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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101135

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101135

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101135
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSPINELLA - REBOUL - ROUDIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2020559 du 17 février 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de la société A énergies au tribunal administratif de Toulouse, en application de l'article R. 312-11 du code de justice administrative.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 décembre 2020 et 7 février 2022, la société A énergies, représentée par Me de Gérando, demande au tribunal :

1°) de condamner Electricité de France (EDF) à lui verser la somme de 380 261 euros, en application du contrat d'obligation d'achat dont le tarif applicable est le tarif S06 ;

2°) de condamner EDF à lui verser les intérêts moratoires sur cette somme, à compter de la mise en service de l'installation, le 5 décembre 2011, ainsi qu'à la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge d'EDF le paiement de la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- une demande complète de contrat d'achat a été déposée le 12 mai 2009, soit avant la date du 11 janvier 2010 prévue pour le passage du tarif S06 au tarif S10, par exception ;

- EDF énergies nouvelles, filiale d'EDF, s'est irrégulièrement substituée à M. A, qui aurait par conséquent dû pouvoir déposer une demande complète de contrat d'achat en 2009, au tarif S06 ;

- EDF ne justifie pas que le changement de la puissance crête constituerait une modification substantielle de la demande complète de contrat d'achat.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 avril 2021 et 17 février 2022, Electricité de France, représentée par Me Bernard, puis par Me Bordon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société A énergies le paiement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par société A énergies ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'énergie ;

- la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité ;

- le décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 fixant par catégorie d'installations les limites de puissance des installations pouvant bénéficier de l'obligation d'achat d'électricité ;

- le décret n° 2001-410 du 10 mai 2001 ;

- l'arrêté du 10 juillet 2006 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil telles que visées au 3° de l'article 2 du décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 ;

- l'arrêté du 12 janvier 2010 portant abrogation l'arrêté du 10 juillet 2006 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil telles que visées au 3° de l'article 2 du décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 ;

- l'arrêté du 12 janvier 2010 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil telles que visées au 3° de l'article 2 du décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 ;

- l'arrêté du 16 mars 2010 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par certaines installations utilisant l'énergie radiative du soleil telles que visées au 3° de l'article 2 du décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,

- et les observations de Me de Gérando, représentant la société A énergies, et de Me Bordon, représentant Electricité de France.

Considérant ce qui suit :

1. En application d'un contrat signé les 5 et 9 juillet 2013, Electricité de France (EDF) achète à la société A énergies, dont M. A est le gérant, de l'électricité solaire au tarif S10, soit 42 centimes / kwH. Par un courrier du 14 septembre 2020, la société A énergies a demandé à EDF d'appliquer rétroactivement à l'électricité achetée jusqu'au 4 juin 2020 le tarif S06, soit 60,176 centimes / kwH, et de l'indemniser de la différence entre les deux tarifs, pour un montant global de 380 261 euros. Une décision de refus est née du silence gardé par EDF sur cette demande. Par la présente requête, la société A énergies demande la condamnation d'EDF à lui verser la somme sollicitée.

Sur les conclusions tendant à l'application du tarif S06 :

2. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. En cas de divisibilité des clauses illicites du contrat, le juge peut toutefois régler le litige dans le cadre contractuel en écartant l'application de ces seules clauses.

3. Aux termes de l'article L. 314-1 du code de l'énergie : " Sous réserve de la nécessité de préserver le bon fonctionnement des réseaux, Électricité de France et () les distributeurs non nationalisés () sont tenus de conclure, si les producteurs intéressés en font la demande, un contrat pour l'achat de l'électricité produite sur le territoire national par : () 2° Les installations de production d'électricité qui utilisent des énergies renouvelables () ". Aux termes de l'article L. 314-7 du même code : " Les contrats conclus en application de la présente section () sont des contrats administratifs qui ne sont conclus et qui n'engagent les parties qu'à compter de leur signature () ". Aux termes de son article L. 314-13 : " Les conditions et modalités d'application de la présente section sont déterminées par décret en Conseil d'État. " Les installations de production d'électricité, d'une puissance installée inférieure ou égale à 12 mégawatts, utilisant l'énergie radiative du soleil entrent dans le champ de l'obligation d'achat résultant de ces dispositions, en application de l'article 2 du décret du 6 décembre 2000, codifié à l'article R. 314-2 du code précité.

4. Aux termes de l'article 5 du décret du 10 mai 2001, codifié à l'article R. 314-15 du code de l'énergie : " Les relations entre le producteur et l'acheteur font l'objet d'un contrat d'achat de l'électricité établi conformément au présent décret et à l'arrêté correspondant à la filière concernée, pris en application de l'article 8 du présent décret. La prise d'effet du contrat d'achat est subordonnée au raccordement de l'installation au réseau () ".

5. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 16 mars 2010 susvisé : " Les installations mises en service avant le 15 janvier 2010 bénéficient des conditions d'achat telles qu'elles résultaient des dispositions de l'arrêté du 10 juillet 2006 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil telles que visées au 3° de l'article 2 du décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000. / Parmi les installations non mises en service avant le 15 janvier 2010, seules peuvent bénéficier des conditions d'achat mentionnées ci-dessus les installations suivantes : () Installations pour lesquelles une demande de contrat d'achat, conforme aux dispositions de l'arrêté du 10 juillet 2006 précité et du décret n° 2001-410 du 10 mai 2001 modifié susvisé, a été déposée avant le 1er novembre 2009 ; / Installations de puissance crête supérieure à 36 kW et inférieure ou égale à 250 kW, pour lesquelles une demande de contrat d'achat, conforme aux dispositions de l'arrêté du 10 juillet 2006 précité et du décret n° 2001-410 du 10 mai 2001 modifié, et une demande complète de raccordement au réseau public, () ont été déposées avant le 11 janvier 2010 ; / Installations de puissance crête supérieure à 36 kW et inférieure ou égale à 250 kW, pour lesquelles une demande de contrat d'achat, conforme aux dispositions de l'arrêté du 10 juillet 2006 précité et du décret n° 2001-410 du 10 mai 2001 modifié, a été déposée avant le 11 janvier 2010, et qui remplissent toutes les conditions suivantes : a) L'installation est intégrée () à un bâtiment agricole ; b) L'installation a fait l'objet d'une déclaration préalable ou d'une demande de permis de construire avant le 11 janvier 2010, et le producteur dispose du récépissé mentionné à l'article R. 423-3 du code de l'urbanisme ; c) Le producteur dispose d'une attestation du préfet de département, sollicitée par le producteur au plus tard un mois après la date de publication du présent arrêté, certifiant que, au 11 janvier 2010 : i) Le producteur est l'exploitant agricole de la parcelle sur laquelle est situé le bâtiment, ou une société détenue majoritairement par la ou les personnes exploitant ladite parcelle à titre individuel ou par l'intermédiaire d'une société d'exploitation agricole ; ii) L'exploitant agricole est propriétaire ou usufruitier du bâtiment, ou en dispose dans le cadre d'un bail rural ou d'une convention de mise à disposition visée aux articles L. 323-14, L. 411-2 ou L. 411-37 du code rural ; iii) Le bâtiment est nécessaire au maintien ou au développement de l'exploitation agricole ; / Installations de puissance crête inférieure ou égale à 36 kW pour lesquelles une demande de contrat d'achat, conforme aux dispositions de l'arrêté du 10 juillet 2006 précité et du décret n° 2001-410 du 10 mai 2001 modifié, a été déposée avant le 11 janvier 2010. "

6. Par un arrêté du 10 juillet 2006, les ministres chargés de l'énergie et de l'économie ont, conformément à ces dispositions, fixé le tarif applicable à l'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil. Par deux arrêtés du 12 janvier 2010, les ministres chargés de l'économie et de l'énergie ont, d'une part, abrogé l'arrêté du 10 juillet 2006 et, d'autre part, fixé de nouvelles conditions d'achat de l'électricité, notamment en abaissant le tarif d'achat. Les ministres ont prévu l'application de ces nouvelles conditions aux installations dont la mise en service n'était pas intervenue à la date de publication de leur arrêté, alors que l'arrêté du 10 juillet 2006 prévoyait que les tarifs applicables à une installation étaient déterminés par la date de demande complète de contrat d'achat par le producteur. Enfin, par deux arrêtés du 16 mars 2010, les mêmes ministres ont, d'une part, confirmé l'application des conditions d'achat définies par l'arrêté du 12 janvier 2010, en le modifiant sur quelques points et, d'autre part, rétabli le bénéfice des conditions d'achat qui résultaient des dispositions de l'arrêté du 10 juillet 2006 pour certaines des installations non mises en service avant le 15 janvier 2010, notamment, et dans les conditions qu'il prévoit, des " installations de puissance crête supérieure à 36 kW et inférieure ou égale à 250 kW, pour lesquelles une demande de contrat d'achat, conforme aux dispositions de l'arrêté du 10 juillet 2006 précité et du décret n° 2001-410 du 10 mai 2001 modifié, a été déposée avant le 11 janvier 2010 ". La date limite de dépôt mentionnée par l'arrêté du 16 mars 2010, avant laquelle les demandes de contrats d'achat propres à certaines installations continuent de bénéficier des conditions tarifaires antérieures à l'arrêté du 12 janvier 2010, s'entend de la date de réception, par l'acheteur ou par le gestionnaire de réseau, du courrier contenant la demande ou, si cette demande est incomplète, de la date de réception, par l'acheteur ou le gestionnaire, du courrier envoyé contenant la dernière pièce manquante

7. Il est constant que le contrat signé entre la société A énergies et EDF prévoit l'application du tarif S10. Toutefois, la société requérante soutient que c'est le tarif S06, plus avantageux pour elle, qui était applicable à ce contrat et que, partant, cette clause irrégulière lui a causé un préjudice financier. Si la société A énergies ne justifie pas, ni même n'allègue, avoir transmis à EDF une demande complète de contrat d'achat (DCC) avant la date du 11 janvier 2010 prévue par les dispositions susmentionnées pour ouvrir droit à une vente d'électricité au tarif S06, en revanche elle soutient que la DCC transmise par la société Hyseo, le 12 mai 2009, doit être considérée comme la DCC préalable au contrat qu'elle a signé avec EDF en juillet 2013. Il résulte de l'instruction que, si la DCC du 12 mai 2009 était relative à des panneaux photovoltaïques installés au même endroit que ceux qui produisent l'énergie vendue par la société A énergies à EDF, à savoir sur un bâtiment appartenant à M. A, cependant les caractéristiques du projet de la société Hyseo diffèrent de celles du contrat de la société A énergies en de nombreux points, qu'il s'agisse, en particulier, du producteur de l'énergie (la société EDF Energies nouvelles ou la société A énergies), mais aussi de la puissance de crête (223 kWc ou 181,44 kWc), de la puissance active maximale produite (196 kW ou 170,6 kW) de la productibilité moyenne (334 500 kWh ou 272 160 kWh), ainsi que de la nature de l'installation (intégration au bâti ou intégration simplifiée au bâti). De plus, il en résulte également que M. A n'a pas signé le projet de contrat qui avait été établi avec EDF à la suite de la DCC transmise par la société Hyseo, non plus que la société A énergies, qui n'existait pas encore. Enfin, il en résulte aussi que la société A énergies n'a présenté une demande complète de raccordement, via son mandataire TCE Solar, que le 20 mai 2010. Dans ces conditions, la société A énergies n'est pas fondée à soutenir que la DCC du 12 mai 2009 devrait être regardée comme celle qu'elle aurait transmise préalablement au contrat qu'elle a conclu avec EDF. En outre, si la société requérante soutient que la société EDF Energies nouvelles se serait irrégulièrement substituée à M. A en qualité de mandant de la société Hyseo dans le cadre de la démarche conduite en 2009 par cette dernière, toutefois une telle irrégularité ne résulte pas de l'instruction, et en particulier ni de la DCC versée à l'instance, non plus que des documents généraux relatifs à la production et à la vente d'électricité solaire. Dans ces circonstances, la société A énergies n'est pas fondée à soutenir qu'elle devrait être regardée comme ayant transmis une DCC à EDF avant le 11 janvier 2010 ni, partant, que son contrat serait entaché d'une irrégularité en raison de l'application du tarif S10 en lieu et place du tarif S06.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société EDF, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société A la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société A énergies la somme de 1 500 euros à verser à EDF en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société A énergies est rejetée.

Article 2 : La société A énergies versera la somme de 1 500 euros à Electricité de France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société A énergies et à Electricité de France.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne à la ministre de la transition énergétique, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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