mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2101594 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SARASQUETA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 mars 2021 et le 17 mars 2022, M. B A, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal et leur capitalisation à compter du 21 décembre 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'office français de l'immigration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, dès lors que la décision du 11 avril 2019 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est illégale ;
- du fait de l'illégalité fautive de cette décision, il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêt n° 21BX02462 du 7 avril 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Héry, présidente-rapporteure,
-les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
-et les observations de Me Bouix, substituant Me Sarasqueta, représentant M. A, en présence de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant burundais né le 20 mai 1994, a demandé l'asile le 17 décembre 2018. Par une décision du 11 avril 2019, le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Cette décision a été annulée le 1er décembre 2020 par le tribunal, par jugement n° 1902939 du 1er décembre 2020. Par arrêt du 7 avril 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux, saisie d'un appel contre l'ordonnance rendue le 25 mars 2021 par le tribunal administratif sur la requête de M. A présentée sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, a condamné l'OFII à verser à M. A, qui a obtenu le statut de réfugié le 28 mai 2020, une provision de 4 000 euros, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020, ces intérêts étant capitalisés à compter du 21 décembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date. Par sa requête, M. A demande que l'OFII soit condamné à lui verser la somme totale de 20 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la décision du 11 avril 2019.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle par une décision du 8 juin 2021, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. L'illégalité d'une décision est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration à l'égard de son destinataire, pour autant qu'elle ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain.
4. Par jugement n° 1902939 du 1er décembre 2020, devenu définitif, la décision du 11 avril 2019 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a refusé d'accorder à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été annulée au motif que ce dernier justifiait d'un motif légitime tenant à ce qu'il n'avait pas présenté sa demande d'asile dans les délais requis, du fait qu'il avait mis plusieurs années à assumer son homosexualité, laquelle constitue une infraction pénale dans son pays d'origine. L'illégalité fautive entachant cette décision de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil est de nature à engager la responsabilité de l'OFII à l'égard du requérant.
5. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, si la faute ainsi commise par l'office français de l'immigration et de l'intégration est établie, sa condamnation est cependant subordonnée à la démonstration d'un préjudice certain, présentant un lien direct de causalité avec l'illégalité fautive retenue.
6. Il résulte de l'instruction que M. A n'a bénéficié d'aucune allocation pour demandeur d'asile durant la période s'étendant du 17 décembre 2018 au 28 mai 2020. Ainsi, même si ce dernier a pu bénéficier ponctuellement d'un soutien de diverses associations et d'un hébergement provisoire chez son frère, la privation des ressources dont il était en droit de bénéficier, sur une période de près d'un an et demi, l'a placé dans une situation particulièrement difficile. De plus, la décision illégale de l'OFII a emporté des conséquences sur la santé de M. A, ainsi que l'atteste un certificat médical du 19 février 2021 mentionnant " un état d'anxiété généralisée avec des troubles du sommeil invalidant, un sentiment d'impuissance vis-à-vis de sa situation associée à des idéations suicidaires récurrentes " et précisant qu'une courte période de prise en charge médicamenteuse a été nécessaire à la suite. L'ensemble de ces éléments est ainsi de nature à caractériser un préjudice moral et des troubles dans les conditions de l'existence dont il sera fait une juste appréciation par l'allocation d'une somme de 5 000 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'OFII doit être condamné à verser à M. A la somme de 5 000 euros, déduction faite des sommes déjà versées par l'office au titre de la provision précédemment accordée par la cour administrative d'appel de Bordeaux.
Sur les intérêts :
8. Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article 1153 du code civil, repris à l'article 1231-6 du même code, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
9. Il résulte de l'instruction que M. A a présenté une réclamation préalable, reçue le 21 décembre 2020 par l'OFII, tendant à l'indemnisation de son préjudice. Dans ces conditions, il y a lieu d'allouer à M. A les intérêts au taux légal ayant couru sur la somme fixée au point 8 ci-dessus à compter de cette date et jusqu'au paiement par l'Office français de l'immigration et de l'intégralité de cette somme.
Sur la capitalisation des intérêts :
10. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 20 mars 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 20 mars 2022, date à laquelle plus d'une année d'intérêts était due, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sarasqueta de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration est condamné à verser à M. A la somme de 5 000 euros, déduction faite des sommes déjà versées en exécution de l'ordonnance n°21BX02462 du 7 avril 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux.
Article 3 : Les sommes versées par l'OFII en exécution du présent jugement porteront intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020. Les intérêts échus à la date du 20 mars 2022 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : L'OFII versera à Me Sarasqueta la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sarasqueta et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La présidente-rapporteure,
F. HÉRY
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU
La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026