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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100753

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100753

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100753
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGAUDRE CŒUR-UNI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2100753 et un mémoire, enregistrés les 11 février 2021 et 24 février 2022, M. B A, représenté par Me Gaudré Cœur-Uni, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle la commission des recours des militaires a rejeté sa demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros au titre du préjudice qu'il estime avoir subi ainsi qu'au versement des intérêts au taux légal afférents aux trois fractions de la prime d'installation en métropole et aux majorations familiales ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts au taux légal afférents à la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 novembre 2016 et jusqu'au 18 novembre 2019 ainsi que la capitalisation des intérêts ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts au taux légal afférents à la deuxième fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 mai 2017 et jusqu'au 31 juillet

2019 ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts au taux légal afférents à la troisième fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 novembre 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019 ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser une somme globale de 6 602,76 euros correspondant aux majorations familiales des trois fractions de l'indemnité d'installation en métropole assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juin 2017 et jusqu'au 2 juin 2021 ainsi que de la capitalisation des intérêts ;

6°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 novembre 2019 ainsi que de la capitalisation des intérêts en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'indemnité d'installation en métropole est acquise de plein droit sans que le militaire ait

à en solliciter le versement ; il devait percevoir trois fractions de cette indemnité les 2 novembre 2016, 2 mai et 2 novembre 2017, à hauteur respective de 5 869,16 et 6 081,84 euros ; jusqu'à la fin du mois de mars 2020, il n'a pas perçu la première fraction de l'indemnité, et les deux autres fractions lui ont été versées en août 2019 ; il a droit aux intérêts au taux légal afférents à la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 novembre 2016 et jusqu'au 18 novembre 2019, à la deuxième fraction de cette indemnité à compter du 2 mai 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019, et à la troisième fraction de la même indemnité à compter du 2 novembre 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019, ainsi qu'à la capitalisation des intérêts ;

- aucune majoration familiale ne lui a été versée après l'installation de sa compagne et de leurs enfants en métropole au mois de juin 2017 ; il a droit à une somme de 6 602,76 euros au titre des majorations familiales de l'indemnité d'installation en métropole, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juin 2017 et jusqu'au 2 juin 2021 ainsi que de la capitalisation des intérêts ;

- le retard et le défaut de paiement des indemnités qui lui sont dues constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- il a subi un trouble dans ses conditions d'existence à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- en cours d'instance, la décision prise le 2 juin 2021 s'est substituée à la décision implicite de rejet du recours administratif préalable introduit par M. A devant la commission des recours des militaires le 8 novembre 2019 ; il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de cette décision implicite de rejet ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au versement des intérêts au taux légal afférent aux sommes dues au titre de l'indemnité d'installation en métropole dès lors qu'une telle demande a été acceptée par une décision du 2 juin 2021 ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au versement des intérêts au taux légal afférents aux sommes dues au titre des majorations familiales de l'indemnité d'installation en métropole dès lors qu'une telle demande a été acceptée par une décision du 2 juin 2021 ;

- M. A n'a pas fourni les éléments permettant de vérifier que le centre de ses intérêts matériels et moraux se trouvaient en Guyane avant le mois de juin 2019, alors qu'il aurait dû le faire avant sa prise de fonctions en métropole ou peu de temps après son arrivée ; s'agissant des majorations familiales, M. A s'est déclaré célibataire lors de la signature de son contrat d'engagement ; il n'a apporté aucune preuve de ce que ses filles étaient à sa charge au sens de la législation sur les prestations familiales ; il a apporté des preuves de l'arrivée de sa famille en métropole au stade du recours introduit devant la commission des recours des militaires.

II. Par une requête n° 2104811 et un mémoire, enregistrés les 11 août 2021 et 22 juin 2022, M. B A, représenté par Me Gaudré Cœur-Uni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle la commission des recours des militaires a rejeté sa demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros au titre du préjudice qu'il estime avoir subi ainsi qu'au versement des intérêts au taux légal afférents aux trois fractions de la prime d'installation en métropole et aux majorations familiales ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts au taux légal afférents à la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 novembre 2016 et jusqu'au 18 novembre 2019 ainsi que la capitalisation des intérêts ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts au taux légal afférents à la deuxième fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 mai 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019 ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts au taux légal afférents à la troisième fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 novembre 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019 ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser une somme globale de 6 602,76 euros correspondant aux majorations familiales des trois fractions de l'indemnité d'installation en métropole assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juin 2017 et jusqu'au 2 juin 2021 ainsi que de la capitalisation des intérêts ;

6°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 novembre 2019 ainsi que de la capitalisation des intérêts en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'indemnité d'installation en métropole est acquise de plein droit sans que le militaire ait à en solliciter le versement ; il devait percevoir trois fractions de cette indemnité les 2 novembre 2016, 2 mai et 2 novembre 2017, à hauteur respective de 5 869,16 et 6 081,84 euros ; jusqu'à la fin du mois de mars 2020, il n'a pas perçu la première fraction de l'indemnité, et les deux autres fractions lui ont été versées en août 2019 ; il a droit aux intérêts au taux légal afférents à la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 novembre 2016 et jusqu'au 18 novembre 2019, à la deuxième fraction de cette indemnité à compter du 2 mai 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019, et à la troisième fraction de la même indemnité à compter du 2 novembre 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019, ainsi qu'à la capitalisation des intérêts ;

- il a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme due au titre des majorations familiales à compter du 10 juin 2017 et jusqu'au 2 juin 2021 ainsi que de la capitalisation des intérêts ;

- le retard et le défaut de paiement des indemnités qui lui sont dues constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- il a subi un trouble dans ses conditions d'existence à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au versement des intérêts au taux légal afférent aux sommes dues au titre de l'indemnité d'installation en métropole dès lors qu'une telle demande a été acceptée par une décision du 2 juin 2021 ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au versement des intérêts au taux légal afférents aux sommes dues au titre des majorations familiales de l'indemnité d'installation en métropole dès lors qu'une telle demande a été acceptée par une décision du 2 juin 2021 ;

- M. A n'a pas fourni les éléments permettant de vérifier que le centre de ses intérêts matériels et moraux se trouvaient en Guyane avant le mois de juin 2019, alors qu'il aurait dû le faire avant sa prise de fonctions en métropole ou peu de temps après son arrivée ; s'agissant des majorations familiales, M. A s'est déclaré célibataire lors de la signature de son contrat d'engagement ; il n'a apporté aucune preuve de ce que ses filles étaient à sa charge au sens de la législation sur les prestations familiales ; il a apporté des preuves de l'arrivée de sa famille en métropole au stade du recours introduit devant la commission des recours des militaires.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le décret n° 50-1258 du 6 octobre 1950 ;

- le décret n° 2001-1225 du 20 décembre 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion de son recrutement par un contrat de cinq ans pour servir au 1er régiment du train parachutiste à Cugnaux (Haute-Garonne) à compter du 2 juin 2016, M. A a effectué un déménagement de la Guyane vers la métropole. Sur sa solde du mois d'août 2019, l'intéressé a perçu deux fois la somme de 5 869,16 euros correspondant aux deuxième et troisième fractions de l'indemnité d'installation en métropole. Par un courrier du 8 novembre 2019 qu'il a adressé à la ministre des armées, il a sollicité le versement d'une somme de 12 471,96 euros au titre de l'indemnité d'installation en métropole et des majorations familiales ainsi que d'une somme de 5 000 euros au titre du préjudice qu'il estime avoir subi. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. Sur sa solde du mois de mars 2020, M. A a perçu la somme de 5 689,17 euros correspondant à la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole. Par un courrier du 4 mai 2020, il a saisi la commission des recours des militaires d'un recours dirigé contre la décision par laquelle la ministre des armées a rejeté implicitement sa demande du 8 novembre 2019. Par une décision du 2 juin 2021, la commission des recours des militaires a décidé de verser à M. A les sommes de 445,36 euros au titre des deuxième et troisième fractions de l'indemnité d'installation en métropole et de 3 610,56 euros au titre des majorations familiales assorties des intérêts au taux légal à compter du 19 novembre 2019 ainsi que les intérêts au taux légal afférents à la somme versée au titre de la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter la même date. M. A demande, par les présentes requêtes, l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros au titre du préjudice qu'il estime avoir subi.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2100753 et 2104811 présentées pour M. A sont dirigées contre la même décision, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur les exceptions de non-lieu à statuer :

3. En premier lieu, la ministre des armées fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable introduit par M. A le 8 novembre 2019 devant la commission des recours des militaires dès lors qu'une réponse explicite à ce recours est intervenue en cours d'instance le 2 juin 2021. Or il résulte du dernier état des écritures de M. A que l'intéressé demande l'annulation la décision prise le 2 juin 2021. Par suite, il y a lieu d'écarter cette première fin de non-recevoir.

4. En deuxième lieu, selon l'article 7 ter du décret du 6 octobre 1950 fixant, à compter du 1er janvier 1950, le régime de solde et d'indemnités des militaires entretenus au compte du budget de la France et d'outre-mer dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique et de la Réunion, dans sa version applicable à la date à laquelle M. A a été recruté : " Sous réserve des dispositions du dernier alinéa du présent article, les militaires à solde mensuelle et à solde spéciale progressive précédemment domiciliés dans l'un des départements d'outre-mer qui reçoivent une affectation dans l'un des départements de la métropole peuvent prétendre à une indemnité d'installation non renouvelable, assortie, le cas échéant, des majorations familiales de cette indemnité, dans les conditions et aux taux visés pour les fonctionnaires civils de l'Etat se trouvant dans le même cas à la même date. ". Aux termes de l'article 1 du décret du 20 décembre 2001 portant création d'une prime spécifique d'installation : " Il est institué une prime spécifique d'installation pour les fonctionnaires de l'Etat et les magistrats, titulaires ou stagiaires, affectés dans un département d'outre-mer ou à Mayotte, qui reçoivent une première affectation en métropole à la suite d'une mutation ou d'une promotion, s'ils y accomplissent une durée minimale de quatre années consécutives de services. / Cette prime spécifique d'installation est également versée aux fonctionnaires dont la résidence familiale se situe dans un département d'outre-mer ou à Mayotte et qui sont affectés en métropole à la suite de leur entrée dans l'administration, s'ils y accomplissent une durée minimale de quatre années consécutives de services. ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " Le montant de la prime spécifique d'installation est égal à 12 mois du traitement indiciaire de base de l'agent. / La prime est payable en trois fractions égales : / - la première lors de l'installation du fonctionnaire dans son nouveau poste ; / - la deuxième au début de la troisième année de service ; / - la troisième au bout de quatre ans de services. / Le taux de chacune des fractions est égal à quatre mois du traitement indiciaire de base de l'agent. Le traitement indiciaire de base à considérer est celui perçu par le fonctionnaire à la date à laquelle chaque fraction devient payable. ". Et selon son article 4 : " Chacune des trois fractions de la prime spécifique d'installation est majorée de 10 % pour le conjoint, le concubin ou le partenaire d'un pacte civil de solidarité et de 5 % par enfant à charge au sens de la législation sur les prestations familiales. / Le paiement de ces majorations ne peut intervenir avant l'arrivée des membres de la famille y ouvrant droit et son montant s'apprécie en fonction de la composition de la famille au moment du versement. Dans le cas d'une arrivée des membres de la famille postérieure à celle du fonctionnaire ou du magistrat, le versement de cette majoration est effectué à l'occasion du paiement de la deuxième fraction. ".

5. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. ". Les intérêts moratoires dus en application de ces dispositions, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à l'administration.

6. Il résulte des termes de la décision attaquée que les droits de M. A à percevoir la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole et les deux suivantes ont été ouverts respectivement à compter des 2 novembre 2016 et 30 septembre 2018, et que M. A a perçu la première fraction en mars 2020 et les deuxième et troisième fractions en août 2019. M. A ne conteste pas le montant de l'indemnité d'installation en métropole auquel il a droit. Il résulte également des termes de la décision que l'administration reconnaît son retard dans le versement de cette indemnité ainsi qu'un moins-versé égal à 445,36 euros et qu'elle a décidé d'assortir le versement des sommes litigieuses des intérêts au taux légal à compter du 19 novembre 2019, date à laquelle elle a réceptionné la demande de paiement au principal.

7. Il résulte des dispositions citées au point 4 que M. A a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 5 869,17 euros, correspondant à la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole, à compter du 19 novembre 2019, soit la date à laquelle sa demande indemnitaire préalable a été réceptionnée par la ministre des armées, et non à compter du jour où ses droits à percevoir l'indemnité litigieuse ont été ouverts.

8. Il résulte de ces mêmes dispositions que M. A n'a pas droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 11 738,32 euros, correspondant aux deuxième et troisième fractions de l'installation en métropole, dès lors que cette somme lui a été versée au mois d'août 2019, avant la réception par l'administration de sa demande indemnitaire préalable. En revanche et dès lors que l'administration a reconnu un moins-versé des deuxième et troisième fractions de l'indemnité d'installation en métropole à hauteur de 445,36 euros, M. A a droit aux intérêts au taux légal afférents à cette somme à compter du 19 novembre 2019 et jusqu'au 2 juin 2021, date à laquelle la somme de 445,36 euros lui a été allouée.

9. Dès lors que la décision en litige prononce l'octroi des intérêts au taux légal afférents aux sommes dues au titre de l'indemnité d'installation en métropole dans les conditions exposées au point 7, il y a lieu d'accueillir partiellement la deuxième exception de non-lieu à statuer opposée en défense et de se prononcer uniquement sur la capitalisation des intérêts.

10. En dernier lieu, l'article 4 du décret du 20 décembre 2001 portant création d'une prime spécifique d'installation dispose que : " Chacune des trois fractions de la prime spécifique d'installation est majorée de 10 % pour le conjoint, le concubin ou le partenaire d'un pacte civil de solidarité et de 5 % par enfant à charge au sens de la législation sur les prestations familiales. / Le paiement de ces majorations ne peut intervenir avant l'arrivée des membres de la famille y ouvrant droit et son montant s'apprécie en fonction de la composition de la famille au moment du versement. Dans le cas d'une arrivée des membres de la famille postérieure à celle du fonctionnaire ou du magistrat, le versement de cette majoration est effectué à l'occasion du paiement de la deuxième fraction. ".

11. Si M. A invoque, au soutien de sa demande relative aux majorations familiales de l'indemnité d'installation en métropole, l'article 7 ter du décret du 6 octobre 1950 cité au point 3 du jugement, il résulte toutefois de l'instruction que ces dispositions n'étaient pas applicables à la date de son recrutement dans l'armée. Par conséquent, et étant précisé que les majorations familiales sont calculées sur la base de l'indemnité d'installation en métropole, dont M. A n'a pas contesté le montant, la ministre des armées était fondée à appliquer un taux de 10 % sur les sommes de 5 689,17 et 6 081,84 euros dues au titre de l'indemnité d'installation en métropole afin de calculer les majorations familiales pour la conjointe de M. A. Elle était également fondée à appliquer un taux de 5 % sur ces mêmes sommes afin de calculer les majorations familiales pour chacun des deux enfants de M. A. Dès lors et comme l'indique la décision attaquée, le montant de ces majorations est égal à 3 610,56 euros.

12. Il résulte des dispositions citées au point 4 que M. A a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 3 610,56 euros, correspondant aux majorations familiales de l'indemnité d'installation en métropole, à compter du 19 novembre 2019, pour les raisons exposées au point 6, et non à compter des 10 juin et 2 novembre 2017.

13. Dès lors que la décision en litige prononce l'octroi des intérêts au taux légal afférents aux sommes dues au titre des majorations familiales de l'indemnité d'installation en métropole dans les conditions exposées au point 11, il y a lieu d'accueillir partiellement la troisième exception de non-lieu à statuer et de se prononcer uniquement sur la capitalisation des intérêts.

Sur la capitalisation des intérêts :

14. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière.

15. En ce qui concerne la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole, M. A, qui a demandé la capitalisation des intérêts dans sa requête du 11 février 2021, n'y a toutefois pas droit dès lors qu'une année d'intérêts n'était pas due entre le 19 novembre 2019, date à laquelle l'administration a réceptionné sa demande indemnitaire préalable, et le mois de mars 2020, date à laquelle il a effectivement perçu cette première fraction.

16. En ce qui concerne les deuxième et troisième fractions de l'indemnité d'installation en métropole, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 19 novembre 2019 uniquement en ce qui concerne la somme de 445,36 euros, et à la capitalisation des intérêts à compter du 19 novembre 2020, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, étant précisé sur ce point que l'administration a reconnu l'existence d'un moins-versé relatif aux deuxième et troisième fractions de l'indemnité.

17. En ce qui concerne les majorations familiales de l'indemnité d'installation en métropole, M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 19 novembre 2019 et à la capitalisation des intérêts à compter du 19 novembre 2020, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle, étant précisé que l'intéressé a perçu les sommes litigieuses aux mois de décembre 2021 et janvier 2022.

Sur la responsabilité pour faute de l'Etat :

18. Il résulte de l'instruction, et notamment des écritures en défense et des termes de la décision attaquée, que la ministre des armées a versé avec retard les sommes dues au requérant au titre de l'indemnité d'installation en métropole et des majorations familiales afférentes. Dès lors que ce retard de paiement constitue une faute, la responsabilité de l'Etat est susceptible d'être engagée sur ce fondement.

19. M. A invoque un préjudice tiré des troubles dans ses conditions d'existence, dès lors qu'il aurait été contraint de différer l'arrivée de sa famille en métropole et qu'il aurait rencontré des difficultés financières. S'il produit ses relevés de compte pour la période comprise entre novembre 2016 et mars 2017, une attestation de sa conjointe faisant état des difficultés financières provoquées par " la mauvaise gestion du dossier ", une attestation dans laquelle sa mère indique l'avoir aidé financièrement à son arrivée en métropole, ainsi que " d'informations complémentaires " sur un crédit, aucune de ces pièces ne permet d'établir le caractère certain du préjudice invoqué.

20. Dès lors que les conditions d'engagement de la responsabilité pour faute de l'Etat ne sont pas réunies, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la cause exonératoire de responsabilité invoquée en défense.

Sur les frais liés à l'instance :

21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 juin 2021 est annulée en tant seulement qu'elle ne se prononce pas sur la demande de capitalisation des intérêts formée par M. A.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à verser à M. A les intérêts au taux légal afférents à la première fraction de l'indemnité d'installation en métropole à compter du 2 novembre 2016 et jusqu'au 18 novembre 2019, les intérêts au taux légal afférents à la deuxième fraction de la même indemnité à compter du 2 mai 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019, les intérêts au taux légal afférents à la troisième fraction de ladite indemnité à compter du 2 novembre 2017 et jusqu'au 31 juillet 2019, ainsi qu'une somme globale de 6 602,76 euros correspondant aux majorations familiales des trois fractions de l'indemnité d'installation en métropole assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juin 2017 et jusqu'au 2 juin 2021 ainsi que de la capitalisation des intérêts.

Article 3 : M. A a droit à la capitalisation des intérêts au taux légal afférents aux sommes de 445,36 euros et 3 610,56 euros à compter du 19 novembre 2020 ainsi qu'à chaque échéance annuelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2100753, 2104811

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01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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