jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2101776 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CLAIRANCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars et 6 septembre 2021, M. A B, la société Générale Technique Ingénierie (GT Ingénierie) et la société CBIT, représentés par Me Rigoreau, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze à indemniser leur manque à gagner en leur versant la somme de 15 993,72 euros, à raison de 10 108,62 euros pour M. B, de 4 085,10 euros pour GT Ingénierie et de 1 800 euros pour CBIT ;
2°) de condamner la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze à leur verser, à chacun, la somme de 1 500 euros au titre de la perte de référence ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze le paiement de la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les notes qui leur ont été attribuées ne sont pas justifiées ; ils auraient dû obtenir 50 points sur le critère technique et 10 points pour le critère organisation de l'équipe ; à l'inverse, le groupement lauréat aurait dû obtenir 3,19 points de moins sur le critère technique ; par suite, ils ont été privés d'une chance sérieuse de remporter le marché ;
- leur manque à gagner s'élève à 15 993,72 euros, à raison de 10 108,62 euros pour M. B, de 4 085,10 euros pour GT Ingénierie et de 1 800 euros pour CBIT ;
- leur perte de référence s'élève à 1 500 euros par co-traitant.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juin 2021 et 11 avril 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze, prise en la personne de son maire et représentée par Me Faure-Tronche, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge des requérants le paiement de la somme de 1 500 euros.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'avaient pas une chance sérieuse d'emporter le marché dès lors qu'ils figurent en 10ème position ;
- en tant que pouvoir adjudicateur, elle avait un pouvoir discrétionnaire d'analyse des offres ; le contrôle juridictionnel se limite à l'erreur manifeste d'appréciation ;
- les notes attribuées au groupement des requérants sur la valeur technique et sur l'organisation de l'équipe sont justifiées ;
- les requérants n'établissent pas la preuve de leur préjudice.
Par une ordonnance du 10 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2022.
Une pièce enregistrée pour M. B, le 16 août 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Barthalais, représentant M. B, et de Me Faure-Tronche, représentant la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze.
Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 14 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 24 août 2020, la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze (Haute-Garonne) a lancé un avis d'appel public à la concurrence pour la restructuration d'une maison de ville en pôle de service et d'habitation, auquel a répondu, notamment, un groupement de maîtrise d'œuvre composé de M. B, architecte, de la société GT Ingénierie, bureau d'étude fluides, de la société CBIT, ordonnancement, pilotage et coordination, et de la société EBM structure, bureau d'étude structure. Le 30 novembre 2020, la commune a notifié à ce groupement le rejet de leur offre. Par des courriers des 7 et 8 décembre 2020, la commune a notifié la signature du marché et le rapport d'analyse des offres (RAO). Par un courrier du 29 janvier 2021, le groupement précité a formé auprès de la commune une demande indemnitaire préalable d'un montant total de 25 320 euros, à raison des préjudices subis par ses membres à la suite de leur éviction irrégulière. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B et les sociétés GT Ingénierie et CBIT demandent la condamnation de la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze à leur verser la somme de 15 993,72 euros au titre de leur manque à gagner, ainsi que la somme de 1 500 euros chacun au titre de leur perte de référence.
2. En vue d'obtenir réparation de ses droits lésés, le concurrent évincé a ainsi la possibilité de présenter devant le juge du contrat des conclusions indemnitaires, à titre accessoire ou complémentaire à ses conclusions à fin de résiliation ou d'annulation du contrat. Il peut également engager un recours de pleine juridiction distinct, tendant exclusivement à une indemnisation du préjudice subi à raison de l'illégalité de la conclusion du contrat dont il a été évincé.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'irrégularité ayant, selon lui, affecté la procédure ayant conduit à son éviction, il appartient au juge, si cette irrégularité est établie, de vérifier qu'elle est la cause directe de l'éviction du candidat et, par suite, qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute en résultant et le préjudice dont le candidat demande l'indemnisation.
En ce qui concerne l'éviction irrégulière :
4. Aux termes de l'article R. 2152-7 du code de la commande publique : " Pour attribuer le marché au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde : / 1° Soit sur un critère unique qui peut être : () / 2° Soit sur une pluralité de critères non-discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Il peut s'agir des critères suivants : / a) La qualité, y compris la valeur technique et les caractéristiques esthétiques ou fonctionnelles, l'accessibilité, l'apprentissage, la diversité, les conditions de production et de commercialisation, la garantie de la rémunération équitable des producteurs, le caractère innovant, les performances en matière de protection de l'environnement, de développement des approvisionnements directs de produits de l'agriculture, d'insertion professionnelle des publics en difficulté, la biodiversité, le bien-être animal ; / b) Les délais d'exécution, les conditions de livraison, le service après-vente et l'assistance technique, la sécurité des approvisionnements, l'interopérabilité et les caractéristiques opérationnelles ; / c) L'organisation, les qualifications et l'expérience du personnel assigné à l'exécution du marché lorsque la qualité du personnel assigné peut avoir une influence significative sur le niveau d'exécution du marché. / D'autres critères peuvent être pris en compte s'ils sont justifiés par l'objet du marché ou ses conditions d'exécution. / Les critères d'attribution retenus doivent pouvoir être appliqués tant aux variantes qu'aux offres de base. "
5. Les requérants soutiennent que leur offre a été rejetée en raison de trois irrégularités intervenues lors de l'appréciation portée sur leur offre et sur celle du lauréat. Premièrement, s'agissant de la note de la qualité technique du groupement des requérants, il résulte de l'instruction que, bien que leur acte d'engagement ait mentionné six références, dont cinq liées au secteur public, cependant le rapport d'analyse des offres indique qu'ils n'ont " pas de références significative sur notre projet " et seulement " quelques références du public ", avant de mentionner quatre projets qui ne figuraient pas dans l'acte d'engagement, sans citer aucune des six références qui y figuraient. De plus, le pouvoir adjudicateur leur a attribué, sur ce critère, la note de 27 points, contre 50 pour les lauréats, que le RAO justifie par " beaucoup de références sur notre projet de rénovation, très bonnes connaissances du secteur public ", citant à ce titre six projets conduits précédemment par les lauréats. Si la commune soutient que les requérants n'avaient pas de références " significatives " sur le projet, elle n'assortit cette assertion d'aucun début d'élément d'explication, tandis qu'elle ne précise pas non plus en quoi la circonstance que les requérants avaient surtout des expériences en milieu pénitentiaire aurait été opérante. Ainsi, et alors même que la commune mentionne en défense la possibilité d'une " erreur matérielle ", les requérants sont fondés à soutenir que la note qu'ils ont obtenue sur la qualité technique est entachée d'une irrégularité. Deuxièmement, s'agissant de la note d'équipe, il résulte des termes mêmes du RAO que le groupement requérant a obtenu la note de 6,27 sur 10, contre 9,19 sur 10 pour les lauréats, alors que les critères indiqués sont le chiffre d'affaires et l'effectif. Si la commune oppose en défense que cette note ne serait pas liée au chiffre d'affaires de l'entreprise, il s'agit pourtant du premier critère indiqué par le RAO, lequel précise d'ailleurs sa moyenne (respectivement 108 000 euros et 77 000 euros pour les requérants et les lauréats) et son caractère décroissant, pour les requérants, ou croissant, pour les lauréats. De plus, les requérants font valoir, sans que cela ne soit contesté, que seul l'effectif du cabinet d'architecture de M. B a été pris en compte, à l'exclusion des effectifs des trois autres sociétés du groupement. Enfin, si la commune mentionne qu'elle n'est pas tenue de communiquer sa méthode d'évaluation, il résulte toutefois de l'instruction que le pouvoir adjudicateur a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la note attribuée au groupement sur ce critère. Troisièmement, s'il résulte de l'instruction, ainsi qu'il vient d'être dit, que la note d'équipe du groupement requérant est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en revanche il n'en résulte pas que celle des lauréats aurait dû être de 6 points ou moins, comme le soutiennent les requérants.
6. Ainsi qu'il a été exposé au point précédent, il résulte de l'instruction que le groupement requérant est fondé à soutenir que ses notes relatives à la qualité technique et à l'organisation de leur équipe sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, et qu'elles auraient dû être équivalentes à celles des lauréats. Ainsi, le total des points des requérants aurait dû être au moins de 85 points, contre 86,85 points pour les lauréats. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir qu'ils avaient une chance sérieuse de remporter le marché et que les irrégularités susmentionnées sont directement à l'origine de leur éviction.
En ce qui concerne les préjudices :
7. Lorsqu'une entreprise candidate à l'attribution d'un marché public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce marché, il appartient au juge de vérifier d'abord si l'entreprise était dépourvue de toute chance de remporter le marché. Dans l'affirmative, l'entreprise n'a droit à aucune indemnité ; dans la négative, elle a droit en principe au remboursement des frais qu'elle a engagés pour présenter son offre. Dans le cas où l'entreprise avait des chances sérieuses d'emporter le marché, elle a droit à l'indemnisation de l'intégralité du manque à gagner qu'elle a subi.
8. En premier lieu, le manque à gagner doit être calculé sur la marge nette que les prestations auraient engendrée. Si les requérants évaluent les charges et les frais à 64 % du prix de leur offre et, par suite, leur préjudice à 36 % de celle-ci, toutefois ils ne justifient pas de leur marge nette sur les exercices comptables précédents, et ne versent d'ailleurs aucune pièce au dossier à ce titre, alors même que la commune oppose en défense que leur préjudice n'est pas justifié. Par suite, le préjudice relatif à leur manque à gagner n'est pas établi.
9. En second lieu, si le préjudice commercial, ou " perte de référence ", peut être indemnisé en sus du manque à gagner, toutefois il revient aux requérants d'en établir la réalité et le montant. En l'espèce, si les requérants demandent 1 500 euros chacun au titre de ce préjudice, toutefois ils n'assortissent cette demande d'aucun élément d'explication ni d'aucune pièce justificative, alors même que la commune oppose en défense que leur préjudice n'est pas justifié. Par suite, le préjudice relatif à leur perte de référence n'est pas établi.
10. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des préjudices dont les requérants demande la réparation n'est établi. Par suite, leurs conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B, de la société GT Ingénierie et de la société CBIT est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la société Générale Technique Ingénierie, à la société CBIT et à la commune de Saint-Sulpice-sur-Lèze.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026