jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2006450 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAMBARET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés le 15 décembre 2020, le 14 septembre 2021, les 17 et 28 juin 2022 et les 22 et 28 juillet 2022, la société BH Espaces Verts, représentée par Me Chambaret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait application à son encontre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 106 200 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne comporte pas l'ensemble des considérations de fait qui en constituent le fondement ;
- elle l'a privée d'une garantie procédurale dès lors que le courrier du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 septembre 2020 l'invitait à présenter ses observations sur la base de l'indication de l'application éventuelle de contribution spéciale de 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L.3231-12 du code du travail alors que finalement la décision retient un montant de 15 000 fois ce taux ; qu'elle ne disposait pas d'un délai suffisant pour présenter ses observations, qu'elle n'a pas reçu communication de l'intégralité du dossier, qu'il y a eu méconnaissance du caractère contradictoire et équitable de la procédure pénale ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la société requérante n'a pas pu présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée, que les observations formulées n'ont pas été visées dans la décision attaquée ni prises en compte, qu'elle n'a reçu le courrier de convocation à l'entretien du 1er février 2018 que le 10 février 2018, que sa demande de fixation d'une nouvelle convocation formulée dans son courriel du 12 février 2018 est demeurée sans réponse et qu'elle a donc été ainsi privée d'une garantie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les faits d'emploi d'un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ont donné lieu à une décision de classement sans suite par le procureur de la République ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'aucun élément ne montre que les circonstances de l'espèce ont été prises en compte et qu'elle ne mentionne pas les éléments apportés par le requérant dans son courrier du 21 septembre 2020 ;
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022 par une ordonnance du 7 septembre précédent.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le jugement du 7 juillet 2020 n°1804663
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Chalbos, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chambaret représentant la société BH Espaces Verts.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle diligenté le 7 septembre 2017 par les services de l'inspection du travail, constatant l'emploi irrégulier de deux ressortissants marocains M. C B et M. E B, le 10 septembre 2018, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a appliqué à la société BH Espaces Verts la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 106 200 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine d'un montant de 4 218 euros en application de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par jugement du 7 juillet 2020, le tribunal a annulé cette décision. Le 20 octobre 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a repris une décision mettant à la charge de cette société, la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 106 200 euros. La société BH Espaces Verts demande au tribunal d'annuler cette nouvelle décision.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction.
3. Il résulte de l'instruction que la décision du 20 octobre 2020 mentionne les dispositions applicables du code du travail, le procès-verbal établi à la suite du contrôle du 7 septembre 2017, le montant de la somme due, le motif retenu pour infliger la sanction, à savoir l'emploi irrégulier de deux travailleurs démunis de titre les autorisant à travailler en France, et précise en annexe le nom des salariés concernés. Dès lors, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, propres à la situation de la société requérante, qui fondent la sanction. Par suite, l'absence de mention de la procédure antérieure étant sans effet sur la légalité de la décision attaquée, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen particulier de la situation de la société BH Espaces Verts manquent en fait ne peuvent qu'être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code dans sa version applicable : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. (). / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution. / () ". Aux termes de l'article R. 8253-1 de ce code : " La contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. / Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 8253-2 du même code : " I.-Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. () / IV.-Le montant de la contribution spéciale est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction ".
5. Aux termes de l'article R. 8253-3 du même code : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ". Aux termes de l'article R. 8253-4 de ce code : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 () ".
6. D'une part, il résulte de ces dispositions que, s'agissant des mesures à caractère de sanction, le respect du principe général des droits de la défense, applicable même sans texte, suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et puisse avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus, à tout le moins lorsqu'elle en fait la demande.
7. Il résulte de l'instruction que, dans son courrier du 3 septembre 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration informe la société BH Espaces Verts qu'il envisageait de lui appliquer la contribution spéciale à raison des faits constatés le 7 septembre 2017, en renvoyant aux dispositions de l'article R.8253-2 du code du travail et l'invitait à présenter ses observations dans un délai de 15 jours sur l'infraction relevée. En outre, ce courrier comportait la mention manuscrite indiquant qu'une copie du procès-verbal était annexée en pièce jointe. Le requérant, qui indique lui-même avoir reçu ce courrier du 3 septembre 2020 dans sa lettre du 16 septembre suivant, soutient ne pas avoir reçu l'ensemble des documents ayant fondés la décision du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, ces éléments étaient constitués par les faits relatés dans le procès-verbal annexé au courrier du 3 septembre 2020. En outre, le requérant, qui n'établit pas avoir fait les diligences nécessaires pour en obtenir communication de la copie du procès-verbal mentionnée en pièce jointe du courrier précité du courrier du 3 septembre 2020, ne saurait se prévaloir, pour la première fois devant le juge, de ce que ce procès-verbal ne lui a pas été communiqué. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ait fondé sa décision sur d'autres pièces que ledit procès-verbal. Dans ces conditions, la société requérante, connaissant l'antériorité de sa propre situation, était à même de comprendre le quantum des contributions mises à sa charge et d'en vérifier le montant. Elle disposait également de l'ensemble des griefs qui lui étaient reprochés et de l'ensemble des documents sur lesquels le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration fondait sa décision ainsi que d'un délai suffisant pour y répondre. Dès lors, la société requérante, qui a pu présenter des observations écrites dans son courrier du 21 septembre 2020, n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne disposait pas du bon quantum ni de l'ensemble des pièces du dossier lui permettant de faire valoir ses observations dans un délai suffisant.
8. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que la procédure de mise en œuvre de la contribution prévoit seulement une invitation par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à présenter des observations écrites. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été régulièrement convoqué à l'audition auprès de l'inspectrice du travail, dès lors que la date d'audition fixée était antérieure à celle d'expiration du délai dont il disposait pour retirer sa convocation, dont il n'a pris connaissance que postérieurement à la date d'entretien, l'audition pénale libre à laquelle M. D a été convoqué en vertu de l'article 28 du code de procédure pénale relève d'un moyen d'investigation facultatif et non obligatoire de l'inspectrice du travail. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'inspectrice aurait tiré des conséquences particulières de l'absence de présentation à l'audition pénale ni que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait fondé sur cette circonstance dans sa décision. Le gérant de la société a par ailleurs eu l'occasion de rencontrer physiquement l'inspectrice du travail le 7 septembre 2017 et a été mis à même de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du caractère contradictoire et équitable de la procédure pénale est sans influence sur la légalité de la décision attaquée et doit donc être écarté.
9. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la décision attaquée ne méconnaît pas le principe du contradictoire et que la société requérante n'a pas été privée d'une garantie. Par suite, les moyens tirés des vices de procédure doivent tous être écartés.
10. En troisième lieu, il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique. La procédure de mise en œuvre de la contribution est ainsi indépendante des poursuites judiciaires et de la procédure pénale pouvant être diligentées à l'encontre de l'employeur. La circonstance que la procédure pénale initiée à l'encontre du requérant a fait l'objet d'un classement sans suite ne peut à cet égard suffire à remettre en cause le caractère irrégulier de l'emploi du salarié. Il appartient, dans ce cas, à l'autorité administrative d'apprécier si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application d'une sanction administrative.
11. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal des services de l'inspection du travail du 16 février 2018 que le gérant de la société BH Espaces Verts reconnaît ne pas avoir sollicité les titres autorisant les salariés MM. Essaaid El Mustapha et Hicham à travailler et que ces derniers étaient en situation de travail au moment du contrôle. Au vu de ces éléments la matérialité des faits reprochés à la société requérante est établie et l'administration n'a commis aucune erreur d'appréciation en prenant la décision attaquée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la société BH Espaces Verts n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société BH Espaces Verts est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société BH Espaces Verts et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
V. A
Le président,
D. KATZ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026