jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100140 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CAMILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 janvier et 7 septembre 2021, Mme E D, représentée par Me Gasquet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016, mises en recouvrement le 31 janvier 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière en l'absence de débat oral et contradictoire avec l'avocat qu'elle a mandaté pour assurer la défense de ses intérêts et au cabinet duquel elle a élu domicile ;
- elle est irrégulière faute d'envoi d'une mise en demeure préalable avant la mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office ;
- les documents dont elle a demandé la communication ne lui ont pas été adressés, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- l'administration ne démontre pas l'existence d'une activité occulte ;
- c'est à tort que l'administration a imposé comme revenus distribués les indemnités kilométriques comptabilisées par la société SAS Energence C-Plus pour les exercices clos 2014, 2015 et 2016 ; elle a, de la sorte, renversé la charge de la preuve ;
- le droit de reprise est prescrit dans la mesure où l'original de la proposition de rectification qui lui a été envoyé par courrier postal n'a pas eu pour effet d'interrompre le délai de prescription.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022 à 12 h 00.
Par un courrier du 14 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que l'administration a, à tort, fait application du coefficient multiplicateur de 1,25 prévu au 7 de l'article 158 du code général des impôts pour l'établissement des contributions sociales assises sur les revenus considérés comme distribués.
Un mémoire de Mme D, enregistré le 14 mars 2023, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 modifiée portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E D a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2014 à 2016, à l'issue duquel l'administration fiscale a considéré qu'elle exerçait une activité de voyance de manière occulte. A la suite de cet examen, des impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, au titre des années 2014, 2015 et 2016, ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2020. Par ailleurs, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux, au titre des mêmes années, ont également été mises à la charge de Mme D et recouvrées le 31 janvier 2020, à la suite de la vérification de comptabilité de la société Energence C-Plus qu'elle préside, dans la catégorie des revenus capitaux mobiliers. Ces impositions supplémentaires ont été contestées par une réclamation du 19 février 2020, rejetée par l'administration le 1er décembre 2020. Mme D demande la décharge de l'ensemble de ces impositions supplémentaires, en droits et pénalités.
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
S'agissant de l'examen de situation fiscale personnelle de Mme D :
2. D'une part, il résulte des dispositions des articles 4 et 6 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques que, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires l'excluant dans les cas particuliers qu'elles déterminent, les avocats ont qualité pour représenter leurs clients devant les administrations publiques sans avoir à justifier du mandat qu'ils sont réputés avoir reçu de ces derniers dès lors qu'ils déclarent agir pour leur compte. Lorsque le mandataire du contribuable a la qualité d'avocat et que celui-ci déclare que son client a élu domicile à son cabinet, l'administration fiscale est tenue de lui adresser les actes de la procédure d'imposition sans qu'il soit besoin d'exiger la production d'un mandat exprès.
3. En l'espèce, le conseil de Mme D a mentionné dans un courrier adressé à l'administration fiscale du 28 septembre 2017, reçu le 11 octobre 2017, qu'il avait été chargé par la contribuable d'agir pour son compte dans le cadre de l'examen de sa situation fiscale personnelle et qu'elle avait élu domicile à son cabinet pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition. Dans ces conditions, ce seul courrier était suffisant pour valoir élection de domicile de la contribuable chez son conseil, nonobstant l'absence d'un mandat exprès établi par elle en ce sens.
4. D'autre part, le caractère contradictoire que doit revêtir l'examen de la situation fiscale personnelle d'un contribuable au regard de l'impôt sur le revenu en vertu des articles L. 47 à L. 50 du livre des procédures fiscales interdit au vérificateur d'adresser la proposition de rectification qui, selon l'article L. 48 de ce livre, marquera l'achèvement de son examen, sans avoir au préalable engagé un dialogue contradictoire avec le contribuable sur les points qu'il envisage de retenir.
5. Si l'administration a bien proposé à Mme D un entretien, par une lettre simple et cinq lettres avec accusé de réception des 28 juillet, 14 septembre, 9 octobre, 20 octobre, 16 novembre et 6 décembre 2017 toutes retournées avec la mention " pli avisé et non réclamé ", elle n'apporte pas la preuve qu'elle aurait tenté de prendre rendez-vous pour un pareil entretien avec le conseil de l'intéressée, agissant pour son compte dans le cadre de la procédure fiscale la visant. Dans ces conditions, et alors au demeurant que le conseil de la requérante avait indiqué à l'administration être disponible pour un entretien à compter du 2 novembre 2017, soit plus d'un mois avant la notification de la proposition de rectification, Mme D est fondée à soutenir qu'elle a été privée d'un débat oral et contradictoire et que la procédure mise en œuvre dans le cadre de son examen de situation fiscale personnelle est ainsi entachée d'irrégularité.
S'agissant de la vérification de comptabilité de la société Energence C-Plus :
6. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. " En vertu de ces dispositions, il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, d'informer le contribuable, avec une précision suffisante, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition, même si le contribuable a pu avoir par ailleurs connaissance de ces renseignements afin de permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements, soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Dans ce dernier cas, la demande du contribuable peut porter sur tout document utilisé par l'administration pour établir l'imposition, et notamment sur un document dont l'administration n'a fait état que pour confirmer, dans une proposition de rectification ou une réponse aux observations du contribuable, une prise de position reposant sur d'autres éléments. La méconnaissance, par l'administration, de l'obligation de communication affecte les impositions pour lesquelles elle a utilisé les renseignements et documents en cause, que ce soit pour conduire la procédure d'imposition ou pour déterminer le montant de l'impôt. Cependant, les dispositions législatives protégeant le secret professionnel, comme celles que prévoit l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, peuvent faire obstacle à la communication par l'administration à un contribuable de renseignements concernant un tiers, sans le consentement de celui-ci ou de toute personne habilitée à cet effet. Peuvent, dès lors, être régulièrement établis des rehaussements fondés sur des documents dont les copies détenues par les services fiscaux n'ont été communiquées au contribuable qu'après occultation des informations couvertes par un tel secret.
7. Pour fonder les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux consécutifs à la vérification de comptabilité de la société Energence C-Plus, l'administration, dans sa proposition de rectification du 20 décembre 2017, s'est fondée sur l'examen des comptes bancaires de Mme D. Dans sa réponse du 5 janvier 2018, la requérante a sollicité la communication de tous les documents obtenus de tiers et de toutes pièces de procédures fiscales ayant permis d'obtenir de tiers des renseignements la concernant. Dans sa réponse aux observations du contribuable du 9 avril 2018, l'administration a indiqué, d'une part, qu'elle avait déjà communiqué les copies des éléments obtenus dans le cadre du droit de communication, exception faite de ceux issus de la procédure fiscale ouverte par la brigade Est de la direction du contrôle fiscal d'Ile-de-France s'agissant de la société Kang, sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 et, d'autre part, que ces éléments recueillis auprès de la société Kang n'avaient pas servi à motiver les rectifications et étaient couverts par le secret professionnel. Toutefois, il résulte de l'instruction que les documents recueillis lors de la procédure fiscale concernant la SAS Kang retracent le détail du compte propre à chaque Master de la société Kang, permettant au service de constater qu'aucun compte n'était ouvert au nom du fils de A D. Ce faisant, le service doit être regardé comme s'étant fondé sur cette pièce pour confirmer sa position prise dans la proposition de rectification. En outre, les dispositions législatives protégeant le secret professionnel, telles que celles résultant de l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, à supposer même qu'elles soient applicables aux éléments en cause, ne faisaient pas obstacle à leur communication après occultation des informations couvertes par un tel secret. Dès lors, le refus de l'administration de procéder à la communication de ces éléments, obtenus d'un tiers, entache d'irrégularité la procédure à l'issue de laquelle ont été établies les impositions consécutives à la vérification de comptabilité de la société Energence C-Plus, privant Mme D d'une garantie.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander la décharge de l'ensemble des impositions mises à sa charge au titre des années 2014, 2015 et 2016.
En ce qui concerne les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est déchargée, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016.
Article 2 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
Le rapporteur,
N. B
Le président,
J-C. TRUILHÉ
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026