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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006136

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006136

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006136
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGONTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2020, M. B C, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 novembre 2020 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant suspension des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision attaquée n'a pas été précédée d'un entretien sur sa vulnérabilité ni d'un entretien contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que contrairement à ce que la décision litigieuse mentionne, il n'a formulé qu'une seule demande d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII s'est placé en situation de compétence liée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui sont inapplicables ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article D. 744-38 du même code.

Une mise en demeure a été adressée le 6 mai 2021, sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, au directeur territorial de l'OFII.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2021 à 12 heures par une ordonnance du 18 août 2021.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit un mémoire enregistré le 28 mars 2023.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2021.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/32 UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan, rapporteure,

- et les observations de Me Gontier, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 1er janvier 1976 à Abidjan (Côte-d'Ivoire), déclare être entré en France le 13 mars 2020 après avoir fui son pays. Il a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile le 25 mai 2020 et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil attachées au statut de demandeur d'asile qui lui ont été proposées. Le 25 juin 2020, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Espagne, ce pays étant regardé comme responsable de l'examen de sa demande d'asile, assorti d'une décision d'assignation à résidence. Après avoir exécuté cet arrêté de transfert, il est revenu sur le territoire français et s'est vu délivrer le 30 septembre 2020 puis le 29 octobre 2020 une attestation de demande d'asile en " procédure Dublin ". Par décision du 4 novembre 2020, l'OFII a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 mars 2021. Par suite, ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code applicable en l'espèce : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ". Aux termes de l'article D. 744-34 du même code applicable en l'espèce : " Le versement de l'allocation prend fin, sur demande de l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () / 3° Pour les bénéficiaires de la protection temporaire, à la date où s'achève cette protection ou à la date du transfert du bénéficiaire vers un autre Etat de l'Union européenne () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code applicable en l'espèce : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile () ". Selon l'article D. 744-38 du même code applicable en l'espèce : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur () ".

5. Il résulte de ces dispositions que les demandeurs d'asile relevant de la procédure Dublin de retour en France après leur transfert n'ont plus droit aux conditions matérielles d'accueil, sauf si leur nouvelle demande est enregistrée en procédure normale, ou accélérée, ou s'ils établissent que l'Etat membre responsable n'a pas voulu traiter leur demande d'asile.

6. Pour décider, le 4 novembre 2020, de suspendre les conditions matérielles d'accueil de M. C, le directeur territorial de l'OFII à Toulouse s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile dès lors qu'il aurait présenté une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile. Malgré une mise en demeure adressée le 6 mai 2021 au directeur territorial de l'OFII, celui -ci n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de trente jours qui lui était imparti. En application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, l'administration est donc réputée acquiescer aux faits exposés par le requérant, non contredits par les pièces du dossier, selon lesquels il n'a déposé qu'une seule demande d'asile le 25 mai 2020, ainsi que le démontre d'ailleurs les attestations qu'il verse au dossier. Compte tenu de ces faits, le directeur territorial de l'OFII a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 novembre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'OFII à Toulouse a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve que s'y oppose un changement dans les circonstances de fait à la date du présent jugement, qu'il soit enjoint à l'OFII de rétablir M. C dans ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à Me Gontier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. C.

Article 2 : La décision du 4 novembre 2020 du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sous réserve que s'y oppose un changement dans les circonstances de fait à la date du présent jugement, de rétablir M. C dans ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 1 500 euros à Me Gontier sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Gontier et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

C.PEAN

Le président,

D. KATZ

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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