mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2005756 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | FELDMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 novembre 2020 et 30 octobre 2022, la société Tarn Fibre, représentée par Me Feldman, demande au tribunal d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques du Tarn a procédé à une compensation entre les pénalités de retard dont elle est débitrice envers le département du Tarn et la participation publique dont le département du Tarn est débiteur envers elle.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- une mesure de compensation opérée par un comptable public est une décision susceptible de faire l'objet d'un recours en annulation ;
- ladite mesure méconnaît les articles 1347 et suivants du code civil, les créances mises à sa charge n'étant ni certaines, ni exigibles, ni liquides dès lors que neuf des titres exécutoires qui lui ont été adressés ont fait l'objet d'un recours contentieux ; l'appréciation du bien-fondé de la compensation doit s'effectuer à la date du jugement ; la direction départementale des finances publiques du Tarn n'aurait pas dû prendre en compte les titres exécutoires émis à l'encontre de la société SFR.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que conformément au 1° des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, elle aurait dû être dirigée non contre le comptable public mais contre l'ordonnateur du département du Tarn ;
- à la date de la décision en litige, les créances du département du Tarn étaient certaines et liquides, leur existence étant matérialisée par des titres exécutoires qui n'avaient alors fait l'objet d'aucun recours contentieux, et exigibles en raison de leur caractère exécutoire fondé sur les articles 252 A du livre des procédures fiscales et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 novembre 2022 à midi.
Par une lettre du 4 avril 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de conclusions tendant à l'annulation d'une décision de compensation prise par un comptable public.
La société Tarn Fibre a produit des observations en réponse à cette lettre le 9 mai 2023, communiquées le 10 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pétri ;
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public ;
- et les observations de Me Feldman, représentant la société Tarn Fibre.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'une opération de conception, d'établissement et d'exploitation d'un réseau de communication électronique à très haut débit, le département du Tarn a approuvé la conclusion d'une convention de délégation de service public avec la société SFR, à laquelle s'est ensuite substituée la société Tarn Fibre. La convention a été signée le 30 avril 2019 et est entrée en vigueur le 19 juin suivant. A compter du début de l'année 2020 et après avoir constaté plusieurs manquements dans la réalisation des obligations contractuelles qui incombent à la société Tarn Fibre, le département du Tarn lui a infligé des pénalités de retard par le biais de 17 titres exécutoires. Parallèlement, il a émis, le 23 juin 2020, un mandat d'un montant de 823 477 euros au bénéfice de la société Tarn Fibre en vue du règlement de la somme qui lui est due au titre de la participation publique prévue par la convention. Par un courrier du même jour, le comptable public a informé la société intéressée de la compensation du précompte de la somme de 823 477 euros, de son imputation sur divers titres exécutoires émis en 2020, et de ce que le montant de son solde débiteur après compensation s'élevait désormais à la somme de 1 469 423 euros. Cette mesure de compensation a fait l'objet d'un recours gracieux adressé au département du Tarn et à la direction départementale des finances publiques du Tarn les 24 et 26 août 2020. Par la présente requête, la société Tarn Fibre demande l'annulation de cette décision de compensation.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire de ce titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () / 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales. "
3. Selon l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. "
4. Il résulte des dispositions citées aux points 2 et 3 que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances relève de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond. En l'espèce, la société Tarn Fibre demande au tribunal administratif de Toulouse d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle le comptable public du département du Tarn a procédé à une compensation entre la participation publique que le département du Tarn lui doit et 17 titres exécutoires prononçant l'infliction de pénalités de retard à son encontre. Or, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de telles conclusions, dirigées contre une décision du comptable public tendant au recouvrement d'une créance non fiscale d'un département, et non contre le bien-fondé des titres exécutoires émis par l'ordonnateur. Par suite la requête de la société Tarn Fibre doit être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Tarn Fibre est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Tarn Fibre et à la direction départementale des finances publiques du Tarn.
Copie en sera adressée pour information au département du Tarn.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
La rapporteure,
M. PETRI
Le président,
T. SORINLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026