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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101696

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101696

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101696
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHERRMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2021, M. A B, représenté par Me Herrmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté implicitement la demande indemnitaire préalable qu'il a formée le 24 décembre 2020 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 71 467,21 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 décembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat doit être engagée au motif que son obligation réglementaire de service depuis l'année scolaire 2015-2016 jusqu'au début de l'année scolaire 2020-2021 aurait dû être de dix heures au vu de l'effectif de sa classe, et non de quinze heures ;

- la situation des classes qui préparent le diplôme de gestion et de comptabilité étant assimilable à celle des classes préparatoires aux grandes écoles, ses obligations réglementaires de service doivent être calculées de la même manière que pour les professeurs de classes préparatoires aux grandes écoles ;

- ce principe a été rappelé par la réponse ministérielle n° 72621 à la question écrite posée par M. C, député, publiée au journal officiel de l'Assemblée Nationale du 15 juin 2010, p. 6675 ;

- le principe d'égalité de traitement a été méconnu dès lors que ses collègues enseignant dans une classe de préparation au diplôme de gestion et de comptabilité dans des établissements d'enseignement publics bénéficient d'un régime d'obligation réglementaire de service à hauteur de dix heures par semaine ;

- il a été victime de manœuvres dolosives et le principe de loyauté applicable entre parties à un contrat public a été méconnu ; il a été trompé et abusé par le rectorat de l'académie de Toulouse ;

- son préjudice financier est constitué par un " surcroît de service " impayé évalué à hauteur de 41 467,21 euros ;

- il a alerté les services du rectorat de l'académie de Toulouse à plusieurs reprises sans succès et a été victime d'une discrimination qui aura des conséquences au moment de sa retraite ; son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence doivent être évalués à hauteur de 30 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la demande indemnitaire de M. B est prescrite en ce qui concerne la créance dont il se prévaut au titre de l'année 2015 ;

- pour le surplus, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le décret n° 50-581 du 25 mai 1950 ;

- le décret n° 2014-940 du 20 août 2014 ;

- le décret n° 2015-851 du 10 juillet 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 13 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, lauréat du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement privé, a été recruté en qualité de maître contractuel de l'enseignement privé à compter du 1er septembre 1996 par le biais d'un contrat d'enseignement provisoire devenu définitif à l'issue de sa période probatoire le 1er septembre 1997. Il a ensuite été lauréat du concours interne de l'agrégation de l'enseignement privé au titre de l'année 2003. Il est affecté à l'institut " Limayrac ", établissement d'enseignement supérieur privé situé à Toulouse, depuis le 1er septembre 2012. Depuis l'année 2015, il dispense notamment des enseignements en économie-gestion à raison de quinze heures par semaine dans une classe qui prépare au diplôme de comptabilité et de gestion. Par un courriel du 30 mars 2020, M. B a demandé au rectorat de l'académie de Toulouse la correction d'une erreur sur sa rémunération, au motif que son obligation réglementaire de service hebdomadaire dans le cadre de la préparation au diplôme de gestion et de comptabilité est de quinze heures alors qu'elle est de dix heures pour ses collègues de l'enseignement public. Par un courriel du 20 octobre 2020, le rectorat de l'académie de Toulouse a informé M. B de ce que la création d'un support " classes préparatoires aux grandes écoles " a fait l'objet d'une validation et qu'en conséquence, son obligation réglementaire de service est fixée à dix heures par semaine au titre de l'année scolaire 2020-2021. Le caractère rétroactif de ces mesures n'a quant à lui pas été reconnu. Par un courrier du 24 décembre 2020, M. B a formé une demande indemnitaire préalable, et le silence conservé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, il demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 71 467,21 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable formée par M. B le 24 décembre 2020 :

2. Cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de M. B, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la responsabilité pour faute de l'Etat :

3. Selon l'article R. 914-2 du code de l'éducation : " Les maîtres contractuels ou agréés des établissements d'enseignement privés sous contrat auxquels un contrat ou un agrément définitif a été accordé sont soumis, pour la détermination de leurs conditions de service, aux dispositions applicables aux personnels de l'enseignement public. ". L'article R. 914-3 du même code prévoit que : " Les maîtres contractuels ou agréés sont astreints aux obligations de service prévues par la réglementation en vigueur pour les personnels de même catégorie exerçant dans les établissements publics locaux d'enseignement. ".

4. Aux termes de l'article D. 612-29-2 du code de l'éducation : " Les dispositions des paragraphes 1 et 2 de la présente sous-section sont applicables aux classes préparatoires aux grandes écoles organisées dans les établissements privés et placées sous contrat d'association. / Ces établissements concluent, en vue de faciliter la poursuite d'études des étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles qui souhaitent accéder à une formation supérieure dispensée par un autre type d'établissement, une ou plusieurs conventions selon les dispositions de l'article D. 612-29-1. ". Les paragraphes 1 et 2 mentionnés dans ces dispositions sont relatifs à l'admission ainsi qu'à l'organisation des classes préparatoires. L'article D. 612-21 contenu dans le paragraphe 2 prévoit que : " Les classes préparatoires aux grandes écoles établies dans les lycées dispensent des formations de l'enseignement supérieur qui s'inscrivent, dans le cadre de l'architecture européenne des études mentionnée à l'article D. 123-13 et fondée principalement sur les trois grades de licence, master et doctorat, au sein des études conduisant au grade de licence. / Elles forment les étudiants pour les différents secteurs économiques, l'enseignement, la recherche, l'administration et la défense en les préparant notamment aux concours d'accès aux grandes écoles. ". L'article D. 612-24 contenu également dans le paragraphe 2 prévoit que : " Pour chacune des catégories mentionnées à l'article D. 612-22, le ministre chargé de l'enseignement supérieur définit, après avis, d'une part, du ministre chargé de l'agriculture et du ministre de la défense et, d'autre part, du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche et du Conseil supérieur de l'éducation, les objectifs nationaux relatifs à la régulation et à l'évolution des flux d'entrée, les lignes directrices de la carte scolaire ainsi que les règles générales pour les capacités d'accueil d'une division. Ces dispositions ne s'appliquent pas aux classes préparatoires aux grandes écoles établies dans les lycées relevant du ministre de la défense. / () Les ministres chargés de l'éducation et de l'agriculture et le ministre de la défense décident respectivement de la création et de la suppression des divisions destinées à accueillir les étudiants de classes préparatoires aux grandes écoles dans les lycées relevant de leur compétence. / () La liste des divisions de classes préparatoires aux grandes écoles implantées dans les lycées fait chaque année l'objet d'une publication. ".

5. Aux termes de l'article 1 du décret du 10 juillet 2015 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement d'enseignement privé du second degré sous contrat : " Le décret du 20 août 2014 susvisé est applicable aux maîtres des établissements d'enseignement privés du second degré sous contrat, sous réserve des dispositions des articles 2 et 3 du présent décret. ". Selon l'article 2 du décret du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d'enseignement du second degré : " Dans le cadre de la réglementation applicable à l'ensemble des fonctionnaires en matière de temps de travail et dans celui de leurs statuts particuliers respectifs, les enseignants mentionnés à l'article 1er du présent décret sont tenus d'assurer, sur l'ensemble de l'année scolaire : / I. - Un service d'enseignement dont les maxima hebdomadaires sont les suivants : / 1° Professeurs agrégés : quinze heures ; ". Selon l'article 6 du décret du 25 mai 1950 portant règlement d'administration publique pour la fixation des maximums de service hebdomadaire du personnel enseignant des établissements d'enseignement du second degré : " 1° Le maximum de service des professeurs de mathématiques, de sciences physiques et de sciences naturelles qui donnent tout leur enseignement dans les classes de mathématiques spéciales, de mathématiques supérieures, dans les autres classes préparatoires aux grandes écoles dont la liste est fixée par décision ministérielle, est arrêté ainsi qu'il suit : / () Classes de mathématiques supérieures, classes préparatoires à l'Ecole centrale des arts et manufactures (deuxième année), à l'Ecole navale et à l'Ecole de l'air (deuxième année), aux écoles nationales supérieures d'ingénieurs (deuxième année A et B pour les mathématiques et les sciences physiques), à l'Institut national agronomique (agro deuxième année, pour les sciences naturelles) : / Classes ayant un effectif de plus de 35 élèves : 9 heures ; / Classes ayant un effectif de 20 à 35 élèves : 10 heures ; ". L'article 7 de ce décret prévoit des dispositions analogues en ce qui concerne les professeurs de philosophie, lettres, histoire et géographie ou langues vivantes qui dispensent leur cours dans des classes de lettres supérieures et dans des classes préparatoires aux Ecoles normales supérieures, à l'Ecole nationale de la France d'outre-mer et à l'Ecole nationale des chartes.

6. En l'espèce, il est constant qu'avant l'année 2020, aucune demande d'inscription sur la liste des divisions de classes préparatoires aux grandes écoles n'a été formée concernant la préparation au diplôme de gestion et de comptabilité dispensée par l'institut " Limayrac ". Dès lors que la classe de M. B ne figurait pas sur cette liste avant la rentrée scolaire de l'année 2020-2021, période à compter de laquelle l'inspection d'académie a émis un avis favorable à l'inscription de cette classe au titre des classes préparatoires aux grandes écoles, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que ses obligations de service auraient dû être calculées, depuis la rentrée scolaire de l'année 2015-2016, de la même manière que pour ses collègues enseignant dans les classes préparatoires aux grandes écoles dans l'enseignement public.

7. En outre, il résulte des écritures de M. B, ainsi que du courriel qu'il a adressé au rectorat de l'académie de Toulouse le 30 mars 2020, que l'intéressé a entendu se prévaloir des obligations réglementaires de service fixées par les dispositions du décret du 25 mai 1950 cité au point 5. Les articles 6 et 7 de ce décret visent de manière exhaustive les professeurs de mathématiques, sciences physiques et naturelles, philosophie, lettres, histoire et géographie et langues vivantes. Par ailleurs, la classe préparatoire au diplôme de gestion et comptabilité ne figure pas au nombre des classes visées par les dispositions de ce décret. Dès lors que ni la matière d'économie-gestion, ni la classe préparatoire au diplôme de gestion et comptabilité ne sont visées par les dispositions du décret du 25 mai 1950 précité, et à supposer même que la classe de M. B aurait pu être considérée comme une classe préparatoire aux grandes écoles depuis la rentrée scolaire 2015-2016 au vu des dispositions du code de l'éducation citées au point 4 du présent jugement, l'intéressé n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que l'Etat a commis une faute en ne lui fixant pas une obligation réglementaire de service équivalente à celle d'un professeur de classe préparatoire aux grandes écoles depuis la rentrée scolaire 2015-2016.

8. Par ailleurs, le principe général d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'administration règle de façon différente des situations différentes. Dès lors, si le requérant invoque la situation de collègues professeurs agrégés enseignant dans des classes qui préparent au diplôme de gestion et de comptabilité au sein d'établissements publics, d'une part il n'apporte que peu de précisions sur leur situation et, en tout état de cause, n'établit pas de manière précise qu'il aurait été placé dans la même situation qu'eux.

9. Il résulte également de ce qui vient d'être dit que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été victime de manœuvres dolosives et qu'il aurait été trompé et abusé par le rectorat de l'académie de Toulouse.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de prescription opposée en défense, que les conditions d'engagement de la responsabilité pour faute de l'Etat ne sont pas réunies. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTO

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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