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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101543

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101543

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101543
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 6
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2021, M. A C et Mme B C, représentés par Me Ouddiz-Nakache, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Garonne a rejeté le recours amiable de M. C tendant à ce que sa demande de logement social soit reconnue prioritaire et urgente dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de leur proposer un logement adapté à leur situation, tenant compte de la composition actuelle de leur foyer familial, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de communiquer au Tribunal la

copie des actes justifiant des mesures prises pour le logement de leur famille ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, dont ils remplissent les conditions, dès lors que le logement qu'ils occupent est insalubre et indécent et qu'il est en état de suroccupation ; leur fils majeur, qui a fait une demande de chambre étudiante auprès du Crous, n'habite pas régulièrement à leur adresse et a sollicité la régularisation de sa situation administrative.

Par un mémoire enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Poupineau, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a saisi la commission de médiation de la Haute-Garonne d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 12 janvier 2021, dont M. et Mme C demandent l'annulation, la commission de médiation a rejeté sa demande.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, (). Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25 () La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ". Aux termes de l'article 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. "

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

4. Les conditions réglementaires d'accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé. Au nombre de ces conditions figure notamment celle que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français. Il résulte de la combinaison de l'ensemble des dispositions mentionnées ci-dessus que la commission de médiation peut légalement refuser de reconnaître un demandeur comme prioritaire et devant être logé d'urgence au motif que les personnes composant le foyer pour le logement duquel il a présenté sa demande ne séjournent pas toutes régulièrement sur le territoire français.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a présenté un recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation en se prévalant du caractère suroccupé et insalubre du logement qu'il occupe avec son épouse et leurs quatre enfants, et de son attente d'un logement depuis un délai supérieur à celui fixé par arrêté. Par la décision contestée du 12 janvier 2021, la commission de médiation de la Haute-Garonne a rejeté sa demande aux motifs que le délai d'attente anormalement long d'un logement social n'était pas établi, que l'insalubrité du logement n'était pas avérée et que la situation administrative de leur fils, né en 2001, ne satisfaisait pas à l'arrêté du 29 mai 2019 fixant la liste des titres de séjour prévue au 1° de l'article R. 441-1 du code de la construction et de l'habitation.

6. À l'appui de leur requête, M. et Mme C soutiennent qu'ils vivent avec leurs enfants mineurs dans un logement insalubre en raison de la présence de moisissures notamment dans les chambres de l'appartement. Toutefois, les documents photographiques qu'ils produisent ne permettent pas, à eux seuls, d'établir le caractère insalubre ou dangereux du logement qu'ils occupent.

7. De même, il ressort des mentions du bail versé au dossier que le logement de M. et Mme C présente une superficie de 67m², supérieure à la superficie minimale exigée par les dispositions précitées de l'article 822-25 du code de la construction et de l'habitation pour une famille de six personnes. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que leur logement est en état de suroccupation, la configuration du logement ne constituant pas, à cet égard, un critère de suroccupation.

8. Enfin, les requérants ne critiquent pas utilement le motif contenu dans la décision en litige tenant à ce que leur fils aîné, qu'ils ont mentionné dans leur recours amiable, ne remplit pas les conditions de permanence de résidence mentionnées à l'article R. 441-1, 1° du code de la construction et de l'habitation en se bornant à faire valoir que celui-ci n'habite plus qu'occasionnellement avec eux et qu'il a sollicité la régularisation de sa situation administrative.

9. Ainsi, M. et Mme C, qui ne contestent pas les autres motifs de refus opposés par la commission de médiation, ne justifient pas entrer dans une des catégories visées limitativement par l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation permettant de les désigner comme prioritaires et devant être logés d'urgence.

10. Il résulte de tout ce que précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Haute-Garonne du 12 janvier 2021. Par suite leur requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C, à Me Ouddiz-Nakache et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

La magistrate désignée,

V. POUPINEAU

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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