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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100740

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100740

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100740
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantMURAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 février 2021 et 24 février 2022, Mme C B, représentée par Me Murat, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1) d'annuler la décision de la caisse d'allocation familiales (CAF) de la Haute-Garonne du 23 juin 2020 ;

2) d'annuler les décisions notifiées le 9 décembre 2020 prise par la commission de recours amiable le 3 novembre 2020 et par le directeur de la caisse d'allocation familiales (CAF) de la Haute-Garonne confirmant la décision du 23 juin 2020 lui notifiant un indu d'allocation de soutien familial (ASF) de 6 664,30 euros sur la période du 1er janvier 2018 au 31 mai 2020, un indu de complément familial de 1 142,74 euros sur la période du 1er janvier 2018 au 29 février 2020, un indu d'allocation de logement à caractère familial (ALF) de 8 018 euros sur la période du 1er janvier 2018 au 29 février 2020 et un indu de prime d'activité de 1 246,75 euros sur la période du 1er juin 2018 au 30 avril 2020 ;

3) d'enjoindre à la CAF de la Haute-Garonne de procéder au rétablissement de ses droits avec effet rétroactif ;

4) de mettre à la charge de la CAF de la Haute-Garonne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision initiale d'indu du 23 juin 2020 ne lui a jamais été notifiée ;

- elle ne vit plus maritalement avec son ex-conjoint M. E depuis le 8 novembre 2017, date à laquelle a été rendue une ordonnance de non-conciliation par le tribunal de grande instance de Toulouse ;

- M. E n'habite plus au domicile conjugal, et se contente de participer au paiement du loyer ;

- la circonstance selon laquelle M. E refusait de divorcer et de changer d'adresse par commodité ne justifie pas l'existence d'une vie maritale.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 10 mai 2021 et 28 juillet 2022, la CAF de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation des indus d'ASF et de complément familial sont irrecevables car portées devant une juridiction incompétente ;

- elle a abandonné le grief tiré de la vie maritale et régularisé la situation de l'intéressée ce qui a conduit à annuler l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année dans sa totalité, à maintenir l'indu d'allocation de soutien familiale dans sa totalité compte tenu de la prise en compte de la pension alimentaire, à annuler l'indu de complément familial et l'indu d'allocation de logement familiale, et à ramener l'indu de prime d'activité à la somme de 671,90 euros ;

- elle a abandonné la qualification de fraude et la pénalité y afférente ;

- la commission de surendettement de la banque de France a constaté le 9 juin 2022 que la situation de l'intéressée était irrémédiablement compromise et l'a orientée vers un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire par décision notifiée le 27 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le décret n°2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles ;

- le décret n° 2018-1197 du 21 décembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. D de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D de Hureaux a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante bulgare ayant quatre enfants à charge, a déclaré être séparée de M. E depuis le 8 novembre 2017. A la suite d'une enquête d'un contrôleur assermenté, la CAF a estimé que cette déclaration n'était pas conforme à la réalité de sa situation familiale. Des indus d'allocation de soutien familial (ASF) de 6 664,30 euros sur la période du 1er janvier 2018 au 31 mai 2020, un indu de complément familial de 1 142,74 euros sur la période du 1er janvier 2018 au 29 février 2020, un indu d'allocation de logement à caractère familial (ALF) de 8 018 euros sur la période du 1er janvier 2018 au 29 février 2020 et un indu de prime d'activité de 1 246,75 euros sur la période du 1er juin 2018 au 30 avril 2020 ont alors été générés en établissant une reprise de la vie maritale au 1er janvier 2018. Par la présente, Mme B doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions notifiées le 9 décembre 2020 portant refus de son recours gracieux porté devant la commission de recours amiable, lesquelles se sont substituées à la décision initiale du 23 juin 2020.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et règlementations de sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les prestations familiales comprennent : () 3° le complément familial () 6° l'allocation de soutien familial () ". Les litiges relatifs aux prestations familiales sont au nombre des litiges relatifs à l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole mentionnés à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au présent litige, comme relevant du contentieux général de la sécurité sociale. En vertu de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire, le contentieux général de la sécurité sociale, qui relevait du tribunal des affaires de sécurité sociale jusqu'au 31 décembre 2018, relève, depuis le 1er janvier 2019, du tribunal de grande instance, devenu, à compter du 1er janvier 2020, le tribunal judiciaire.

3. Aux termes de l'article 32 du décret du 27 février 2015 : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. () ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositifs que les litiges relatifs au complément familial et à l'allocation de soutien familial relèvent du contentieux général de la sécurité sociale, et peuvent faire l'objet de recours portés devant les tribunaux judiciaires spécialement désignés. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre les indus de complément familial et d'allocation de soutien familial sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître. Toutefois, la CAF a indiqué, dans le dernier état de ses écritures, avoir annulé l'indu de complément familial. Il n'y a donc lieu de transmettre au pôle social du tribunal judiciaire de Toulouse que les conclusions relatives à l'indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 6 664,30 euros pour la période de janvier 2018 à mai 2020.

Sur l'étendue du litige :

5. Dans son dernier mémoire, la CAF indique avoir annulé la qualification de fraude, abandonné le grief tiré de la vie maritale de l'intéressée et, par voie de conséquence, annulé intégralement l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année et l'indu d'allocation de logement familiale. Il n'y a, par suite, plus lieu d'y statuer.

6. Toutefois, l'indu de prime d'activité a été maintenu et ramené à la somme de 671,90 euros. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ce dernier indu que dans cette mesure.

Sur le bien-fondé de l'indu de prime d'activité de 671,90 euros pour la période de juin 2018 à avril 2019 :

7. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". L'article L. 845-3 du même code dispose : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Selon l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ".

8. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

9. Il résulte de l'instruction que la CAF dans le dernier état de ses écritures, a abandonné la qualification de fraude et n'a pas retenu la vie maritale entre Mme B et son conjoint, M. E, postérieurement au 8 novembre 2017, date à laquelle le juge aux affaires familiales du tribunal de Toulouse a rendu une ordonnance de non-conciliation. Toutefois, la CAF a réintégré, à bon droit, dans les ressources de Mme B les participations financières de M. E et notamment le paiement d'une partie du loyer durant les premiers mois suivant l'ordonnance de non-conciliation en lieu et place du paiement de la pension alimentaire, et la pension alimentaire versée, sans prendre en compte l'intégralité des revenus de M. E. Mme B ne critique pas les montants pris en compte. Par suite, les conclusions dirigées contre l'indu de prime d'activité de 671,90 euros laissé à sa charge doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de frais de procès :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante au principal, dans la présente instance, la somme que demande la CAF sur ce fondement.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CAF de la Haute-Garonne la somme demandée par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme B, en tant qu'elles concernent le complément familial et l'allocation de soutien familiale, sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le dossier de la requête, en tant qu'il concerne l'indu d'allocation de soutien familiale est transmis au pôle social du tribunal judiciaire de Toulouse.

Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année et celles relatives à l'indu d'allocation de logement familiale.

Article 4 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'indu de prime d'activité que dans la limite de 671,90 euros.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : La présente décision sera notifiée à Mme C B, au ministre en charge des solidarités et au président du tribunal judiciaire de Toulouse.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Alain D de HureauxLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne et au ministre en charge des solidarités en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

Le greffier en chef,

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