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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100156

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100156

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100156
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAMALRIC-ZERMATI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2100156, le 13 janvier 2021, M. C A, représenté par Me Amalric-Zermati, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 10 mars 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une contribution spéciale d'un montant de 12 876 euros et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un montant de 2 124 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de moduler le montant de ces contributions ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreurs de fait ; la matérialité des faits n'est pas établie dans la mesure où M. B ne travaillait pas pour lui et qu'il n'était pas en situation de travail lors du contrôle d'identité ;

- elle est disproportionnée compte tenu de sa situation économique ; il n'est pas en mesure d'honorer le paiement de ces sanctions.

Par un mémoire, enregistré le 23 avril 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse du 9 octobre 2020.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2100157, le 13 janvier 2021, M. C A, représenté par Me Amalric-Zermati, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de perception émis le 10 décembre 2020 par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne pour des montants respectifs de 12 876 euros et de 2 124 euros et de le décharger du paiement des sommes correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'erreurs de fait ; la matérialité des faits n'est pas établie dans la mesure où M. B ne travaillait pas pour lui et qu'il n'était pas en situation de travail lors du contrôle d'identité ;

- elle est disproportionnée compte tenu de sa situation économique ; il n'est pas en mesure d'honorer le paiement de ces sanctions.

Par un mémoire, enregistré le 23 avril 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan, rapporteure,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public.

- et les observations de Me Amalric-Zermati, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 10 mars 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de M. A la somme de 12 876 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour l'emploi irrégulier d'un ressortissant algérien en situation irrégulière sur le territoire français et la somme de 2 124 euros au titre de l'amende forfaitaire. Par la requête enregistrée sous le n° 2100156, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 10 mars 2020, ensemble celle du 6 juillet 2020 rejetant son recours gracieux. Par la requête enregistrée sous le n° 2100157, M. A demande l'annulation des titres de perception émis le 10 décembre 2020 en application de la décision du 10 mars 2020 et à être déchargé des sommes mises à sa charge par les deux titres de perception correspondants.

Sur la jonction des affaires :

2. Les requêtes susvisées n° 2100156 et n° 2100157 présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

4. M. A a formé, dans le délai de recours contentieux, un recours gracieux à l'encontre de la décision du 10 mars 2020 mettant à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire et demande l'annulation de la décision rejetant ce recours gracieux. Bien qu'il ait dirigé les conclusions de sa requête, enregistrée sous le n° 2100156, contre la décision prise sur recours gracieux, il doit être regardé comme demandant également l'annulation de la décision initiale du 10 mars 2020.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 6 juillet 2020 doit être écarté comme inopérant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la décision attaquée : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

7. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 6, ou en décharger l'employeur.

8. La qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. A cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, d'en contrôler l'exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné.

9. Il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal du 28 mars 2019 dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. B, ressortissant algérien en situation irrégulière, a été interpellé dans le cadre d'une vérification du droit de circulation et au séjour alors qu'il circulait à vélo et qu'il portait un blouson portant l'inscription de la société " uber eat " et un sac à dos isotherme au nom de la même enseigne. Dans le cadre de cette audition, l'intéressé a déclaré travailler depuis deux mois tous les jours de la semaine de 11h à 15h et de 18h30 à 22h en utilisant le compte " uber eat " ouvert au nom de M. A, rencontrer ce dernier une fois par semaine afin qu'il lui verse la part de salaire en liquide qui lui revient, part qui s'élève à 70% de ses gains, les 30% restant étant conservés par M. A, et qu'il est le seul à utiliser ce compte pour travailler. En outre, M. A a reconnu lors de son audition que M. B travaillait depuis une semaine " à l'essai pour lui quand il s'est fait interpeller ", qu'il a travaillé six jours sur sept de 11h à 13h et de 19h à 21h, qu'il lui a prêté son équipement et le sac réfrigéré, et qu'il lui a " donné cents euros pour sa semaine environ ". L'attestation manuscrite émanant de M. B produite au dossier, au demeurant peu circonstanciée, attestant que M. A a souhaité lui apporter son aide en lui prêtant son téléphone et qu'il aurait acquiescé aux agents de police par peur d'être expulsé, ne saurait à elle seule remettre en cause la teneur des procès-verbaux précités. Dans ces conditions, la matérialité des faits ayant fondé la décision attaquée du 10 mars 2020 doit être regardée comme établie et M. B doit être regardé comme ayant travaillé pour le compte et sous l'autorité de M. A. Ainsi, doivent être écartés les moyens tirés de ce que les faits de travail irrégulier ne seraient pas établis et ne sauraient justifier la contribution spéciale mise à sa charge.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I. Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / IV. Le montant de la contribution spéciale est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction. "

11. Il résulte de l'instruction que M. B n'était pas en possession d'un titre l'autorisant à exercer une activité professionnelle en France et que M. A ne l'a pas déclaré aux organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales en méconnaissance des dispositions de l'article L. 8221-5 du code du travail. Si M. A fait valoir que ses revenus ne lui permettent pas d'honorer le paiement des sanctions prononcées à son encontre, les dispositions précitées du code du travail ne permettent pas à l'OFII, pas plus qu'au juge administratif, de moduler le taux de la sanction financière en dehors des cas pour lesquels une minoration est envisagée par les textes applicables au litige. Or, M. A n'établit pas, ni même n'allègue qu'il remplirait les conditions fixées aux II et III de l'article R. 8253-2 du code du travail pour bénéficier d'une réduction de la contribution spéciale mise à sa charge. En outre, les difficultés financières qu'il invoque, pour délicates qu'elles puissent être, au regard de la nature et de la gravité des agissements sanctionnés, ne constituent pas des circonstances particulières suffisantes pour justifier qu'il soit, à titre exceptionnel, dispensé de sanction. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les sanctions seraient disproportionnées au regard du principe d'individualisation des peines.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé ni à demander l'annulation des décisions attaquées, ni la modulation du montant de la contribution spéciale mise à sa charge, ni la décharge de l'obligation de payer les sommes dues au titre des contributions spéciale et forfaitaire.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2100156 et n° 2100157 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Katz, président,

- Mme Chalbos, première conseillère,

- Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La rapporteure,

C. PEANLe président,

D. KATZ

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier,

2-2100157

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