mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2101803 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GAILLARD-ROBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2021, Mme H C et M. F D, représentés par Me Robert, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'État à les indemniser de leur préjudice moral subi en raison des fautes commises lors du décès de M. G D survenu le 14 décembre 2017 alors qu'il était incarcéré à l'établissement pour mineur de E, en mettant à sa charge la somme de 40 000 euros à verser à Mme C et la somme de 40 000 euros à verser à M. D ;
2°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros à verser à Mme C et la somme de 2 000 euros à verser à M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur recours est recevable ;
- l'administration pénitentiaire a commis une faute en raison d'un défaut de surveillance et de sécurité des détenus tels qu'ils figurent aux articles 3, 12 et 22 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 et aux articles D. 226 et suivants du code de procédure pénale, du manque de protection à la vie de Florent D au sens de l'article 2 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des articles 16 et 25 du décret n° 2010-1711 du 30 décembre 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire ;
- ces fautes leur ont causé un préjudice moral particulièrement important en raison de la perte de leur fils unique, mineur ;
- ce préjudice moral est évalué à 40 000 euros pour chacun d'entre eux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à réévaluer le montant des dommages et intérêts sollicités à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- aucune faute n'est imputable à l'administration pénitentiaire ;
- le préjudice moral subi par les requérants n'est pas certain et, à supposer qu'il le soit, l'indemnité réclamée à ce titre est disproportionnée.
Par une ordonnance du 7 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 7 décembre 2021 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire issu de l'ordonnance n° 2022-478 du 30 mars 2022 ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire, abrogée par l'ordonnance n° 2022-478 du 30 mars 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Farges, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. G D, né le 28 mars 2001, a été placé en détention provisoire à l'établissement pour mineurs (A) de E le 29 novembre 2017. Le 13 décembre 2017, il a été retrouvé pendu et inanimé dans sa cellule, puis transporté au centre hospitalier universitaire de Toulouse où il est décédé le 14 décembre 2017. Par une lettre datée du 25 mars 2020 et reçue le 2 avril 2020, Mme C et M. D ont saisi le garde des sceaux, ministre de la justice, d'une demande préalable indemnitaire. L'absence de réponse à cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 2 juin 2020. Dans la présente instance, Mme C et M. D sollicitent l'engagement de la responsabilité de l'État à raison des fautes commises du fait du décès de leur fils, M. G D, en détention.
2. Aux termes de l'article D. 271 du code de procédure pénale dans sa rédaction alors en vigueur, désormais repris à l'article D. 223-9 du code pénitentiaire : " La présence de chaque personne détenue est contrôlée au moment du lever et du coucher, ainsi que deux fois par jour au moins, à des heures variables. "
3. La responsabilité de l'État en cas de préjudice matériel ou moral résultant du suicide d'un détenu peut être recherchée pour faute des services pénitentiaires en raison notamment d'un défaut de surveillance ou de vigilance. Une telle faute ne peut toutefois être retenue qu'à la condition qu'il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas pris, compte tenu des informations dont elle disposait, en particulier sur les antécédents de l'intéressé, son comportement et son état de santé, les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir le suicide.
4. En l'espèce et d'une part, il résulte de l'instruction, en particulier, d'abord de la fiche remplie par M. G D lors de son incarcération, le 29 novembre 2017, soit 14 jours avant sa tentative de suicide, ensuite du compte-rendu de la commission disciplinaire unique tenue le 30 novembre 2017 et, enfin, des procès-verbaux joints au dossier, qu'aucun signe d'auto-agressivité, ni aucun antécédent suicidaire n'avait été détecté chez M. D par l'administration pénitentiaire, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté par les requérants. Si une certaine vulnérabilité de M. D, liée à des addictions à l'alcool et au cannabis, avait été identifiée par l'administration pénitentiaire, celle-ci ne saurait, par elle-même et en l'absence de toute indication en ce sens, révéler un comportement suicidaire. Dans ces circonstances, s'il est constant que M. D est décrit comme " énervé " à sa sortie de son entretien avec l'éducatrice pénitentiaire, le 13 décembre 2017 à 17h10, après avoir appris que sa détention pourrait durer plus longtemps que ce qu'il avait escompté, et qu'il était toujours dans cet état d'énervement lorsque le surveillant et l'éducatrice pénitentiaires lui ont apporté son repas dans sa cellule, à 17h40, cet état d'énervement ne pouvait laisser présager que M. D attenterait à sa vie, a fortiori au cours des deux heures suivantes. Par ailleurs, ni l'incident intervenu lors de son incarcération, le 29 novembre 2017, à savoir un refus de fouille suivi d'une procédure disciplinaire, ni l'agression par deux autres détenus dont M. D a été victime le 7 décembre 2017, à la suite de laquelle les deux détenus mis en cause ont été changés de lieu de vie et ont fait l'objet de sanctions disciplinaires, à savoir respectivement quatre jours de cellule disciplinaire et trois jours de confinement, et à l'issue de laquelle, selon les termes employés par le surveillant affecté à M. D et relatés dans son procès-verbal d'audition, " tout semblait être rentré dans l'ordre ", ne sauraient être considérés comme des signes susceptibles de laisser présager le suicide de M. D, compte tenu notamment du laps de temps survenu entre ces deux faits isolés et son passage à l'acte. Au surplus, la lettre que ce dernier a laissée pour expliquer son geste, vraisemblablement rédigée juste avant ce dernier, mentionne essentiellement l'espoir déçu d'une sortie de détention le 21 décembre 2017 et des propos destinés à ses proches, à l'exclusion d'autres circonstances ou de faits dont l'administration pénitentiaire aurait pu avoir connaissance et qui auraient permis de l'anticiper et de l'empêcher. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration pénitentiaire n'aurait pas pris toutes les mesures utiles, nécessaires et adaptées aux fins de repérer le risque de suicide de M. D.
5. D'autre part, s'il est constant que M. D a été laissé seul dans sa cellule de 17h40 à 19h30, soit pendant moins de deux heures, cette circonstance, qui n'est ni contraire aux dispositions susmentionnées de l'article D. 271 du code de procédure pénale, ni inhabituelle au regard des pratiques de l'établissement pour mineurs de E, ne saurait révéler une faute de l'administration, alors qu'aucune tendance à l'auto-agressivité n'avait été détectée, comme il a été dit, pas plus que l'absence de recours à un membre du personnel médical, pour les mêmes raisons. Au surplus, il n'est pas contesté que le personnel de l'administration pénitentiaire a fait preuve d'une grande réactivité dès la découverte du corps inanimé de M. D, afin de lui prodiguer les premiers secours puis de le transférer vers le centre hospitalier universitaire de Toulouse. Par suite, le comportement et les antécédents de M. D ne pouvant aucunement laisser présager un passage à l'acte, a fortiori imminent, aucune négligence dans la prévention de son acte n'est susceptible de caractériser une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a rejeté leur demande tendant à la condamnation de l'État à les indemniser des préjudices qui leur ont été causés par le décès de M. D.
7. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente affaire, verse aux requérants la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C et M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H C, à M. F D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée, pour information, au directeur de l'établissement pénitentiaire pour mineurs de E et au directeur interrégional des services pénitentiaires d'Occitanie.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. B
Le président,
T. SORINLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026