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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102259

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102259

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102259
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPETITGIRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 avril 2021, 31 août 2022 et 17 janvier 2023, M. D C, représenté par Me Petitgirard, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de la commission de recours de l'invalidité du 17 février 2021 en tant qu'elle a rejeté son recours dirigé contre la décision du 31 août 2020 refusant la révision de sa pension en l'absence d'aggravation de son infirmité " vertiges vestibulaires " ;

2°) de faire droit à la demande d'aggravation pour l'infirmité de vertiges vestibulaires au taux global de 25% ;

3°) d'ordonner, à titre subsidiaire, une expertise par un médecin spécialisé " ORL " afin qu'il se prononce sur la filiation médicale existant entre l'hypoacousie gauche, les vertiges et les acouphènes gauches liés au barotraumatisme, l'aggravation de la surdité et ses répercussions éventuelles sur les vertiges et les acouphènes ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les documents médicaux postérieurs à la demande de révision de la pension sont recevables ;

- sa demande d'aggravation doit être instruite pour l'infirmité " surdité de l'oreille gauche " ou " cophose " ;

- ses infirmités " vertiges vestibulaires " et " acouphènes gauches constants " se sont aggravés, cette aggravation ressort des expertises : il a perdu complétement l'audition du côté gauche et souffre d'une instabilité globale, de difficulté à la marche et d'une compréhension perturbée ; ses vertiges sont de plus en plus fréquents ;

- cette aggravation est sans lien avec une neuropathie causée par le diabète ;

- il existe une relation médicale certaine, directe et déterminante entre les vertiges, les acouphènes et la perte de l'audition.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 mai, 12 décembre 2022 et 9 février 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés :

- l'infirmité " acouphènes gauches constants " ne s'est pas aggravée dès lors que le taux d'invalidité correspond au taux pensionné de 10% ;

- l'infirmité " vertiges vestibulaires " ne s'est pas aggravée et celle-ci peut trouver sa cause dans la neuropathie du diabétique ; cette infirmité est exclusivement rattachée à l'existence des acouphènes gauches ; l'existence d'un hydrops labyrinthique n'est pas suffisant pour modifier le taux de l'infirmité ;

- il n'a pas sollicité la révision de l'infirmité " surdité de l'oreille gauche " ; dès lors la cophose et les problèmes de compréhension ne peuvent être pris en compte pour l'évaluation du taux d'invalidité de l'infirmité " vertiges vestibulaires " ;

- les pièces médicales produites par M. C postérieure à sa demande de révision de sa pension doivent être écartés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Petitgirard, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C s'est engagé dans l'armée de l'air le 1er novembre 1960. Le 19 décembre 1983, il été victime d'un barotraumatisme de l'oreille gauche. Il a été radié des cadres le 26 juillet 1992. Par arrêté du 22 mai 2018, il s'est vu concéder une pension militaire d'invalidité définitive au taux global de 85% à compter du 11 septembre 2016 notamment pour l'infirmité n°2 " vertiges vestibulaires " au taux de 15% et l'infirmité n°4 " acouphènes gauches constants " au taux de 10%. Le 2 novembre 2017, M. C a présenté une demande d'aggravation concernant l'infirmité " vertiges vestibulaires/instabilité " qui a été rejetée par une décision du 22 mai 2018. Le 12 mars 2019, M. C présentait une demande de révision de sa pension militaire d'invalidité concernant les infirmités de vertiges vestibulaires et d'acouphènes gauches. Par décision du 31 août 2020, la ministre des armées a rejeté sa demande. Le 3 novembre 2020, M. C a présenté un recours préalable obligatoire contre cette décision devant la commission de recours de l'invalidité qui, par décision du 17 février 2021, l'a rejeté. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cette décision et, à titre subsidiaire, que soit ordonné une expertise afin de se prononcer sur la filiation médicale entre l'hypoacousie gauche, les vertiges, les acouphènes gauches liés au barotraumatisme, l'aggravation de la surdité et ses répercussions éventuelles sur les vertiges et les acouphènes.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 731-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre : " Les décisions prises par le ministre de la défense ou le ministre chargé du budget en application des dispositions des articles L. 115, L. 128 et R. 19 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre sont susceptibles, dans le délai de six mois à compter de leur notification, de recours devant le tribunal des pensions ". Il résulte de ces dispositions que la juridiction des pensions ne peut être saisie que d'une décision administrative rejetant une demande de pension.

3. Il résulte de l'instruction que la demande de révision de M. C, présentée le 12 mars 2019, portait sur l'aggravation des infirmités " vertiges vestibulaires " et " acouphènes gauches constants " déjà pensionnées, sans mentionner l'infirmité " surdité oreille gauche ". En l'absence de demande préalable et donc de décision de rejet concernant cette infirmité, les conclusions de M. C tendant à la contestation de la décision de refus de révision prise par le ministre en ce qui la concerne sont en conséquence irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. / Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de l'intéressé pour évaluer ses droits à renouvellement, révision et octroi d'une pension militaire d'invalidité, et notamment le taux d'invalidité résultant de l'infirmité en cause, soit, en l'espèce, à la date du 12 mars 2019. Toutefois, elles ne sauraient être interprétées comme lui interdisant de prendre en compte des pièces médicales, qui, bien que postérieures à la demande de l'intéressé, révèlent par leur contenu l'état de santé existant à cette date.

6. M. C ne peut pas utilement se prévaloir, devant le juge des pensions saisi de sa demande de révision, des rapports d'expertise établis les 3 mars 2020, 25 mai 2020, 18 mars 2021, 23 mars 2021 dès lors qu'ils ont été réalisés à partir de son état de santé constaté et évalué à ces mêmes dates, ni du certificat médical établi le 7 avril 2021, établi après examen de l'intéressé et faisant état d'une aggravation de son état à cette même date.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / ()/ La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée () ".

8. Il résulte de ces dispositions que le droit à pension est destiné à réparer toutes les conséquences des faits de service dommageables telles qu'elles se révèlent par suite de l'évolution physiologique, pour autant qu'aucune cause étrangère, telle qu'une affection distincte de l'affection pensionnée, ne vienne, pour sa part, aggraver l'état de l'intéressé. Ainsi l'aggravation de l'infirmité initiale, si elle est seulement due au vieillissement, peut justifier une révision du taux de la pension. En revanche, si le vieillissement cause une nouvelle infirmité, distincte de l'infirmité pensionnée, qui contribue à l'aggravation de celle-ci, les dispositions précitées de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre font obstacle à cette révision, dès lors que l'aggravation est due à une cause étrangère à l'infirmité pensionné.

9. Il résulte de l'instruction que s'agissant de l'infirmité 2 " vertiges vestibulaires ", le médecin expert a constaté, le 30 juillet 2020, que les " grandes crises de vertiges rotatoires " dont souffrait C se sont arrêtées avec l'injection de Gentamycine, mais que cette symptomatologie a été remplacée par une instabilité constante. Ainsi, il concluait que la " symptomatologie vertigineuse a évolué, avec une instabilité constante importante le matin et qui s'améliore légèrement au cours de la journée " et évaluait le taux d'invalidité à 25%. Le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité a quant à lui considéré, dans son avis du 18 août 2020, que l'infirmité ne s'était pas aggravée dès lors que l'expertise réalisée le 26 mars 2018 mentionnait d'ores et déjà la " disparition des crises de vertiges rotatoires ", la disparition de " vertiges invalidants " et notait une " amélioration depuis 2015 " tout en indiquant l'existence d'une " instabilité permanente ". S'il résulte de l'instruction et notamment du certificat médical établi le 23 octobre 2018 par le Dr A que M. C souffre d'une maladie de Ménière évolutive invalidante avec vertiges, ce certificat, qui ne s'est pas prononcé sur l'imputabilité au service de cette maladie, n'est pas de nature à établir que l'aggravation constatée serait imputable au service, alors qu'il n'est même pas allégué que la maladie de Ménière serait elle-même imputable au service et qu'il n'est pas établi que la maladie de Ménière constituerait une infirmité en relation directe, certaine et déterminante avec l'infirmité pensionnée dont la révision est sollicitée. Ainsi, le requérant ne peut prétendre à la révision de sa pension en invoquant cette infirmité nouvelle. Dès lors, il ne peut être retenu d'aggravation au titre de cette infirmité pour le calcul de son taux d'invalidité. Par suite, la commission de recours de l'invalidité n'a pas commis d'erreur d'appréciation en décidant de ne pas réviser la pension d'invalidité en prenant en compte l'instabilité permanente dont souffre M. C.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une mesure d'expertise médicale, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision prise à son encontre par la commission de recours de l'invalidité le 17 février 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles qu'il présente au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Petitgirard et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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