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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101282

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101282

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101282
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGEORGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mars 2021 et 6 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me George, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 15 000 euros en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la notification de la demande indemnitaire préalable et de la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'Etat a commis une faute en s'abstenant de faire cesser les agissements de harcèlement moral dont elle a été victime, en ayant apporté du soutien à l'auteur de ces faits et en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ; au cours des années scolaires 2014-2015 et 2015-2016, elle a été exposée à des agissements de dénigrement de ses compétences et de sa personne, caractérisés notamment par des surnoms vexatoires, des propos inappropriés relatifs à son potentiel de séduction, des remarques injurieuses, des entraves à l'exercice de ses fonctions et des manœuvres d'intimidation et de stigmatisation ;

- le jugement n° 1604147 rendu par le tribunal administratif de Toulouse le 6 mars 2019, qui a notamment annulé la décision par laquelle la rectrice de l'académie de Toulouse a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle en reconnaissant sa qualité de victime d'une situation de harcèlement moral, bénéficie de l'autorité absolue de la chose jugée ;

- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qui doivent être indemnisés à hauteur de 15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public ;

- et les observations de Me George, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est professeure titulaire d'éducation artistique et d'arts plastiques au lycée des métiers " Urbain Vitry ", situé à Toulouse. Par un courrier du 5 juillet 2016 adressé à la rectrice de l'académie de Toulouse, elle a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison de la situation de harcèlement moral dont elle s'est estimée victime à compter du mois de septembre 2014. Un refus lui a été opposé par la rectrice de l'académie de Toulouse le 12 juillet 2016. Par un jugement n° 1604147 du 6 mars 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Toulouse a annulé cette décision et a enjoint à la rectrice de l'académie de Toulouse d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme B. Mme B a formé un recours indemnitaire préalable le 23 novembre 2020, notifiée le 25 novembre suivant, et le silence conservé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable formée par Mme B le 23 novembre 2020 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de l'intéressée, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne le régime de responsabilité applicable :

3. Ainsi que cela a été dit au point 1, par un jugement n° 1604147 rendu le 6 mars 2019, revêtu de l'autorité absolue de la chose jugée, le tribunal administratif de Toulouse a prononcé l'annulation de la décision du 12 juillet 2016 par laquelle la rectrice de l'académie de Toulouse a refusé d'accorder à Mme B le bénéfice de la protection fonctionnelle. Plus précisément, le tribunal a jugé que les éléments concordants et circonstanciés produits par l'intéressée étaient de nature à établir l'existence d'agissements répétés pouvant être qualifiés de harcèlement moral et a retenu le moyen tiré de l'erreur d'appréciation.

4. L'illégalité entachant la décision prise par la rectrice de l'académie de Toulouse le 12 juillet 2016 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

5. D'une part, Mme B établit l'existence d'un fait générateur de responsabilité constitué par la situation de harcèlement moral dont elle a été victime au cours des années 2014 et 2015. D'autre part, elle démontre avoir subi un préjudice moral ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence, étant précisé qu'elle a notamment subi des dénigrements et des attaques personnelles de la part de la direction de son établissement, qu'elle a été amenée à travailler dans un lieu insalubre pendant un mois, que des propos inappropriés relatifs à son potentiel de séduction et à sa tenue vestimentaire ont été tenus, que des surnoms vexatoires lui ont été octroyés, ou encore qu'un courrier mettant en cause de manière inadéquate ses pratiques professionnelles a été adressé par le directeur de son établissement à plusieurs de ses collègues. Enfin, il est établi que cette situation a entraîné des effets néfastes sur la santé de Mme B, qui a été placée en arrêt de travail en raison d'un épuisement professionnel et d'un syndrome dépressif réactionnel, et dès lors que la rectrice de l'académie de Toulouse aurait dû, à la suite de la demande formée par l'intéressée le 5 juillet 2016, lui accorder la protection fonctionnelle en raison de l'existence de ces faits, le lien de causalité entre l'illégalité fautive de la décision du 12 juillet 2016 précitée et les préjudices subis par la requérante est également établi. Par suite, les conditions d'engagement de la responsabilité pour faute de l'Etat étant réunies, Mme B est fondée à présenter des conclusions à fin d'indemnisation dirigées contre l'Etat en raison des préjudices qu'elle a subis.

En ce qui concerne la faute de la victime :

6. Dans ses écritures, le recteur de l'académie de Toulouse invoque la manière de servir de Mme B, et plus précisément des griefs qui lui ont été reprochés au cours de l'année 2016. La nature même des agissements de harcèlement moral exclut toutefois, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Par conséquent, le recteur de l'académie de Toulouse n'est pas fondé à se prévaloir de cette circonstance pour s'exonérer de sa responsabilité.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

7. Mme B sollicite une indemnisation à hauteur de 15 000 euros en raison du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a subis. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 5 que l'intéressée a été victime d'une situation de harcèlement moral et que cette situation a dégradé son état de santé, dès lors qu'elle a été placée en arrêt de travail en raison d'un épuisement professionnel et d'un syndrome dépressif réactionnel. Il sera par suite fait une juste appréciation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence en les évaluant à la somme de 5 000 euros.

Sur les intérêts :

8. Mme B a droit, ainsi qu'elle le demande, aux intérêts au taux légal afférents à l'indemnité de 5 000 euros à compter du 25 novembre 2020, soit la date à laquelle sa demande indemnitaire préalable a été réceptionnée par l'administration.

9. La capitalisation des intérêts a été demandée le 5 mars 2021, date à laquelle la présente requête a été enregistrée. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 25 novembre 2021, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au bénéfice de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 5 000 euros en raison des préjudices qu'elle a subis. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 novembre 2020, et de leur capitalisation à compter du 25 novembre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date jusqu'au paiement de la somme due.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTO

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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