mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100807 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BELLINZONA FREDERIQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 février 2021 et le 28 avril 2022, Mme D B, représentée par Me Bellinzona, demande au tribunal :
1°) de condamner le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac à lui payer une somme de 15 000 euros en réparation de l'ensemble des préjudices résultant des fautes qu'il a commises ;
2°) de condamner le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac à lui payer une somme de 615,79 euros au titre des rémunérations qui lui sont dues ;
3°) d'enjoindre au syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac de lui notifier les différents arrêtés de positionnement administratifs, ainsi que ses contrats de travail et avenants régularisés ;
4°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en raison de l'illégalité de l'avenant à son contrat en date du 11 février 2019 ;
- la responsabilité du syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac est engagée dès lors qu'il a manqué à son obligation de protection de sa sécurité ;
- la responsabilité du syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac est engagée en raison de la mauvaise volonté dont il a fait preuve dans la gestion de son dossier depuis son placement en arrêt de grave maladie à compter du 24 mai 2019 ;
- le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'elle est victime d'un harcèlement moral résultant du comportement tant de sa collègue de travail que de son employeur en raison des accusations de vol faites à son encontre ;
- elle a subi un préjudice de perte de revenus d'un montant de 615,73 euros ;
- elle a également subi une perte de chance d'évolution professionnelle et de droits à pension de retraite ;
- son préjudice moral et les troubles dans les conditions de l'existence doivent être réparés à hauteur de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2022 et un mémoire non communiqué du 19 août 2022, le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac, représenté par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'injonction, qui ne sont pas le prolongement de la demande principale d'indemnisation, relèvent d'une demande distincte et sont irrecevables ;
- aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 17 juillet 2022 la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le décret n° 91-298 du 20 mars 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lequeux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,
- et les observations de Me Herrmann, représentant le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par le syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) scolaire des communes de Crayssac-Caillac en qualité d'agent technique pour assurer la surveillance et le service de la cantine, la garderie et le ménage en vertu d'un contrat à durée déterminée du 1er septembre 2003 à temps non complet, régulièrement renouvelé jusqu'à son recrutement, puis par un contrat à durée indéterminée, sur les mêmes fonctions, pour satisfaire à un besoin permanent, à compter du 13 mars 2012. Le 12 octobre 2018, elle a été convoquée par trois élus du SIVU et accusée, d'une part, de ne pas servir la nourriture en quantité suffisante aux enfants et, d'autre part, de vol de nourriture. Elle a déposé plainte le lendemain contre ces trois élus pour harcèlement et dénonciation calomnieuse et, informée de ce que l'accusation vient de sa collègue qui assure les mêmes fonctions, elle a également déposé plainte contre celle-ci le 13 novembre 2018 pour les mêmes faits. Une procédure disciplinaire a été engagée par le SIVU à l'encontre de la collègue de Mme B, qui a reconnu les faits qui lui étaient reprochés et, de même, Mme B, accusée par sa collègue, a fait l'objet de poursuites disciplinaires. Le conseil de discipline réuni le 7 mars 2019 a rendu un avis au terme duquel la matérialité des faits n'était pas établie et aucune sanction disciplinaire n'a été prononcée à l'encontre de Mme B. Sa collègue également poursuivie et qui a reconnu les faits, n'a pas davantage été sanctionnée. Mme B a ensuite été placée en congé de maladie en raison d'un syndrome dépressif en lien avec une souffrance au travail à compter du 24 mars 2019. Le comité médical, réuni le 14 janvier 2020, a rendu un avis favorable à une prise en charge de ses arrêts de travail au titre de la grave maladie, avis renouvelé les 9 juin 2020, 10 novembre 2020, 11 mai 2021 et 16 novembre 2021. N'obtenant ni décision relative à sa position administrative, ni traitement, ni indemnités journalières, Mme B a sollicité la régularisation de sa situation le 3 mars 2020. Face au silence gardé par le SIVU, elle a saisi son employeur d'une demande indemnitaire préalable du 13 octobre 2020, notifiée le 15 octobre 2020, et entend rechercher sa responsabilité pour obtenir réparation des préjudices causés par les différentes fautes qu'elle lui reproche.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité fondée sur l'illégalité fautive de l'avenant du 11 février 2019 :
2. Aux termes de l'article 3 du décret du 15 février 1988 : " L'agent est recruté par contrat. Le contrat mentionne la disposition législative sur le fondement de laquelle il est établi. Lorsqu'il est conclu sur le fondement des articles L. 332-8, L. 332-23 ou L. 332-24 du code général de la fonction publique, il précise en outre l'alinéa en vertu duquel il est établi. / Le contrat précise l'identité des parties, l'adresse de l'agent et de l'employeur, sa date d'effet, sa durée, l'emploi occupé, la catégorie hiérarchique dont l'emploi relève, telle qu'elle est définie à l'article L. 411-2 du même code. Il mentionne aussi le ou les lieux d'exercice des fonctions ou, à défaut de lieu fixe ou principal, l'indication selon laquelle les fonctions sont exercées sur plusieurs lieux ainsi que, lorsque les fonctions sont exercées à l'étranger, la mention du ou des Etats où elles sont assurées. / Ce contrat précise également les conditions d'emploi ainsi que les droits et obligations de l'agent. Il mentionne en outre le montant de sa rémunération, en précisant chacun de ses éléments constitutifs, sa périodicité ainsi que ses modalités de versement. / () " L'article 39-4 du décret du même texte dispose que " En cas de transformation du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent contractuel sur un emploi permanent conformément à l'article L. 332-8 du code général de la fonction publique ou sur un contrat de projet, l'autorité peut proposer la modification d'un élément substantiel du contrat de travail tel que notamment la quotité de temps de travail de l'agent, ou un changement de son lieu de travail. Elle peut proposer dans les mêmes conditions une modification des fonctions de l'agent, sous réserve que celle-ci soit compatible avec la qualification professionnelle de l'agent. Lorsqu'une telle modification est envisagée, la proposition est adressée à l'agent par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. / Cette lettre informe l'agent qu'il dispose d'un mois à compter de sa réception pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation et l'informe des conséquences de son silence. /A défaut de réponse dans le délai d'un mois, l'agent est réputé avoir refusé la modification proposée ".
3. Contrairement à ce que soutient Mme B, l'avenant du 11 février 2019, par lequel son employeur a réduit son temps de travail de 17 h 30 à 15 h 30 hebdomadaires, comporte les mentions suffisantes au regard des dispositions précitées. Il résulte également de l'instruction que cette réduction était motivée par les modifications du rythme scolaire pour l'année scolaire 2018-2019, rythme auquel les missions de la requérante sont liées. En revanche, la signature de cet avenant, qui porte sur un élément substantiel de son contrat, n'a été précédé d'aucun courrier de proposition de cette modification du contrat informant la requérante du délai dont elle disposait pour accepter cette proposition et des conséquences éventuelles de son refus conformément à la procédure prévue par les dispositions de l'article 39-4 du décret précité. Mme B est donc fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie en l'absence de respect de cette procédure et que cette méconnaissance de la procédure applicable est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du SIVU. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait souhaité refuser la modification relative à son temps de travail, commandée par la modification des rythmes scolaires et identique à celle qu'elle avait déjà acceptée en 2013. Par suite, aucun préjudice n'en a résulté.
En ce qui concerne la responsabilité fondée sur la mauvaise volonté de son employeur dans la gestion de son dossier :
4. Aux termes de l'article 8 du décret du 15 février 1988 : " L'agent contractuel en activité et comptant au moins trois années de services, atteint d'une affection dûment constatée, le mettant dans l'impossibilité d'exercer son activité, nécessitant un traitement et des soins prolongés et présentant un caractère invalidant et de gravité confirmée bénéficie d'un congé de grave maladie pendant une période maximale de trois ans./ Dans cette situation, l'intéressé conserve l'intégralité de son traitement pendant une durée de douze mois. Le traitement est réduit de moitié pendant les vingt-quatre mois suivants. / En vue de l'octroi de ce congé, l'intéressé est soumis à l'examen d'un spécialiste agréé compétent pour l'affection en cause. La décision d'octroi est prise par le chef de service sur avis émis par le conseil médical saisi du dossier. / () ". Aux termes de l'article 38 du décret du 20 mars 1991 : " Les prestations en espèces ainsi que les pensions d'invalidité versées par la caisse primaire d'assurance maladie viennent selon le cas en déduction ou en complément des sommes allouées par les collectivités ou établissements en application du 2°, premier alinéa, et 5° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 précitée et en application des articles 36 et 37 du présent décret./ La collectivité territoriale ou l'établissement public concerné est subrogé le cas échéant dans les droits éventuels du fonctionnaire au bénéfice de ces prestations ". L'article R. 323-11 du code de la sécurité sociale prévoit que " () / Lorsque, en vertu d'un contrat individuel ou collectif de travail, le salaire est maintenu en totalité ou en partie sous déduction des indemnités journalières, l'employeur qui paie tout ou partie du salaire pendant la période de maladie sans opérer cette déduction peut être subrogé par l'assuré dans ses droits aux indemnités journalières pour la période considérée, à condition que le salaire maintenu au cours de cette période soit au moins égal au montant des indemnités dues pour la même période. / () ".
5. Il résulte de l'instruction que Mme B a été placée en arrêt de travail pour maladie du 15 octobre 2018 au 1er février 2019, puis à compter 24 mai 2019. Si son employeur a saisi le comité médical pour avis, et si celui-ci s'est prononcé en faveur d'une prise en charge de ses arrêts de travail au titre d'un congé de grave maladie et de sa prolongation, il résulte de l'instruction que le seul acte pris par le SIVU afin d'établir la position administrative de Mme B est un courrier daté du 25 juin 2020 validant l'avis du comité médical, avant que n'intervienne en cours d'instance un arrêté du 8 février 2022 plaçant la requérante en congé de grave maladie pour la période du 24 novembre 2021 au 23 mai 2022. Il résulte aussi de l'instruction que Mme B n'a pas perçu de traitement pour les mois de juin et juillet 2019, alors qu'elle pouvait prétendre à un plein traitement, durant la première année de son congé de grave maladie. Il résulte également de l'instruction que Mme B a dû multiplier les démarches tant auprès de l'assurance maladie que de son assureur complémentaire santé pour obtenir les versements des indemnités auxquelles elle avait droit, faute de toute décision administrative régularisant son absence pour maladie. Enfin, la caisse primaire d'assurance maladie a été conduite à mettre un terme à la subrogation du SIVU dans les droits de l'agent en vue de permettre à Mme B de percevoir directement les indemnités journalières d'assurance maladie que son employeur a perçues mais ne lui a pas reversées. Les différentes demandes formulées par la requérante auprès de son employeur à compter du début de l'année 2019 sont ainsi restées sans réponse pendant plus d'un an, y compris et en dernier lieu sa demande indemnitaire préalable adressée le 13 octobre 2020. Le SIVU ne se prévaut d'aucune difficulté permettant de justifier son inaction dans cette affaire, si ce n'est la taille de l'établissement et son manque de moyen, qui ne sauraient être de nature à dégager celui-ci de sa responsabilité s'agissant de la bonne prise en charge administrative et financière d'un agent. Il s'ensuit que Mme B est fondée à soutenir que le comportement du SIVU dans le traitement de son dossier est constitutif d'une résistance abusive et est de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la responsabilité fondée sur la méconnaissance de l'obligation de protection et de sécurité :
6. Aux termes de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurés aux agents publics durant leur travail dans les conditions fixées au titre I du livre VIII ". Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.
7. Il résulte tout d'abord de l'instruction que l'accusation de vol formulée à l'encontre de Mme B par trois élus du SIVU est intervenue après que sa collègue, Mme C, l'ait dénoncée. La requérante soutient à cet égard que les trois élus du SIVU qui se sont ainsi présentés à elle sur son lieu de travail pour l'accuser ont d'emblée indiqué souhaiter être plus fermes avec Mme B qu'avec Mme C au motif, que bien que cette dernière ait reconnu les faits de vols de nourriture, elle est une mère isolée et a la qualité d'agent titulaire contrairement à Mme B, qui a la qualité de contractuelle, affirmations qui ne sont nullement contestées en défense. Mme B a par ailleurs nié les faits et a, dès le lendemain de sa convocation, déposé plainte pour dénonciation calomnieuse. Si le SIVU soutient pour sa part avoir déposé plainte contre l'intéressée pour les faits reprochés, il ne l'établit par aucune pièce. De même, s'il résulte de l'instruction que Mme B a été convoquée devant un conseil de discipline, d'une part, son employeur ne verse à la présente instance aucune pièce susceptible d'être regardée comme un dossier de saisine d'un conseil de discipline pour les faits reprochés à la requérante et il n'a procédé à aucune enquête administrative destinée à éclaircir ou établir ces faits. A cet égard, si le SIVU produit des menus de cantine ainsi que trois attestations établies par des parties prenantes au présent litige, ces pièces ne sauraient établir la réalité des faits de vols qu'il reproche à son agent. De même, le courrier de parents d'élèves de 2008 se plaignant du tarif et de la composition des repas ne saurait avoir pour effet d'établir les faits contestés par Mme B. D'autre part, le conseil de discipline a rendu un avis dans lequel il estimait que la matérialité des faits n'était pas établie, aucune proposition de sanction n'a été formulée par le conseil de discipline et aucune sanction administrative n'a été prononcée. Enfin, au terme de ces procédures n'ayant débouché sur aucune identification claire des faits et des responsabilités, Mme B a été contrainte de reprendre le service aux côtés de la collègue qui l'avait accusée, dans un climat de grande tension accentué par la présence d'une élue chargée de surveiller personnellement son activité. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le SIVU, qui n'a mis en place aucune mesure de protection en dépit de ce climat de tension généralisée né des accusations non corroborées de vol portée à son encontre pouvait entraîner une dégradation de son état de santé et a en conséquence commis une carence fautive.
En ce qui concerne la responsabilité fondée sur le comportement de harcèlement moral imputé à l'administration :
8. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
9. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
10. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 7 du présent jugement que la résistance abusive dont a fait preuve l'employeur de Mme B dans la gestion de son dossier administratif, et le manquement au devoir de protection dont se prévaut Mme B sont établis. En effet, les accusations dont a fait l'objet Mme B, pour des faits de vol de nourriture et de négligence dans l'exercice de ses missions consistant à ne pas donner de quantité de nourriture suffisante aux enfants à la cantine, ne sont pas établis dans la présente procédure et n'ont en tout état de cause donné lieu ni à une enquête administrative susceptible d'éclaircir les faits, ni à une sanction. En revanche, il en a résulté pour Mme B, une première période d'arrêt de travail, une atteinte à sa dignité, ainsi qu'une dégradation de ses conditions de travail lors de sa reprise du travail en raison, d'une part, de relations difficiles avec sa collègue qui était à l'origine des accusations dont elle a fait l'objet, alors que celle-ci a reconnue être coupable de vol mais n'a pas été sanctionnée et, d'autre part, de la présence quotidienne d'une élue chargée de surveiller, uniquement, la requérante. Cette présence quotidienne, dont il résulte clairement des pièces du dossier qu'elle était justifiée par la seule volonté de surveiller Mme B, était explicitement et ostensiblement identifiée comme telle au sein du service et présentait ainsi un caractère vexatoire manifeste qui a été de nature à perturber les conditions de travail de l'intéressée. Mme B a ensuite de nouveau été placée en congé de maladie à compter du 24 mai 2019 en raison d'une dépression liée à sa souffrance au travail. Il résulte tant de ce qui précède que de la mauvaise volonté manifestée par le SIVU dans la gestion de son dossier, qui a conduit à la laisser sans salaire à plusieurs reprises, que Mme B établit des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. En défense le SIVU se borne à affirmer que Mme B s'est rendue coupable de vol et qu'elle ne peut dès lors rechercher sa responsabilité, en raison de ces faits. Il résulte néanmoins de l'instruction, ainsi qu'il a déjà été dit, que si le SIVU l'affirme, il ne l'établit pas, et ne verse au dossier aucun élément susceptible de renverser la présomption ainsi établie par Mme B. Dès lors que les faits établis au contraire par cette dernière résultent d'agissements ayant eu pour effet une dégradation de ses conditions de travail, leur caractère répété est de nature à les faire regarder comme constitutif de harcèlement moral et la responsabilité du SIVU doit être engagée sur ce fondement.
En ce qui concerne la cause exonératoire :
12. L'ensemble des faits imputés par le SIVU à la requérante, à les supposer même établis, ne seraient pas de nature à exonérer le syndicat employeur de sa responsabilité. Par suite, le SIVU n'est, en tout état de cause, pas fondé à se prévaloir du comportement de Mme B pour s'exonérer de sa responsabilité en raison de son manquement à l'obligation de protection de son agent, de la résistance abusive dans la gestion de son dossier et de harcèlement moral.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
13. Si Mme B se prévaut d'une perte de chance de carrière comme agent titulaire ou en contrat de travail à durée indéterminée, ainsi que d'une perte de revenu de 615,73, elle n'établit nullement la réalité de ces préjudices et n'est donc pas fondée à demander une indemnité à ces deux titres.
14. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence de tous ordres subis par Mme B en raison des comportements fautifs résultant du manquement à l'obligation de protection, de la résistance abusive et du harcèlement moral telles qu'ils ont été décrits aux points 5, 7 et 11 du présent jugement, comportements qui l'ont plongée dans une dépression, et ont porté une atteinte à ses droits et à sa dignité, en condamnant le SIVU à verser à Mme B une somme de 10 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. D'une part, par arrêté du 8 février 2022 le SIVU des communes de Crayssac-Caillac a placé Mme B en congé de grave maladie du 24 novembre 2021 au 23 mai 2022 et indique qu'elle a bénéficié d'un congé de grave maladie du 24 mai 2019 au 23 mai 2021. Par suite, son employeur a édicté un arrêté assurant la régularité de la position administrative de la requérante couvrant la période au cours de laquelle elle a été placée en congé de grave maladie en se conformant aux avis du comité médical. Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'injonction présentée par Mme B à cette fin.
16. D'autre part, les conclusions à fin d'injonction en tant qu'elle concerne une régularisation des contrats de travail et avenants sont relatives à un litige distinct du litige principal porté devant le tribunal tendant à la réparation des préjudices subis par Mme B en raison du comportement fautif et des fautes commises par son employeur à son égard. Si pour fonder sa demande, elle se prévaut d'une irrégularité d'un avenant, ses conclusions accessoires portant sur la régularisation de cet avenant, relève d'un litige distinct du litige principal. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal doit être accueillie en tant qu'elle concerne la demande de régularisation des contrats et avenants présentée par Mme B.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction tendant à la notification d'arrêtés de positionnement administratif.
Article 2 : Le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac est condamné à verser la somme de 10 000 euros (dix mille) euros à Mme B.
Article 3 : Le syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac versera à Mme B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au syndicat intercommunal à vocation unique scolaire des communes de Crayssac-Caillac
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lequeux, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La rapporteure,
A. LEQUEUX
Le président,
P. GRIMAUDLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Lot en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef ;
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026