffre d'affaires réalisé par la société sur la période du 1er juillet 2018 au 31 août 2018, la date du 1er juillet 2018 correspondant à la date de mise en fonctionnement de la nouvelle caisse enregistreuse. Le service a ainsi déterminé que la vente d'alcool représentait un taux de recettes de 3, 51 % du chiffre d'affaires total. Par ailleurs, pour chaque période vérifiée, les achats revendus ont été définis à partir des factures d'achat d'alcool fournies par la société requérante, et sur chaque prix d'achat a été appliqué le prix de vente issus de la carte du restaurant remise par la société au cours de la procédure contradictoire, étant entendu au demeurant que l'ensemble des achats a été considéré comme revendu, la société requérante n'ayant présenté au cours du contrôle aucun inventaire de ses matières premières et marchandises. La méthode de reconstitution du chiffre d'affaires retenue a permis de déterminer le chiffre d'affaires de la société respectivement fixé à 262 64 euros au titre de l'exercice clos 2015, à 315 214 euros au titre de l'exercice clos 2016 et à 418 689 euros au titre de l'exercice clos 2017.
17. D'une part, la société requérante soutient que la méthode de reconstitution utilisée est viciée, dès lors que le service aurait omis de prendre en compte les formules " vins compris ".Toutefois, si la société produit quatre attestations de clients et une attestation d'une ancienne employée, ces seuls éléments peu circonstanciés et non corroborés, notamment pas les cartes du restaurant, ne permettent pas de justifier que la société facturait un menu " vins compris ", la société requérante s'abstenant par ailleurs de valoriser le nombre de menus potentiellement concernés. Au demeurant, il résulte également de l'instruction, que dans le cadre de la reconstitution du chiffre d'affaires, le service a pris en compte un pourcentage d'offerts de 4 % pour les boissons alcoolisées présentées en bouteille et en vrac, ce pourcentage représentant la proportion de vins achetés mais non facturés, et comprend à ce titre, les boissons comprises dans les formules et non comptabilisées dans le chiffre d'affaires, ce que ne conteste pas la société requérante.
18. D'autre part, la société requérante soutient que le taux de recette des boissons alcoolisées fixé à de 3, 51 % par le service est erroné et devrait être porté à 3,86%, dès lors que le service a omis de prendre en compte la somme de 113, 50 euros mentionnée " divers ". Il résulte cependant de l'instruction que la somme de 113, 50 euros figurant sur l'extraction des données de caisse établie le 31 août 2018, concerne la sous-catégorie " restauration " et non la sous-catégorie " Bar - Alcool ".
19. Enfin, la société requérante soutient que le taux de " pertes, offerts et prélèvements de l'exploitant " doit être évalué à 10 % au titre des résultats établis sur l'exercice clos 2017, et non pas entre 5% et 7% comme dans le cas d'espèce. Il résulte cependant de l'instruction, que la société requérante, à qui incombe la charge de la preuve, n'établit pas l'insuffisance des taux retenus par le service, étant entendu au demeurant que la moyenne globale des coefficients de " pertes, offerts et prélèvements de l'exploitant " est de 14, 2%.
20. Il résulte de ce qui précède que la société Le Comptoir Gourmand n'est pas fondée à soutenir que la méthode de reconstitution des recettes retenue serait viciée dans son principe, la requérante ne proposant au demeurant pas de méthode de reconstitution pouvant être considérée comme plus fiable que celle appliquée par le service vérificateur.
Sur la taxe sur la valeur ajoutée :
21. Il résulte de ce qui précède que, la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires retenue par le service n'étant pas radicalement viciée, la société Le Comptoir Gourmand n'est pas fondée à soutenir que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée doivent être diminués du fait de l'exagération du montant des recettes retenues.
Sur l'application de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts :
22. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Aux termes de l'article 117 du même code : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ".
23. Il résulte des dispositions précitées de l'article 109 du code général des impôts que c'est à bon droit que l'administration a regardé les sommes réintégrées au bénéfice de la société comme des revenus distribués. La société n'ayant pas révélé l'identité des bénéficiaires de telles sommes, l'administration était fondée à lui appliquer la pénalité prévue à l'article 1759 du code général des impôts.
24. Il résulte de tout ce qui précède que la société Le Comptoir Gourmand n'est pas fondée à demander la décharge des impositions litigieuses.
Sur les frais liés au litige :
25. Les conclusions de la société Le Comptoir Gourmand tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la société Le Comptoir Gourmand est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Le Comptoir Gourmand et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026