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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006592

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006592

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006592
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BLANCHET - DELORD - RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2020 et 26 octobre 2021, la SAS Wigos Las Carreroles, représentée par Me Rodriguez, demande au tribunal dans ses dernières écritures :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui ont été réclamés pour la période du 6 avril 2016 au 31 décembre 2017 par une mise en demeure de payer en date du 15 mai 2019, pour un montant global demeurant en litige de 101 267 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente de l'arrêt qui sera rendu par la Cour de justice de l'Union européenne sur la question préjudicielle posée par la cour administrative d'appel de Lyon, dans le cadre de son arrêt du 18 mars 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration fiscale a commis une erreur de droit, dès lors que les rappels de TVA ne sont pas fondés sur la loi mais sur la doctrine administrative ;

- l'article 268 du code général des impôts ne subordonne pas l'application de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge à une condition d'identité entre le bien acquis et le bien revendu mais pose une seule condition, tenant au fait que l'acquisition de l'immeuble par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée lors de son acquisition ;

- l'administration fiscale a commis une erreur de droit dès lors qu'une déclaration préalable en vue de la division du bien a été déposée le 9 décembre 2015 et qu'un arrêté de non opposition à division foncière a été délivré le 6 janvier 2016, soit antérieurement à l'acquisition effectuée par acte authentique en date du 21 juillet 2016.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 août et 21 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Wigos Las Carreroles ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 30 septembre 2021, C-299/20, Icade Promotion SAS ;

- l'ordonnance de la Cour de justice de l'Union européenne du 10 février 2022, C-191/21, Ministre de l'économie, des finances et de la relance c/ Les Anges d'Eux SARL ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute ;

- les conclusions de M. Luc, rapporteur public ;

- et les observations de Me Rodriguez représentant la SAS Wigos Las Carreroles.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Wigos Las Carreroles, dont le siège social se trouve à Toulouse, a été créée le 14 avril 2016 et exerce une activité de marchand de biens en promotion immobilière. Elle a fait l'objet du 27 mars au 11 mai 2018 d'une vérification de comptabilité portant sur la TVA pour la période du 6 avril 2016 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a adressé le 22 mai 2018 une proposition de rectification envisageant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard et de la majoration à 40 % pour manquement délibéré. A la suite des observations présentées par la société par courrier du 18 juin 2018, ces rappels ont été confirmés par le service vérificateur le 2 août 2018, puis par le supérieur hiérarchique du vérificateur le 10 octobre 2018. Saisie à la demande de la SAS, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires du département de la Haute-Garonne s'est, le 2 avril 2019, déclarée incompétente en application de l'article L.59 A du livre des procédures fiscales. Les impositions supplémentaires au titre de la taxe sur la valeur ajoutée ont été mises en recouvrement par une mise en demeure de payer du 15 mai 2019, pour un montant de 176 038 euros. En réponse à la réclamation préalable formée par la SAS le 17 juin 2019, l'administration fiscale, par courrier en date du 12 décembre 2019, qui n'a été porté à la connaissance de la SAS que le 17 avril 2020, a procédé à un dégrèvement partiel du quantum du rappel de TVA, des intérêts de retard s'y rapportant, et a abandonné la majoration de 40 % pour manquement délibéré, ramenant la somme réclamée à la SAS à 101 267 euros. En réponse à une nouvelle réclamation préalable formée par la SAS le 26 mai 2020, le service a maintenu sa position dans un courrier du 20 octobre 2020. Par la présente requête, la SAS Wigos Las Carreroles demande la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 6 avril 2016 au 31 décembre 2017, pour un montant global demeurant en litige de 101 267 euros.

Sur les conclusions à fin de sursis à statuer :

2. Les conclusions de la société requérante tendant à ce que le tribunal sursoie à statuer dans l'attente de l'arrêt qui sera rendu par la Cour de justice de l'Union européenne sur la question préjudicielle posée par la cour administrative d'appel de Lyon, dans le cadre de son arrêt n° 19LY00501 du 18 mars 2021 sont devenues sans objet dès lors que ladite Cour a statué sur ladite question préjudicielle par ordonnance C-191/21 du 10 février 2022.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. En premier lieu, d'une part, le I de l'article 257 du code général des impôts prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du b du 2 de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 392 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée : " Les États membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat. " Il résulte de ces dispositions, éclairées par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, que celles-ci excluent l'application du régime de taxation sur la marge à des opérations de livraison de terrains à bâtir lorsque ces terrains acquis bâtis sont devenus, entre le moment de leur acquisition et celui de leur revente par l'assujetti, des terrains à bâtir.

5. L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition desdites dispositions, dispose, dans sa rédaction également issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part, selon le cas : / - soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain(); / - soit la valeur nominale des actions ou parts reçues en contrepartie des apports en nature qu'il a effectués ".

6. Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles analysées au point 4 de l'article 392 de la directive du 28 novembre 2006 dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, notamment quand le bâtiment qui y était édifié a fait l'objet d'une démolition de la part de l'acheteur-revendeur ou quand le bien acquis a fait l'objet d'une division parcellaire en vue d'en céder séparément des parties ne constituant pas le terrain d'assiette du bâtiment.

7. Il résulte de l'instruction que la SAS Wigos Las Carreroles a fait l'acquisition, par acte authentique en date du 21 juillet 2016, d'un bien immobilier désigné " à Balma (Haute-Garonne, 31130) 3 impasse Las Carreroles, une maison à usage d'habitation avec piscine et terrain autour cadastrée section AP n° 15 lieudit Imp Las Carreroles surface 00ha 51a 43 ca et à titre indivis une parcelle à usage d'accès section AP n°18 lieudit imp Las Carreroles surface 00ha 10 a 64 ca ", pour un montant de 980 000 euros. Par un plan d'arpentage et de bornage dressé le 26 octobre 2016, elle a fait procéder à une division cadastrale de la parcelle cadastrée section AP n°15 en cinq nouvelles parcelles, dont trois d'entre elles ont été revendues les 4 mai 2017, 1er juin 2017 et 2 novembre 2017 en tant que terrains à bâtir, ces cessions ayant été soumises au régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge. Ainsi, ces parcelles vendues en tant que terrain à bâtir avaient, lors de leur acquisition, le caractère d'un terrain bâti. Par conséquent, la SAS Wigos Las Carreroles ne peut prétendre à l'application du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge prévu par les dispositions précitées. Dès lors, l'administration fiscale n'a pas commis d'erreur de droit en remettant en cause le régime de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge qui avait été appliqué à la revente de ces parcelles.

8. En deuxième lieu, la société requérante soutient que la division cadastrale a été autorisée avant l'acquisition du bien immobilier le 21 juillet 2016, l'arrêté de non opposition pris par la commune de Balma datant du 6 janvier 2016. Toutefois, l'acte authentique du 21 juillet 2016 ne fait aucunement mention de cet arrêté, que par ailleurs la SAS ne verse pas aux débats. En outre, comme cela a été rappelé au point précédent, il résulte de l'instruction que l'arpentage et le bornage ayant permis de délimiter précisément les nouvelles parcelles issues des opérations de division n'ont été réalisés que le 26 octobre 2016. Dans ces conditions, la SAS Wigos Las Carreroles ne saurait se prévaloir d'une division parcellaire effective avant l'acquisition du bien immobilier le 21 juillet 2016. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, la SAS Wigos Las Carreroles ne saurait utilement soutenir que l'administration ne pouvait fonder ses rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la seule doctrine administrative, dès lors qu'il résulte de l'instruction que si dans la proposition de rectification qui lui a été adressée le 22 mai 2018, le service vérificateur cite la doctrine administrative, celle-ci n'a que pour objet de reprendre les dispositions des articles 260, 266 et 268 du code général des impôts, et que par la suite, lors des échanges entre la SAS Wigos Las Carreroles et le service, ce dernier a toujours directement fondé sa position sur la loi. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la SAS Wigos Las Carreroles doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la SAS Wigos Las Carreroles au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Wigos Las Carreroles est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Wigos Las Carreroles et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

N. SARRAUTE

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 200659

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