jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100708 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | NAKACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 février 2021, 24 janvier et 20 juin 2022, Mme E C F et son fils A B, représentés par la SELARL Pascal Nakache, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Tarn a implicitement rejeté les demandes qu'ils ont formées dans un courrier du 7 octobre 2020 ;
2°) de condamner D à verser à A une somme de 70 000 euros au titre des préjudices subis ;
3°) de condamner D à verser à Mme C F une somme 70 000 euros au titre des préjudices subis ;
4°) de mettre à la charge de D, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le paiement d'une somme de 3 000 euros.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- leur requête a été portée devant un ordre de juridiction compétent ; D est garant de l'éducation et ne saurait être exonéré de sa responsabilité en abandonnant l'instruction des enfants handicapés à des personnes morales de droit privé, faute de prise en charge adaptée dans un établissement public ;
- la responsabilité de l'organisation générale du service public de l'éducation nationale doit être engagée ; l'ensemble des mesures doivent être prises afin que le droit à l'éducation et l'obligation scolaire aient un caractère effectif pour les enfants handicapés ; les dispositions des articles L. 111-1, L. 111-2 et L. 112-1 du code de l'éducation prévoient que les enfants handicapés ont un égal droit à bénéficier d'un enseignement scolaire adapté à leurs compétences et à leurs besoins destiné à leur permettre, si possible en milieu ordinaire, d'élever leur niveau de formation initiale ; les dispositions des articles L. 351-1 et L. 351-2 du code de l'éducation prévoient que les enfants en situation de handicap sont scolarisés dans un établissement scolaire public ou sous contrat, " le cas échéant dans l'un des établissements spécialisés désignés par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées " ; au-delà des difficultés rencontrées par Mme C F depuis plusieurs années, une aggravation considérable de la prise en charge A est apparue en 2015, alors qu'Enzo ne présente pas de difficultés rendant toute prise en charge par l'éducation nationale impossible ; l'institut médico-éducatif (IME) " Pierre Fourquet " a cessé d'accueillir A en raison de ses fugues régulières ; sa mère s'est rapprochée d'une vingtaine de structures afin de solliciter une prise en charge mais quatre réponses seulement, toutes négatives, lui ont été adressées ; aucune prise en charge par le service d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) n'a été effectuée à compter du mois de janvier 2020, durant plusieurs semaines, du fait d'un manque de moyen humain, et aucune structure n'a pu accueillir A après le confinement ;
- l'agence régionale de santé Occitanie doit réguler, orienter et organiser, en concertation avec les professionnels de santé, l'offre de services de santé afin de répondre aux besoins de soins et de services médico-sociaux, garantir l'efficacité du système de santé, autoriser la création des établissements de santé et leur allouer des ressources ; dès lors que plusieurs établissements n'ont pas répondu aux sollicitations de Mme C F, cela signifie qu'aucune place n'était disponible ; plusieurs établissements ont indiqué qu'ils n'étaient pas en mesure de répondre aux besoins A et ont invoqué tant le manque de moyens humains que matériels ;
- dès lors que les faits en litige ont débuté en 2015, aucune prescription ne peut leur être opposée ;
- A subit un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence en raison des décisions de déscolarisation prises par les services de l'éducation nationale, qui entraînent un retard dans son apprentissage et dans son développement et qui le privent de la possibilité d'être scolarisé comme tout enfant de son âge ; son droit à l'éducation ainsi que les principes d'égalité et de non-discrimination ont été méconnus ; son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence doivent être évalués à hauteur de 50 000 euros ;
- Mme C F vit difficilement l'obligation d'assumer la prise en charge A et a notamment connu un épisode de burn-out au cours de l'année 2014, qui l'a conduite à prendre des anti-dépresseurs ; elle a presque perdu l'intégralité de ses liens familiaux et sociaux en raison de l'incompréhension des difficultés générées par le handicap A ; son mari est éprouvé et stressé par la situation, qui a réveillé sa spondylarthrite et a conduit à son placement en arrêt maladie entre les 31 août et 30 septembre 2018 ; le demi-frère A connaît un état dépressif avec peur, enfermement sur soi, baisse des résultats scolaires, suivi psychologique et apparition d'un eczéma sur la tête du fait du stress et sa demi-sœur souffre d'hypersensibilité ; A fugue régulièrement et se met en situation de danger ; son préjudice moral doit être évalué à hauteur de 20 000 euros ;
- les difficultés administratives auxquelles Mme C F est confrontée entraîne des perturbations considérables dans sa vie quotidienne ; en raison de l'insuffisante prise en charge A, elle a dû lui consacrer l'intégralité de ses journées, ce qui fait obstacle à ce qu'elle puisse exercer une activité professionnelle ; l'insuffisance de scolarisation A l'a conduite à faire appel à un pédopsychiatre dont le cabinet se situe à 60 kilomètres du domicile familial ; elle sollicite une indemnisation de son préjudice matériel à hauteur de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2021, le directeur général de l'agence régionale de santé Occitanie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- ses services ne sont pas compétents pour enjoindre à un établissement de prendre en charge un enfant handicapé ou orienter son admission dans un établissement spécialisé ; cette mission relève de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Tarn ; aussi la responsabilité de D ne peut être recherchée que dans le cadre d'une orientation prononcée par la MDPH qui ne pourrait pas être mise en œuvre du fait d'un manque de place disponible dans un établissement ; dans le cas A, ce n'est pas le manque de place qui est en cause mais le caractère inadapté de différentes structures à sa pathologie ;
- A a bénéficié de prises en charge durables adaptées à son âge et à sa pathologie pendant plusieurs années ainsi que d'un accueil en institut thérapeutique éducatif et pédagogique, IME et SESSAD ;
- Mme C F ne saurait être indemnisée à raison d'un investissement qui résulte d'une obligation légale ; l'intéressée a décidé de reprendre A à domicile en raison des fugues qu'il a faites ;
- elle a perçu des aides allouées par D afin de s'occuper de son fils.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'ordre juridictionnel administratif n'est pas compétent pour connaître de la présente requête ; l'engagement de la responsabilité de D est demandée en raison de décisions prises par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), qui a pris des décisions relatives à A au titre des articles L. 241-5 et suivants du code de l'action sociale et des familles ; ces décisions s'imposent à ses services ; les ITEP et les IME constituent des établissements privés qui ne relèvent pas de la responsabilité du ministère de l'éducation nationale ;
- aucun élément du dossier ne démontre que les services de l'éducation nationale auraient édicté plusieurs décisions tendant à déscolariser A ; A a été pris en charge par les services de l'éducation nationale entre 2008 et 2010 et la CDAPH a ensuite décidé de l'orienter vers des établissements médico-sociaux ; les difficultés rencontrées par Mme C F et A ne résultent pas d'un manque de structure susceptible d'accueillir A mais des difficultés dans la prise en charge de sa pathologie ;
- les faits antérieurs au 1er janvier 2016 sont prescrits, conformément aux dispositions de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- A a bénéficié de plusieurs types de prise en charge, durables et adaptées à son âge et à sa pathologie ;
- la requérante n'apporte aucun élément de nature à étayer sa demande d'indemnisation de son préjudice moral ; c'est en raison des fugues répétées A qu'elle a pris la décision de le reprendre à domicile ;
- elle a perçu des aides allouées par D afin de s'occuper de son fils.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pétri ;
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A B, né le 14 octobre 2002, est atteint de troubles du comportement associés à une épilepsie et à une surcharge pondérale. Dès sa première rentrée scolaire en septembre 2005, des difficultés dans la prise en charge de son état de santé sont apparues. A compter de l'année 2008, lorsqu'il était en grande section de maternelle, une assistante de vie scolaire lui a été attribuée à hauteur de neuf heures par semaine. Par une décision du 3 juin 2009, il a été orienté vers le semi-internat médico-social de l'ITEP " Le Briol " situé à Viane. A compter de l'année 2012, A a été accueilli à l'IME " Pierre Fourquet " situé à Labruguière. En 2015, il a intégré des courts séjours au centre " Paul Dottin " situé à Ramonville-Saint-Agne. En raison d'une fugue survenue en mars 2018, et étant précisé qu'un tel événement s'était déjà produit à plusieurs reprises, A a réintégré son domicile, et le statut d'aidant familial a été reconnu à Mme C F par la MDPH du Tarn. Par une décision du 26 juin 2018, la MDPH du Tarn a orienté A vers l'IME " Pierre Fourquet " pour la période comprise entre les 1er août
2018 et 31 juillet 2020. Par une décision du 8 octobre 2018, consécutive à la réunion " cas complexe " organisée par la MDPH du Tarn afin d'évoquer la situation préoccupante A, la MDPH du Tarn l'a orienté vers l'ITEP " Pierre Fourquet " situé à Labruguière tout en maintenant son accueil en IME. Par un courrier du 7 octobre 2020, Mme C F et son fils A ont demandé au préfet du Tarn que toutes mesures soient prises afin qu'Enzo bénéficie d'une scolarité adaptée dans un établissement relevant de l'éducation nationale et ont présenté une demande indemnitaire préalable. Le silence conservé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme C F et son fils A demandent l'engagement de la responsabilité de D en raison des carences constatées dans la prise en charge de la situation A et sollicitent une indemnisation globale à hauteur de 140 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Mme C F et son fils A sollicitent l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Tarn a implicitement rejeté les demandes qu'ils ont formées dans leur courrier du 7 octobre 2020.
3. S'agissant du rejet implicite de la demande tendant à ce que le préfet du Tarn prenne sans délai toutes mesures permettant à A de bénéficier d'une scolarité adaptée, les requérants ne soulèvent aucun moyen d'annulation. En tout état de cause, l'autorité préfectorale n'est pas compétente pour décider du placement d'un enfant handicapé dans un établissement spécialisé, une telle décision relevant de la seule compétence de la direction de l'établissement.
4. S'agissant du rejet implicite de la demande indemnitaire préalable, cette décision a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande des requérants, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux. Au regard de cette demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit des intéressés à percevoir la somme qu'ils réclament, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige.
5. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C F et son fils A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
6. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " L'éducation est la première priorité nationale. Le service public de l'éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l'égalité des chances et à lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative. Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d'apprendre et de progresser. Il veille à la scolarisation inclusive de tous les enfants, sans aucune distinction. Il veille également à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d'enseignement. () / () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. ". Selon l'article L. 111-2 du même code : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation. / () Pour favoriser l'égalité des chances, des dispositions appropriées rendent possible l'accès de chacun, en fonction de ses aptitudes et de ses besoins particuliers, aux différents types ou niveaux de la formation scolaire. ". L'article L. 112-1 du même code dispose que : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, D met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap. / Tout enfant, tout adolescent présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé est inscrit dans l'école ou dans l'un des établissements mentionnés à l'article L. 351-1, le plus proche de son domicile, qui constitue son établissement de référence. / Dans le cadre de son projet personnalisé, si ses besoins nécessitent qu'il reçoive sa formation au sein de dispositifs adaptés, il peut être inscrit dans une autre école ou un autre établissement mentionné à l'article L. 351-1 par l'autorité administrative compétente, sur proposition de son établissement de référence et avec l'accord de ses parents ou de son représentant légal. Cette inscription n'exclut pas son retour à l'établissement de référence. / De même, les enfants et les adolescents accueillis dans l'un des établissements ou services mentionnés au 2° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles ou dans l'un des établissements mentionnés au livre Ier de la sixième partie du code de la santé publique peuvent être inscrits dans une école ou dans l'un des établissements mentionnés à l'article L. 351-1 du présent code autre que leur établissement de référence, proche de l'établissement où ils sont accueillis. Les conditions permettant cette inscription et cette fréquentation sont fixées par convention entre les autorités académiques et l'établissement de santé ou médico-social. ", l'article L. 131-1 que : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans. ", et l'article L. 246-1 que : " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. / Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social. / Il en est de même des personnes atteintes de polyhandicap. ". Enfin, les articles L. 351-1 et L. 351-2 du code de l'éducation prévoient que : " Les enfants () présentant un handicap ou un trouble de santé invalidant sont scolarisés dans les écoles maternelles et élémentaires et les établissements visés aux articles L. 213-2, L. 214-6, L. 421-19-1, L. 422-1, L. 422-2 et L. 442-1 du présent code et aux articles L. 811-8 et L. 813-1 du code rural et de la pêche maritime, si nécessaire au sein de dispositifs adaptés, lorsque ce mode de scolarisation répond aux besoins des élèves. " et que : " La commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles désigne les établissements ou les services ou à titre exceptionnel l'établissement ou le service correspondant aux besoins de l'enfant ou de l'adolescent en mesure de l'accueillir. ".
7. Selon l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles : " Une commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées prend, sur la base de l'évaluation réalisée par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, des souhaits exprimés par la personne concernée dans son projet de vie, ou par son représentant légal s'il s'agit d'un mineur ou, s'il s'agit d'un majeur faisant l'objet d'une mesure de protection juridique avec représentation relative à la personne qui n'est pas apte à exprimer sa volonté, par la personne chargée de cette mesure et du plan personnalisé de compensation proposé dans les conditions prévues aux articles
L. 114-1-1 et L. 146-8, les décisions relatives à l'ensemble des droits de cette personne, notamment en matière d'attribution de prestations et d'orientation, conformément aux dispositions des articles L. 241-5 à L. 241-11. ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : / 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ; / 2° Désigner les établissements, les services mentionnés à l'article
L. 312-1 ou les dispositifs au sens de l'article L. 312-7-1 correspondant aux besoins de l'enfant ou de l'adolescent ou concourant à la rééducation, à l'éducation, au reclassement et à l'accueil de l'adulte handicapé et en mesure de l'accueillir ; / 2° bis Lorsqu'elle a défini un plan d'accompagnement global, désigner nominativement les établissements, services de toute nature ou dispositifs qui se sont engagés à accompagner sans délai la personne ; / () b) Si les besoins de compensation de l'enfant ou de l'adulte handicapé justifient l'attribution de la prestation de compensation dans les conditions prévues à l'article L. 245-1 ; ".
8. Il résulte de ces dispositions du code de l'éducation et du code de l'action sociale et des familles que le droit à une prise en charge pluridisciplinaire est garanti à toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique, quelles que soient les différences de situation. Si, eu égard à la variété des formes du syndrome autistique, le législateur a voulu que la prise en charge, afin d'être adaptée aux besoins et difficultés spécifiques de la personne handicapée, puisse être mise en œuvre selon des modalités diversifiées, notamment par l'accueil dans un établissement spécialisé ou par l'intervention d'un service à domicile, c'est sous réserve que la prise en charge soit effective dans la durée, pluridisciplinaire et adaptée à l'état et à l'âge de la personne atteinte de ce syndrome. Il résulte également de ces dispositions qu'il incombe à la CDAPH, à la demande des parents, de se prononcer sur l'orientation des enfants atteints du syndrome autistique et de désigner les établissements ou services correspondant aux besoins de ceux-ci et étant en mesure de les accueillir, ces structures étant tenues de se conformer à la décision de la commission. Ainsi, lorsqu'un enfant autiste ne peut être pris en charge par l'une des structures désignées par la CDAPH en raison d'un manque de place disponible, l'absence de prise en charge pluridisciplinaire qui en résulte est, en principe, de nature à révéler une carence de D dans la mise en œuvre des moyens nécessaires pour que cet enfant puisse bénéficier effectivement d'une telle prise en charge dans une structure adaptée. En revanche, lorsque les établissements désignés refusent d'admettre l'enfant pour un autre motif, ou lorsque les parents estiment que la prise en charge effectivement assurée par un établissement n'est pas adaptée aux troubles de leur enfant, D ne saurait, en principe, être tenu pour responsable de l'absence ou de l'insuffisance de la prise en charge, lesquelles ne révèlent pas nécessairement, alors, l'absence de mise en œuvre par D des moyens nécessaires. Il appartient alors aux parents, soit, s'ils estiment que l'orientation préconisée par la CDAPH n'est pas adaptée aux troubles de leur enfant, de contester la décision de cette commission, qui rend ses décisions au nom de la MDPH, groupement d'intérêt public, devant la juridiction du contentieux technique de la sécurité sociale en application de l'article L. 241-9 du code de l'action sociale et des familles, soit, dans le cas contraire, de mettre en cause la responsabilité des établissements désignés n'ayant pas respecté cette décision en refusant l'admission ou en n'assurant pas une prise en charge conforme aux dispositions de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles.
9. Il résulte de l'instruction, ainsi que cela a notamment été dit au point 1, qu'Enzo a été scolarisé en classe de grande section de maternelle au titre de l'année 2008-2009 et a bénéficié de l'aide d'une assistance de vie scolaire à raison de neuf heures par semaine, qu'il a ensuite été orienté, par une décision de la CDAPH, vers l'ITEP " Le Briol ", situé à Viane, à compter du 31 juillet 2010, puis, par une nouvelle décision de la CDAPH, vers l'IME " Pierre Fourquet " situé à Labruguière à compter de l'année 2012, et qu'il a intégré parallèlement des courts séjours au centre " Paul Dottin " situé à Ramonville-Saint-Agne. Si Mme C F soutient que la prise en charge A n'était plus adaptée dès l'année 2015, et sans nier les difficultés réelles et incontestables qu'elle a rencontrées afin que la pathologie de son fils soit prise en charge de manière adaptée, elle ne produit toutefois aucune pièce tendant à établir cette allégation. Il résulte en effet d'un courrier du centre " Paul Dottin " en date du 3 mars 2016 ainsi que d'un bilan de sortie du service de soins de suite et de réadaptation du même centre établi le 4 mai 2018 qu'Enzo était, à ces deux dates, scolarisé au sein de l'ITEP ou de l'IME " Pierre Fourquet ", conformément à trois décisions de la CDAPH en date des 19 juin 2015, 26 juin et 8 octobre 2018, pour les périodes comprises entre les 1er août 2015 et 31 juillet 2018, 1er août 2018 et 31 juillet 2020, et 4 octobre 2018 à 31 juillet 2020. S'il résulte de l'instruction que l'IME " Pierre Fourquet " a cessé de prendre en charge A à partir du mois de mars 2018, cette circonstance ne saurait être regardée comme étant imputable à une carence fautive de D dans la prise en charge d'un enfant handicapé. Il résulte en effet d'un procès-verbal d'audition de Mme C F par les services de police de Mazamet en date du 27 juillet 2018, d'un compte rendu du centre hospitalier " Léon-Jean Grégory " de Thuir en date du mois d'août 2018, d'un courrier de Mme C F adressé au délégué territorial de l'agence régionale de santé et à la MDPH du Tarn le 11 septembre 2018, du projet personnalisé d'accompagnement réalisé en mai 2019, ainsi que de plusieurs comptes rendus médicaux établis au début de l'année 2019, qu'Enzo se trouvait chez lui depuis le mois de mars 2018, sans établissement d'accueil, et que cette situation résulte non d'un manque de place disponible à l'IME " Pierre Fourquet " mais des nombreuses fugues qu'Enzo a faites lorsqu'il se trouvait dans cet établissement. A cet égard, les requérants ne se prévalent d'aucun écrit de l'IME " Pierre Fourquet " refusant l'accueil A en raison d'un manque de place. Par ailleurs, si Mme C F soutient avoir contacté plusieurs établissements afin que son fils y soit accueilli et n'avoir obtenu aucune réponse ou des réponses négatives, il résulte de l'instruction que la plupart de ces refus ne sont pas liés non au manque de place mais au caractère inadapté de la structure aux troubles A et, en tout état de cause, que la CDAPH n'a pas orienté A vers de tels établissements. En outre, la requérante n'établit pas avoir entrepris de nouvelles démarches auprès de la CDAPH afin que son enfant soit orienté vers un autre établissement que l'IME " Pierre Fourquet ". Dans ces conditions, dès lors qu'aucune carence fautive imputable à D n'est établie, les requérants ne sont pas fondés à solliciter l'engagement de la responsabilité pour faute de D.
10. Il résulte de ce qui vient d'être dit, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative et de se prononcer sur la prescription, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme C F et son fils A ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions qu'ils présentent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C F et de son fils A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C F, à M. A B, au directeur général de l'agence régionale de santé Occitanie et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026