jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102359 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ALBAREDE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril 2021 et 15 juin 2022, M. D A, l'Association pour adultes et jeunes handicapés F 81) et la mutuelle assurance des instituteurs de France (MAIF), représentés par Me Albarede, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la commune de Gaillac à leur verser la somme de 218 008,32 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Gaillac le paiement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la carence du maire de Gaillac dans la prévention de l'incendie engage la responsabilité de la commune ; le défaut d'intervention de la commission de sécurité engage également la responsabilité de la commune ;
- leur préjudice est évalué à 218 008,32 euros, à raison de 188 008,32 euros au titre de leur préjudice financier, de 10 000 euros au titre de la procédure judiciaire subie, et de 20 000 euros au titre de leur préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 décembre 2021 et 16 juin 2022, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 28 décembre 2021, la commune de Gaillac, prise en la personne de son maire en exercice et représentée par Me Depuy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le paiement de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la responsabilité de la commune n'est pas engagée ; à l'inverse, la responsabilité civile délictuelle et contractuelle de M. A a été reconnue par le tribunal judiciaire d'Albi ; en outre l'état de l'immeuble a déjà été pris en compte par le tribunal judiciaire qui a exonéré M. A de 60 % de sa responsabilité du fait de l'absence de mise aux normes ;
- les montants des préjudices allégués au titre de la procédure judiciaire subie et du préjudice moral ne sont pas justifiés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;
- l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Tzanavaris, représentant M. A, l'APAJH 81 et la MAIF, et de Me Bonnet, représentant la commune de Gaillac.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 novembre 2016, un incendie s'est déclaré dans un immeuble comportant 40 habitations, situé 37-39 rue Joseph Rigal à Gaillac (Tarn), appartenant à M. et Mme E. Par un acte du 6 septembre 2018, M. et Mme E ont fait assigner M. A, son assureur, la MAIF, et l'APAJH 81 de diverses demandes pour un montant total de 816 831,75 euros. Par un courrier du 22 décembre 2020, reçu le 23 décembre 2020, M. A, la MAIF et l'APAJH 81 ont demandé à la commune de Gaillac de leur verser la somme de 816 831,75 euros au titre de l'absence de mesures prises par le maire de la commune pour prévenir cet incendie. Par un jugement du 12 avril 2022, le tribunal judiciaire d'Albi a condamné M. A à payer à M. et Mme E la somme de 188 008,32 euros en réparation de leur préjudice matériel. Par la présente requête, les requérants demandent, dans le dernier état de leurs écritures, la condamnation de la commune de Gaillac à leur verser la somme de 218 008,32 euros, à raison de 188 008,32 euros au titre de leur préjudice financier, de 10 000 euros au titre de la procédure judiciaire subie, et de 20 000 euros au titre de leur préjudice moral.
Sur la responsabilité :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R.*123-35 du code de la construction et de l'habitat, dans sa rédaction en vigueur au moment de l'incendie intervenue le 16 novembre 2016 : " La commission consultative départementale de la protection civile est l'organe technique d'étude, de contrôle et d'information du représentant de l'Etat dans le département et du maire. Elle assiste ces derniers dans l'application des mesures de police et de surveillance qu'ils sont appelés à prendre en vue d'assurer la protection contre l'incendie et la panique dans les établissements soumis au présent chapitre. "
3. Aux termes de l'article R.*111-13 de ce code : " La disposition des locaux, les structures, les matériaux et l'équipement des bâtiments d'habitation doivent permettre la protection des habitants contre l'incendie. Les logements doivent être isolés des locaux qui, par leur nature ou leur destination, peuvent constituer un danger d'incendie ou d'asphyxie. La construction doit permettre aux occupants, en cas d'incendie, soit de quitter l'immeuble sans secours extérieur, soit de recevoir un tel secours. / Les installations, aménagements et dispositifs mécaniques, automatiques ou non, mis en place pour permettre la protection des habitants des immeubles doivent être entretenus et vérifiés de telle manière que le maintien de leurs caractéristiques et leur parfait fonctionnement soient assurés jusqu'à destruction desdits immeubles. Les propriétaires sont tenus d'assurer l'exécution de ces obligations d'entretien et de vérification. Ils doivent pouvoir en justifier, notamment par la tenue d'un registre. / Un arrêté conjoint du ministre chargé de la construction et de l'habitation et du ministre de l'intérieur fixe les modalités d'application du présent article. "
4. Aux termes de l'article R.*123-1 de ce code : " Le présent chapitre fixe les dispositions destinées à assurer la sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public. " Et aux termes du premier alinéa de son article R.*123-2 : " Pour l'application du présent chapitre, constituent des établissements recevant du public tous bâtiments, locaux et enceintes dans lesquels des personnes sont admises, soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non. "
5. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 31 janvier 1986 susvisé : " Les bâtiments d'habitation sont classés comme suit du point de vue de la sécurité-incendie : () 2° Deuxième famille :/ - habitations individuelles isolées ou jumelées de plus d'un étage sur rez-de-chaussée ; / - habitations individuelles à un étage sur rez-de-chaussée seulement, groupées en bande, lorsque les structures de chaque habitation concourant à la stabilité du bâtiment ne sont pas indépendantes des structures de l'habitation contiguë ; / - habitations individuelles de plus d'un étage sur rez-de-chaussée groupées en bande ; / - habitations collectives comportant au plus trois étages sur rez-de-chaussée. () ". Aux termes de son article 101 : " Le propriétaire ou, le cas échéant, la personne responsable désignée par ses soins, est tenu de faire effectuer, au moins une fois par an, les vérifications des installations de détection, de désenfumage, de ventilation, ainsi que de toutes les installations fonctionnant automatiquement et des colonnes sèches. / Il doit s'assurer, en particulier, du bon fonctionnement des portes coupe-feu, des ferme-portes ainsi que des dispositifs de manœuvre des ouvertures en partie haute des escaliers. / Il doit également assurer l'entretien de toutes les installations concourant à la sécurité et doit pouvoir le justifier par la tenue d'un registre de sécurité. " Et selon le premier alinéa de son article 103 : " Les vérifications visées à l'article 101 ci-avant doivent être effectuées par des organismes ou techniciens compétents, choisis par le propriétaire. "
6. Aux termes l'article GN1 de l'annexe à l'arrêté du 25 juin 1980 susvisé : " § 1. Les établissements sont classés en types, selon la nature de leur exploitation : / a) Etablissements installés dans un bâtiment : / J Structures d'accueil pour personnes âgées et personnes handicapées ; / L Salles d'auditions, de conférences, de réunions, de spectacles ou à usage multiple ; / M C de vente, centres commerciaux ; / N Restaurants et débits de boissons ; / O Hôtels et pensions de famille ; / P Salles de danse et salles de jeux ; / R Etablissements d'éveil, d'enseignement, de formation, centres de vacances, centres de loisirs sans hébergement ; / S Bibliothèques, centres de documentation ; / T Salles d'expositions ; / U Etablissements sanitaires ; / V Etablissements de culte ; / W Administrations, banques, bureaux ; / X Etablissements sportifs couverts ; / Y Musées ; / b) Etablissements spéciaux : / PA Etablissements de plein air ; / CTS Chapiteaux, tentes et structures ; / SG Structures gonflables ; / PS Parcs de stationnement couverts ; / GA Gares ; / OA Hôtels-restaurants d'altitude ; / EF Etablissements flottants ; / REF Refuges de montagne. "
7. Les requérants soutiennent que l'absence de contrôle de l'immeuble sinistré par la commission de sécurité constitue une carence fautive de la commune dans le contrôle des établissements recevant du public. S'ils se prévalent de l'arrêté municipal du 9 mars 2004, par lequel le maire de Gaillac a autorisé Mme E à poursuivre l'exploitation de son établissement " l'hôtel de Paris ", toutefois il résulte de cet arrêté, intervenu à la demande de Mme E et après un avis favorable de la commission de sécurité du 26 février 2004, qu'il a requalifié l'immeuble en habitation collective de la deuxième famille, et non plus en établissement recevant du public. En outre, il résulte de l'instruction, notamment du jugement du tribunal judiciaire d'Albi du 12 avril 2022, que " l'hôtel de Paris " était depuis 2004 un immeuble dédié à l'hébergement social par son propriétaire, bailleur privé, et non plus un hôtel. Par suite, le moyen tiré de l'absence de contrôle par la commission de sécurité, qui n'avait pas à être consultée, manque en droit.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2212-4 de ce code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. "
9. La carence du maire à faire usage des pouvoirs de police que lui confèrent les dispositions précitées des articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales n'est fautive et, par suite, de nature à engager la responsabilité de la commune que dans le cas où, en raison de la gravité ou de l'imminence du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publiques, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave ou imminent, méconnaît ses obligations légales.
10. Les requérants soutiennent que le maire de Gaillac avait connaissance du risque d'incendie touchant " l'hôtel de Paris " et que son inaction constitue une carence fautive. Toutefois, s'ils se prévalent à ce titre de deux articles de presse, dans lequel le maire de Gaillac indique notamment que l'incendie intervenu est l'occasion " de ne plus fermer les yeux sur une situation que tout le monde connaissait et qui arrangeait tout le monde ", ni cette déclaration vague et générale, ni ces articles ne démontrent qu'il avait connaissance d'un péril imminent. De plus, les requérants ne peuvent se prévaloir de l'absence de production des délibérations, décisions et arrêtés relatifs à cet immeuble, qui seraient publics, à supposer qu'ils existent. Ils ne peuvent pas non plus utilement se prévaloir de l'absence de rapport de la commission de sécurité, qui n'était pas compétente pour cet immeuble d'habitation collective de la deuxième famille, pour les raisons exposées au point 7. Enfin, s'il résulte de l'instruction, notamment du jugement du tribunal judiciaire d'Albi du 12 avril 2022, que la responsabilité de M. A dans le déclenchement de l'incendie est établie, que l'immeuble avait connu plusieurs sinistres, notamment des dégâts des eaux, que les propriétaires avaient entreposé un canapé au pied de l'escalier, n'avaient pas interdit expressément à leurs locataires de fumer et n'avaient pas respecté la réglementation en matière d'incendie prévue par le code de la construction et de l'habitation et par l'arrêté de 1986 susvisé, en revanche il n'en résulte pas que des risques d'incendie auraient été portés à la connaissance du maire. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la commune de Gaillac pour carence fautive.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires des requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Gaillac, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En application des mêmes dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Gaillac.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A, de l'APAJH 81 et de la MAIF est rejetée.
Article 2 : Les requérants verseront à la commune de Gaillac une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'Association pour adultes et jeunes handicapésBn, à la mutuelle assurance des instituteurs de France et à la commune de Gaillac.
Copie en sera adressée au préfetBn.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfetBn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026