mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2006383 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C+ |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | TOUBOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2020 et des mémoires et pièces enregistrés les 4, 8, 9, 10, 21, 23 et 27 février 2021, 20 avril 2021, 1er juin 2021, 26 juillet 2021, 2 septembre 2021, 16 mars 2022, 24 avril 2022, 22 juin 2022, 30 août 2022, 12 octobre 2022, 25 octobre 2022, 25 novembre 2022 et 26 décembre 2022 Mme C E doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1) d'annuler les avis de sommes à payer émis par le département de la Haute-Garonne le 19 novembre 2020 pour le recouvrement de deux indus de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 8 728,43 euros pour la période de juin 2017 à octobre 2018 et de 10 531,09 euros pour la période de novembre 2018 à février 2020 ;
2) de recevoir son opposition à la contrainte émise le 26 janvier 2021 par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne (CAF) pour le recouvrement d'un indu d'allocation de logement familiale (ALF) de 2 020 euros pour la période du 1er juillet 2017 au 29 février 2020, d'un indu de prestations familiales PAJE d'un montant de 449,17 euros pour la période de janvier à avril 2019 et de deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année de 228,67 euros pour les années 2018 et 2019, soit au total 2 778,51 euros ;
3) d'annuler la décision du 29 janvier 2021 par la laquelle le directeur de la CAF lui a notifié une pénalité administrative de 745 euros ;
4) d'annuler la décision reçue le 6 avril 2022 par laquelle la CAF lui notifie un indu d'APL de 122 euros ;
5) d'annuler la décision du 6 septembre 2022 par laquelle le directeur de la CAF a confirmé un indu d'allocation de logement familiale IM4004 d'un montant de 4 498 euros ;
6) d'enjoindre le remboursement de toutes les sommes auxquelles elle avait droit dont l'APL entre mars 2019 et avril 2020 soit 4 676 euros, le RSA entre mars et septembre 2020 soit 5 222,55 euros, les aides de l'État par rapport à la pandémie de covid-19 à hauteur de 1 750 euros de même que les sommes de 528 euros prélevées par fraction de 48 euros entre mars 2019 et avril 2020 et de 6 460 euros, retenues entre mars 2019 et septembre 2020 à hauteur de 340 euros par mois ;
7) d'enjoindre à la CAF de lui rembourser la somme de 115,85 euros retenue sur une allocation de rentrée scolaire versée en septembre 2021 ainsi que ses droits à l'APL modifiés en août 2022 ;
8) de condamner la CAF à lui verser une somme de 20 000 euros au titre des dommages et intérêts en réparation des préjudices subis ;
9) de mettre à la charge de la CAF une somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est mère isolée depuis septembre 2016 ; entre septembre 2016 et février 2017, elle est restée dans la maison de son ex-conjoint le temps de trouver un appartement ;
- elle n'a pas rempli de demande de pensions alimentaires car les sommes qu'elle percevait de son ex-conjoint étaient des remboursements de prêts effectués dix ans plus tôt ;
- la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne (CAF) a considéré qu'elle avait perçu 30 825 euros de revenus fonciers qui sont inexistants ;
- elle a conclu un pacte civil de solidarité avec son ex-conjoint pour qu'il fasse des économies d'impôts ; lors du contrôle du 15 juillet 2019, elle a été accusée d'être encore en couple, de ne pas avoir déclaré qu'une partie de son domicile servait de studio photographique non déclaré, de ne pas avoir déclaré 1 500 euros de pensions alimentaires et de ne pas avoir déclaré une activité professionnelle qu'elle n'avait pas encore commencé ;
- en mars 2019, toutes ses allocations ont été suspendues, la laissant sans revenus avec sa fille ;
- elle a reçu un courrier du président du conseil départemental de la Haute-Garonne du 30 janvier 2019 qu'elle a contesté ; elle est harcelée par la CAF ; si la somme de 1 500 euros qu'elle a perçue mensuellement devait être regardée comme une pension alimentaire, elle serait pour sa fille ce qui est sans incidence sur ses droits au RSA ou à l'aide personnalisée au logement (APL) ;
- elle a droit à des dommages et intérêts en réparation des préjudices qu'elle a subis résultant de l'agression dont elle a été victime devant sa fille de la part du contrôleur de la CAF, du harcèlement qu'elle subit, et du fait qu'elle n'a pas pu démarrer sa société ;
- les retenues sont illégales alors qu'une instance est en cours ;
- le contrôle a été mené à son terme ; elle possède l'attestation sur l'honneur signée en fin de contrôle oubliée par le contrôleur à son domicile ;
- elle est aujourd'hui assistante administrative et n'a toujours pas démarré son activité de photographe ; elle justifie des sommes déposées sur son compte ; elle n'avait pas à déclarer les sommes provenant de ventes d'objets personnels ; elle a un compte joint ouvert avec son ex-conjoint depuis 2015 qui ne prouve pas une vie commune ;
- des retenues ont été effectuées au titre du plan de remboursement prévu par la CAF ;
- M. B a payé directement le loyer car le bail était également à son nom ; cela est sans incidence sur ses droits ; la CAF est de mauvaise foi ;
- les poursuites de la part d'un huissier missionné par le département de la Haute-Garonne sont irrégulières alors que son dossier est toujours pendant devant le tribunal ;
- elle a perçu 301 euros et non 602 euros ; l'indu d'APL n'est pas fondé ; certes M. B a parfois payé le loyer mais elle a elle-même payé plusieurs loyers ; dans l'onglet du site de la CAF relatif à ses dettes, figurent 4 498 euros correspondant aux APL de janvier 2021 à mars 2022 qu'elle n'a pas perçus ;
- son compte CAF est modifié à son insu par la CAF ;
- un nouveau plan de remboursement a été mis en place par la CAF ; elle a formé un recours devant la commission de recours amiable reçu le 11 août 2022 ; un jugement a été rendu en sa faveur par le tribunal judiciaire le 30 juin 2022 ;
- les indus d'ALF de 122 euros et 4 498 euros pour la période de janvier 2021 à mars 2022 ne sont pas fondés dès lors qu'elle a payé l'intégralité de son loyer ; elle a formé un recours préalable à l'encontre de l'indu de 4 498 euros ainsi que sur ses droits à l'allocation de rentrée scolaire.
Des pièces et mémoires ont été enregistrés pour Mme E les 24 janvier 2023, 1er mars 2023 et 17 mars 2023 et n'ont pas été communiquées.
Par des mémoires en défense enregistrés les 15 avril 2021, 27 mai 2021, 13 août 2021, 19 avril 2022, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il est incompétent pour défendre en ce qui concerne les conclusions relatives aux APL, aux aides exceptionnelles de fin d'année, à la pénalité administrative, à l'annulation du plan de remboursement des indus de RSA, aux dommages et intérêts en raison d'une agression qu'aurait subie l'intéressée de la part du contrôleur de la CAF (qui a également déposé plainte à son encontre) ;
- la créance de RSA lui a été transférée par la CAF et aucune retenue n'a été effectuée ;
- la régularité des titres exécutoires n'est pas contestée ;
- l'indu est fondé en fait et en droit ;
- Mme E a formé un recours gracieux le 20 juillet 2020 transmis par la CAF et reçu le 14 octobre 2020, par lequel elle demande le versement rétroactif de ses droits au RSA, implicitement rejeté ; cette décision est fondée dès lors que les ressources de l'intéressée sont supérieures au plafond du RSA ;
- le recouvrement des indus de RSA avait été suspendu à sa demande ; cette suspension n'est intervenue que pour un temps limité et l'huissier a poursuivi sans qu'il en soit informé ; il a demandé la suspension du recouvrement.
Par des mémoires en défense enregistrés les 19 juillet 2021, 22 septembre 2021, 23 mars 2022, 20 octobre 2022, 26 octobre 2022, 21 novembre 2022 et 21 décembre 2022, la CAF de la Haute-Garonne doit être regardée comme concluant au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme E d'une somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif est incompétent en ce qui concerne la pénalité administrative ;
- à titre principal, la procédure de recouvrement est régulière ;
- à titre subsidiaire, l'indu est fondé en droit et en fait ;
- la demande de dommages et intérêts est injustifiée et le tribunal judiciaire est saisi des plaintes de Mme E et de la personne chargée du contrôle ;
- elle produit l'état des créances et remboursements relatifs aux indus d'ALF IM4003 d'un montant de 122 euros pour les mois de février à mars 2022 en raison d'une modification de la situation professionnelle de l'intéressée, et IM4004 d'un montant de 4 498 euros pour les mois de janvier 2021 à mars 2022 en raison d'une modification de ses ressources de référence ; un recours a été formé par l'intéressée le 27 avril 2022 ; l'indu IM4004 a été confirmé par décision du directeur de la CAF du 6 septembre 2022 ;
- Mme E étant au chômage indemnisé, elle pouvait prétendre à un abattement de 30 % sur ses revenus d'activité professionnelle ; les ressources du foyer faisaient obstacle jusqu'en janvier 2022 au versement de l'ALF ; ce droit a été valorisé à compter de janvier 2022, en prenant en compte la situation de chômage indemnisé de l'intéressée ; toutefois, en avril 2022, Mme E a indiqué avoir repris une activité salariée depuis le 15 février 2022 ; elle ne pouvait donc plus bénéficier de l'abattement de 30 % précité ; l'indu de 122 euros a été soldé par compensation de ses droits ;
- en ce qui concerne l'indu de 4 498 euros, Mme E pouvait éventuellement prétendre au bénéfice de l'ALF pour son logement loué à Gratentour à compter de mars 2019 ; à la demande de la CAF, l'intéressée a adressé une attestation de loyer qui a permis l'étude de ses droits pour la période de janvier 2021 à mars 2022, sur la base des ressources 2019, 2020 et 2021, déterminées selon les dispositions de l'article R. 822-3 du code de la construction et de l'habitation ; un rappel d'ALF d'un montant de 4 550 euros a été décidé le 18 mars 2022 pour la période de janvier 2021 à février 2022 et le 30 mars 2022, un versement de 301 euros a été effectué auprès du bailleur de Mme E ; toutefois, la situation de cette dernière a été vérifiée dès lors que Mme E n'était plus au chômage indemnisé depuis le 15 février 2022, qu'elle avait repris une activité de travailleur indépendant depuis octobre 2021, qu'elle avait perçu des aides financières et une pension alimentaire mensuelle de 600 euros au cours des années 2010 et 2020 ; la somme de 4 550 euros ne lui a pas été versée mais a été retenue à hauteur de 2 649,15 euros en compensation d'un autre indu d'ALF IM4002 et d'une pénalité administrative FP1001 ; en outre, le reliquat de ce rappel soit 1 900,85 euros a été affecté à l'indu d'ALF IM4004 ; en outre, la somme de 598 euros a également été retenue sur le rappel d'ALF du 25 avril 2022 et affectée à l'indu IM4004 dont le solde est ainsi de 1 999,15 euros ;
- le tribunal est incompétent en ce qui concerne l'indu IN1002 complément de mode de garde, d'un montant de 449,17 euros dont le tribunal judiciaire a déjà été saisi ;
- elle produit l'état de remboursement des créances de l'intéressée ;
- Mme E a perçu une pension alimentaire de son ex-concubin à hauteur de 600 euros par mois depuis 2017 ; en outre, il acquittait le loyer depuis 2019 à hauteur de 909 euros par mois en 2019 et 920 euros par mois en 2020 ; pour l'année 2019 ont donc été retenues des ressources de 18 108 euros et pour 2020 de 18 240 euros ;
- pour l'année 2017, ont été retenus 23 498 euros de revenus imposables au titre des capitaux mobiliers, 11 850 euros de pensions alimentaires, 177 euros de CSG déductible conformément aux éléments retenus par l'administration fiscale ;
- pour 2018, ont été retenus 11050 euros de pensions alimentaires et un montant fictif de 9999999 euros de revenus non-salariés dès lors qu'elle n'a pu estimer ces revenus qui n'ont pas été déclarés à l'URSSAF ;
- les droits réels de Mme E à l'APL pour la période de janvier 2021 à mars 2022 s'élèvent à 77 euros par mois pour la période de janvier à mars 2021 et 240 euros par mois pour la période de janvier 2022 à mars 2022 ; elle produit une attestation de paiement relative aux prestations servies pendant la période en litige ;
- la demande indemnitaire est irrecevable faute de demande préalable ; en tout état de cause, le montant n'est pas justifié.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse du 23 juillet 2021, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Me Touboul, par courrier enregistré le 31 janvier 2022, a informé le tribunal que Mme E l'avait dessaisi du dossier. Mme E a été invitée, par courrier du 22 février 2022 du greffe de ce tribunal, à se rapprocher du bureau d'aide juridictionnelle afin qu'il soit procédé à la désignation d'un autre avocat. Par courriel du 23 février 2022, Mme E a indiqué au greffe du tribunal qu'elle souhaitait se défendre seule.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. D de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. D de Huraux, les conclusions de M. Bernos, rapporteur public, les observations de Mme E qui persiste dans ses écritures et celles de Mme F, pour le département de la Haute-Garonne, qui persiste également dans ses écritures, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a fait l'objet d'un contrôle de situation sur place par la CAF de la Haute-Garonne le 15 juillet 2019. Par courrier du 30 décembre 2019, le département de la Haute-Garonne a informé Mme E que le montant des pensions alimentaires versées par M. B, et le paiement des loyers par ce dernier seraient retenus pour la détermination de ses droits au RSA pour les années 2016, 2017, 2018 et 2019. Par courrier du 16 janvier 2020, le département de la Haute-Garonne a informé l'intéressée qu'il était admis qu'elle n'avait pas perçu de revenus de sa microentreprise. Mme E a formé un recours administratif le 23 janvier 2020, rejeté le 30 janvier 2020. Deux indus de RSA d'un montant de 8 728,43 euros pour la période de juin 2017 à octobre 2018 et de 10 531,09 euros pour la période de novembre 2018 à février 2020 et, notamment, un indu d'allocation de logement familiale IM4002 de 2020 euros ont été notifiés par la CAF à l'intéressée le 3 mars 2020. Mme E a formé un recours le 20 juillet 2020 auprès de la CAF, concernant tant ses droits à l'allocation de logement que le RSA, transmis au département de la Haute-Garonne le 14 octobre 2020. Après transfert de la créance de RSA par la CAF au département, deux avis de sommes à payer ont été émis le 19 novembre 2020. Parallèlement, la CAF de la Haute-Garonne poursuivait, par une contrainte en date du 26 janvier 2021, le recouvrement de l'indu d'allocation de logement familiale (ALF) de 2 020 euros notifié le 3 mars 2020 et implanté le 4 mars 2020 pour la période du 1er juillet 2017 au 29 février 2020, d'un indu de prestations familiales PAJE d'un montant de 449,17 euros pour la période de janvier à avril 2019 et de deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année de 228,67 euros pour les années 2018 et 2019, soit au total 2 778,51 euros et le 29 janvier 2021, notifiait à Mme E une pénalité administrative de 745 euros. Par courrier du 6 avril 2022, la CAF a notifié à l'intéressée un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 122 euros (IM4003) pour les mois de février et mars 2022 en raison de l'exercice d'une activité professionnelle et par courrier du 21 avril 2022, un autre indu d'ALF d'un montant de 4 498 euros (IM4004). Mme E a formé un recours préalable à l'encontre de ces deux indus, rejeté implicitement pour l'indu IM4003 et expressément par décision du 6 septembre 2022 pour l'indu IM4004. Mme E doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les avis de sommes à payer émis par le département de la Haute-Garonne le 19 novembre 2020, de recevoir son opposition à la contrainte émise le 26 janvier 2021, et d'annuler l'ensemble des décisions implicites ou expresses prises sur ses recours, et demande en outre à être remboursée des sommes indûment prélevées et une somme au titre de dommages et intérêts.
Sur les conclusions relatives à la pénalité administrative décidée par la CAF le 29 janvier 2021 et à l'allocation de rentrée scolaire :
2. Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, les pénalités administrative prononcées par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné, " peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire ". Ainsi, il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire de connaître des conclusions de Mme E dirigées contre la somme due au titre de la pénalité administrative en litige. Il suit de là que la juridiction administrative n'est manifestement pas compétente pour connaître des conclusions de la requérante relative à la pénalité qui lui a été infligée, qui doivent ainsi être rejetées.
3. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et règlementations de sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les prestations familiales comprennent : 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant () 7° l'allocation de rentrée scolaire () ". Les litiges relatifs aux prestations familiales sont au nombre des litiges relatifs à l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole mentionnés à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au présent litige, comme relevant du contentieux général de la sécurité sociale. En vertu de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire, le contentieux général de la sécurité sociale, qui relevait du tribunal des affaires de sécurité sociale jusqu'au 31 décembre 2018, relève, depuis le 1er janvier 2019, du tribunal de grande instance, devenu, à compter du 1er janvier 2020, le tribunal judiciaire.
4. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 3 qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître des conclusions de la requête de Mme E, en tant qu'elles concernent l'allocation de rentrée scolaire, la pénalité administrative de 745 euros qui lui a été infligée et l'indu de prestation d'accueil du jeune enfant mis à sa charge par la contrainte émise le 26 janvier 2021. Au demeurant, il résulte de l'instruction que par un jugement du 30 juin 2022, le juge judiciaire a reçu l'opposition formée par Mme E à l'encontre d'une nouvelle contrainte du 21 mai 2021, en tant qu'elle porte sur un indu de complément libre choix du mode de garde de 449,17 euros pour la période du 1er janvier 2019 au 30 avril 2019. Lesdites conclusions doivent donc être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les conclusions dirigées contre les avis de sommes à payer émis le 19 novembre 2020 par le département de la Haute-Garonne :
5. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".
6. En premier lieu, Mme E ne conteste pas la régularité des titres exécutoires émis par le département de la Haute-Garonne le 19 novembre 2020 portant recouvrement de deux indus de RSA.
7. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de la solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du même code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature () ".
8. En second lieu, à la suite d'une enquête diligentée en juillet 2019, le rapport établi par le contrôleur assermenté de la CAF, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, a relevé l'existence d'un pacte civil de solidarité conclu avec M. B le 22 novembre 2016 et rompu le 1er février 2019, une adresse commune entre M. B et Mme E pour la période de février 2016 à février 2017 et l'existence d'un compte joint entre M. B et l'intéressée jusqu'en avril 2017. Par suite, c'est à bon droit que la CAF, puis le département de la Haute-Garonne ont pu remettre en cause la situation de personne isolée de Mme E. Il est également apparu que Mme E n'avait pas déclaré une pension alimentaire perçue de M. B ni les aides ponctuelles accordées par ce dernier qui a payé le loyer de son logement. Ainsi, il a été relevé que, pour l'année 2017, Mme E avait perçu 11 850 euros de la part de M. B, la même somme en 2018 et en 2019 des versements mensuels de 600 euros ainsi qu'une aide de 2 000 euros. Mme E n'est pas fondée à soutenir que les pensions alimentaires qu'elle a perçues pour sa fille n'ont pas à être prises en compte car elle n'en était pas bénéficiaire, dès lors qu'aux termes des dispositions précitées, c'est l'ensemble des ressources du foyer qui est pris en compte pour la détermination des droits au RSA. Si Mme E soutient que les sommes versées par M. B correspondent au remboursement d'un prêt de plus de 30 000 euros souscrit une dizaine d'années auparavant, elle ne l'établit pas par la seule attestation de M. B, postérieure au contrôle, alors que ce prêt n'a pas été déclaré aux services fiscaux. Enfin, une somme totale de 8 475,05 euros a été versée sur le compte de Mme E entre 2017 et 2019 correspondant à des ressources non justifiées. Si l'intéressée fait valoir que ces recettes correspondent au fruit de la vente d'effets personnels, elle n'en justifie que ponctuellement et en tout état de cause, en vertu des dispositions précitées, Mme E était tenue de déclarer l'ensemble des ressources du foyer, de quelque nature qu'elles soient, y compris les pensions alimentaires perçues pour sa fille et les contributions de M. B aux dépenses du foyer. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le département de la Haute-Garonne a pu réintégrer ces sommes dans les ressources à prendre en compte pour la détermination des droits de Mme E et mettre à sa charge les indus contestés d'un montant de 8 728,43 euros pour la période de juin 2017 à octobre 2018 et de 10 531,09 euros pour la période de novembre 2018 à février 2020.
9. Par ailleurs et au surplus, si un huissier a poursuivi le recouvrement de ces titres alors que la présente instance était en cours, le département de la Haute-Garonne a immédiatement fait cesser toute poursuite.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des avis de sommes à payer contestés.
Sur l'opposition à la contrainte émise le 26 janvier 2021 en tant qu'elle concerne l'allocation de logement familiale et les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année versée au titre du RSA pour les années 2018 et 2019 :
11. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. " Aux termes de l'article 6 des décrets susvisés du 14 décembre 2018 et du 10 décembre 2019 : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 161-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement ().
En ce qui concerne les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année 2018 et 2019 :
12. Aux termes de l'article 3 du décret du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / Une seule aide est due par foyer. " L'article 3 du décret du 10 décembre 2019 porte application des mêmes dispositions transposées à l'année 2019.
13. Mme E, qui ne discute pas la régularité de la contrainte en litige, en conteste le bien-fondé pour les mêmes motifs que ceux développés à l'encontre des indus de RSA mis à sa charge. Il résulte de ce qui a été dit au point 8, que les moyens développés par Mme E à l'encontre de l'indu de RSA ont été écartés et la requérante n'est fondée à contester ni le principe ni le montant des indus de RSA mis à sa charge. Compte tenu de la rectification des droits de Mme E au RSA, l'intéressée n'avait plus de droit ouvert au titre des mois de novembre ou décembre 2018 et 2019. Par suite, c'est à bon droit que la CAF a poursuivi le recouvrement des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année 2018 et 2019 par la contrainte en litige.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'allocation de logement familiale de 2 020 euros pour la période de juillet 2017 à février 2020 (IM4002) :
14. Aux termes de l'article L. 542-5 du code de la sécurité sociale applicable jusqu'au 31 août 2019 : " Les taux de l'allocation sont déterminés compte tenu du nombre des personnes à charge vivant au foyer et du pourcentage des ressources affecté au loyer. () ". Aux termes de l'article D. 542-9 du même code : " Les ressources prises en compte pour l'application de l'article D. 542-5 sont, soit celles perçues pendant l'année civile de référence prévue aux articles D. 542-20 à D. 542-28, par l'allocataire et son conjoint et par les personnes vivant habituellement au foyer, soit celles appréciées dans les conditions prévues à l'article R. 532-8. / Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé pendant plus de six mois au cours de l'année civile précédant la période de paiement et y résidant à la date d'ouverture du droit ou au début de la période de paiement. " Aux termes de l'article R. 532-8 du même code : " I.- Il est procédé à une évaluation forfaitaire des ressources de la personne et de son conjoint ou concubin lorsque les conditions ci-après sont réunies : 1° D'une part : - soit, à l'ouverture du droit, lorsque le total des ressources de la personne et de son conjoint ou concubin perçu au cours de l'année civile de référence et apprécié selon les dispositions de l'article R. 532-3 est au plus égal à 1 015 fois le salaire minimum de croissance horaire en vigueur au 31 décembre de cette année ; - soit, à l'occasion du premier renouvellement du droit, lorsque les ressources lors de l'ouverture du droit ont déjà fait l'objet d'une évaluation forfaitaire ; - soit, à l'occasion du renouvellement du droit autre que le premier, lorsqu'au cours de l'année civile de référence ni le bénéficiaire, ni son conjoint, ni son concubin n'a disposé de ressources appréciées selon les dispositions de l'article R. 532-3 ; 2° D'autre part, le bénéficiaire, son conjoint ou son concubin perçoit une rémunération. Ces dispositions ne sont pas applicables aux personnes qui perçoivent le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. () " Aux termes de l'article D. 542-10 du même code : " Les ressources retenues sont celles perçues pendant l'année civile de référence. L'année civile de référence est l'avant-dernière année précédant la période de paiement. () ".
15. Aux termes de l'article L. 821-3 du code de la construction et de l'habitation applicable à compter du 1er septembre 2019 : " " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article L. 822-5 du même code : " Les aides personnelles au logement ne sont dues qu'aux personnes payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine, lorsque cette valeur est supérieure à un montant fixé par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 822-6 du même code : " La détermination ainsi que les conditions de prise en compte des ressources et de la valeur du patrimoine sont définies par voie réglementaire. Les conditions de prise en compte des ressources, notamment les périodes de référence retenues, peuvent varier en fonction de la nature des ressources ". Aux termes de l'article R. 822-2 de ce code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. / Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de l'année civile précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore à la date d'ouverture du droit ou au premier jour de la période de paiement. " Aux termes de l'article R. 822-3 du même code : " Sous réserve des cas où ces ressources sont évaluées forfaitairement, les ressources prises en compte pour l'établissement de l'aide personnelle au logement sont celles perçues pendant l'année civile de référence. / L'année civile de référence est l'avant-dernière année précédant la période de paiement. " Aux termes de l'article R. 822-4 du même code : " I.- Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu selon le barème progressif, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale. () " Aux termes de l'article R. 822-17 du même code : " Lorsque le bénéficiaire ou son conjoint perçoit le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, il n'est tenu compte ni des revenus d'activité professionnelle, ni des indemnités de chômage perçus par l'intéressé durant l'année civile de référence. / Les droits sont examinés sur cette nouvelle base, à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel ces conditions sont réunies et jusqu'au dernier jour du mois civil au cours duquel ces conditions cessent d'être réunies. "
16. Pour mettre à la charge de Mme E l'indu en litige (IM4002), la CAF, aux termes de ses écritures du 21 novembre 2022, a retenu pour l'année 2017 23 498 euros de revenus de capitaux mobiliers, 11 850 euros de pensions alimentaires et 177 euros de CSG déductible, dont elle indique qu'ils sont conformes à ceux retenus par l'administration fiscale au titre de l'année 2017, le montant des pensions alimentaires résultant du contrôle du 19 décembre 2019. Pour l'année 2018, la CAF a retenu 11 050 euros de pensions alimentaires, résultant du même contrôle, et un montant fictif de 999 999 euros de revenus non-salariés dès lors qu'au cours de cette année, le contrôle a mis en évidence des rentrées d'argent non justifiées sur le compte de Mme E, qui ont été regardées comme des revenus non-salariés issus de l'activité de travailleur indépendant de l'intéressée, alors que la CAF indique qu'aucune déclaration n'a été faite à l'URSSAF. Il résulte toutefois de l'instruction que, d'une part, Mme E a produit le 4 février 2021 les déclarations URSSAF de ses revenus non commerciaux, qui sont nuls, pour les années 2017, 2018 et 2019 et que, d'autre part, elle a produit le 27 février 2021 un avis d'imposition rectifié sur les revenus de l'année 2017 ne faisant apparaître aucune ressource. Par suite, les bases retenues par la CAF pour la détermination des droits de l'intéressée à l'allocation de logement familiale étant erronées, il y a lieu d'annuler l'indu en litige et par voie de conséquence, d'annuler la décision implicite par laquelle le recours de Mme E a été rejeté et de recevoir l'opposition formée par Mme E à l'encontre de la contrainte en litige, en tant qu'elle concerne l'indu d'ALF IM4002.
Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite prise sur recours préalable relative à un indu d'allocation de logement familiale de 122 euros (IM4003) pour la période de février à mars 2022 initialement notifié le 6 avril 2022 :
17. Aux termes de l'article R. 822-14 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsque le bénéficiaire ou son conjoint se trouve, depuis au moins deux mois consécutifs à la date d'effet de la demande ou pendant au moins deux mois consécutifs au cours de la période de paiement, en chômage total et qu'il perçoit l'allocation d'assurance prévue à l'article L. 5422-1 du code du travail ou lorsqu'il se trouve en chômage partiel et qu'il perçoit l'allocation spécifique prévue à l'article L. 5122-1 du même code, les revenus d'activité professionnelle perçus par l'intéressé pendant l'année civile de référence sont affectés d'un abattement de 30 %. / Cette mesure s'applique à partir du premier jour du deuxième mois civil suivant celui au cours duquel est intervenu le changement de situation. Le nombre minimal d'heures de chômage partiel requis pour bénéficier de cet abattement de 30 % est de quarante heures sur une période de deux mois consécutifs. / La rémunération perçue par les personnes relevant des conventions conclues en application de l'article L. 1233-68 du code du travail est assimilée, pendant la durée de la formation et pour l'application des dispositions du deuxième alinéa du présent article, à l'allocation de chômage à laquelle elle s'est substituée lors de l'entrée en formation. / Lorsque l'intéressé reprend une activité professionnelle rémunérée, l'abattement est supprimé à partir du premier jour du mois civil au cours duquel intervient la reprise d'activité. "
18. La CAF a valorisé un droit de Mme E à l'ALF à hauteur de 301 euros à partir de janvier 2022. 301 euros ont été versés auprès du bailleur de Mme E le 5 avril 2022, avant la prise en compte de la reprise d'une activité salariée par l'intéressée le 15 février 2022, déclarée à la CAF le 6 avril 2022. Ce changement de situation a induit la suppression de l'abattement de 30 % sur les revenus professionnels de l'intéressée au cours de l'année civile de référence, entraînant un indu de 122 euros, soldé par compensation le 25 avril 2022. Si Mme E fait valoir qu'elle a payé l'intégralité de son loyer pendant la période en litige, cette circonstance est sans incidence sur l'indu en litige, dès lors que l'ALF peut être versée directement à l'allocataire, et pas seulement au bailleur qui, dans cette hypothèse, doit déduire du loyer le montant de l'allocation qu'il perçoit. Par suite, Mme E n'est pas fondée à contester l'indu en litige ni à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours préalable du 27 avril 2022.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 6 septembre 2022, prise sur recours préalable, relative à un indu d'allocation de logement familiale de 4 498 euros (IM4004) initialement notifié le 21 avril 2022, pour la période de janvier 2021 à mars 2022 :
19. Les dispositions applicables ont été citées aux points 15 et 17 du présent jugement.
20. Il résulte de l'instruction que la CAF a étudié le droit à l'ALF de Mme E pour la période de janvier 2021 à mars 2022, après réception par ses services d'une attestation de loyer en mars 2022. Le droit à l'ALF a été étudié à partir des ressources d'activité salariée et d'allocations de chômage, déterminées selon les dispositions précitées au point 15 de l'article R. 822-3 du code de la construction et de l'habitation, en prenant en compte la circonstance que Mme E n'avait réalisé aucun chiffre d'affaires au titre de son activité de travailleur indépendant pour les années 2019 et 2020. Le 18 mars 2022, un rappel de droits à l'ALF à hauteur de 4 550 euros a été élaboré pour la période de janvier 2021 à février 2022. Un versement de 301 euros a été effectué par la CAF auprès du bailleur de l'intéressé le 30 mars 2022. Ce rappel de droit sur la période antérieure n'a pas été versé immédiatement au bailleur de Mme E et a fait l'objet d'un réexamen en prenant en compte la reprise d'activité salariée déclarée le 6 avril 2022 de même que les aides financières et les pensions perçues au cours des années 2019 et 2020, révélées par l'enquête administrative conduite en décembre 2019, à hauteur de 18 108 euros d'aides financières et de pensions alimentaires pour 2019 et de 18 240 euros d'aides financières et de pensions alimentaires pour 2020. Le 21 avril 2022, un indu de 4 498 euros d'ALF a ainsi été établi pour la période de janvier 2021 à mars 2022. Le rappel de droit de 4 550 euros (qui n'a pas été versé mais enregistré comptablement) a fait l'objet de retenues à hauteur de 2 649,15 euros pour solder, à hauteur de 1 904,15 euros un autre indu d'ALF IM4002 évoqué aux points 14 à 16 du présent jugement, et pour le recouvrement d'une pénalité administrative FP1001 à hauteur de 745 euros, évoquée au point 2 de ce jugement. Le reliquat de ce rappel (4 550 - 2 649,15) de 1 900,85 euros a été directement affecté à l'indu IM4004, qui a donc été diminué du même montant, ainsi qu'il résulte de l'état des créances produit par la CAF. Par ailleurs, la somme de 598 euros a également été retenue sur le rappel d'ALF à hauteur de 720 euros du 25 avril 2022 pour la période de janvier à mars 2022 et affectée au remboursement de l'indu IM4004. Le solde de ce rappel d'ALF soit 122 euros, a été retenu par compensation pour le remboursement de l'indu IM4003 mentionné au point 18. Le rappel de 4 550 euros a donc entièrement été affecté au remboursement des indus précités. La CAF a précisé, dans son mémoire du 21 novembre 2022, que les droits à l'ALF de Mme E s'établissait à 77 euros par mois pour la période de janvier à mars 2021 et à 240 euros par mois pour la période de janvier 2022 à mars 2022, soit la somme totale de 951 euros. Il résulte de l'attestation de paiement établie le 15 novembre 2022 et produite par la CAF que pour la période en litige de janvier 2021 à mars 2022, le bailleur a perçu la somme de 301 euros alors qu'elle aurait dû percevoir, d'après la CAF la somme de 951 euros. Ainsi, compte tenu des retenues effectués sur les rappels et leur affectation, l'indu IM4004 s'établit bien à 301 euros (ALF perçue pour le mois de mars 2022) + 4550 euros (rappel de droits sur la période en litige) + 720 euros (2e rappel de droit sur la période janvier à mars 2022) - 951 euros (somme due par la CAF au titre des ALF sur la période de janvier 2021 à mars 2022) - 122 euros (somme affectée à l'indu IM4003) - 598 euros (somme affectée à l'indu en litige) - 1900,85 euros (somme affectée à l'indu en litige) + 1 904,15 euros (somme due par Mme E au titre de l'indu IM4002) - 1 904,15 euros (somme affectée au remboursement de l'indu IM4002 ainsi soldé) + 745 euros (somme due par Mme E au titre de la pénalité FP1) - 745 euros (somme affectée au remboursement de la pénalité FP1 ainsi soldée) soit au total 1999,15 euros, tel que mentionnés dans l'état des créances produit par la CAF le 21 novembre 2022. Toutefois, il apparaît que la somme de 1 904,15 euros a été affectée au solde de l'indu IM4002 qui est annulé par le présent jugement. Par suite, l'indu IM4004 s'en trouve nécessairement affecté dans son montant. Il y a lieu, par voie de conséquence, de l'annuler également. Par ailleurs, il y a lieu de relever que Mme E établit, dans ses mémoires, avoir réglé les loyers d'octobre 2019 (virement du 3 octobre de 909 €), décembre 2019 (virement du 5 décembre de 909 €), janvier 2020 (virement du 6 janvier 2020 de 909 €), mars 2020 (virement du 5 mars de 917 €), août 2020 (virement du 7 août de 920 €), février à décembre 2021 et janvier 2022 à octobre 2022.
21. Il résulte de ce qui précède que la décision du 6 septembre 2022 par laquelle la CAF a maintenu à la charge de Mme E l'indu IM4004 dont le solde s'établit à 1 999,15 euros pour la période de janvier 2021 à mars 2022 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin de remboursement :
22. En ce qui concerne le RSA, le département de la Haute-Garonne établit, par un bordereau de situation du 12 mai 2021, qu'aucune retenue n'a été effectuée sur les indus en litige. Mme E n'est donc pas fondée, en tout état de cause, à demander le remboursement de sommes qui auraient été indûment prélevées alors que, ainsi qu'il a été dit au point 9 les indus de RSA sont fondés dans leur principe et leurs montants.
23. En ce qui concerne l'indu d'ALF IM4002 d'un montant de 2020 euros, aujourd'hui soldé, il résulte du point 16 du présent jugement que les bases retenues pour la détermination des droits de Mme E sont erronées. Le tribunal n'est toutefois pas en mesure de déterminer les droits à l'ALF de l'intéressée sur la période en litige. Il y a donc lieu d'ordonner à la CAF de rembourser à Mme E la somme de 2 020 euros dans un délai de deux mois, sous réserve que la CAF de la Haute-Garonne ne prenne pas, dans le même délai, une nouvelle décision d'indu, portant sur la même période, et prenant en compte les motifs du présent jugement. Dans l'hypothèse où le nouvel indu ainsi déterminé serait inférieur à 2 020 euros, il appartiendra à la CAF de procéder immédiatement au remboursement à Mme E de la différence.
24. En ce qui concerne l'indu d'ALF IM4004 d'un montant de 4 498 euros, aujourd'hui soldé, il résulte du point 20 du présent jugement que les bases retenues pour l'indu en litige prennent en compte la retenue sur un rappel de droit de la somme de 1 904,15 euros pour le remboursement de l'indu IM4002 annulé par le présent jugement. Compte tenu de l'injonction prononcée au point 23 de ce jugement, les conclusions de Mme E doivent être rejetées.
25. Mme E demande également qu'il soit enjoint à la CAF de lui rembourser diverses aides dont les aides exceptionnelles liées à la situation sanitaire. Toutefois, le présent jugement ne porte pas sur de telles aides. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme E à ce titre doivent être également rejetées.
Sur la demande de dommages et intérêts :
26. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
27. Mme E demande l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du comportement des agents de la CAF à son égard et notamment celui de l'agent assermenté ayant procédé au contrôle de sa situation. Elle chiffre le montant de ses préjudices à hauteur de 20 000 euros, sans toutefois en justifier. Toutefois, ainsi que le fait valoir la CAF de la Haute-Garonne, la requérante n'établit pas avoir fait une demande indemnitaire préalable auprès de la CAF avant de former des conclusions en indemnisation devant le tribunal. Dès lors, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.
Sur la demande de frais de procès :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce qu'une somme versée à Mme E, qui est la partie perdante au principal dans la présente instance, sur ce fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme E la somme de 200 euros que demande la CAF de la Haute-Garonne sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite rejetant le recours de Mme E à l'encontre d'un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 2 020 euros, ensemble la contrainte émise le 26 janvier 2021, en tant qu'elle porte sur cet indu, sont annulées.
Article 2 : La décision du 6 septembre 2022 par laquelle le directeur de la CAF de la Haute-Garonne a maintenu à la charge de Mme E un indu d'allocation de logement familiale IM4004 d'un montant de 4498 euros est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne de rembourser à Mme E la somme de 2 020 euros sauf à ce qu'elle prenne, dans un délai de deux mois, une nouvelle décision mettant à la charge un indu d'allocation de logement familiale portant sur la même période et d'un même montant. Dans l'hypothèse où le montant d'un nouvel indu serait inférieur à 2 020 euros, il appartiendra à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne de rembourser à Mme E la différence entre 2 020 euros et le montant de ce nouvel indu.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne tendant au bénéfice de frais de procès sont rejetées.
Article 6 : La présente décision sera notifiée à Mme C E, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne, au département de la Haute-Garonne, au ministre chargé des solidarités et au ministre délégué chargé de la ville et du logement.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Alain D de Hureaux La greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre délégué chargé de la ville et du logement, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2006383
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026