mercredi 14 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100730 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | FAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2021 et un mémoire enregistré le 26 juillet 2022, M. E D, représenté par Me Faine, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1) d'annuler la décision du 8 décembre 2020, notifiée le 14 décembre 2020, par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Garonne a partiellement rejeté sa demande de partage de prestations familiales lors de sa réunion du 6 octobre 2020 ;
2) de le rétablir dans ses droits à la prime d'activité et à l'allocation de logement familiale de manière rétroactive à compter du 19 février 2019.
3) de mettre à la charge de la CAF de la Haute-Garonne la somme de 800 euros au titre des frais de procès ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- la décision du 6 octobre 2020 de la commission de recours amiable A insuffisamment motivée ;
- c'est à tort qu'il n'a pas été tenu compte, pour le calcul de ses ressources et charges, de ses trois enfants qu'il accueille en résidence alternée depuis deux ans ;
- en l'absence d'accord trouvé par convention entre les conjoints divorcés, la CAF a l'obligation de s'aligner sur la jurisprudence du Conseil d'Etat s'agissant du partage des prestations familiales et des aides au logement ;
- la commission de recours amiable a commis une erreur de droit en limitant le partage de la seule prime d'activité à compter de septembre 2020 ;
- en tout état de cause, la créance que serait susceptible de détenir la CAF à l'égard de Mme C serait pour partie prescrite.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 4 avril 2021 et 8 août 2022, la CAF de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de la commission de recours amiable A inopérant ;
- la CAF ne peut partager que les allocations familiales, mais pas les prestations d'aide au logement en vertu des articles L. 513-1 et R. 513-1 du code de la sécurité sociale ;
- en vertu de ce dernier article, il ne lui appartient pas de désigner le parent allocataire dès lors qu'aucun accord n'a été trouvé devant le juge aux affaires familiales ;
- la jurisprudence du Conseil d'Etat n'a à ce jour pas entrainé de modification de la réglementation en vigueur, et la CAF de la Haute-Garonne n'a reçu aucune consigne pour prendre des décisions en ce sens ; elle ne pouvait d'autorité procéder au partage pour la période de février 2019 à août 2020 ;
- il y a lieu d'appeler en cause Mme C ;
- le tribunal administratif A incompétent pour se prononcer sur le partage des allocations familiales qui relèvent du tribunal judiciaire ; en outre, une demande a été formée par M. D le 6 avril 2022 qui A en cours de traitement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. F de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, puis le rapport de M. F de Hureaux a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A divorcé depuis le 5 juillet 2017 et partage les charges et la résidence alternée pour ses trois enfants à égalité avec son ex-épouse, laquelle A allocataire de la prime d'activité et de l'allocation de logement familiale. Par courrier du 9 septembre 2019, la CAF de la Haute-Garonne a accepté le principe du partage des droits à la prime d'activité mais a rejeté sa demande concernant l'allocation de logement familiale. Par courrier du 9 mars 2020, M. D a formé un recours auprès de la commission de recours amiable, laquelle lui notifie le 14 décembre 2020 le versement de la prime d'activité à compter du mois de septembre 2020. Par la présente, M. D demande le versement rétroactif de ces prestations à compter du 19 février 2019, date à laquelle il en a fait la demande.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui A communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
3. En premier lieu, l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale dispose : " La prime d'activité A égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2 Les ressources du foyer (). ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné au 1° de l'article L. 842-3 A majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants (). / A considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente () ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 A composé : / 1° Du bénéficiaire ; / () / 3° Des enfants et personnes à charge remplissant les deux conditions suivantes : a) Ouvrir droit aux prestations familiales ou avoir moins de vingt-cinq ans et être à la charge effective et permanente du bénéficiaire () / b) Ne pas bénéficier ou avoir bénéficié, au cours de l'année civile de droit, de la prime d'activité () ". Enfin, aux termes de l'article R. 846-2 du même code : " L'allocation A due à compter du premier jour du mois civil au cours duquel la demande a été déposée conformément à l'article R. 846-1. "
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, pour calculer le montant forfaitaire mentionné au 1° de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale, ainsi que pour déterminer le droit d'une personne isolée assumant la charge d'un ou plusieurs enfants à la majoration de ce montant forfaitaire en application de l'article L. 842-7 du même code, doivent être regardés comme à la charge de l'allocataire de la prime d'activité les enfants ouvrant droit aux prestations familiales, ainsi que les autres enfants à sa charge effective et permanente, sous réserve des conditions définies au 3° de l'article R. 842-3 du même code. Il résulte également de ces dispositions, compte tenu notamment de l'objet de la prime d'activité tel que défini à l'article L 841-1 du code de la sécurité sociale, que lorsqu'un parent allocataire de la prime d'activité bénéficie pour son enfant, conjointement avec l'autre parent dont il A divorcé ou séparé de droit ou de fait, d'un droit de résidence alternée qui A mis en œuvre de manière effective et équivalente, ce parent doit être regardé comme assumant la charge effective et permanente de l'enfant. Ce parent a droit, sauf accord contraire entre les parents ou mention contraire dans une décision du juge judiciaire, au bénéfice de la moitié de la majoration pour enfant à charge du montant forfaitaire mentionné au 1° de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale et, s'il en remplit les autres conditions, de la moitié de la majoration pour parent isolé mentionnée à l'article L. 842-7 du même code. Compte tenu des incidences possibles de ce partage sur les droits de l'autre parent, susceptible de bénéficier lui aussi de la prime d'activité, il appartient au parent qui sollicite une telle répartition d'établir l'existence d'une résidence alternée mise en œuvre de manière effective et équivalente, laquelle doit être présumée s'il fournit à l'organisme chargé du service de la prime d'activité, à défaut de partage de la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales, une convention homologuée par le juge aux affaires familiales, une décision de ce juge ou un document attestant l'accord existant entre les parents sur ce mode de résidence.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 351-3 du code de la construction et de l'habitation, en vigueur jusqu'au 1er septembre 2019, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 823-1 du même code : " Le montant de l'aide personnalisée au logement A calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème A établi en prenant en considération : / 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer () ". Aux termes de l'article R. 351-8 du même code, en vigueur jusqu'au 1er septembre 2019, dont les dispositions ont été reprises à l'article R. 823-4 du même code: " Sont considérés comme personnes à charge au sens des titres III à V du présent livre, sous réserve qu'ils vivent habituellement au foyer : / 1° Les enfants ouvrant droit aux prestations familiales et ceux qui, bien que n'ouvrant pas droit à ces prestations, doivent être considérés comme à charge au sens des 1° et 2° de l'article L. 512-3 et de l'article L. 513-1 du code de la sécurité sociale et ont un âge inférieur à l'âge limite fixé au premier alinéa de l'article D. 542-4 du code de la sécurité sociale en application du dernier alinéa de l'article L. 512-3 du même code ; () ". Aux termes de l'article R. 351-17 du même code, en vigueur jusqu'au 1er septembre 2019, dont les dispositions ont été reprises à l'article R. 821-3 du même code : " () en cas de séparation légale ou de fait des conjoints entraînant la création de deux foyers distincts et l'occupation de deux résidences principales constatées par l'organisme payeur lors de l'ouverture du droit ou du début de la période de paiement, l'aide personnalisée peut être accordée à chacun des conjoints, même si l'autre conjoint bénéficie de l'aide personnalisée ou de l'allocation de logement. () ".
6. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de la sécurité sociale : " Les allocations sont versées à la personne qui assume, dans quelques conditions que ce soit, la charge effective et permanente de l'enfant. /En cas de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun des parents telle que prévue à l'article 373-2-9 du code civil, mise en œuvre de manière effective, () la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales A partagée par moitié entre les deux parents soit sur demande conjointe des parents, soit si les parents sont en désaccord sur la désignation de l'allocataire. Un décret en Conseil d'État fixe les conditions d'application du présent alinéa ". Le décret précité dans cette dernière disposition A codifié à l'article R. 521-2 du code de la sécurité sociale qui dispose que : " Dans les situations visées au deuxième alinéa de l'article L. 521-2, l'allocataire A celui des deux parents qu'ils désignent d'un commun accord. À défaut d'accord sur la désignation d'un allocataire unique, chacun des deux parents peut se voir reconnaître la qualité d'allocataire : 1° Lorsque les deux parents en ont fait la demande conjointe ; 2° Lorsque les deux parents n'ont ni désigné un allocataire unique, ni fait une demande conjointe de partage. / Lorsque les parents ont désigné un allocataire unique ou fait une demande conjointe de partage, ils ne peuvent remettre en cause les modalités ainsi choisies qu'au bout d'un an, sauf modification des modalités de résidence du ou des enfants ".
7. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que les enfants en situation de résidence alternée sont pris en compte pour le calcul des allocations familiales, d'autre part, que pour l'application des dispositions des articles précités du code de la construction et de l'habitation, les enfants en situation de garde alternée doivent être regardés comme vivant habituellement au foyer de chacun de leurs deux parents. Ils doivent, par suite, être pris en compte pour le calcul de l'aide personnalisée au logement sollicitée, le cas échéant, par chacun des deux parents, qui ne peut toutefois prétendre à une aide déterminée sur cette base qu'au titre de la période cumulée pendant laquelle il accueille l'enfant à son domicile au cours de l'année.
8. Il résulte de l'instruction que, par un jugement du 5 juillet 2017, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Toulouse a fixé la résidence des deux enfants de M. D, Farah, Meissa et Adam, nés en 2010, 2011 et 2015, en dehors des périodes de vacances scolaires, au domicile du père lors des semaines paires et de la mère pour les semaines impaires. Compte tenu de ces éléments, l'existence d'une résidence alternée des enfants au domicile de l'intéressé A établie. En outre, M. D hébergeait ses trois enfants en résidence alternée pour la période litigieuse de février 2019 à septembre 2020. Ceux-ci doivent, par conséquent, être réputés à la charge de l'intéressé pour six mois de l'année et pris en compte dans la composition du foyer du requérant pour le calcul de ses droits à la prime d'activité et à l'allocation de logement familiale, sous réserve que l'intéressé remplisse les autres conditions de ressources et de patrimoine ouvrant droit à ces prestations, depuis le premier jour du mois civil au cours duquel la demande a été déposée. Par conséquent, c'est à tort que la CAF de la Haute-Garonne a refusé de prendre en compte le fait que M. D assumait effectivement la résidence alternée de ses enfants pour la détermination de ses droits à la prime d'activité.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision du 8 décembre 2020 prise par la CAF de la Haute-Garonne et de lui enjoindre de procéder au réexamen des droits de M. D a la prime d'activité et à l'allocation de logement familiale sur la période de février 2019 à septembre 2020.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 6 octobre 2020 de la commission de recours amiable de la CAF de la Haute-Garonne A annulée.
Article 2 : Il A enjoint à la CAF de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de M. D au titre de la prime d'activité et de l'allocation de logement familiale, conformément aux motifs de la présente décision, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. E D et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera délivrée à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.
Le magistrat désigné
Alain F de Hureaux La greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026