jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2006735 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SABATTE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n° 2006735 et des mémoires en réplique enregistrés respectivement les 27 décembre 2020, 10 mai 2022, 28 juillet 2023, 16 septembre 2023 ainsi que les 4 et 16 octobre 2023, Mme E A, représentée par Me Gutierrez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le centre hospitalier universitaire de Toulouse a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 14 décembre 2020 tendant à la réparation des préjudices ayant résulté de l'accident de service survenu le 13 novembre 2016 et du harcèlement moral dont elle a été victime dans le cadre de la gestion de sa situation administrative ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse à lui verser, à titre principal une somme totale d'un montant de 1 372 130 euros en réparation des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux ayant résulté de l'accident imputable au service survenu le 13 novembre 2016, à titre subsidiaire une somme d'un montant de 992 467 euros ainsi qu'une rente annuelle d'un montant de 6 240 euros au titre de l'assistance à tierce personne, à titre infiniment subsidiaire une somme d'un montant de 1 221 750 euros, et, en tout état de cause, d'assortir la somme allouée des intérêts légaux à compter de la date d'enregistrement de la requête introductive d'instance ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Toulouse de lui fournir une simulation de carrière chiffrée reconstituant les salaires et primes qu'elle aurait dû percevoir en fonction de son avancement prévisible, avec les données législatives et réglementaires en vigueur au mois de juillet 2023, aux fins de calculer la perte de revenus futurs ainsi qu'une simulation de retraite, aux fins de calculer l'indemnisation de l'incidence professionnelle sur sa perte de droits à retraite ;
4°) de mettre à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Toulouse les frais d'expertise, d'un montant de 3 240 euros ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle peut prétendre à la réparation intégrale des préjudices ayant résulté de l'accident de service survenu le 13 novembre 2016, qui a été reconnu imputable au service ; en tout état de cause, le centre hospitalier a commis une faute en raison de la durée du travail excessive qui lui était imposée et de son état de fatigue ; le lien de causalité entre son état de fatigue dû à une surcharge de travail et son accident est établi ; son état de santé n'est à ce jour pas consolidé ;
- la pathologie psychiatrique dont elle est atteinte depuis le 12 septembre 2020 résulte non seulement de son état de santé physique, des séquelles issues de l'accident du 13 novembre 2016 mais également et surtout de plusieurs éléments de faits survenus qui sont de nature à caractériser une situation de harcèlement moral dans le traitement administratif de sa situation par le CHU de Toulouse ;
- le montant total des préjudices subis à raison de ces fautes s'élève à 1 372 130 euros, lequel se décompose comme suit :
* 13 522,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 50 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
* 3 000 euros au titre de l'assistance par un médecin conseil lors des opérations d'expertise ;
* Au titre de l'indemnisation pour assistance par tierce personne :
• 12 288 euros pour la période du 7 décembre 2016 au 8 janvier 2017 ;
• 12 600 euros pour la période du 1er juillet 2021 au 28 juillet 2023, date de rédaction du présent dispositif ;
• A compter du jugement à intervenir : à titre principal, une somme de 216 528 euros, ou, à titre subsidiaire une somme de 6 240 euros de rente annuelle, versée par trimestre échu, avec une revalorisation annuelle ;
* 35 000 euros, à titre principal au titre des souffrances endurées, ou, à titre subsidiaire, 20 000 euros ;
* 15 000 euros pour le préjudice d'établissement ;
* s'agissant du déficit fonctionnel permanent :
• à titre principal :193 035 euros,
• à titre subsidiaire : 44 900 euros,
• à titre infiniment subsidiaire : 42 655 euros,
* 12 000 euros pour la perte de salaire relative à la perte de prime annuelle de service ;
* 552 500 euros pour la perte de gains futurs, incluant la perte de traitement ainsi que de prime annuelle de service ;
* 232 656 euros au titre de l'incidence professionnelle.
Par quatre mémoires en défense, enregistrés les 19 novembre 2021, 28 septembre 2022, 17 septembre et 10 octobre 2023, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à ce que les prétentions indemnitaires de Mme A soient ramenées à de plus justes proportion ;
2°) au rejet des demandes indemnitaires présentées au titre des préjudices patrimoniaux, de l'assistance par tierce personne, des préjudices d'établissement, d'agrément, esthétique temporaire et sexuel.
Il fait valoir que :
- sa responsabilité ne peut être engagée sur le fondement de la faute dès lors qu'il n'est établi ni que Mme A aurait travaillé au-delà du temps de travail légal ni qu'elle aurait été victime de harcèlement moral ;
- en l'absence de faute imputable au CHU qui serait à l'origine de l'accident de travail initial de Mme A et des troubles psychiques qui s'en sont suivis, celle-ci ne peut prétendre à une quelconque réparation au titre des pertes de revenus et de l'incidence professionnelle ;
- le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel, le préjudice d'établissement, la nécessité de l'assistance à tiers personne temporaire ou viagère et le préjudice esthétique temporaire ne sont pas établis ;
- les sommes demandées par la requérante au titre de l'ensemble des autres préjudices doivent être minorées.
Par une ordonnance du 9 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 octobre 2023 à 12 heures.
II. Par une requête n° 2102061 et des mémoires en réplique enregistrés les 12 avril et 18 novembre 2021, les 6 mai et 9 septembre 2022 et le 23 octobre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A, représentée par Me Gutierrez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 16 février 2021 du centre hospitalier universitaire de Toulouse en tant qu'elle prononce la consolidation de son état de santé, consécutivement à l'accident imputable au service survenu le 13 novembre 2016, au 4 février 2019 avec un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de 8% ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Toulouse de désigner un expert afin de déterminer la date de consolidation de son état de santé, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 16 février 2021 méconnait les dispositions de l'article 47-18 du décret n° 2019-122 du 21 février 2019 dès lors qu'elle n'a jamais transmis de " certificat médical final de guérison ou de consolidation " à son administration ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que contrairement à ce qu'a estimé le Dr. Leblanc, son état de santé n'est pas consolidé ; les séquelles dont elle souffre à la suite de l'accident médical survenu le 13 novembre 2016 continuent à évoluer.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 février 2022 et 17 octobre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête de Mme A est irrecevable ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 octobre 2023 à 12 heures.
Vu :
- le rapport d'expertise du 3 mars 2023 ;
- l'ordonnance du 30 mars 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a taxé et liquidé les frais d'expertise à la somme totale de 3 240 euros ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 ;
- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guttierez, représentant Mme A, et de Me Sabatté, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse à compter du 6 février 2010, au sein du service des urgences pédiatriques, en qualité d'auxiliaire de puériculture titulaire. Le 13 novembre 2016, elle s'est penchée pour ramasser un carnet de santé tombé au sol, dont il est résulté une discopathie L4 et L5, avec fissuration discale L4-L5. Par une décision du 26 décembre 2016, son employeur a reconnu que cet accident était imputable au service, Mme A ayant été maintenue en position d'accident de service par une nouvelle décision du 23 juin 2017. A la suite d'une deuxième expertise, le centre hospitalier universitaire a, par une décision du 28 décembre 2017, fixé la consolidation de son état de santé au 20 décembre 2017 et retenu une IPP de 3%. Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Après avoir procédé au réexamen de sa situation et après avis de la commission de réforme du 19 avril 2018, le centre hospitalier a retiré, par une décision du 17 mai 2018, les articles 1, 3 et 4 de la décision du 28 décembre 2017. Par une décision du 7 août 2018, après la réalisation d'une troisième expertise, Mme A a été maintenue en position d'accident de service jusqu'au 30 septembre 2018. Le 4 février 2019, l'expert a conclu à une consolidation de son état à cette date, à un taux d'IPP de 8% et à la perspective d'une reprise sur un poste aménagé. Mme A est demeurée en position d'accident de service dans l'attente de sa reprise sur un poste aménagé. Des avis d'inaptitude ont toutefois été émis par la médecine du travail les 26 mars et 17 décembre 2019, puis, par une lettre du 23 septembre 2020, Mme A a transmis à son employeur une nouvelle déclaration d'accident de travail en raison de la dégradation de son état de santé, d'ordre psychologique, apparue le 10 septembre 2020, liée selon elle au harcèlement moral dont elle était victime dans le cadre du traitement administratif de sa situation par le CHU de Toulouse. Par une décision du 19 octobre 2020, le CHU a prolongé Mme A sous le régime de l'accident de service jusqu'au 30 septembre 2020 et l'a placée en maladie ordinaire à compter du 1er octobre, dans l'attente de l'instruction de la déclaration d'accident du 23 septembre 2020. A la suite de l'expertise réalisée le 16 novembre 2020, le centre hospitalier a, par une décision du 27 novembre 2020, placé l'intéressée sous le régime du congé pour invalidité imputable au service du 1er octobre 2020 au 31 mars 2021. Par un courrier du 14 décembre 2020, Mme A a adressé au CHU une demande préalable indemnitaire en vue de la réparation de préjudices qu'elle estime imputables à l'accident de service survenu le 13 novembre 2016 et au harcèlement moral qu'elle estime avoir subi dans le cadre de la gestion administrative de son dossier, qui serait à l'origine de la pathologie psychique apparue le 10 septembre 2020. Par une décision du 16 février 2021, le centre hospitalier universitaire de Toulouse a prononcé la consolidation de l'état de santé de Mme A au titre des séquelles somatiques à la date du 4 février 2019, avec un taux de d'IPP de 8%, et constaté l'absence de consolidation de son état de santé au titre des séquelles psychologiques.
2. Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2020 sous le n° 2006584, Mme A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Toulouse d'ordonner une expertise médicale. M. C, désigné comme expert, a rendu son rapport le 3 mars 2023.
3. Par la requête enregistrée sous le n° 2006735, Mme A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse à lui verser, à titre principal, une somme d'un montant total de 1 372 130 euros en réparation des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux ayant résulté de l'accident imputable au service survenu le 13 novembre 2016, à titre subsidiaire une somme d'un montant de 992 467 euros ainsi qu'une rente annuelle d'un montant de 6 240 euros au titre de l'assistance à tierce personne, à titre infiniment subsidiaire une somme d'un montant de 1 221 750 euros. Par une requête, enregistrée sous le n° 2102061 elle demande au tribunal d'annuler la décision du 16 février 2021 en tant qu'elle a fixé la date de la consolidation de son état de santé au 4 février 2019.
Sur la jonction :
4. Les requêtes n° 2006735 et n° 2102061, qui concernent la même requérante, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet sa demande indemnitaire préalable :
5. La décision implicite par laquelle le centre hospitalier universitaire de Toulouse a rejeté la demande indemnitaire formée par Mme A le 14 décembre 2020 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de cette demande, l'intéressée, en formulant les conclusions tendant à la réparation de ses préjudices, ayant donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Toulouse :
6. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de
celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique. Ces dispositions ne font pas plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette même personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager sa responsabilité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
7. Pour déterminer si l'accident de service ayant causé un dommage à un agent du service public est imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, de sorte que l'agent soit fondé à engager une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale par cette collectivité de l'ensemble du dommage, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens, de rechercher si l'accident est imputable à une faute commise dans l'organisation ou le fonctionnement du service.
8. Aux termes de l'article 6 du décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " () La durée hebdomadaire de travail effectif, heures supplémentaires comprises, ne peut excéder 48 heures au cours d'une période de 7 jours. () ".
9. En premier lieu, Mme A soutient tout d'abord qu'elle a travaillé près de 70 heures au cours des huit jours qui ont précédé l'accident survenu le 13 novembre 2016, reconnu imputable au service, et que celui-ci trouve sa source dans l'état de fatigue extrême occasionné par cette surcharge de travail. Il résulte de l'extrait de planning de travail qu'elle produit qu'elle se trouvait en repos hebdomadaire les 6 et 10 novembre et en repos journalier le 9 novembre 2016. Si elle fait valoir qu'elle se trouvait en position de grève assignée (code " GA ") le 8 novembre, elle ne produit pas la décision par laquelle le directeur du centre hospitalier ou son représentant l'aurait assignée ce jour-là et la copie, sur une feuille en format A4, de son planning annuel, sur lequel le code apposé sur la journée du 8 novembre 2016 n'est pas suffisamment lisible, ne permet pas d'établir qu'elle aurait travaillé à cette date, le CHU faisant valoir qu'elle était alors placée en congé annuel (code " CA "). Enfin, s'agissant des journées des 7, 11, 12 et 13 novembre 2016, il ressort de la copie de son planning qu'elle a travaillé selon le code " M3 ". Elle soutient que ce code, mis en place à titre expérimental par le CHU, correspond à un temps de travail de 12 heures consécutives et produit, au soutien de cette allégation, trois attestations établies par des collègues, un extrait du logiciel de gestion du temps de travail pour la journée du 27 novembre 2016, un extrait du document unique d'évaluation des risques professionnels ainsi que son planning annuel. Si ces documents ne suffisent pas à établir que le code " M3 " correspond à 12 heures de travail consécutives, le CHU n'établit pas davantage que ce code correspondrait, comme il le soutient, à un temps de travail de 7h42 par jour. Toutefois, et à supposer même que le temps de travail journalier de Mme A aurait été de 12 heures au cours des journées des 7, 11, 12 et 13 novembre 2016, il n'en résulte pour autant pas que son temps de travail, au cours de la semaine du 7 au 13 novembre 2016, aurait excédé le temps de travail légalement admis. Les seules attestations rédigées par des proches ne permettent par ailleurs pas d'établir qu'elle aurait été confrontée à une surcharge de travail au cours des semaines ayant précédé l'accident, le rapport qu'elle produit relatif à la physiopathologie discale, qui énumére les causes pouvant être à l'origine de cette pathologie et précise que la fatigue constitue un facteur accélérant la fragilisation du disque, qui ne traite pas précisément de sa situation, ne permet pas davantage d'établir que cet accident aurait été causé par un état de fatigue chronique occasionné par une organisation fautive du temps de travail dans le cadre de son activité professionnelle. Enfin, si elle fait valoir qu'elle a été contrainte de continuer à travailler entre le 13 novembre 2016 et le 6 décembre 2016, le planning de travail et les attestations de proches qu'elle produit ne permettent de corroborer cette allégation. Par suite, Mme A n'établit pas que le centre hospitalier aurait commis une faute en raison de ses conditions de travail qui auraient favorisé la survenue de l'accident de service.
10. En second lieu, Mme A soutient qu'elle a été victime de harcèlement moral en raison des agissements de son employeur dans la gestion de son dossier administratif qui, selon elle, présentent un caractère fautif et sont à l'origine de la pathologie psychologique qu'elle a développé à compter du 10 septembre 2020. A cet égard, elle soutient qu'elle a fait l'objet de convocations incessantes à des expertises médicales qui avaient pour seul objet d'obtenir une date de consolidation anticipée de son état de santé, qu'elle a subi des périodes de placement injustifié à mi traitement, que la gestion de sa carrière a été traitée défavorablement et qu'elle a fait l'objet de propos humiliants et vexatoires.
11. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
12. Il résulte de l'instruction que l'imputabilité au service de l'accident survenu le 13 novembre 2016 a été reconnue par le CHU dès le 26 décembre 2016. Par plusieurs décisions postérieures, l'établissement a également admis l'imputabilité au service des prolongations d'arrêt de travail de Mme A. Si celle-ci soutient avoir été trop souvent sollicitée par le CHU durant ces arrêts de travail, ces sollicitations se justifiaient par la nécessité, pour l'administration, de se prononcer sur l'imputabilité au service desdits arrêts qui ont porté sur une durée totale de plus de quatre ans, la première contre-visite ayant été effectuée cinq mois après la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident. Il appartenait également à l'administration de se prononcer sur la possibilité et les conditions d'une éventuelle reprise du travail, d'autant que le médecin agrée avait estimé, à l'issue de l'expertise réalisée le 20 décembre 2017, que Mme A était apte à la reprise du travail " sur un poste aménagé avec un temps partiel thérapeutique prévisible de trois mois ". A la suite du recours gracieux formé par Mme A à l'encontre de la décision du 28 décembre 2017 ayant fixé la consolidation de son état de santé au 20 décembre 2017 et retenu une IPP de 3%, le CHU a retiré cette décision après qu'une nouvelle expertise ait été réalisée, et l'intéressée a pu bénéficier d'une prolongation du congé de maladie imputable au service jusqu'au 30 septembre 2018. Le CHU n'a pas davantage commis de faute en confiant au même médecin spécialiste agréé le soin de réaliser deux expertises évaluant l'état de santé de Mme A, les 8 juin 2022 et 22 novembre 2022, alors même celle-ci aurait demandé un changement d'expert au profit d'un expert féminin. Il n'est à cet égard pas contesté que cet expert a été choisi dans le respect des dispositions du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière.
13. Par ailleurs, il est constant que la requérante n'a perçu qu'un demi-traitement au cours des mois de décembre 2017, avril 2018, juillet et août 2021 et janvier 2022. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces périodes de courtes durées résultent des contraintes liées à la gestion de son dossier et ont fait l'objet d'une régularisation dès l'intervention des décisions la plaçant de nouveau en congé pour invalidité temporaire imputable au service. En tout état de cause, il n'est pas contesté que pendant ces périodes, la requérante, qui avait été informée en amont de ces difficultés, a pu bénéficier des aides allouées par le comité de gestion des œuvres sociales. En outre, si elle fait valoir qu'elle aurait été l'objet d'un traitement défavorable dans le déroulement de sa carrière, il résulte des termes de la décision du 25 février 2022, qu'à la suite de l'intervention des décrets n° 2021-1257 et n° 2021-1267, elle a bénéficié d'un reclassement au sein du nouveau corps d'auxiliaire de puériculture de classe normale au 3ème échelon à l'indice majoré 359, et par décision du 9 février 2022, d'un avancement au 4ème échelon avec effet rétroactif à compter du 25 octobre 2021.
14. Mme A soutient enfin que certains agents du service des ressources humaines du CHU auraient tenus à son encontre des propos humiliants et vexatoires et lui auraient indiqué par téléphone, en fin d'année 2017, alors qu'elle interrogeait ce service sur le versement d'un demi traitement, qu'elle " coûtait cher au CHU en raison de son arrêt de travail ", ou encore " qu'elle n'avait qu'à appeler la banque pour s'arranger avec elle, que ce n'était pas compliqué ", et qu'effectivement une " grosse boulette a été faite dans [son] dossier ". Mme A produit à ce titre un témoignage établi le 5 décembre 2021 par l'une de ses amies présente lors de l'échange téléphonique qui ne suffit cependant pas à établir ses dires. A supposer même que l'échange téléphonique se soit déroulé dans les conditions qu'elle relate, les propos tenus à cette occasion, dont elle ne soutient pas qu'ils se seraient reproduits à d'autres occasions, pour déplacés qu'ils puissent paraitre, n'ont donc été tenus qu'une seule fois et ne présentent par conséquent pas de caractère répété. A cet égard, si Mme A soutient que la directrice adjointe des ressources humaines a également tenu à son encontre des propos malveillants et qu'elle aurait manqué à son obligation de discrétion, et se prévaut à ce titre d'un mail adressé en copie à un représentant syndical ainsi qu'à la responsable de la protection sociale et du maintien dans l'emploi, et le secrétariat de la direction des ressources humaines, il résulte de l'instruction que ce mail, dont la teneur ne saurait être qualifiée de malveillante, lui a été adressé par cette directrice après qu'elle a été saisie par ledit représentant syndical. Celle-ci a dès lors pu légitiment penser que cette saisine faisait suite à une demande formulée par Mme A, et ce d'autant que ce syndicat était chargé du suivi de son dossier afin de défendre ses intérêts.
15. Par voie de conséquence, les faits invoqués par Mme A, tant pris isolément que dans leur ensemble, ne peuvent être regardés comme laissant présumer des agissements répétés, constitutifs de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie ou, de manière plus générale, de son administration.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
16. Il résulte de ce tout ce qui précède qu'en application des dispositions rappelées au point 5, Mme A est seulement fondée à rechercher la responsabilité sans faute du centre hospitalier du fait de l'accident de service survenu le 13 novembre 2016 et donc à demander la réparation de ses préjudices personnels, ou de ses préjudices patrimoniaux d'une autre nature, non réparés forfaitairement par application des dispositions des articles L. 38 à L. 46 du code des pensions civiles et militaires de retraite.
Sur l'indemnisation des préjudices :
En ce qui concerne la date de consolidation de l'état de santé de Mme A :
17. La consolidation de l'état de santé d'un agent victime d'un accident de service correspond au moment où les lésions se fixent et prennent un caractère permanent et qu'il est possible d'apprécier un certain degré d'incapacité permanente réalisant un préjudice définitif. La consolidation de cet état de santé n'établit pas par elle-même la guérison de l'agent. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur la date de consolidation retenue par l'autorité administrative.
18. Il résulte de l'instruction que l'expert en rhumatologie ayant reçu Mme A, le 4 février 2019, a estimé que son état de santé pouvait être considéré comme consolidé le 4 février 2019 avec un taux d'IPP de 8%. Il résulte également de l'avis rendu le 17 décembre 2020 par la commission de réforme hospitalière, que si la consolidation des séquelles physiques de Mme A peut être fixée au 4 février 2019 avec un taux d'IPP de 8%, en revanche, aucune date de consolidation n'a été fixée concernant les troubles psychiques constatés et qui sont en lien direct avec l'accident du 13 novembre 2016. Enfin, il résulte de l'expertise judiciaire ordonnée le 23 août 2022 par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, que l'expert, après avoir relevé que l'électromyographie des membres inférieurs réalisée le 21 février 2017 retrouvait " un examen normal ", a également fixé la date de consolidation des séquelles orthopédiques de Mme A au 4 février 2019. Ce même expert souligne que l'intéressée a développé, postérieurement à cette date, " un état dépressif relativement sévère, imputable au fait traumatique ". A cet égard, le sapiteur, qui a examiné la requérante le 27 janvier 2023, a précisé dans son rapport que les troubles psychiques dont elle souffre " sont stabilisés, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'évolution à attendre en l'absence de nouveau facteur extérieur, en l'espèce la possibilité de pouvoir mettre à distance tout facteur réactivateur ". Il précise également que " sans avancée dans cette situation l'état psychique de Mme A ne peut évoluer et est donc a considéré comme consolidé à ce jour le 27 janvier 2023 ". Dans ces conditions, il y a lieu de fixer la date de consolidation des séquelles orthopédiques de Mme A au 4 février 2019 et celle de ses séquelles psychologiques au 27 janvier 2023.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant à l'assistance par une tierce personne :
19. En premier lieu, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. À ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant.
20. Le centre hospitalier se prévaut des conclusions de l'expert aux termes desquelles " il n'y a pas lieu d'octroyer une tierce personne temporaire " ni " d'octroyer de tierce personne viagère ". Toutefois, il appartient au juge, lorsque l'expert n'a pas retenu la nécessité d'une aide de procéder à l'évaluation du besoin au regard de l'ensemble des éléments produits pas la victime pour en justifier.
21. S'agissant de la période du 7 décembre 2016 au 8 janvier 2017, Mme A sollicite une indemnisation d'un montant de 12 288 euros et fait valoir à ce titre que son mari l'a assistée dans tous les gestes de la vie quotidienne pendant cette période. Il résulte de l'instruction, que M. A a pris un congé exceptionnel pour raison familiale du 6 décembre 2016 au 8 janvier 2017. Il résulte par ailleurs des témoignages précis et circonstanciés versés au dossier par Mme A que, compte tenu des souffrances qu'elle endurait, elle était totalement dépendante de son conjoint, dont l'aide était nécessaire pour tous les actes de la vie courante. Il sera fait une juste appréciation de l'aide par une tierce personne nécessité par l'état de santé de la requérante durant à cette période en lui allouant cinq heures par jour à ce titre, soit une somme de 2 080 euros, destinée à couvrir ce besoin d'assistance non spécialisée pour laquelle il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ait obtenu une aide de nature à compenser ce préjudice.
22. S'agissant de la période du 9 janvier 2017 au 1er janvier 2021, Mme A n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait eu recours à l'assistance d'une tierce personne. Au demeurant, la nécessité de l'assistance d'une tierce personne n'a pas été retenue par l'expert. Par suite, il n'y a pas lieu d'allouer une indemnité à Mme A pour cette période.
23. S'agissant de la période postérieure au 1er janvier 2021, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la nécessité de l'assistance d'une tierce personne n'a pas été retenue par l'expert. Si la requérante se prévaut d'une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du 15 février 2022 lui ayant alloué la prestation de compensation du handicap à hauteur de cinq heures d'aide humaine hebdomadaires du 1er janvier 2021 au 30 juin 2024, il n'en résulte pas que son état nécessiterait une aide humaine supplémentaire qui serait en lien direct et certain avec l'accident du 13 novembre 2016 et qui n'aurait pas été prise en compte par cette commission. Par suite, Mme A ne peut prétendre à une indemnisation à ce titre.
Quant aux frais divers
24. Il résulte de l'instruction que Mme A justifie avoir supporté des honoraires de médecin conseil, pour l'assistance aux opérations de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse pour un montant de 3 000 euros. Ces frais, en lien avec l'accident de service subi, doivent être pris en charge par le centre hospitalier universitaire de Toulouse. Il y a donc lieu d'allouer à Mme A une somme de 3 000 euros en réparation de ce préjudice.
Quant aux préjudices liés aux pertes de gains et de primes et à l'incidence professionnelle :
25. Ainsi qu'il l'a été dit au point 16, en l'absence de toute faute commise par le centre hospitalier universitaire, Mme A ne peut prétendre à l'indemnisation de ces postes de préjudices.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
26. Il résulte du rapport d'expertise, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 13 novembre 2016 au 13 décembre 2016, un déficit fonctionnel temporaire de 20% du 14 décembre 2016 au 9 septembre 2020, et un déficit fonctionnel temporaire de 30% du 10 septembre 2020 au 26 janvier 2023. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme A à raison de ces déficits fonctionnels temporaires en lui allouant la somme de 5 528,25 euros.
Quant aux souffrances endurées :
27. Il résulte de l'instruction, que Mme A a supporté des souffrances évaluées par l'expert à un niveau de 4 sur une échelle de 1 à 7, lesquelles résultent de la surprise du fait traumatique, des souffrances physiques liées aux lésions, de la nécessité de prise d'antalgiques de niveau II et III selon la classification OMS, de la mise en place d'un traitement psychotrope associant antidépresseur, anxiolytique et psychothérapie, et des soins de rééducation. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à Mme A la somme de 7 000 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
28. Il résulte du rapport d'expertise, que Mme A reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent dont le taux doit être évalué à 3% pour les séquelles physiques et à 16% pour les séquelles psychologiques. Compte tenu de l'âge de la requérante, 46 ans à la date de la consolidation des séquelles orthopédiques et 49 ans à la date de la consolidation des séquelles psychologiques, il sera fait une juste appréciation des troubles qu'elle a subis dans ses conditions d'existence à raison de ce déficit fonctionnel, en fixant l'indemnité due à ce titre à la somme de 25 000 euros.
Quant au préjudice esthétique :
29. Il résulte de l'instruction, que l'expert n'a pas retenu de préjudice esthétique temporaire mais a retenu un préjudice esthétique permanent évalué à 1 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice à hauteur de 900 euros.
Quant au préjudice sexuel :
30. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel décrit par Mme A, lié non seulement aux douleurs ressenties mais également à une perte de libido en lien direct avec l'accident de service, en l'évaluant à une somme de 2 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
31. Mme A fait valoir que depuis l'accident du 13 novembre 2016, elle n'est plus en mesure de pratiquer les activités sportives et associatives dans lesquelles elle s'impliquait au préalable. Toutefois, il résulte de l'expertise qu'il n'existe pas de contre-indication à la pratique des activités sportives auxquelles s'adonnait l'intéressée avant les faits, l'expert recommandant même certaines d'entre elles. Mme A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait privée de l'exercice d'activités de loisirs dans des conditions lui ouvrant droit à une indemnisation distincte de celle qui assure la réparation du déficit fonctionnel permanent. Dès lors, le préjudice d'agrément qu'elle invoque n'est pas établi et elle n'est pas fondée à en demander l'indemnisation.
Quant au préjudice d'établissement :
32. Mme A fait valoir que l'accident et ses conséquences physiques et psychologiques ont compromis ses chances de fonder une famille avec son nouveau conjoint. Toutefois, l'existence de ce préjudice n'a pas été retenu par l'expert, Mme A, âgée de 43 ans au moment des faits, ayant fondé une famille antérieurement à l'accident dont elle a été victime. Dès lors, le préjudice d'établissement qu'elle invoque n'est pas établi et elle n'est pas fondée à en demander l'indemnisation.
Sur les intérêts au taux légal :
33. Mme A demande le paiement des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2020, date d'introduction de sa requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 février 2021 :
34. En premier lieu, Mme A, agent titulaire de la fonction publique hospitalière, ne peut utilement se prévaloir des dispositions du décret n° 2019-122 applicables seulement aux fonctionnaires de la fonction publique de l'Etat. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
35. En second lieu, Mme A fait valoir que la décision du 16 février 2021 fixe à tort la consolidation de son état de santé au 4 février 2019. Il ressort toutefois de ses termes même que cette décision a seulement fixé, à cette date, la consolidation des séquelles traumatiques imputables à l'accident de service survenu le 13 novembre 2016 a été fixée, son article 2 indiquant expressément que l'état de santé de l'intéressée n'est pas consolidé au titre des séquelles psychologiques, pour lesquels elle la maintient en position de congé pour invalidité temporaire. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation.
36. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
37. Il résulte de ce qui a été dit aux points 25 et 35, qu'il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A.
Sur les frais liés à l'instance :
38. Les frais de l'expertise judiciaire ont été taxés et liquidés par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Toulouse du 30 mars 2023 à la somme de 3 240 euros. Dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre la somme de 3 240 euros à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Toulouse.
39. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse le versement à Mme A d'une somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Toulouse versera à Mme A la somme totale de 45 508,25 euros.
Article 2 : La somme de 45 508,25 euros portera intérêt au taux légal à compter du 27 décembre 2020.
Article 3 : Les frais d'expertise d'un montant de 3 240 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Toulouse.
Article 4 : En application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, le centre hospitalier universitaire de Toulouse versera à Mme A la somme de 1 500 euros.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties dans chacune des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D épouse A, au centre hospitalier universitaire de Toulouse et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sylvie Cherrier, présidente
Mme Jorda, conseillère,
Mme Camille Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
La rapporteure,
C. PEAN
La présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
2-2102061
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026