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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100801

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100801

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100801
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSABATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire en production de pièces et un mémoire, enregistrés le 12 février 2021 et le 22 juin 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Gutierrez, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier universitaire de Toulouse à lui verser :

- une somme de 679,48 euros brut au titre des rappels de l'indemnité spécifique pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants, ainsi qu'une somme de 4 699,80 euros en réparation du préjudice financier résultant de l'absence de perception de cette prime dans son intégralité durant toute sa carrière ;

- une somme de 1 000 euros brut au titre de la prime COVID + majorée ;

- une somme de 1 475 euros bruts au titre des rappels de l'indemnité forfaitaire de risque qu'il aurait dû percevoir à compter du mois de juillet 2019 sur le fondement de l'article 1er du décret n° 92-6 du 2 janvier 1992, ainsi qu'une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral et financier résultant du refus du centre hospitalier universitaire de lui verser cette indemnité ;

- une somme de 35 000 euros au titre du préjudice moral lié à l'accident reconnu imputable au service dont il a été victime le 12 juillet 2017 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale afin de déterminer l'ensemble des préjudices qu'il a subis en raison de l'accident reconnu imputable au service dont il a été victime le 12 juillet 2017 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de rejeter les conclusions du centre hospitalier universitaire de Toulouse tendant à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à sa charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il remplit les conditions pour pouvoir bénéficier de l'indemnité spécifique pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants à hauteur de 31,15 euros par mois sur le fondement des dispositions du décret n° 67-624 du 23 juillet 1967 et des arrêtés du 18 mars 1981 et du 30 août 2021 ; il peut prétendre à un rappel depuis le début de sa carrière, soit 1999 ;

- il remplit les conditions pour pouvoir bénéficier de l'indemnité forfaitaire pour risque sur le fondement des dispositions des articles 1er et 2 du décret n° 92-6 du 2 janvier 1992 modifié ;

- il peut prétendre au bénéfice de la prime COVID majorée sur le fondement des dispositions du décret n° 2020-570 dès lors qu'il a étroitement participé à la gestion de la crise COVID ; des agents travaillant dans d'autres services moins exposés que le sien ont perçu l'intégralité de la prime ;

- il a été victime d'un accident de travail le 12 juillet 2017 en raison de l'attitude déplacée et de la violence verbale dont a fait preuve à son endroit un médecin du centre hospitalier ; cet accident a été reconnu imputable au service par décision du 8 février 2019 ; il est fondé à obtenir réparation du préjudice moral résultant de cet accident qui a eu des répercussions importantes sur son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant au versement des rappels de l'indemnité spécifique pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants et du complément de l'indemnité forfaitaire de risque sont irrecevables ;

- les conclusions tendant à l'indemnisation de son préjudice moral sont irrecevables ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 30 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 décembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 67-624 du 23 juillet 1967 ;

- le décret n° 92-6 du 2 janvier 1992 ;

- le décret n° 2019-680 du 28 juin 2019 ;

- le décret n° 2019-1343 du 11 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-568 du 14 mai 2020 ;

- le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan, rapporteure,

- les conclusions de Mme Laury Michel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gutierrez, représentant M. A, et, de Me Sabatté représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Une note en délibéré présentée pour le centre hospitalier universitaire de Toulouse a été enregistrée le 29 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse à compter de 1999 en qualité de manipulateur d'électroradiologie médicale. Le 9 octobre 2020, il a formulé une réclamation préalable auprès de son employeur afin d'obtenir le versement de rappels correspondant à l'indemnité forfaitaire de risque, à la prime COVID + majorée et à l'indemnité spécifique pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants, ainsi que d'une somme de 35 000 euros en réparation du préjudice moral résultant de l'accident déclaré imputable au service survenu le 12 juillet 2017. Par la présente requête, M. A demande que le CHU soit condamné à lui verser l'ensemble de ces sommes, et, à titre subsidiaire, qu'une expertise médicale soit ordonnée afin d'évaluer les différents préjudices consécutivement à l'accident reconnu imputable au service dont il a été victime le 12 juillet 2017.

Sur les conclusions relatives aux rappels de primes et indemnités :

En ce qui concerne l'indemnité spécifique pour travaux dangereux, insalubres incommodes ou salissants :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 23 juillet 1967 fixant les modalités d'attribution et les taux des indemnités pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants : " Des indemnités spécifiques peuvent être allouées à certains personnels chargés d'effectuer des travaux pour l'exécution desquels des risques ou des incommodités subsistent malgré les précautions prises et les mesures de protection adoptées. Ces indemnités spécifiques sont classées en trois catégories : / 1ère catégorie : indemnités spécifiques pour des travaux présentant des risques d'accidents corporels ou de lésions organiques () ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Les indemnités spécifiques pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants ne sont pas cumulables entre elles, ni avec les indemnités de risques et de sujétions spéciales. / Toutefois les bénéficiaires d'une indemnité de risques et de sujétions spéciales appelés à effectuer des travaux ouvrant droit à une indemnité spécifique de 1er catégorie servie a raison d'au moins un taux de base par demi-journée peuvent prétendre pour chacun de ces travaux à l'indemnité spécifique correspondante dont le taux est alors réduit de moitié. ". Aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 18 mars 1981 relatif aux primes et indemnités du personnel relevant du livre IX du code de la santé publique : " () Des indemnités spécifiques sont allouées aux agents chargés d'effectuer des travaux pour l'exécution desquels des risques ou des incommodités subsistent malgré les précautions prises et les mesures de protection adoptées. / Les travaux ouvrant droit aux indemnités spécifiques sont rangés dans les trois catégories ci-après : / 1re catégorie : travaux présentant des risques d'accidents corporels ou de lésions organiques () / Il ne peut être attribué plus d'un taux de base par demi-journée de travail effectif, sauf pour les indemnités de 1ère catégorie pour lesquelles il ne peut être alloué plus de deux taux de base par demi-journée de travail effectif. / La classification des travaux ouvrant droit aux indemnités spécifiques ainsi que le nombre ou la fraction de taux de base qu'il convient d'allouer par demi-journée de travail effectif sont déterminés par le tableau figurant à l'annexe II.B du présent arrêté. / Ces indemnités ne sont pas cumulables entre elles ni avec l'indemnité définie à l'article 9 ci-après, ni avec les indemnités suivantes : / - indemnité allouée aux personnels effectuant des toilettes mortuaires ou des mises en bière ; / - indemnité susceptible d'être allouée au personnel relevant du livre IX du code de la santé publique aidant aux autopsies. ". Au titre de l'indemnité de première catégorie, figure notamment dans le tableau inclus à l'annexe II.B de l'arrêté : " l'affectation dans les services d'électroradiologie ou de radiothérapie " et ce pour un taux de base de 3/4 par demi-journée de travail effectif.

3. Il résulte de ces dispositions que les agents affectés dans les services d'électroradiologie peuvent prétendre au bénéfice de cette indemnité spécifique pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants, pour un taux de 3/4 par demi -journée de travail effectif. Toutefois, l'article 4 du décret prévoit que les agents qui perçoivent la prime de risque et de sujétions spéciales en sont exclus, sauf s'ils effectuent des travaux classés en première catégorie dont le taux de base est de " un " par demi-journée. Dans ce dernier cas, ils peuvent prétendre à cette indemnité spécifique, à un taux réduit de moitié.

4. M. A exerce les fonctions de manipulateur d'électroradiologie médicale. Il ressort de ses bulletins de paie qu'il perçoit, outre l'indemnité forfaitaire de risque et l'indemnité de sujétions spéciales, une " indemnité d'insalubrité " alors que les travaux d'électroradiologie ou de radiothérapie sont classés en première catégorie avec un taux de base de 3/4, et non " un ", par demi-journée. Par conséquent, et alors qu'il ne peut prétendre au bénéfice de l'indemnité litigieuse, il n'est pas fondé à soutenir que le CHU de Toulouse aurait dû la lui verser à un taux de 3/4 par demi-journée de travail et qu'un préjudice financier résulterait de ce qu'il ne l'a pas perçue en totalité.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de risque :

5. Aux termes de l'article 1er du décret n° 92-6 du 2 janvier 1992 portant attribution d'une indemnité forfaitaire de risque à certains agents de la fonction publique hospitalière, modifié par le décret n° 2019-1343 du 11 décembre 2019 : " Une indemnité forfaitaire de risque est attribuée aux agents réalisant au moins la moitié de leur temps de travail : / 1° Dans les services de soins de l'établissement d'hospitalisation public national de Fresnes, accueillant des personnes incarcérées ; / 2° Dans les services médico-psychologiques régionaux ; / 3° Dans les unités pour malades difficiles ; / 4° Dans les structures implantées dans les établissements pénitentiaires mentionnées au premier alinéa de l'article R6111-30 du code de la santé publique ; / 5° Dans les structures implantées dans les établissements de santé figurant sur la liste établie par arrêté interministériel pris pour l'application de l'article R. 6112-26 (2°, b) du code de la santé publique ; / 6° Dans les unités spécialement aménagées mentionnées à l'article L. 3214-1 du code de la santé publique. / 7° Dans les structures de médecine d'urgence mentionnées au 2° et au 3° de l'article R. 6123-1 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " () Pour les agents exerçant dans plusieurs structures, le montant de l'indemnité forfaitaire de risque est calculé au prorata du temps accompli dans l'une des structures mentionnées à l'article 1er. ". Et aux termes de l'article R. 6123-1 du code de la santé publique : " L'exercice par un établissement de santé de l'activité de soins de médecine d'urgence mentionnée au 14° de l'article R. 6122-25 est autorisé selon une ou plusieurs des trois modalités suivantes : / 1° La régulation des appels adressés au service d'aide médicale urgente mentionné à l'article L. 6311-2 ; / 2° La prise en charge des patients par la structure mobile d'urgence et de réanimation, appelée SMUR, ou la structure mobile d'urgence et de réanimation spécialisée dans la prise en charge et le transport sanitaire d'urgence des enfants, y compris les nouveau-nés et les nourrissons, appelée SMUR pédiatrique ; / 3° La prise en charge des patients accueillis dans la structure des urgences ou dans la structure des urgences pédiatriques. / L'autorisation donnée par l'agence régionale de santé précise la ou les modalités d'exercice de l'activité autorisée. "

6. M. A, qui est affecté pour la totalité de son temps de travail au sein du service d'imagerie médicale du CHU de Toulouse, soutient qu'il doit être regardé, compte tenu des modalités d'exercice de son activité dans ce service, comme réalisant au moins la moitié de son temps de travail dans une structure de médecine d'urgence mentionnée aux 2° et 3° de l'article R. 6123-1 du code de la santé publique, au sens des dispositions précitées du 7° de l'article 1er du décret du 2 janvier 1992. Il fait valoir à cet égard qu'il prend en charge, à hauteur de plus 85 % de son temps de travail, des patients accueillis dans la structure des urgences pédiatriques, que le service de l'imagerie médicale fonctionne de jour comme de nuit, tous les jours de la semaine, sans interruption, aux seuls fins d'être en mesure de prendre en charge les patients suivis dans la structure des urgences pédiatriques, dès lors que les patients " programmés " ne sont accueillis qu'entre 8h00 et 16h00, du lundi au vendredi, et que dans la mesure où il est affecté pour la totalité de son temps de travail au service d'imagerie médicale, il doit être regardé, à hauteur de ce temps de travail, comme exerçant son activité au sein d'une structure de médecine d'urgence telle que visée par le 7° de l'article 1er du décret du 2 janvier 1992.

7. Il résulte toutefois des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 2 janvier 1992 que l'indemnité forfaitaire de risque qu'elles prévoient ne peut être attribuée qu'aux agents réalisant au moins la moitié de leur temps de travail dans des structures, unités et services limitativement énumérés et, plus particulièrement, dans des structures, unités et services qui, soit sont implantés dans un établissement pénitentiaire, soit reçoivent des détenus, des personnes incarcérées ou des malades difficiles, soit enfin sont des structures de médecine d'urgence mentionnées au 2° et au 3° de l'article R. 6123-1 du code de la santé publique, c'est-à-dire des structures mobiles d'urgence et de réanimation, appelées SMUR, des structures mobiles d'urgence et de réanimation spécialisées dans la prise en charge et le transport sanitaire d'urgence des enfants, y compris les nouveau-nés et les nourrissons, appelées SMUR pédiatriques ou, enfin, des structures des urgences ou des urgences pédiatriques. Il en résulte que les personnels concernés sont ceux qui travaillent dans un environnement professionnel spécifique, limitativement et précisément défini.

8. Au cas présent, il n'est pas contesté que M. A exerce plus de la moitié de son temps de travail auprès de patients qui sont accueillis et suivis dans la structure des urgences pédiatriques du CHU de Toulouse, et que les modalités de fonctionnement du service de l'imagerie médicale dans lequel il travaille ont été fixées en conséquence de cette circonstance, s'agissant notamment de son fonctionnement en continu, de jour comme de nuit, tous les jours de l'année. Toutefois, le service de l'imagerie médicale du CHU n'est pas, en tant que tel, une structure de médecine d'urgence telle que mentionnée au 2° et au 3° de l'article R. 6123-1 du code de la santé publique dès lors que l'exercice de son activité n'est pas autorisé dans les conditions prévues par l'article L. 6122-1 du code de la santé publique. Ce service est par ailleurs situé au 1er étage du bâtiment et n'est donc pas intégré dans la structure des urgences pédiatriques, qui se trouve au rez-de-chaussée. Par voie de conséquence, et dès lors que l'environnement et les conditions de travail dans ce service ne sont pas celles d'une structure des urgences, ledit service ne peut pas davantage être assimilé à une telle structure du seul fait qu'une large part du temps de travail des agents qui y sont affectés est dédiée à la prise en charge de patients accueillis et suivis dans la structure des urgences pédiatriques et que ses modalités de fonctionnement ont été définies de manière à assurer cette prise en charge en continu tout au long de l'année. M. A ne peut en outre utilement se prévaloir des dispositions de l'article D. 6124-24 du code de la santé publique qui, si elles imposent aux centres hospitaliers d'organiser la permanence des soins pour les patients pris en charge par la structure des urgences et leur accès aux services d'imagerie médicale et de biologie médicale, n'ont ni pour objet ni pour effet de conférer auxdits services la qualification de structure des urgences au sens des dispositions précitées du 7° de l'article 1er du décret du 2 janvier 1992. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les articles 1er et 2 du décret du 11 décembre 2019.

9. Par ailleurs, la circonstance que le CHU de Toulouse a décidé d'attribuer aux manipulateurs d'électroradiologie médicale le bénéfice de cette indemnité forfaitaire de risque à hauteur de 50 % de son montant ne crée aucun droit, au profit des intéressés, à percevoir la totalité du montant de cette indemnité.

10. M. A soutient enfin que deux de ses collègues qui sont affectés, l'un à l'unité fonctionnelle " radio convent urgences P " et l'autre à l'unité fonctionnelle " radio convent HE ", perçoivent l'indemnité forfaitaire de risque et que le refus de la lui accorder dans son intégralité méconnaît le principe d'égalité de traitement entre les agents. Toutefois, et alors que, comme il a été dit, pour être éligible au versement de l'indemnité en cause l'agent doit exercer au moins la moitié de son temps de travail dans une structure, une unité ou un service limitativement énuméré par l'article 1er du décret du 2 janvier 1992, M. A n'établit ni même n'allègue qu'il serait placé dans une situation équivalente à celle des deux agents qu'il mentionne.

En ce qui concerne la prime majorée COVID + :

11. M. A, agent titulaire de la fonction publique hospitalière, ne peut utilement se prévaloir des dispositions du décret n° 2020-570 qui sont applicables aux agents civils et militaires de la fonction publique de l'Etat et de la fonction publique territoriale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du décret n° 2020-570 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les demandes de M. A tendant à ce que le CHU de Toulouse soit condamné à lui verser des rappels de salaire au titre de l'indemnité spécifique pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants, de l'indemnité forfaitaire de risque et de la prime COVID + majorée, ainsi qu'une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral et financier résultant du refus du centre hospitalier universitaire de lui verser lesdits rappels, doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires portant sur l'indemnisation du préjudice moral résultant de l'accident du 12 juillet 2017 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse :

13. Le CHU de Toulouse fait valoir que ces conclusions indemnitaires sont irrecevables en raison de l'absence de précision quant à la nature du préjudice dont il sollicite ainsi la réparation. Toutefois, il résulte de l'instruction que, par une lettre du 9 octobre 2020 dont le CHU a accusé réception le 15 octobre suivant, M. A a expressément sollicité " une indemnisation du préjudice moral occasionné " par l'accident survenu le 12 juillet 2017 et reconnu imputable au service, en raison des répercussions occasionnées par cet accident sur son état de santé. Par suite, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute du centre hospitalier :

14. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, le II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 et les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font cependant pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

15. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 8 février 2019, le CHU de Toulouse a reconnu l'imputabilité au service de l'accident de service survenu le 12 juillet 2017. Par suite, et alors même que le CHU n'aurait commis aucune faute, M. A est fondé à demander qu'il soit condamné à l'indemniser au titre des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément consécutifs à cet accident de service.

16. M. A fait valoir qu'il a subi un préjudice moral lié à cet accident, dès lors que depuis cet évènement, et alors qu'il ne présentait aucun état antérieur, son état de santé s'est dégradé. A cet égard, il produit plusieurs certificats médicaux qui attestent qu'il souffre d'un " syndrome anxieux ", " d'un syndrome anxiodepressif réactionnel larvé très délétère ", " qu'il a du mal à gérer ses émotions " et qu'il suit un traitement anxiolitique et antidépresseur. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice moral en l'indemnisant à hauteur de 1 500 euros.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire droit, qu'il y a lieu de condamner le CHU de Toulouse, à verser à M. A une somme totale de 1 500 euros au titre du préjudice moral consécutif à l'accident de service survenu le 12 juillet 2017.

Sur les frais liés au litige :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHU de Toulouse est condamné à verser à M. A une somme de 1 500 euros au titre du préjudice moral ayant résulté de l'accident de service survenu le 12 juillet 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du CHU de Toulouse présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

C. PEAN

La présidente,

S. CHERRIER La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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