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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101457

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101457

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101457
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantELLAW SELARL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête n° 2101457 enregistrée le 15 mars 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) GARAGE VRL, représentée par Me Bichard, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge totale, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, pour un montant total de 102 885 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires utilisée par le service, et reposant seulement sur les encaissements, méconnaît les dispositions des articles 38 et 209 du code général des impôts, dès lors que les produits n'ont pas été rattachés aux exercices concernés ;

- l'ensemble des factures n'a pas été pris en compte ;

- le bénéfice constitué n'a pas été appréhendé par le dirigeant et ne constitue pas un revenu distribué ;

- les pénalités pour manquement délibéré sont infondées du fait de l'absence de fondement des rectifications en cause, et en tout état de cause, du fait de la bonne foi de la société qui n'a pas été remise en cause, sauf pour l'exercice clos en 2014.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 20 juillet et 3 août 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'EURL GARAGE VRL ne sont pas fondés.

II- Par une requête n° 2101458 enregistrée le 15 mars 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) GARAGE VRL, représentée par Me Bichard, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er octobre 2013 au 31 octobre 2016, pour un montant total de 117 676 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires utilisée par le service, et reposant seulement sur les encaissements, méconnaît les dispositions des articles 38 et 209 du code général des impôts, dès lors que les produits n'ont pas été rattachés aux exercices concernés ;

- plusieurs factures et paiements n'ont pas été pris en compte au titre de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) déductible ;

- les pénalités pour manquement délibéré sont infondées du fait de l'absence de fondement des rectifications en cause, et en tout état de cause, du fait de la bonne foi de la société qui n'a pas été remise en cause, sauf pour l'exercice clos en 2014.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 20 juillet et 3 août 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'EURL GARAGE VRL ne sont pas fondés.

III- Par une requête n° 2101459 enregistrée le 15 mars 2021, M. A B, représenté par Me Bichard, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, pour un montant total de 273 369 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires utilisée par le service, et reposant seulement sur les encaissements, méconnaît les dispositions des articles 38 et 209 du code général des impôts, dès lors que les produits n'ont pas été rattachés aux exercices concernés ;

- plusieurs factures et paiements n'ont pas été pris en compte au titre de la TVA déductible ;

- le bénéfice constitué n'a pas été appréhendé par le dirigeant et ne constitue pas un revenu distribué ;

- les pénalités pour manquement délibéré sont infondées du fait de l'absence de fondement des rectifications en cause, et en tout état de cause, du fait de la bonne foi de la société qui n'a pas été remise en cause, sauf pour l'exercice clos en 2014.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 20 juillet et 10 août 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2101457, 2101458 et 2101459 présentent une connexité et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

2. L'entreprise à responsabilité limitée (EURL) Garage VLR, constituée en 2008, exerce une activité de location de véhicules de rallye et a pour gérant et associé unique M. A B. L'EURL Garage VLR a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière d'impôt sur les sociétés au titre de la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2015 et en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au titre de la période du 1er octobre 2013 au 31 octobre 2016. M. B a quant à lui fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle sur la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2015. Par deux propositions de rectification en date du 3 mai 2017 et une proposition de rectification en date du 12 mai 2017, établies suivant la procédure de rectification contradictoire, l'EURL Garage VLR a été informée d'une imposition supplémentaire à l'impôt sur les sociétés et sur la TVA, et M. B a été informé d'une imposition supplémentaire à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des avantages occultes consentis par la société. Les dernières réclamations des requérants ont été rejetées par trois décisions en date du 18 et 20 janvier 2021. Par ses requêtes n° 2101457 et n° 2101458, l'EURL Garage VLR demande au tribunal de la décharger, en droits et pénalités, d'une part, des cotisations supplémentaires d'impôt supplémentaire sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos 2014 et 2015, et d'autre part, des rappels de TVA auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er octobre 2013 au 31 octobre 2016. Par sa requête n° 2101459, M. B demande au tribunal de le décharger, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

S'agissant de la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ".

4. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".

5. Il résulte de l'instruction que l'EURL Garage VLR n'ayant pas déposé ses déclarations fiscales, y compris après la notification des mises en demeure, notamment du 10 janvier 2017 concernant l'impôt sur les sociétés, le service a mis en œuvre, sur le fondement des articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales, la procédure de taxation d'office de l'ensemble des impositions en litige au titre des exercices clos 2014 et 2015. Par suite, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions incombe aux requérants en matière d'impôt sur les sociétés, en application des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales.

S'agissant de la reconstitution du résultat imposable :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, () / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. () ".

7. Le vérificateur ne peut respecter les règles de rattachement des créances fixées par cet article en l'absence de tout élément comptable et de l'impossibilité de procéder, eu égard à l'activité des entreprises vérifiées, à des ajustements extra-comptables permettant de se rapprocher des règles fixées au 2 de l'article 38 du code général des impôts.

8. Il résulte de l'instruction que l'EURL requérante n'a produit ni comptabilité ni document comptable lors de la vérification de comptabilité, comme en atteste le procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité du 30 janvier 2017. Dès lors, les recettes professionnelles de la société ont été déterminées à partir des encaissements enregistrés sur les comptes bancaires professionnels de la société et de certains crédits figurant sur les relevés bancaires de M. B, informations obtenues par le service dans le cadre du droit de communication. Dans ces conditions, les requérants qui se bornent à produire des factures de charges, n'établissent pas que la méthode retenue par le service serait radicalement viciée, ni ne démontrent objectivement le caractère exagéré du chiffre d'affaires reconstitué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 38 du code général des impôts doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / () 2° Sauf s'ils sont pratiqués par une copropriété de navires, une copropriété de cheval de course ou d'étalon, les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation et compte tenu des dispositions de l'article 39 A, sous réserve des dispositions de l'article 39 B. / () ".

10. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts selon lesquelles le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

11. Les requérants soutiennent que les factures des 25 octobre 2014, 29 octobre 2015, 27 et 31 octobre 2016 de la société AFC Racing, respectivement d'un montant de 124 320 euros TTC, 177 360 euros TTC, 115 536 euros TTC et 114 840 euros TTC doivent être admises au titre des charges déductibles à l'impôt sur les sociétés. D'une part, il résulte de l'instruction, que les factures des 27 et 31 octobre 2016, qui concernent respectivement la location d'une voiture pour la saison 2016 et l'achat de matériels, n'ont pas d'incidence pour la détermination du résultat des exercices clos 2014 et 2015 et ne peuvent en conséquence être prises en compte dans la détermination du résultat de ces exercices. D'autre part, s'agissant des factures datées des 25 octobre 2014 et 29 octobre 2015, les requérants n'ont produit aucune preuve de règlement des prestations facturées, les éléments et documents transmis par le liquidateur de la société AFC Racing et des organismes bancaires de cette même société, dans le cadre du droit de communication du service, ne faisant apparaitre aucun mouvement financier concernant l'EURL Garage VLR ou M. B. Enfin, les requérants soutiennent que les amortissements liés aux dépenses d'acquisition figurant sur la facture du 31 octobre 2016 n'ont pas été pris en compte. Toutefois, les amortissements n'étant déductibles pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés que dans la mesure où ils sont constatés en comptabilité, ils ne pouvaient être pris en compte au titre des charges déductibles en l'absence de toute constatation en comptabilité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander l'admission de ces factures en charges déductibles au titre de l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos 2014 et 2015.

12. En troisième et dernier lieu, si l'EURL Garage VLR soutient que le bénéfice constitué n'a pas été appréhendé par M. B, un tel moyen est inopérant pour contester la cotisation d'impôt supplémentaire sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre des exercices 2014 et 2015.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :

S'agissant de la charge de la preuve :

13. En premier lieu, aux termes de l'article 287 du code général des impôts : " 1. Tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est tenu de remettre au service des impôts dont il dépend () une déclaration conforme au modèle prescrit par l'administration. / 2. Les redevables soumis au régime réel normal d'imposition déposent mensuellement la déclaration () indiquant, d'une part, le montant total des opérations réalisées, d'autre part, le détail des opérations taxables. La taxe exigible est acquittée tous les mois. () ". Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. / Cette procédure s'applique également lorsque l'administration effectue la reconstitution du montant déclaré du bénéfice industriel ou commercial, du bénéfice non commercial, du bénéfice agricole ou du chiffre d'affaires déterminé selon un mode réel d'imposition. ".

14. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable (). ".

15. Il résulte de l'instruction, d'une part, que l'EURL garage VLR a déposé des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 31 décembre 2014 et que le service, a donc mis en œuvre la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales précité, pour la période courant du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014. Par suite, l'EURL garage VLR, qui n'a pas apporté de réponse à la proposition de rectification dans les délais impartis, supporte la charge de la preuve du caractère infondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales précité.

16. Il résulte de l'instruction, d'autre part, que l'EURL Garage VLR n'ayant déposé aucune déclaration de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 octobre 2016, malgré une mise en demeure en date du 10 janvier 2017, le service a mis en œuvre, sur le fondement des articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales, cités au point 3, la procédure de taxation d'office pour la période courant du 1er janvier 2015 au 31 octobre 2016. Par suite, il appartient à l'EURL Garage VLR, d'apporter la preuve de l'exagération de l'évaluation faite par l'administration de ses bases d'imposition pour les années en litige.

S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée :

17. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / () ". Aux termes de l'article 266 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à la période d'imposition en litige : " 1. La base d'imposition est constituée : a) Pour () les prestations de services (), par toutes les sommes, valeurs, biens ou services reçus ou à recevoir par le fournisseur ou le prestataire en contrepartie de ces opérations, de la part de l'acheteur, du preneur ou d'un tiers () ". Enfin, aux termes de l'article 269 du même code : " / 2. La taxe est exigible : / () / c. Pour les prestations de services (), lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".

18. Il résulte de l'instruction que si l'EURL Garage VLR a déposé des déclarations de TVA du 1er octobre 2013 au 31 décembre 2014, seul un montant de 1 485 euros de TVA collectée a été déclaré sur l'exercice clos 2014. Dès lors, à défaut de dépôt de l'ensemble des déclarations de TVA sur la période contrôlée, et comme il a été dit au point 8, le chiffre d'affaires de l'EURL Garage VLR a été déterminé à partir, d'une part, des encaissements enregistrés sur les comptes bancaires professionnels de la société, et d'autre part, au regard des crédits figurant sur les relevés bancaires de M. B, que ce dernier a qualifié de professionnels lors de l'examen de sa situation fiscale personnelle. Les encaissements professionnels ainsi déterminés s'élèvent à 293 160,11 euros au titre de l'exercice clos 2014, à 276 248,97 euros au titre de l'exercice clos 2015 et à 377 079,85 euros au titre de la période du 1er octobre 2015 au 31 octobre 2016. Il résulte également de l'instruction, que l'ensemble des opérations réalisées par l'EURL Garage VLR dans le cadre de son activité sont imposables de plein droit à la TVA, que le chiffre d'affaires imposable, soit un montant total de 946 488,93 euros sur la période contrôlée, est égal aux recettes constituées sur la base des encaissements, et que la taxe sur la valeur ajoutée est due au taux normal de 19,6% jusqu'au 31 décembre 2013 et au taux de 20% à compter du 1er octobre 2014, soit un rappel de TVA collectée de 56 835,24 euros au titre de la période couvrant l'année 2014, de 55 249,79 euros au titre de la période couvrant l'année 2015 et de 75 145,97 euros au titre de la période du 1er octobre 2015 au 31 octobre 2016. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à remettre en cause le montant de la TVA collectée au titre de la période du 1er octobre 2013 au 31 octobre 2016.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. ". Aux termes de l'article 269 du même code : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; /2. La taxe est exigible : a) Pour les livraisons et les achats visés au a du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur ; /c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. () ".

20. Il résulte de l'instruction, et comme il a été dit au point 13, que pour les prestations de services relatives aux factures des 25 octobre 2014, 29 octobre 2015, 27 octobre 2016, et pour l'achat de matériels concernant la facture du 31 octobre 2016, les requérants n'ont produit aucune preuve de règlement des prestations facturées, les éléments et documents transmis par le liquidateur de la société AFC Racing et des organismes bancaires de cette même société, dans le cadre du droit de communication du service, ne faisant apparaitre aucun mouvement financier concernant l'EURL Garage VLR ou M. B. Par ailleurs, à la différence des trois premières factures qui concernent des prestations de service et pour lesquelles la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée intervient au moment de l'encaissement du prix, s'agissant de la dernière facture qui correspond à des achats de matériel et de pièces détachées, la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée intervient au moment où la livraison des biens est effectuée. Il résulte de l'instruction que la société requérante n'apporte aucune preuve de l'entrée en possession des biens concernés et qu'une telle preuve n'a pas été mise en évidence dans le cadre de l'exercice du droit de communication auprès du liquidateur et de la banque de la société AFC Racing. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander l'admission de ces quatre factures en charges déductibles de la TVA au titre de la période du 1er octobre 2013 au 31 octobre 2016.

En ce qui concerne l'impôt sur les revenus :

S'agissant de la charge de la preuve en matière de revenus distribués :

21. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que M. B n'a pas formulé d'observations en réponse à la proposition de rectification du 12 mai 2017 qui lui a été régulièrement notifiée. Par suite, M. B, n'ayant pas apporté de réponse à la proposition de rectification dans les délais impartis, supporte la charge de la preuve du caractère du caractère exagéré des impositions supplémentaires en application des dispositions citées au point 14 de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.

S'agissant de la qualité de maître de l'affaire :

22. Aux termes de l'article 47 de l'annexe II du code général des impôts : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

23. L'octroi d'un avantage sans contrepartie doit être requalifié de libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices.

24. En cas de refus des propositions de rectification par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. Il résulte également de ces dispositions que l'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire.

25. M. B soutient que les rehaussements en base de son impôt sur les sociétés et de la TVA nette, respectivement de 180 052 euros au titre de l'exercice clos 2014 et de 112 435 euros au titre de l'exercice clos 2015 ne constituent pas des revenus distribués. Il résulte cependant de l'instruction que M. B, qui est associé unique et gérant de l'EURL Garage VLR, était le seul décisionnaire habilité, en cette qualité, à signer les déclarations fiscales de la société, à user sans contrôle de ses biens et à effectuer les commandes auprès de ses fournisseurs, et doit ainsi être considéré comme le seul maître de l'affaire. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a considéré que le requérant en sa qualité de seul maître de l'affaire avait bénéficié de revenus distribués qui doivent être regardés comme des libéralités, et constituent un avantage occulte. Par suite, et alors que M. B ne peut utilement soutenir qu'il n'aurait pas appréhendé le bénéfice reconstitué dès lors qu'il n'aurait procédé à aucun retrait à son profit, l'administration était fondée à constater l'existence d'un avantage occulte taxable sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts,

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par l'EURL Garage VRL et M. B, doivent être rejetées.

Sur les pénalités :

27. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts, dans sa version applicable : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () ". Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

28. Le juge de l'impôt, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, décide, dans chaque cas, selon les résultats de ce contrôle, soit de maintenir la majoration effectivement encourue au taux prévu par la loi, sans pouvoir moduler celui-ci pour tenir compte de la gravité de la faute commise par le contribuable, soit de ne laisser à la charge du contribuable que les intérêts de retard.

29. D'une part, si l'EURL Garage VLR soutient à l'appui de sa requête relative à l'impôt sur les sociétés, que les majorations pour manquement délibéré sont infondées aux motifs que la bonne foi de la société n'a été remise en cause que pour l'exercice clos en 2014, et que le service aurait adopté des positions contradictoires selon les exercices, un tel moyen est inopérant dès lors que les majorations sont fondées, en l'espèce, non pas sur un manquement délibéré en application de l'article 1729 du code général des impôts, mais sur l'absence de dépôt de déclaration malgré une mise en demeure, en application de l'article 1728 du même code.

30. D'autre part, si l'EURL Garage VLR soutient à l'appui de sa requête relative à la taxe sur la valeur ajoutée, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 29, que les majorations pour manquement délibéré sont infondées, il résulte cependant de l'instruction que l'EURL Garage VLR n'a pas déposé de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée pour la période courant du 1er janvier 2015 au 31 octobre 2016 et s'est vue appliquer à bon droit les pénalités prévues à l'article 1728 du code général des impôts, précité. S'agissant de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, pour laquelle la société requérante a déposé des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, le service a mis en œuvre une majoration pour manquement délibéré, sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts, au motif que le montant déclaré de taxe sur la valeur ajoutée collectée, à savoir 1 485 euros, était particulièrement faible. Il résulte de l'instruction que M. B, qui avait déjà fait l'objet d'un contrôle fiscal en 2009 ayant permis de découvrir son activité occulte et ayant conduit à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiés selon la procédure de taxation d'office, ne pouvait ignorer, en tant que professionnel, le montant de taxe sur la valeur ajoutée à déclarer sur la période courant du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, à savoir 56 835,24 euros, compte tenu du montant des encaissements effectués s'élevant à 351 480,35 euros sur l'exercice clos en 2014. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a ainsi retenu le caractère intentionnel et répété des agissements constatés et a considéré que le gérant de la société avait volontairement minoré la taxe sur la valeur ajoutée collecté, afin qu'aucune taxe sur la valeur ajoutée ne soit effectivement reversée compte tenu par ailleurs de la taxe sur la valeur ajoutée déductible.

31. Enfin, concernant l'impôt sur le revenu M. B soutient que les rectifications prononcées à l'encontre de l'EURL garage VLR sont infondées et qu'il n'a appréhendé aucune recette. Il en déduit que les majorations pour manquement délibéré sont, par suite, elles-mêmes infondées. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les rectifications prononcées sont justifiées et que M. B doit être regardé comme ayant appréhendé les sommes en litige en tant que maître de l'affaire. En outre, le vérificateur, comme il a été dit au point 30, a justifié l'application de la pénalité pour manquement délibéré au motif, d'une part, que M. B avait déjà fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle en 2009 ayant mis au jour son activité occulte de location de voitures de rallye, d'autre part, qu'une grande partie des sommes en litige ont été appréhendées sur ses compte bancaires personnels et représentent un montant beaucoup plus élevé que les revenus qu'il a déclarés en 2014 et 2015. Par suite, la majoration pour manquement délibéré appliquée au titre de l'impôt sur le revenu des années 2014 et 2015 apparaît justifiée

32. Il résulte de ce qui précède que l'EURL Garage VRL et M. B ne sont pas fondés à demander la décharge des majorations dont ont été assortis les rappels et cotisations supplémentaires d'imposition en litige.

33. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de l'EURL Garage VLR et de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

34. Les conclusions de l'EURL Garage VLR et de M. B présentées sur fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : Les requêtes de l'EURL Garage VLR et de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Garage VLR, à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

2, 2101458, 2101459

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