mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2006704 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 23 décembre 2020 sous le n° 2006704, et des mémoires enregistrés le 11 janvier 2021 et le 16 juin 2022, Mme B C, représentée par Me Laclau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le département de la Haute-Garonne à lui verser la somme de 33 703,90 euros au titre de l'indemnisation des préjudices résultant des conditions dans lesquelles l'exécution de son contrat de travail a pris fin ;
2°) de mettre à la charge du département de la Haute-Garonne la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- l'illégalité de la décision du 6 avril 2020 l'informant du non-renouvellement de son contrat constitue une faute de nature à engager la responsabilité du département de la Haute-Garonne ;
- l'illégalité de la décision du 31 janvier 2020 la plaçant en congé exceptionnel à compter du 6 février 2020 constitue également une faute ;
- il en va de même de la situation de harcèlement moral dont elle a été victime ;
- est également fautive l'insertion à son dossier de la note du 14 novembre 2019, qui remet en cause ses compétences de manière infondée ;
- elle était en droit de percevoir la prime d'encadrement à un taux majoré, alors que son montant est resté inchangé en dépit du fait qu'elle a encadré deux agents supplémentaires ;
- le département a commis une erreur dans le calcul de l'indemnité versée au titre de ses congés non pris ;
- l'absence de versement des titres-restaurant durant la période de son placement en congé exceptionnel est également une faute ;
- elle était en droit de percevoir une indemnité de licenciement, dont l'absence de versement constitue également une faute ;
- elle a perdu une chance de voir son contrat renouvelé ;
- l'entretien qui a eu lieu décembre 2019 avec son supérieur hiérarchique est un accident de service qui est la cause de la dégradation de son état de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2021, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Un mémoire en défense présenté par le département de la Haute-Garonne a été enregistré le 18 juillet 2022 et n'a pas été communiqué.
Par ordonnance du 28 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 juillet 2022.
II. Par une requête enregistrée le 23 décembre 2020 sous le n° 2006705, et un mémoire enregistré le 16 juin 2022, Mme B C, représenté par Me Laclau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 avril 2020 par laquelle le conseil départemental de la Haute-Garonne l'a informée du non-renouvellement de son contrat, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 17 août 2020 ;
2°) de mettre à la charge du département de la Haute-Garonne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- la décision du 6 avril 2020 a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de procédure disciplinaire ;
- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;
- elle a été prise en lieu et place d'une sanction disciplinaire et constitue donc une sanction déguisée ;
- elle méconnaît l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 car elle a été prise en raison du harcèlement moral et de la discrimination dont elle a été victime ;
- elle n'est pas justifiée par l'intérêt du service ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2021, le conseil départemental de la Haute-Garonne, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable car le courrier du 6 avril 2020 est un acte déclaratif ne faisant pas grief ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- à titre subsidiaire, une substitution de base légale et de motifs est demandée, l'article 3-2 de la loi du 26 juillet 1984 devant se substituer à l'article 38-1 du décret du 15 février 1988.
Un mémoire en défense présenté par le département de la Haute-Garonne a été enregistré le 18 juillet 2022 et n'a pas été communiqué.
Par ordonnance du 28 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Quessette, rapporteur,
- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,
- les observations de Me Touboul, substituant Me Laclau, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, employée par contrat de travail à durée indéterminée par la chambre des métiers et de l'artisanat de la Haute-Garonne depuis 2011, a été recrutée par le département de la Haute-Garonne en qualité d'ingénieure territoriale, par détachement sur un contrat à durée déterminée d'un an à compter du 1er juillet 2018, renouvelé jusqu'au 30 juin 2020. Par courrier du 6 avril 2020, le département l'a informée du non-renouvellement de son contrat. Mme C a demandé le retrait de cet acte par un recours gracieux du 17 août 2020. L'intéressée a également adressé une demande indemnitaire préalable au département le 21 décembre 2020 en vue de demander la réparation des préjudices qui résultent selon elle de l'illégalité de cette décision et des conditions dans lesquelles il a été mis fin à son contrat.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2006704 et 2006705, présentées pour Mme C, concernent la situation d'un même agent public. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 avril 2020 :
3. Selon les dispositions de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut. ". Aux termes de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir ".
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été recrutée sur le fondement des dispositions de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 de manière continue à compter du 1er juillet 2018 jusqu'au 30 juin 2020, soit sur une durée de deux ans, afin de pallier la vacance temporaire d'emploi de chef de service informatique à l'agence technique départementale du conseil départemental de la Haute-Garonne. Il s'ensuit que le département de la Haute-Garonne, alors qu'un contrat de recrutement pour pourvoir à une vacance d'emploi ne peut dépasser une durée cumulée de deux années, était en tout état de cause tenu de refuser le renouvellement du contrat de la requérante sur le fondement de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984. Par suite, l'ensemble des moyens articulés par la requérante pour obtenir l'annulation de la décision de non-renouvellement doivent être écartés comme étant inopérants.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 avril 2020 par laquelle le conseil départemental de la Haute-Garonne a informé Mme C du non-renouvellement de son contrat et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 17 août 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du département de la Haute-Garonne en raison de l'illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat :
6. La requérante qui présente des moyens identiques à ceux présentés à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation ne peut utilement soutenir, pour les motifs exposés au point 4 du présent jugement, que la décision du 6 avril 2020 prononçant le non-renouvellement de son contrat est illégale et que l'administration aurait ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du département de la Haute-Garonne en raison de l'intervention de la note du 14 novembre 2019 et de la décision du 31 janvier 2020 la plaçant en congé exceptionnel à compter du 6 février 2020 :
7. Il résulte de l'instruction que, le 14 novembre 2019, le directeur général délégué aux ressources humaines, à l'organisation et au management du département a adressé au président du conseil départemental une note faisant état de difficultés relationnelles et managériales de Mme C. À la suite, notamment, de l'intervention de cette note, le département de la Haute-Garonne a, le 31 janvier 2020 placé la requérante dans une position de congé à titre exceptionnel, sans perte de traitement, à compter du 6 février 2020, dans l'attente d'une nouvelle affectation, ce dont la requérante a été informée lors d'un entretien préalable avec le directeur des ressources humaines.
8. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le département de la Haute-Garonne, la recevabilité de l'action indemnitaire engagée en réparation des conséquences résultant de la teneur de courriers ou de notes n'est pas conditionnée à la circonstance que ces courriers ou notes comportent une décision faisant grief et puissent, par suite, être contestés par la voie du recours pour excès de pouvoir.
9. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les faits relatés dans la note du 14 novembre 2019 à l'encontre de Mme C seraient corroborés par d'autres éléments de son dossier. Par ailleurs, la requérante produit un compte rendu d'évaluation en date du 8 janvier 2019, soit six mois après sa prise de poste, faisant état de qualités et de compétences conformes à ce qui était attendu par le département. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que l'insertion de cette note du 14 novembre 2019 dans son dossier constitue une faute de nature à engager la responsabilité du département de la Haute-Garonne, d'autant plus que celle-ci a manifestement contribué à l'intervention de la décision du 31 janvier 2020 lui imposant de rester à son domicile.
10. En troisième et dernier lieu, les agents contractuels des collectivités territoriales, qui se trouvent vis-à-vis de leur administration dans une situation légale et réglementaire comme les fonctionnaires employés par celles-ci, doivent, de même que ces derniers, être toujours placés dans une situation juridique régulière. Mme C est dès lors fondée à soutenir qu'en la plaçant en position de congé exceptionnel rémunéré à compter du 6 février 2020 et en lui imposant ainsi de rester à son domicile sans lui confier de missions, le département de la Haute-Garonne a méconnu son droit à l'exécution régulière de son contrat et a ainsi commis une faute de nature à engager la responsabilité du département de la Haute-Garonne.
En ce qui concerne l'existence d'une situation de harcèlement moral :
11. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 précitée, dans sa rédaction applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
12. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'exercice d'un tel harcèlement moral est établi, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
13. La requérante, qui fait valoir qu'elle a été victime de harcèlement moral au cours de l'exercice de ses fonctions, fait état du mécontentement supposé de son supérieur hiérarchique à l'occasion de son recrutement, du refus opposé le 30 juillet 2019 par le président du conseil départemental à sa demande de pérennisation dans son emploi et d'une mise en difficulté récurrente par sa hiérarchie vis-à-vis de ses subordonnés. Toutefois, outre qu'elle ne produit aucune pièce ou élément de fait précis attestant d'une opposition de son supérieur hiérarchique à son arrivée dans le service ou d'une hostilité de son encadrement à son égard, il résulte de l'instruction que le refus de pérennisation de son emploi était justifié par la circonstance qu'elle désirait occuper un emploi permanent du département sans être titulaire du statut de fonctionnaire territoriale. Par ailleurs, l'administration établit lui avoir apporté son soutien concernant le refus de coopérer d'un agent. Enfin, les fautes relevées aux points 9 et 10 ci-dessus ne permettent pas à elles seules de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dès lors notamment qu'il résulte de l'instruction qu'une proposition d'affectation a été présentée à Mme C par courriel le 23 décembre 2019 pour piloter un audit de système informatique dans la perspective d'une migration logicielle, proposition à laquelle l'intéressée n'a pas donné suite, que la note du 14 novembre 2019 a été retirée de son dossier administratif, et que la requérante a conservé sa rémunération au cours du congé exceptionnel qui lui a été irrégulièrement attribué et n'a été l'objet d'aucune correspondance ou contact verbal susceptible de donner lieu à un harcèlement pendant cette période.
En ce qui concerne la prime d'encadrement dont le montant est resté inchangé en dépit de l'encadrement de deux agents supplémentaires :
14. Si la requérante soutient que le département a commis une faute en ne lui attribuant pas un montant de prime d'encadrement proportionnel au nombre d'agents qu'elle a effectivement encadrés, il résulte de l'instruction que Mme C a perçu, au cours de son contrat, l'indemnité spécifique de service au titre de l'encadrement au taux de 0,5 ainsi que la prime de service et de rendement au titre de l'encadrement au taux de 0,6. Or, il résulte des termes des délibérations du 25 février 2009 et du 2 octobre 2013 fixant le régime indemnitaire applicable aux agents du département que le taux de ces indemnités est, lorsqu'elles sont versées à raison de fonctions d'encadrement, forfaitaire et non proportionnel au nombre d'agents encadrés. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le conseil départemental de la Haute-Garonne a commis une faute en ne modifiant pas le montant de ces indemnités en fonction du nombre d'agents qu'elle encadrait effectivement.
En ce qui concerne l'indemnité compensatrice de congés payés :
15. Selon les dispositions de l'article 5 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " L'agent contractuel en activité a droit, dans les conditions prévues par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux, à un congé annuel dont la durée et les conditions d'attribution sont identiques à celles du congé annuel des fonctionnaires titulaires. / A la fin d'un contrat à durée déterminée ou en cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition du calendrier des congés annuels, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice. / Lorsque l'agent n'a pu bénéficier d'aucun congé annuel, l'indemnité compensatrice est égale au 1 / 10 de la rémunération totale brute perçue par l'agent lors de l'année en cours. / Lorsque l'agent a pu bénéficier d'une partie de ses congés annuels, l'indemnité compensatrice est proportionnelle au nombre de jours de congés annuels dus et non pris. / L'indemnité ne peut être inférieure au montant de la rémunération que l'agent aurait perçue pendant la période de congés annuels dus et non pris. / L'indemnité est soumise aux mêmes retenues que la rémunération de l'agent ".
16. Il résulte de l'instruction et d'une attestation émanant du régime d'assurance-chômage que Mme C a perçu la somme de 2 097,68 euros au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés. L'intéressée, qui se bornait dans sa requête à remettre en cause le versement d'une indemnité à ce titre, ne démontre pas que le département de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de calcul dans le décompte des jours de congés qu'elle n'aurait pu prendre pour l'exercice 2020. Par ailleurs, si la requérante fait valoir dans le dernier état de ses écritures que le département lui serait également redevable au titre de cette indemnité en ce qui concerne l'exercice 2019, l'administration établit que la requérante a, au cours de cette année, pris l'intégralité de ses congés annuels. Sa demande doit donc être écartée sur ce point.
En ce qui concerne l'octroi des titres-restaurant :
17. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due à un agent qui invoque l'illégalité de son éviction, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser les frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions.
18. Les titres-restaurant étant destinés à compenser les frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions par l'agent, Mme C, qui n'a pas exercé effectivement ses fonctions au cours de son congé à titre exceptionnel à compter du 6 février 2020, ne peut prétendre à l'indemnisation de ceux-ci.
En ce qui concerne le versement d'une indemnité de licenciement :
19. Si le département a mis fin à l'exercice effectif des fonctions de la requérante à compter du 6 février 2020 et a ainsi méconnu les termes du contrat conclu avec celle-ci, il a maintenu le versement de la rémunération de la requérante, de telle sorte qu'il ne peut être regardé comme ayant rompu ce contrat. Sa décision devant par suite être qualifiée de décision de non-renouvellement du contrat à son échéance, elle ne saurait ouvrir droit à une indemnité de licenciement au profit de Mme C.
20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à engager la responsabilité du département de la Haute-Garonne en raison de l'insertion de la note du 14 novembre 2019 dans son dossier et de l'intervention de la décision du 31 janvier 2020 la plaçant en congé exceptionnel.
En ce qui concerne l'existence d'un accident de service :
21. Si Mme C soutient que la dégradation de son état de santé résulte de l'entretien avec son supérieur hiérarchique tenu en décembre 2019, qui constituerait selon elle un accident de service, elle n'établit nullement que cet entretien aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, de telle sorte que cet entretien ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service. Mme C n'est donc pas fondée à soutenir que le département aurait sur ce point commis une faute.
En ce qui concerne la perte de chance de voir le contrat renouvelé :
22. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 4 du présent jugement que la requérante n'avait en tout état de cause pas droit au renouvellement de son contrat. En outre, et en tout état de cause, elle n'invoque aucune faute précise susceptible de lui avoir fait perdre une chance de renouvellement de son contrat, cette perte de chance ne constituant pas par elle-même une telle faute.
En ce qui concerne l'évaluation de son préjudice :
23. Eu égard aux fautes relevées au point 20 ci-dessus, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et de l'atteinte à l'image subis par la requérante en mettant à la charge du département de la Haute-Garonne une somme de 2 000 euros. Le surplus des conclusions de sa requête doit en revanche être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
24. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Haute-Garonne, qui est la partie perdante dans l'instance n° 2006704, la somme de 1 500 euros, à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le département de la Haute-Garonne est condamné à verser la somme de 2 000 (deux mille) euros à Mme C.
Article 2 : Le département de la Haute-Garonne versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de Mme C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lequeux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
Le rapporteur,
L. QUESSETTE
Le président,
P. GRIMAUD La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2006704, 2006705
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026