mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100633 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TOUBOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 février 2021 et le 12 mars 2023, la société par actions simplifiée (SAS) International Préparation de Surface pour Applicateur, représentée par Me Touboul substitué par Me Galinon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a appliqué la contribution spéciale prévue par l'article L.8253-1 du code du travail d'un montant de 17 850 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger vers son pays d'origine d'un montant de 2 553 euros, ensemble le rejet de son recours gracieux ;
2°) d'annuler les titres de perception des 19 novembre et 4 décembre 2020 émis en vue du recouvrement de ces sommes et de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
En ce qui concerne la décision du 10 novembre 2020 :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;
- le principe du contradictoire et son droit à se défendre ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pas été informée de la possibilité de se faire communiquer le procès-verbal de constatation des infractions par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de faits et méconnait les dispositions de l'article L.5221-8 du code du travail dès lors qu'elle a effectué toutes les démarches administratives préalables à l'embauche et qu'elle n'était pas en mesure de savoir que les documents présentés par son salarié procédaient d'une usurpation d'identité ; elle souhaite invoquer sa bonne foi ;
- à titre subsidiaire, la décision attaquée méconnaît l'article R.8253-2 du code du travail dès lors que le montant de la contribution spéciale ne peut pas être supérieur à 1 000 fois le taux horaire minimum garanti ;
En ce qui concerne les titres de perception :
- il n'est pas justifié de la compétence de leur auteur ;
- elle est fondée à contester le bien-fondé de ses créances et donc à en demander l'annulation ainsi qu'à être déchargée de l'obligation de payer les sommes réclamées.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 avril 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 17 mars 2023, n'ayant pas été communiqué, la direction départementale des finances de l'Essonne demande à être mise hors de cause.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 mars 2023 par une ordonnance du 13 mars précédent.
Vu les actes attaqués et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- les conclusions de M. Daguerre de Hureaux, rapporteur public,
- et les observations de Me Galinon, représentant la SAS International Préparation de Surface pour Applicateur.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 juillet 2018, les services de police ont procédé au contrôle du chantier de peinture du parking souterrain de l'hôtel de ville, à Orléans, géré par la SAS International Préparation de Surface pour Applicateur. Au cours du contrôle, ils ont pu constater qu'était en situation de travail M. B A, ressortissant congolais dépourvu de titre l'autorisant à travailler et à séjourner en France et ayant fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière en 2016, non déclaré. A la suite de la transmission du procès-verbal d'infraction, le 25 septembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a invité la société à faire valoir ses observations. Par décision du 10 novembre 2020, le directeur général l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a appliqué des contributions spéciale et forfaitaire. Le 24 novembre 2020, la société a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté le 22 décembre 2020. Le 10 novembre 2020, ont été émis à son encontre deux titres de perception d'un montant de 17 850 euros au titre de la contribution spéciale et d'un montant de 2 553 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. Par la présente requête, la SAS International Préparation de Surface pour Applicateur demande au tribunal d'annuler la décision du 10 novembre 2020, ensemble le rejet de son recours gracieux, d'annuler les titres de perception émis en vue du recouvrement de ces sommes, de la décharger de l'obligation de payer ces sommes et, à titre subsidiaire, de limiter le montant de la contribution spéciale à 1 000 fois le taux horaire minimum garanti.
2. Aux termes de l'article L.5221-8 du code du travail " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi () ". L'article L. 8256-2 du même prévoit que " Le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 15 000 euros. () / Le premier alinéa n'est pas applicable à l'employeur qui, sur la base d'un titre frauduleux ou présenté frauduleusement par un étranger salarié, a procédé sans intention de participer à la fraude et sans connaissance de celle-ci à la déclaration auprès des organismes de sécurité sociale prévue à l'article L. 1221-10, à la déclaration unique d'embauche et à la vérification auprès des administrations territorialement compétentes du titre autorisant cet étranger à exercer une activité salariée en France ". Et l'article R.5221-41 du même code, dans sa version applicable au litige, prévoit que " Pour s'assurer de l'existence de l'autorisation de travail d'un étranger qu'il se propose d'embaucher, en application de l'article L. 5221-8, l'employeur adresse au préfet du département du lieu d'embauche ou, à Paris, au préfet de police une lettre datée, signée et recommandée avec avis de réception ou un courrier électronique, comportant la transmission d'une copie du document produit par l'étranger. A la demande du préfet, il peut être exigé la production par l'étranger du document original. ".
3. Les contributions prévues par le code du travail et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français et / ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.
4. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre la décision d'appliquer les contributions prévues par les dispositions précitées du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'exercer son plein contrôle sur les faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique en statuant en fonction de la valeur des éléments produits par l'administration pour établir l'infraction, et de ceux produits par le requérant. Il lui appartient ensuite de décider, selon le résultat de ce contrôle, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.
5. En l'espèce, les contributions en litige ont été mises à la charge de la SAS International Préparation de Surface pour Applicateur en raison de la présence sur le chantier de M. B A. La société requérante fait valoir qu'elle n'a jamais embauché ce salarié mais qu'elle a embauché M. C. Elle fournit à l'appui de sa requête plusieurs pièces au nom de M. C notamment sa déclaration préalable à l'embauche, son contrat de travail, son attestation de droits à l'assurance maladie, une copie de sa carte de séjour l'autorisant à travailler ainsi que le solde de tout compte qu'il est venu récupérer le 31 juillet 2018. Elle transmet également un échange de courriels avec la préfecture de l'Essonne qui a pour objet de vérifier la validité du titre de séjour de M. C. En outre et contrairement à ce que soutient l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le procès-verbal d'audition ne contient pas d'élément de nature à contredire que, lors de son embauche, l'original du titre de séjour de M. C a été présenté à la SAS International préparation de surface pour applicateur. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, notamment de la consultation du fichier des déclarations préalables à l'embauche effectuée par les services de police, que M. B A, qui a pris la fuite le jour du contrôle, a été embauché le 9 juillet 2018 par la société Partenaire 91, une agence d'intérim qui a transmis au service de police plusieurs documents à son nom notamment son titre de séjour, son attestation d'assurance maladie ainsi que le courrier à la préfecture pour confirmer la validité du titre de séjour. Il résulte ainsi de l'instruction que la SAS International Préparation de Surface pour Applicateur n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés procédaient d'une usurpation d'identité effectuée par M. B A se faisant passer pour M. C. Par suite, il n'est pas établi que la SAS International Préparation de Surface pour Applicateur ne se serait pas acquittée des obligations qui lui incombaient en application des dispositions précitées. Dès lors, les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis et elle ne peut pas être sanctionnée pour l'usurpation d'identité opérée par M. B A.
6. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée, d'une part, à demander l'annulation la décision attaquée du 10 novembre 2020 et du rejet de son recours gracieux. et, d'autre part, à demander à être déchargée de l'obligation de payer les sommes de 17 850 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 553 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine.
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à la SAS International Préparation de Surface pour Applicateur de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 10 novembre 2020, le rejet du recours gracieux ainsi que les titres de perception émis le 10 novembre 2020 sont annulés. La SAS International Préparation de Surface pour Applicateur est déchargée de l'obligation de payer les sommes de 17 850 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 553 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine.
Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à la SAS International Préparation de Surface pour Applicateur la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société International Préparation de Surface pour Applicateur, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
La rapporteure,
V. JORDALe président,
D. KATZLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026