mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2101216 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GOMEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mars 2021 et le 27 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Gomez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII) a mis à sa charge une somme de 15 000 euros au titre de la contribution spéciale et forfaitaire ;
2°) d'annuler les titres de perception émis le 26 janvier 2021 par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne pour des montants respectifs de 12 447 euros et de 2 553 euros ;
3°) subsidiairement de ramener le montant de la contribution spéciale à 1000 fois le taux horaire du minimum garanti soit un montant de 3 650 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas pris en compte le fait qu'il n'ait été condamné que pour les faits de " défaut d'immatriculation volontaire " de M. B au répertoire des métiers, à l'exclusion d'une condamnation prononcée pour " l'emploi d'un étranger non muni d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France " ; le contrat de M. B a été suspendu dans l'attente de la régularisation de sa situation ;
- il remplit les conditions pour bénéficier de la minoration du taux de la contribution spéciale en application des articles L. 8253-1 et R. 8253-2 du code du travail ; il a effectué un stage de sensibilisation aux risques et enjeux de travail illégal ; il a réglé à l'URSSAF une somme de 4 815 euros au titre d'une régularisation des cotisations et contributions relatives à l'embauche et l'emploi de M. B, forfaitairement établie à 25% du plafond annuel défini à l'article L. 241-3 du code du travail et à titre de majoration de redressement pour infraction de travail dissimulé prévue par l'article L. 243-7-7 du code de la Sécurité Sociale et une somme de 1 204 euros et auprès de pôle emploi de la somme de 3 249,16 euros ; il a facilité la régularisation de M. B, lequel bénéficie d'un titre de séjour l'autorisant à travailler et ne pouvait être réacheminé à la date de la décision litigieuse.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 mai 2021 et le 3 mars 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Péan, rapporteure,
- les conclusions de M. Daguerre de Hureaux, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle effectué le 7 février 2020, sur un chantier de construction d'un centre médical, les services de l'inspection du travail ont constaté la présence en situation de travail d'un ressortissant sénégalais, dépourvu de titre de séjour. Par un courrier du 21 octobre 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a avisé M. A de ce qu'il était passible de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a invité à faire valoir ses observations dans un délai de quinze jours. M. A a présenté ses observations par lettres du 30 octobre 2020 et du 27 novembre 2020. Par une décision du 5 janvier 2021, le directeur général de l'OFII à mis à la charge de M. A la somme de 15 000 euros au titre de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire. Deux titres de perception ont été émis le 26 janvier 2021 à l'encontre de M. A pour mettre en paiement les contributions réclamées. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision de l'OFII du 5 janvier 2021, et, d'autre part, les titres de perception du 26 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la décision attaquée : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".
3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, ou en décharger l'employeur.
4. En outre, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque, tout à la fois, il s'est acquitté des vérifications qui lui incombent, relatives à l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail, et n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal du 7 février 2020 dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'à l'occasion d'un contrôle opéré sur un chantier de construction d'un centre médical situé 8 avenue de Toulouse à Pibrac, les services de l'inspection du travail ont constaté la présence en situation de travail d'un ressortissant sénégalais, M. B, dépourvu de titre de séjour. Cet individu a déclaré spontanément avoir la nationalité sénégalaise. Il a également indiqué avoir été recruté par M. A et travailler pour lui depuis quelques jours au sein de la société dirigée par M. A. Par ailleurs, M. A a reconnu lors de son audition ne pas l'avoir déclaré auprès de l'URSSAF et ne pas avoir signé de contrat de travail avec lui, celui-ci étant dépourvu d'autorisation de travail. Si M. A fait valoir que les faits qui lui sont reprochés ont fait l'objet d'une composition pénale pour laquelle seuls les faits de " défaut d'immatriculation volontaire " de M. B au répertoire des métiers a été retenue, cette circonstance est sans incidence sur la légalité des décisions en cause dès lors qu'il résulte des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la contribution spéciale et la contribution forfaitaire peuvent être mises à la charge de l'employeur sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées. Dans ces conditions, le requérant, qui reconnait l'existence d'une situation de travail irrégulier et l'absence de déclaration de ce salarié, n'est pas fondé à soutenir que la sanction qui lui est infligée est entachée d'une erreur d'appréciation.
6. En deuxième lieu, les infractions prévues aux articles L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 8251-1 du code du travail étant constituées du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers en situation de séjour irrégulier et démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français, le requérant ne peut utilement faire valoir ni qu'il a suspendu le contrat de travail de M. B le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour et ni qu'il a œuvré, postérieurement à la constatation des faits en cause, à sa régularisation et que ce dernier a obtenu un titre de séjour l'autorisant à travailler.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8252-2 du même code : " Le salarié étranger a droit au titre de la période d'emploi illicite : / 1° Au paiement du salaire et des accessoires de celui-ci, conformément aux dispositions légales, conventionnelles et aux stipulations contractuelles applicables à son emploi, déduction faite des sommes antérieurement perçues au titre de la période considérée. A défaut de preuve contraire, les sommes dues au salarié correspondent à une relation de travail présumée d'une durée de trois mois. Le salarié peut apporter par tous moyens la preuve du travail effectué ; / 2° En cas de rupture de la relation de travail, à une indemnité forfaitaire égale à trois mois de salaire, à moins que l'application des règles figurant aux articles L. 1234-5, L. 1234-9, L. 1243-4 et L. 1243-8 ou des stipulations contractuelles correspondantes ne conduise à une solution plus favorable. / 3° Le cas échéant, à la prise en charge par l'employeur de tous les frais d'envoi des rémunérations impayées vers le pays dans lequel il est parti volontairement ou a été reconduit. ". L'article L. 8252-4 du code précité dispose que : " Les sommes dues à l'étranger non autorisé à travailler, dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 8252-2, lui sont versées par l'employeur dans un délai de trente jours à compter de la constatation de l'infraction. () ". Et selon l'article R. 8252-6 dudit code : " L'employeur d'un étranger sans titre s'acquitte par tout moyen, dans le délai mentionné à l'article L. 8252-4, des salaires et indemnités déterminés à l'article L. 8252-2 / Il remet au salarié étranger sans titre les bulletins de paie correspondants, un certificat de travail ainsi que le solde de tout compte. Il justifie, auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par tout moyen, de l'accomplissement de ses obligations légales ".
8. Les dispositions précitées du code du travail ne permettent pas à l'OFII, pas plus qu'au juge administratif, de moduler le taux de la sanction financière en dehors des cas pour lesquels une minoration est envisagée par les textes applicables au litige. Si M. A fait valoir qu'il a effectué un stage de sensibilisation aux risques et enjeux de travail illégal, qu'il a réglé à l'URSSAF une somme de 4 815 euros au titre d'une régularisation des cotisations et contributions relatives à l'embauche et l'emploi de M. B et auprès de pôle emploi la somme de 3 249,16 euros, au demeurant relative au paiement de la contribution spécifique due pour le licenciement économique de M. B, il n'établit pas avoir versé à son salarié, dans le délai de trente jours prévu par les dispositions précitées, l'intégralité des salaires, accessoires, indemnités de rupture, solde de tout compte prévus par l'article L. 8252-2 du code, condition nécessaire à l'éventuelle réduction du montant de la contribution spéciale à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti tel que prévu au III de l'article R. 8253-2 précité. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans le montant de contribution spéciale ne peut par suite qu'être écarté.
9. Enfin, M. A soutient que la décision lui appliquant la contribution forfaitaire méconnait les dispositions précitées de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le salarié n'a pas été réacheminé dans son pays d'origine et s'est vu délivrer un titre de séjour. Toutefois, ces dispositions ne subordonnent pas la mise à la charge de l'employeur de la contribution représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine à la justification, par l'administration, du caractère effectif de ce réacheminement.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé pas à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Katz, président,
- Mme Jorda, conseillère,
- Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
La rapporteure,
C. PEANLe président,
D. KATZ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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