mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2101546 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PETITGIRARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 mars 2021 et 23 août 2022, M. A C, représenté par Me Petitgirard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2021 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours suite à la décision du 10 avril 2020 de la ministre des armées rejetant sa demande de pension ;
2°) de faire droit à da demande de pension pour l'infirmité " butée épaule droite après luxations récidivantes. Instabilité postérieure " au taux de 15% ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise et désigner un expert orthopédiste aux fins d'apprécier son taux d'infirmité ainsi que l'existence d'un état antérieur ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'illégalité en " l'absence d'expertise efficiente " ; " aucune expertise adaptée visant à apprécier les séquelles de l'infirmité imputable au service n'a été réalisée " ; l'expertise réalisée le 19 avril 2019 est une expertise dite " Brugnot " qui vise à évaluer les préjudices extra-patrimoniaux et non à apprécier le taux d'infirmité ; cette expertise est " lacunaire " et " insuffisante " dès lors qu'elle ne comporte aucun taux d'invalidité en référence au guide-barème ; elle ne comporte pas les mesures des mouvements de son épaule droite et ne prend pas en compte un examen d'imagerie par résonnance magnétique (IRM) réalisée en 2018 ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'existe pas d'état antérieur ; seul un état antérieur source de préjudice peut être pris en compte, le taux d'invalidité de 15% aurait dû être maintenu dès lors que son état ne s'est pas amélioré ;
- la décision du 13 avril 2018 rejetant sa demande de renouvellement de sa pension, qui ne revêt pas d'autorité de la chose jugée, ne faisait pas obstacle à ce qu'il puisse déposer une nouvelle demande de pension militaire d'invalidité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juillet 2021 et 24 avril 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.
Par un courrier du 26 septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative que, dans l'hypothèse où il serait fait droit aux conclusions à fin d'annulation de la requête, le jugement est susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction tendant au réexamen de la demande de M. C après expertise médicale.
Une réponse à ce moyen d'ordre public présentée pour le ministre des armées a été enregistrée le 3 octobre 2023 et a été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me Petitgirard, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est entré en service dans l'armée de terre le 8 avril 2012. Le 23 septembre 2013, il a été victime d'un accident survenu en service, à l'occasion d'un match de football organisé sur le terrain de la base aérienne 118, lui causant une blessure à l'épaule. Par arrêté du 4 juillet 2016, il s'est vu concéder, à titre temporaire, du 22 septembre 2014 au 2 septembre 2017, une pension militaire d'invalidité au taux de 10% pour " séquelles de luxation récidivantes scapulo-humérale de l'épaule droite chez un droitier. Douleurs avec limitation importante en rotation interne et légère en rétropulsion et rotation externe. Amyotrophie légère des muscles sous épineux et deltoïde droit. ". Au terme de la procédure de renouvellement de sa pension, par décision du 13 avril 2018, le ministre des armées a rejeté sa demande pour insuffisance de taux. En parallèle, M. C a présenté, le 12 janvier 2018, une demande de réparation de ses préjudices à caractère personnel conformément à la décision du 1er juillet 2005, Brugnot du Conseil d'État (n° 258208).
2. Par une demande enregistrée le 11 février 2019, M. C a sollicité une pension militaire d'invalidité pour l'infirmité " Butée épaule droite après luxations récidivantes. Instabilité postérieure. ". Par un arrêté du 10 avril 2020, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif que l'infirmité invoquée globalement évaluée au taux de 10% résulte d'un accident sans lien avec le service et que les séquelles de l'accident du 23 septembre 2013 entrainent un degré d'invalidité inférieur à 10%, taux minimum requis pour la prise en compte d'une infirmité. Le 2 octobre 2020, M. C a présenté un recours administratif préalable obligatoire devant la commission de recours de l'invalidité qui, par une décision du 20 janvier 2021, l'a rejeté. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision et d'ouvrir en conséquence ses droit à pension militaire à compter de la date de sa demande et à titre subsidiaire d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale.
Sur le cadre juridique applicable :
3. Il résulte de l'instruction que la demande le 11 février 2019 doit être regardée comme une demande nouvelle de pension militaire d'invalidité pour l'infirmité " butée épaule droite après luxations récidivantes. Instabilité postérieure ".
4. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pension militaire d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
Sur la régularité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : /1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service. " et aux termes de l'article L. 121-4 du même code : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. / Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 %. ". Aux termes de l'article R. 151-2 du même code : " La demande comporte les certificats et documents mentionnés à l'article R. 151-1 des services de l'intéressé et les comptes rendus d'hospitalisation ou, à défaut, toute autre pièce médicale justificative. Elle est adressée au service désigné par le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre. / () / Dès que le service précité est en possession des documents et renseignements nécessaires à l'étude du dossier, il fournit au demandeur les indications utiles relatives à sa présentation devant un médecin expert. " Aux termes de l'article R. 151-8 de ce code : " le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre détermine les conditions dans lesquelles il est procédé aux expertises médicales mentionnées à l'article R. 151- 2 ". Enfin, aux termes de l'article R. 151-9 du même code : " les expertises auxquelles sont soumis les militaires en vue de l'obtention d'une pension d'invalidité sont effectuées par un médecin mandaté par le service désigné par le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre ".
6. M. C soutient que l'expertise réalisée le 19 avril 2019 est " lacunaire " et " insuffisante ", dès lors qu'il s'agit d'une expertise dite " Brugnot " visant à déterminer les seuls préjudices extra-patrimoniaux dont il a demandé réparation en 2018 et qu'elle ne se prononce pas sur le taux d'invalidité de sa pathologie en référence au guide-barème des pensions militaires d'invalidité. Il en conclut que la décision attaquée aurait été prise en l'absence d'une expertise " efficiente ".
7. Il résulte des dispositions citées au point 5 que l'instruction médico-administrative d'une demande de pension militaire d'invalidité par l'administration débute obligatoirement par une première phase d'expertise médicale, consistant notamment à vérifier les données produites à l'appui de la demande et à fixer le taux des infirmités concernées, dont elle constitue une formalité substantielle. Or, l'expertise réalisée le 19 avril 2019 par le Dr D est une expertise dite " Brugnot " ordonnée dans le cadre de l'instruction de la demande de réparation des préjudices personnels de M. C, dont l'objet est de déterminer les préjudices extrapatrimoniaux distincts de l'atteinte à l'intégrité physique en précisant la date de consolidation du dommage et en évaluant chaque poste de préjudice avec une note de 1 à 7. En outre, cette évaluation s'opère en référence à la nomenclature Dinthillac. Si cette expertise constate une " limitation minime d'amplitude en rotation interne ", au demeurant non chiffrée, elle ne détermine toutefois pas le degré d'invalidité de l'infirmité en cause au jour de la demande de l'intéressé, en référence au guide-barème des pensions militaires d'invalidité, ni l'éventuelle ventilation du taux global. Dans ces conditions, l'expertise du 23 avril 2019 est insuffisante pour instruire la demande présentée par M. C le 11 février 2019. Dès lors, en l'absence d'une expertise médicale préalable réalisée conformément aux dispositions de l'article R.151-9 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, M. C a été privé d'une garantie procédurale.
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la commission de recours de l'invalidité, en considérant que l'expertise du 23 avril 2019 comprenait l'ensemble des renseignements médicaux ou pièces médicales indispensables à l'examen des droits de M. C au titre du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête et d'ordonner une expertise avant-dire-droit, que la décision attaquée du 20 janvier 2021 doit être annulée.
Sur le prononcé d'office d'une injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé./ La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision.".
11. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée, eu égard au motif de cette annulation, implique nécessairement le réexamen de la situation de M. C après une nouvelle expertise médicale. Par suite, il y a lieu d'enjoindre le ministre des armées d'y procéder dans le délai de six mois à compter du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement au conseil de l'intéressé d'une somme globale de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour Me Petitgirard de renoncer au bénéfice de la contribution de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours de l'invalidité du 20 janvier 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de réexaminer la situation de M. C après une nouvelle expertise médicale dans un délai de six mois.
Article 3 : L'État versera au conseil de M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, dans conditions précisées au point 12 du jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Petitgirard, et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026