mercredi 26 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100512 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | SCP CAMILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er février 2021 et des mémoires enregistrés les 31 mai 2021, 29 juin 2021, 27 juillet 2021, 13 juillet 2022 Mme B C, représentée par Me Brunet-Richou, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision rendue par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiale (CAF) de la Haute-Garonne en date du 7 avril 2020 par laquelle celle-ci rejette le recours administratif préalable de Mme C contre la notification d'un indu d'allocation de logement solidaire (ALS) d'un montant de 5 757,00 euros pour la période allant du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2019 ;
2) d'annuler la décision rendue par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiale (CAF) de la Haute-Garonne en date du 15 mai 2020 par laquelle celle-ci rejette le recours administratif préalable de Mme C contre la notification d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant initial de 5 028,24 euros pour la période allant du 1er décembre 2017 au 31 août 2019, dont le solde s'élève désormais à 2 413,75 euros, d'un indu de prime d'activité d'un montant de 288,15 euros sur la même période, et d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 304,90 euros pour les mois de novembre et décembre 2018 ainsi que novembre et décembre 2019 ;
3) d'annuler la décision prise par la président du conseil départemental en date du 2 septembre 2020 ayant régularisé sa situation et maintenu les indus de RSA et d'aide exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge ;
4) condamner la CAF et le département de la Haute-Garonne à lui verser la somme de 2 516,49 euros au titre de la violation des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
5) de condamner la CAF et le département de la Haute-Garonne à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral et financier ;
6) de mettre à la charge de la CAF et du département de la Haute-Garonne la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle a saisi dans les délais impartis la CAF, puis le Défenseur des droits d'une médiation préalable obligatoire avant d'effectuer un recours administratif auprès du président du conseil départemental ;
- contrairement à ce qu'affirme le rapport d'enquête en date du 19 septembre 2019 effectué par un agent de contrôle assermenté de la CAF, c'est elle qui paye directement son loyer à son propriétaire et non ses parents ; la donation de 60 000 euros faite par ses parents le 13 novembre 2017 a été entièrement déclarée aux impôts et aux organismes allocataires ;
- les mouvements bancaires mis en cause résultent de transferts entre ses propres comptes comme l'attestent les pièces ajoutées au dossier ; les ventes occasionnelles de biens personnels qu'elle effectue ne sont pas imposables et n'ont pas à être déclarés ;
- l'action en recouvrement des indus de revenu de solidarité active est prescrite en application de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles ; la CAF ne saurait retenir l'intention frauduleuse pour passer outre cette prescription car elle ne rapporte pas l'élément intentionnel caractérisant la fraude ; au contraire, Mme C est de bonne foi, elle a déclaré pendant plusieurs années ses transferts interbancaires comme ressources sous la mention " autres revenus " alors qu'elle n'en avait pas l'obligation ;
- la CAF a méconnu le droit de communication en application de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale en ne l'informant pas à l'avance de la retenue des prestations versées à partir du mois de novembre 2019 ;
- elle a subi un préjudice moral et financier important causé par l'aggravation de sa situation déjà précaire avant l'apparition des indus réclamés, ainsi que par la longueur de la procédure.
Par des mémoires en défense enregistrés le 15 avril 2021, le 8 juin 2021, le 13 août 2021 et le 4 juillet 2022, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente en ce qui concerne l'ALS ;
- la requête est irrecevable car Mme C n'a pas effectué de demande de médiation préalable auprès du Défenseur des droits suite à la décision prise par le président du conseil départemental le 2 septembre 2020 ;
- la requérante n'a déclaré que partiellement la donation de ses parents auprès de la CAF en indiquant une somme de 45 000 euros au lieu de 60 000 euros.
- la requérante ne justifie pas de la totalité des virements et remises de chèques durant les périodes ayant causé l'indu ;
- la requérante ne peut se prévaloir du fait que ses revenus professionnels ont été déclarés aux impôts pour justifier qu'elle ne les a pas déclarés à la CAF.
Par des mémoires en défense enregistrés le 29 juin 2021 et les 4 juillet et 1er septembre 2022, la CAF de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qui concerne l'indu de prime d'activité, pour lequel le délai de recours est dépassé ;
- l'indu d'ALS est fondé, dès lors qu'un contrôle administratif en date du 19 septembre 2019 a révélé que Mme C avait omis de déclarer l'intégralité de ses revenus pour les années 2015, 2016 et 2017 et que l'intention frauduleuse avait été retenue par le contrôle assermenté ;
- l'indu de prime d'activité a été effacé après révision des droits de la requérante par la CAF suite à la décision du conseil départemental du 2 septembre 2020, il est dès lors sans objet ;
- les indus de RSA et de prime exceptionnelle de fin d'année sont fondés dès lors que le rapport d'enquête en date du 19 septembre 2019 fait état de revenus partiellement déclarés et du versement d'une pension alimentaire non-déclarée, qu'après révision des droits postérieurement à la décision du conseil départemental du 2 septembre 2020, cet indu a été ramené à la somme de 2 805,75 euros en ce qui concerne le RSA et 304,90 euros en ce qui concerne la prime exceptionnelle de fin d'année ;
- elle a correctement fait usage de son droit de communication auprès de l'administration fiscale et des organismes bancaires dès lors que la requérante a bénéficié d'une procédure contradictoire dans le cadre de l'enquête administrative, qu'elle a été informée oralement des suites du contrôle et que le courrier de notification d'indus en date du 22 novembre 2019 l'a informé des sommes réclamées et de l'intention de la CAF d'effectuer des retenues sur les versements à venir ; que, par ailleurs, ces versements ont cessé lorsque Mme C a introduit un recours contentieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le décret n° 2017-1785 du 27 novembre 2017 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;
- le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 portant expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de la fonction publique et de litiges sociaux ;
- l'ordonnance n° 2019-770 du 17 juillet 2019 relative à la partie législative du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. D de Hureaux et les observations de Mme E, pour le département de la Haute-Garonne qui persiste dans ses écritures, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2010. A la suite d'un contrôle diligenté par la CAF et dont le rapport d'enquête a été notifié à la requérante le 19 septembre 2020, il a été établi qu'elle avait manqué à plusieurs de ses obligations d'allocataire en ne déclarant pas l'intégralité de ses revenus. Par courrier du 22 novembre 2019, la CAF a notifié à Mme C un indu d'allocation de logement sociale (ALS) d'un montant de 5 757,00 euros pour la période allant du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2019, d'un indu de prime d'activité d'un montant de 288,15 euros pour la période allant du 1er décembre 2017 au 31 août 2019, d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 5 015,49 euros et d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 304,90 euros pour les mois de novembre et décembre 2018 ainsi que novembre et décembre 2019, pour un montant global de 11 230,71 euros. Mme C a effectué un recours administratif préalable obligatoire contestant le fondement de ces trop-perçus dans un courrier adressé au département de la Haute-Garonne le 16 décembre 2019. Par courrier en date du 7 avril et du 15 mai 2020, la commission de recours amiable de la CAF rejetait le recours de Mme C. La médiation ouverte par le Défenseur des droits le 10 juillet 2020 a été infructueuse et close le 4 décembre 2020. Par courrier du 2 septembre 2020, le président du conseil départemental confirmait l'existence des indus de RSA mais renvoyait à la CAF le réexamen des droits de la requérante en lui enjoignant de ne plus considérer comme une ressource la donation d'un montant de 60 000 euros effectuée par les parents de la requérante en novembre 2017. Suite à une régularisation opérée le 21 septembre 2020, la CAF effaçait l'indu de prime d'activité et ramenait l'indu de RSA à un montant de 2 818,50 euros, dont le solde s'élève à 2 413,75 euros après retenues. Par la présente, Mme C demande au tribunal l'annulation de la décision du 2 septembre 2020, ensemble les décisions prises par la commission de recours amiable les 7 avril 2020 et 15 mai 2020.
Sur les conclusions portant sur l'annulation de l'indu d'allocation de logement solidaire :
2. Aux termes de l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation, relevant du chapitre V du titre II du livre VIII relatif aux dispositions contentieuses communes aux aides personnelles au logement, dans sa rédaction désormais en vigueur : " () les recours dirigés contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 sont portés devant la juridiction administrative. ". Aux termes de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019 : " () II.- Entrent en vigueur le 1er janvier 2020 : / 1° Les dispositions du chapitre V du titre II du livre VIII du code de la construction et de l'habitation, annexées à la présente ordonnance ; ces dispositions s'appliquent aux décisions des organismes payeurs mentionnées au 1° de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation annexé à la présente ordonnance, prises à partir du 1er janvier 2020, ainsi qu'aux décisions prises, à partir de cette même date, par le directeur de l'organisme payeur sur les demandes de remise de dettes mentionnées au 2° de ce même article. Les décisions prises avant le 1er janvier 2020 en matière d'allocation de logement demeurent soumises aux dispositions applicables en matière de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole prévues aux articles L. 142-1 et suivants du code de la sécurité sociale. Les décisions prises en matière d'aide personnalisée au logement avant cette même date demeurent soumises aux dispositions de l'article L. 351-14 du code de la construction et de l'habitation dans sa rédaction en vigueur à la date de publication de l'ordonnance ; () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ; () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les prestations familiales comprennent : () / 4°) l'allocation de logement ; () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 ; () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale, relatif à la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Le tribunal judiciaire territorialement compétent est celui dans le ressort duquel demeure le demandeur. ".
3. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité judiciaire de connaître des litiges concernant l'allocation au logement notifiés antérieurement au 1er janvier 2020. Par suite, les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'indu d'ALS mis à sa charge, portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, sont irrecevables. Au demeurant, il résulte de l'instruction que, par un jugement en date du 30 juillet 2021, le pôle social du tribunal judiciaire de Toulouse s'est déclaré compétent pour connaître de la contestation par Mme C de l'indu d'ALS mis à sa charge, et, par jugement du 10 janvier 2022, a rejeté les conclusions de Mme C et maintenu à sa charge le remboursement de l'indu d'ALS.
Sur les conclusions portant sur l'indu de prime d'activité :
4. Il résulte de l'instruction que la CAF a procédé à une révision en date du 21 septembre 2020 des droits de Mme C sur la période de décembre 2017 à octobre 2019, en prenant en compte les nouveaux éléments du dossier apportés par la requérante et la décision du président du conseil départemental prise le 2 septembre 2020. Cette révision ayant entrainé l'effacement de l'indu de prime d'activité d'un montant de 288,15 euros par la caisse, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 mai 2020, en tant qu'elles concernent la décision de récupération des indus de prime d'activité ont perdu leur objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur l'étendue du litige relatif au revenu de solidarité active :
5. Comme mentionné au point 4, la régularisation du 2 septembre 2020 des droits au RSA par le département de la Haute-Garonne a entraîné une modification du montant de l'indu en litige. Dès lors, il y a lieu de prendre en compte la somme de 2 805,75 euros en ce qui concerne l'indu de RSA mis à la charge de Mme C pour la période de décembre 2017 à aout 2019, dont le solde s'élève à 2 413,75 euros. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'indu de RSA en tant qu'elles portent sur un montant supérieur à 2 805,75 euros.
Sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :
6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti () ". L'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; 3° Les prestations et aides sociales qui sont évaluées de manière forfaitaire, notamment celles affectées au logement mentionnées aux articles L. 542-1 et L. 831-1 du code de la sécurité sociale ainsi qu'à l'article L. 351-1 du code de la construction et de l'habitation ; 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". Selon l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article L. 262-9 du code de l'action sociale et des familles : " Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges ". Enfin, l'article R. 262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". L'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles énonce la liste des ressources dont il n'est pas tenu compte pour l'application de l'article R. 262-6 du même code.
7. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
8. En premier lieu, Mme C fait valoir que la somme de 60 000 euros versée sur son compte en novembre 2017 correspond à une donation de ses parents, qu'elle a par conséquent déclaré au titre " autre ressource " et qu'elle utilise pour payer ses loyers. Comme mentionné au point 4, cette circonstance n'est plus contestée par le département dans ses dernières écritures, lequel a procédé à une régularisation des droits au RSA de la requérante par décision du 2 septembre 2020, et réduit le montant de l'indu en litige à hauteur de 2 805,75 euros. Le moyen doit donc être rejeté.
9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'indu de RSA en litige a été généré par l'omission de déclaration de revenus signalée par le contrôleur assermenté de la CAF, dont le rapport fait foi jusqu'à preuve du contraire, dans son rapport d'enquête du 19 septembre 2019. Pour contester le bien-fondé des indus mis à sa charge, Mme C fait valoir que les incohérences entre ces déclarations trimestrielles de ressources et ses relevés bancaires sont causées par des transferts interbancaires qu'elle déclarait par erreur dans la catégorie " autres revenus ", par des remises de chèque correspondant au loyer du local qu'elle loue et par des virements provenant de la vente de biens personnels, dont elle a apporté la preuve auprès de la CAF et du département par un courrier de régularisation en date du 16 mars 2020. Cependant, Mme C, qui avait déjà fait l'objet d'un contrôle administratif en 2018, ne peut utilement soutenir que la circonstance selon laquelle les revenus issus de la vente de ses œuvres et biens personnels ont déjà été déclarés à l'administration fiscale et ne sont pas imposables la déchargerait de son obligation de déclaration de ces mêmes revenus auprès de la CAF, alors que ses ressources ne font pas partie des ressources dont la prise en compte est exclue par les dispositions de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. () ".
11. Si Mme C soutient que l'indu de RSA laissé à sa charge serait atteint par la prescription biennale prévue par les dispositions précitées au point 10, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 10, que Mme C, qui avait déjà fait l'objet d'un contrôle administratif en 2018, ne pouvait ignorer ses obligations déclaratives. Or il est constant qu'elle n'a pas déclaré l'intégralité de la somme reçue de ses parents, non plus que l'intégralité de ses revenus. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la prescription biennale a été levée en raison des fausses déclarations de Mme C.
12. Enfin, aux termes de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. "
13. Si Mme C soutient que ces dispositions ont été méconnues, il résulte de l'instruction et du rapport d'enquête établi par un contrôleur assermenté, ainsi que l'a d'ailleurs relevé le tribunal judiciaire dans son jugement du 10 janvier 2022, que le contrôleur s'est entretenu avec Mme C des relevés bancaires obtenus par la CAF dans le cadre de l'exercice de son droit de communication et a été invitée à justifier des sommes portées au crédit de ses comptes bancaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées au point 12 doit être écarté comme manquant en fait.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le département, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'indu de RSA d'un montant de 2 413,75 euros laissé à sa charge pour la période décembre 2017 à août 2019.
Sur le bien-fondé de l'indu de revenu d'aide exceptionnelle de fin d'année :
15. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017: " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2017 ou, à défaut, du mois de décembre 2017, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code./ Une seule aide est due par foyer. ". L'article 3 du décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 susvisé prévoit le bénéfice de la même aide pour les allocataires du revenu de solidarité active, qui ont eu droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018.
16. Ainsi qu'il a été exposé au point 4, le droit au RSA de Mme C a été révisé par le département le 2 septembre 2020. Il est constant que le montant de l'indu de RSA en litige a été abaissé à 2 805,75 euros, pour la période de décembre 2017 à août 2019. Il résulte des dernières écritures de la CAF que, Mme C n'avait aucun droit au RSA pour les mois de novembre et décembre des années 2017 et 2018, et qu'ainsi elle ne pouvait pas bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de 2017 ou 2018. Par suite, Mme C n'est pas fondée à remettre en cause les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C dirigées contre l'indu de RSA et les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année laissés à sa charge doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au remboursement des sommes retenues et celles tendant au bénéfice de frais de procès.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de Mme C en ce qu'elle concerne l'indu de prime d'activité et l'indu de revenu de solidarité active que dans la limite de 2 805,75 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne et au département de la Haute-Garonne.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Alain D de Hureaux La greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
Le greffier en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026