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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101291

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101291

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101291
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARLU BOUCHE JEAN-PAUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mars 2021, la société civile immobilière Océane, représentée par Me Bouche, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de la réclamation préalable par laquelle elle a contesté la saisie administrative à tiers détenteur émise par le directeur régional des finances publiques d'Occitanie le 9 septembre 2020 ;

2°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre par la direction régionale des finances publiques d'Occitanie le 2 mai 2011 ;

3°) de mettre à la charge de la direction régionale des finances publiques d'Occitanie, outre les entiers dépens de l'instance, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la saisie administrative à tiers détenteur a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale dès lors que l'action en recouvrement était prescrite en application des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales ;

- elle est illégale dès lors que la SCI Océane n'est pas responsable de l'infraction au code de l'environnement à l'origine de la créance recouvrée ;

- elle est illégale dès lors que le fondement de la créance est devenu sans objet, les travaux demandés ayant été effectués.

La procédure a été communiquée à la direction régionale des finances publiques d'Occitanie, qui n'a pas produit d'observations dans la présente instance.

Par une ordonnance du 15 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mai 2022.

Par un courrier du 29 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation présentées à l'encontre du titre exécutoire du 2 mai 2011.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'environnement ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) BLM, gérée par Mme B, a exploité à compter du 23 avril 2007 une installation de concassage déclarée au titre des installations classées pour la protection de l'environnement sur un terrain situé sur le territoire de la commune de Saint-Elix-le-Château (Haute-Garonne). A la suite d'excavations réalisées sans autorisation, le préfet de la Haute-Garonne l'a, par un arrêté du 9 juillet 2008, mise en demeure de procéder à la remise en état du terrain. Le 2 mai 2011, la direction régionale des finances publiques d'Occitanie a émis un titre exécutoire mettant à la charge de la société civile immobilière (SCI) Océane, également gérée par Mme B, une somme de 30 000 euros sur le fondement de la procédure de consignation prévue à l'article L. 514-1 du code de l'environnement, correspondant au montant des travaux à réaliser afin de remettre en état le terrain. Le 14 octobre 2013, la direction régionale des finances publiques d'Occitanie a notifié à la SCI Océane une saisie à tiers détenteur d'un montant de 30900 euros. Enfin, par une décision du 9 septembre 2020, la direction régionale des finances publiques d'Occitanie a notifié à la SCI Océane une saisie administrative à tiers détenteur effectuée auprès de la banque CIC Sud-Ouest, d'un montant de 30 900 euros. La SCI Océane a exercé une réclamation préalable contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire émis le 2 mai 2011 :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 dudit code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

4. En l'espèce, le titre exécutoire émis à l'encontre de la SCI Océane le 2 mai 2011, dont celle-ci ne conteste pas avoir reçu notification, ne comportait pas la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, le délai de recours de deux mois, prévu par les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, ne lui était pas opposable. Toutefois, il résulte de ce qui précède que la société requérante disposait d'un délai raisonnable d'un an pour contester ce titre exécutoire. En sollicitant l'annulation du titre exécutoire du 2 mai 2011 dans sa requête, enregistrée le 5 mars 2021, la SCI Océane, qui ne se prévaut d'aucune circonstance particulière, a méconnu ce délai raisonnable et ses conclusions à fin d'annulation présentées contre cette décision doivent donc être rejetées comme tardives.

Sur les conclusions dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur du 9 septembre 2020 :

5. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". En vertu de l'article 2224 du code civil, le délai de prescription est également interrompu, notamment, par un acte d'exécution forcée, au nombre desquels sont les saisies à tiers détenteurs.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le délai de prescription de l'action en recouvrement de la créance non fiscale de l'Etat d'un montant de 30 900 euros a commencé à courir, au plus tôt, à compter de l'émission du titre exécutoire du 2 mai 2011 et qu'il a été régulièrement interrompu par la saisie administrative à tiers détenteur du 14 octobre 2013. Toutefois, dès lors qu'il n'est pas contesté par la direction régionale des finances publiques, qui n'a pas produit d'observations en défense malgré une mise en demeure en ce sens, qu'aucune autre mesure d'exécution forcée, ni aucun acte interruptif de prescription n'est intervenu postérieurement au 14 octobre 2013, celle-ci devrait être regardée comme acquise à compter du 15 octobre 2018. Il s'ensuit que la SCI Océane est fondée à soutenir que l'action en recouvrement de la créance était prescrite lorsque le comptable public de la direction régionale des finances publiques d'Occitanie a, le 9 septembre 2020, émis l'avis de saisie à tiers détenteur litigieux, et que la créance n'était pas exigible pour cette raison.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la SCI Océane est fondée à demander l'annulation de la décision rejetant la réclamation préalable qu'elle a formée contre l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 9 septembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SCI Océane sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Il n'y a en revanche pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens de l'instance au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, celle-ci n'en comportant aucun.

D E C I D E :

Article 1er : Le rejet implicite de la réclamation préalable présentée par la SCI Océane est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à la SCI Océane la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Océane et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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